Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Une madeleine de Proust

Un micro-évènement qui fait ressurgir des souvenirs de jeunesse
Un acte mineur porteur d'une forte charge émotionnelle

Origine

Proust n'avait pas spécialement la réputation de faire de bons petits gâteaux et pourtant, la madeleine de Proust est bien plus célèbre que la madeleine de Commercy ().
Et il n'y a pas non plus de lien avec une nounou, amie, maîtresse ou épouse de l'auteur qui se serait appelée Madeleine.
Cette expression fait allusion à ces petits actes, petits évènements, odeurs, sensations qui, brutalement, font ressurgir des tréfonds de notre mémoire de lointains souvenirs, souvent chargés d'émotion.
Et si on les affuble de l'appellation madeleine de Proust, c'est parce que, dans "Du côté de chez Swann", le premier tome de "À la recherche du temps perdu", l'auteur évoque une telle remontée de souvenirs.
Alors que, pour le réchauffer, sa mère lui fait boire du thé et manger une madeleine, le goût de celle-ci trempée dans le thé, provoque en lui une sensation intense qui, après une remise en ordre de ses souvenirs, le fera remonter à une époque ancienne où, lorsqu'il vivait à Combray, sa tante Léonie lui faisait goûter un morceau de madeleine trempé dans son infusion.
Si Victor Hugo avait évoqué avec autant d'intensité le baba au rhum, Voltaire le clafoutis ou Molière le pet de nonne, peut-être n'aurait-on pas fait attention à la madeleine de Marcel ? Mais je ne suis pas certain que "le pet de nonne de Molière" se serait aussi bien incrusté dans le langage.

Compléments

Le texte complet de la madeleine est accessible à cette page . Cherchez simplement 'madeleine' pour trouver le long passage qui l'évoque.

Exemple

« La même petite ritournelle, la même disposition du plateau avec au centre un petit micro et sur la droite un artiste bienveillant assis à côté d'une montagne de cadeaux. Dans la salle, des parents qui savourent cette véritable madeleine de Proust, malgré les fausses notes en cascade des apprentis chanteurs... Ce week-end, les habitants de Rueil-Malmaison ont pu assister à la renaissance de "l'École des fans", émission culte animée par Jacques Martin, diffusée sur France 2 entre 1976 et 1998. »
Le Parisien - Article du 7 septembre 2009
« Et la vanille est de loin l'arôme le plus en vogue au niveau mondial, mis à toutes les sauces dans les confiseries, shampoings et même parfums. A cela une raison, l'effet "madeleine de Proust", selon Olivier Maubert, directeur du marketing du spécialiste français des arômes alimentaires Robertet : "La vanille est tellement utilisée dans les produits pour enfants que son odeur rappelle aux adultes les moments les plus sécurisants de leur jeunesse." »
Libération - Article du 16 mai 2002

Ailleurs

Si vous souhaitez savoir comment on dit « Une madeleine de Proust » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessous vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
États-Unis Anglais Memory trigger Déclic de souvenirs
Espagne Espagnol Algo poderosamente evocador Quelque chose de puissamment évocateur
Espagne Espagnol La magdalena de Proust Une madeleine de Proust
Espagne Espagnol Una asociación de ideas Une association d'idées (= la madeleine de Proust, mais sans le contenu affectif)
Pays-Bas Néerlandais Een déjà-vu Un déjà-vu
Roumanie Roumain Madlena lui Proust La madeleine de Proust
Ajouter une traduction

Déformée

  • Un bas de laine de Proust

Commentaires sur l'expression « Une madeleine de Proust » Commentaires

  • #1
    • cotentine
    • 01/06/2010 à 00:31
    pour avoir des souvenirs de jeunesse, encore faut-il avoir un certain âge, sinon un âge certain ! Les jeunes et les ados sont en train de les vivre, sans s’en rendre compte et un détail, une saveur, une odeur ou un bruit leur explosera aux yeux, en bouche, en nez ou en oreilles dans quelques dizaines d’années et je leur souhaite que ce soit alors un excellent souvenir ... Chacun a sa "madeleine de Proust" ... comme le 1ère gorgée de bière de Delerm ... Moi, ce sont les 1ères violettes, qui chaque année me ressuscitent ma tendre mère dans sa gaieté ... et bien d’autres détails ... de MA JEUNESSE 😉
  • #2
    • louisann
    • 01/06/2010 à 01:09*
    • En réponse à cotentine #1 le 01/06/2010 à 00:31 :
    • « pour avoir des souvenirs de jeunesse, encore faut-il avoir un certain âge, sinon un âge certain ! Les jeunes et les ados sont en train de le... »
    Beebee tu ne me liras peut-être pas ,mais si quelqu’un peut te le dire, je veux que tu saches que je pense très fort à toi dans ces moments douloureux que tu vis à nouveau.
    Notre convention a été assombrie par cette triste nouvelle.
    je te souhaite beaucoup de courage.
  • #3
    • <inconnu>
    • 01/06/2010 à 06:23*
    Traitez moi de matérialiste (d’ailleurs j’en suis un, pas une, un!), mais quand j’entends Madeleine, je pense aussitôt gâteaux.
    Quant à citer un souvenir en rapport avec l’expression, peut-être...
    Voilà: en lisant un article dans S&A sur le projet de la NASA d’envoyer un couple dans l’espace pour faire un bébé, j’ai instantanément éclaté de rire en me rappelant cette blague de potache:
    «Quel est le comble du cosmonaute ?»
    «Mettre sa femme sur orbite !»
    D’accord, cela ne vaut pas Fernand Raynaud, Coluche, Guy Bedos, Raymond Devos et consort.
    Sans oublier que la mémoire fait aussi des lapsus... lesquels vous jouent, souvent, de bien vilains tours.
    Il y a quand un truc qui est dommage: ne pas pouvoir faire une contrepèterie avecl’expression...
    sinon on pourrait obtenir: «les prouts de la madeleine».
  • #4
    • momolala
    • 01/06/2010 à 09:22
    L’agriculture "bio" pourrait ressusciter ce souvenir revenu il y a quelques années dans le Luberon, des champs de blé fleuris de coquelicots et de bleuets, quand, petite fille de 5 ans, je les traversais, pendue à la main de mon père, ma soeur en jumelle à son autre main, sur le chemin de terre qui partait vers "l’infini" pelé des abords de Casablanca.
  • #5
    • momolala
    • 01/06/2010 à 09:23
    • En réponse à louisann #2 le 01/06/2010 à 01:09* :
    • « Beebee tu ne me liras peut-être pas ,mais si quelqu’un peut te le dire, je veux que tu saches que je pense très fort à toi dans ces moments... »
    Il est certain qu’aujourd’hui et les jours qui vont suivre, les "madeleines" de BB vont garder le goût amer des larmes. Je suis si triste pour elle et les siens.
  • #6
    • chirstian
    • 01/06/2010 à 09:44
    • En réponse à cotentine #1 le 01/06/2010 à 00:31 :
    • « pour avoir des souvenirs de jeunesse, encore faut-il avoir un certain âge, sinon un âge certain ! Les jeunes et les ados sont en train de le... »
    une odeur ou un bruit leur explosera aux yeux, en bouche, en nez ou en oreilles
    je ne suis pas sensible aux odeurs. Pourtant il y en a 3 qui ouvrent immédiatement la porte à une foule de souvenirs, chacun dans son domaine :
    - l’odeur des eucalyptus, dont notre jardin était planté,
    - celle de l’encens , quand le prêtre secouait son encensoir et que l’odeur emplissait d’un seul coup toute l’Église,
    - et l’odeur douçâtre de la colle blanche quand on soulevait le couvercle de plastique du petit pot pour en prendre avec une petite raclette qui y restait enfermée, dans son compartiment, mais qui, après 3 usages, restait à jamais poisseuse.
  • #7
    • <inconnu>
    • 01/06/2010 à 09:47
    • En réponse à louisann #2 le 01/06/2010 à 01:09* :
    • « Beebee tu ne me liras peut-être pas ,mais si quelqu’un peut te le dire, je veux que tu saches que je pense très fort à toi dans ces moments... »
    Sans indiscrétion : quel malheur frappe à nouveau Beebee ?
  • #8
    • momolala
    • 01/06/2010 à 10:34
    • En réponse à <inconnu> #7 le 01/06/2010 à 09:47 :
    • « Sans indiscrétion : quel malheur frappe à nouveau Beebee ? »
    Demande à God, et ceux qui le souhaitent également, mon adresse sur le Canal 12.
  • #9
    • rigolote
    • 01/06/2010 à 10:37
    • En réponse à momolala #4 le 01/06/2010 à 09:22 :
    • « L’agriculture "bio" pourrait ressusciter ce souvenir revenu il y a quelques années dans le Luberon, des champs de blé fleuris de coquelicots... »
    Ah oui, ce souvenir des champs de blé fleuris aux couleurs de la France mais c’était en Seine et Marne pendant la guerre, et aussi les violettes qui poussaient dans la "rue verte" derrière la maison à la même époque…
    Merci à vous deux d’avoir fait remonter ces "madeleines"…
    Il y a aussi les odeurs de cuisine de ma grand’mère : lapin en gibelotte et crème renversée sortant du four…
    Ça fait toute une boîte de madeleines…
  • #10
    • bartolin
    • 01/06/2010 à 10:39
    Proust était très porté sur la patisserie! page 64 de l’edition de poche il évoque cette fois la brioche en comparaison avec un clocher...c’est donc la fameuse "brioche de proust"
    à placer dans les diners en ville!
  • #11
    • momolala
    • 01/06/2010 à 10:40
    • En réponse à chirstian #6 le 01/06/2010 à 09:44 :
    • « une odeur ou un bruit leur explosera aux yeux, en bouche, en nez ou en oreilles
      je ne suis pas sensible aux odeurs. Pourtant il y en a 3 qu... »
    Ah la colle blanche, à l’odeur et au goût d’amande ! Interdite, mon bon Sélénite sur notre Terre d’aujourd’hui. Mais il te reste sans doute d’autres madeleines à découvrir, qui dorment au détour d’un chemin encore inconnu. Et celles que l’on tente en vain de retrouver : ma mère nous faisait des biscuits "sablés" à sa façon, sans trop de beurre, qu’elle nous envoyait dans des boîtes en fer lorsque nous étions en colonie de vacances ma soeur et moi. Quand on les recevait ils étaient durs comme du bois et consommables seulement en les trempant dans le bol. Mais c’était les gâteaux de maman et ils avaient pour nous un parfum incomparable. Quand elle était encore là et que ses vieilles mains les préparaient, nous nous régalions du parfum de notre enfance en les trempant dans notre thé. Les nôtres sont sans doute meilleurs aux yeux de nos enfants, mais n’ont jamais pu égaler ce parfum unique.
  • #12
    • <inconnu>
    • 01/06/2010 à 10:45
    • En réponse à momolala #8 le 01/06/2010 à 10:34 :
    • « Demande à God, et ceux qui le souhaitent également, mon adresse sur le Canal 12. »
    OK ; merci !
  • #13
    • cotentine
    • 01/06/2010 à 10:57
    • En réponse à momolala #11 le 01/06/2010 à 10:40 :
    • « Ah la colle blanche, à l’odeur et au goût d’amande ! Interdite, mon bon Sélénite sur notre Terre d’aujourd’hui. Mais il te reste sans doute... »
    ces biscuits "sablés" sans beurre, n’était-ce pas les fameux gâteaux de "peaux de lait" ? ... si faciles à préparer, quand on avait la chance d’aller chercher le lait à la ferme tous les soirs, après la traite ... avec le p’tit bidon en alu d’1 litre (ou le gros de 2 l) ... le lait cru actuel n’a pas le même goût ! Cette "madeleine de Proust", on ne la retrouvera plus, c’est est fini, ... la vente de lait à la ferme a presque disparu pour motif d’hygiène 😏
  • #14
    • rigolote
    • 01/06/2010 à 11:15
    • En réponse à cotentine #13 le 01/06/2010 à 10:57 :
    • « ces biscuits "sablés" sans beurre, n’était-ce pas les fameux gâteaux de "peaux de lait" ? ... si faciles à préparer, quand on avait la chanc... »
    Ah mais oui ! Ces petits gâteaux faits avec l’écrémage du lait pendant quelques jours et la farine obtenue par moulinage des grains de blé glanés dans les fameux champs après la moisson et broyés dans le moulin à café…
    Que de souvenirs…
    Ah, je me délecte de tout ce qui remonte à la surface…
    Finalement, ma mémoire n’est pas si mauvaise !
  • #15
    • <inconnu>
    • 01/06/2010 à 11:44
    • En réponse à momolala #4 le 01/06/2010 à 09:22 :
    • « L’agriculture "bio" pourrait ressusciter ce souvenir revenu il y a quelques années dans le Luberon, des champs de blé fleuris de coquelicots... »
    "l’infini" pelé des abords de Casablanca.
    Cela a évoqué pour moi, l’infini verdoyant, celui là et parsemé de petites paquerettes et de minuscules jacynthes des abords de mon école primaire de Meknés (l’école où je travaillais).
    On n’avait qu’à ouvrir un portillon et nous voilà dans les champs!
    Je repasserai avec un souvenir plus ancien réveillé par le bidon de lait qu’on allait chercher à la ferme. Un litre et quart! Ou la soupe à la courge et aulait de ma mémé...
  • #16
    • mickeylange
    • 01/06/2010 à 13:02*
    Proust avait sa madeleine,
    moi j’ai ma Germaine !
    Elle évoque les lagons bleus, les cocotiers, elle sent bon le sable chaud, la crêpe bretonne et le kérosène (elle habite à coté d’Orly)
    Elle a une voix de sirène, que Air-France attache ses pilotes sur leurs sièges, et leur met un casque pour qu’ils ne succombent pas. (Quand un avion se pose à côté de la piste vous savez mainan pourquoi)
    Germaine
    tu es ma reine
    je suis dans la peine
    quand je te vois sereine
    alors que je suis dans la déveine
    moi qui suis dans une ville gallo-romaine
    ou depuis belle lurette* j’ai passé la soixantaine
    tu resteras pour toujours ma souveraine
    pour l’éternité tu es ultramondaine
    quand tu cours la prétentaine
    avec tes jolies poulaines
    moi dans la plaine
    j’ai une haine*
    certaine*
    • c’est juste pour la rime et l’alignement.
  • #17
    • chirstian
    • 01/06/2010 à 13:37
    • En réponse à mickeylange #16 le 01/06/2010 à 13:02* :
    • « Proust avait sa madeleine,
      moi j’ai ma Germaine !
      Elle évoque les lagons bleus, les cocotiers, elle sent bon le sable chaud, la crêpe breton... »
    c’est pour l’alignement que la ligne ment.
  • #18
    • chirstian
    • 01/06/2010 à 13:47
    • En réponse à momolala #11 le 01/06/2010 à 10:40 :
    • « Ah la colle blanche, à l’odeur et au goût d’amande ! Interdite, mon bon Sélénite sur notre Terre d’aujourd’hui. Mais il te reste sans doute... »
    ils avaient pour nous un parfum incomparable
    oui, c’est bien cela ! Il me semble que la madeleine de Proust, effectivement , ce n’est pas le détail d’un événement quelconque, qui soudain nous revient à l’esprit. C’est le rappel de ce que nous ressentions dans cette situation particulière : le rappel de notre état d’esprit , de notre plaisir, de notre gêne, ou même d’une douleur. Mais chargé de subjectivité, car c’est de nous que soudain nous nous souvenons, alors que depuis, nous nous étions perdu de vue.
    Ce n’est pas le parfum du gâteau qui te revient à l’esprit : c’est ce que ces gâteaux avaient pour toi d’incomparable.
  • #19
    • tytoalba
    • 01/06/2010 à 14:25*
    • En réponse à cotentine #13 le 01/06/2010 à 10:57 :
    • « ces biscuits "sablés" sans beurre, n’était-ce pas les fameux gâteaux de "peaux de lait" ? ... si faciles à préparer, quand on avait la chanc... »
    avec le p’tit bidon en alu d’1 litre (ou le gros de 2 l) ...
    Le mien peut contenir jusque 3 litres. Et je peux te dire qu’il sert deux fois par semaine. J’ai la chance d’avoir encore à proximité un fermier qui vend le lait de ses vaches. Et la crème qui se forme au-dessus après que le lait ait bouilli est délicieuse.
    Soit rassurée, je suis en bonne santé. De l’hygiène oui,mais ils m’emm.... ceux qui voudraient que tout soit aseptisé. 😏
    @ BeeBee : Toute mon amitié en ces moments douloureux.
  • #20
    • chirstian
    • 01/06/2010 à 14:32
    • En réponse à momolala #8 le 01/06/2010 à 10:34 :
    • « Demande à God, et ceux qui le souhaitent également, mon adresse sur le Canal 12. »
    " elle souffrait de cette disparition et je l’assurais maladroitement que je partageais sa souffrance. Mais ce n’était pas exact : une souffrance est personnelle. La mienne était d’une autre nature : je souffrais de la voir souffrir, parce qu’elle était devenue une amie. Je n’en avais pas pris conscience avant ce soir. Je reposais doucement le combiné. Ma femme me regardait, inquiète de me voir si ému. A son tour, déjà, elle commençait à souffrir de me voir triste. La souffrance s’irradie ainsi, en cercles concentriques, perdant de sa force, et changeant de nature, jusqu’à des très-loin insoupçonnés. "
    Si tu contactes BeeBee , dis-lui, s’il te plait, qu’un Sélénite pense à elle.