Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

battre le briquet [v]

heurter la pierre à briquet pour en tirer une étincelle ; faire la cour à une femme ; avoir des relations sexuelles ; se cogner les jambes en marchant ; frapper le briquet sur le silex ; allumer le feu

Origine et définition

Vous avez tous été enfants (enfin, je le suppose !) et avez presque tous probablement eu l'occasion d'apprendre et chanter "au clair de la lune", chanson enfantine par excellence.
Mais avez-vous remarqué que, sous ses dehors très sages, il s'agit en fait d'une chanson paillarde ? Certes, nettement moins explicite que "le père Dupanloup" () ou "allons à Messine" (), mais...
Vous doutez ? Ah, homme de peu de foi ! Si je m'en vais pourtant vous le prouver juste après l'explication suivante, c'est simplement parce que notre expression est utilisée dans cette chanson.
Le premier sens de battre le briquet est parfaitement naturel. Avant les moyens modernes comme la piezoélectricité, le briquet ne pouvait qu'être équipé d'une pierre à briquet, pierre qu'il fallait battre ou gratter pour provoquer une étincelle susceptible d'allumer un feu.
Le second, qui date du XVIIIe siècle, est une métaphore qui découle du premier sens, puisqu'un homme qui fait sa cour et déclare ses sentiments ne peut "qu'enflammer" la jeune et naïve donzelle qui ne ne demande qu'à le croire, aussi facilement que l'étincelle du briquet allume l'amadou.
Et le troisième découle du second, puisqu'une fois que la donzelle est tombée dans les rets du beau parleur, le couple passe au lit pour y accomplir l'inévitable (mais néanmoins bien agréable) rituel d'accouplement.
Enfin, le dernier vient de la comparaison entre le cognement régulier des jambes pendant la marche avec la manière ancienne de battre le briquet, comme si les genoux ou les chevilles qui s'entrechoquent allaient provoquer une étincelle.
Venons-en maintenant à notre chanson « enfantine ».
Pour rappel, en voici le texte usuel (sachant que diverses variantes existent) :
Au clair de la lune, mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume, pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu.
Ouvre-moi ta porte, pour l'amour de Dieu.
Au clair de la lune, Pierrot répondit :
- « Je n'ai pas de plume, je suis dans mon lit.
Va chez la voisine, je crois qu'elle y est
Car dans sa cuisine, on bat le briquet. »
Au clair de la lune, l'aimable lubin
Frappe chez la brune, elle répond soudain
- « Qui frappe de la sorte ? », il dit à son tour
- « Ouvrez votre porte pour le Dieu d'Amour »
Au clair de la lune, on n'y voit qu'un peu
On chercha la plume, on chercha du feu
En cherchant d'la sorte je n'sais c'qu'on trouva
Mais je sais qu'la porte sur eux se ferma.
Il est très probable que, dans la version originale, on parlait de lume (la lumière nécessaire pour pouvoir voir quand la chandelle est éteinte) et non de plume, même si, pour écrire, il fallait bien une plume.
Mais, sachant que Lubin (troisième strophe), dans une ballade de Clément Marot au XVIe siècle, était le nom d'un moine dépravé, sachant qu'on évoque ici une « chandelle » dans un état désastreux, qu'il suffit d'aller chez la voisine qui bat volontiers le briquet pour s'enfermer avec elle et rallumer le feu et qu'à la fin, on feint d'ignorer ce qu'il se passe entre eux, croyez-vous toujours que cette chanson, si pleine de sous-entendus, est si innocente que ça ?

Exemples

« La petite opération familière de battre le briquet n'exige point un choix dans le silex, comme nous venons de voir qu'il était indispensable de le faire pour la fabrication des pierres à fusil. »
Cyprien Prosper Brard - Minéralogie appliquée aux arts

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais to light a spark/a fire wth someone allumer une étincelle/un feu avec quelqu'un
Anglais (USA) to be knock-kneed se cogner les genoux en marchant
Espagnol (Espagne) echar un polvo jeter une poussière
Espagnol (Espagne) pelar la pava plumer la dinde
Hongrois haragra lobbant / fellobbantja valakinek az érzelmeit / tűzbe hozza a férfiakat allumer la colère / les désirs de qqn / elle allume les hommes
Néerlandais een vrouw het hof maken faire la cour à une femme
Néerlandais klutsknieen hebben avoir des genoux qui se cognent en marchant
Néerlandais versieren orner
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « battre le briquet » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.


Commentaires sur l'expression « battre le briquet » Commentaires

  • #21
    PHILO_LOGIS
    05/11/2008 à 09:58
    • En réponse à <inconnu> #16 le 05/11/2008 à 09:48 :
    • « Ou bonne Cotentinuation. »
    A première vue, c’est basique... Ne serais-tu pas - à y regarder de plus près - un peu acide? 😛
  • #22
    PHILO_LOGIS
    05/11/2008 à 10:02
    • En réponse à mickeylange #20 le 05/11/2008 à 09:57 :
    • « Sans vouloir porter la contradiction voilà ce que j’ai retrouvé au fond de mon disque dur sur cette chanson.
      "Cet air a été faussement attri... »
    Ah mais, vous me la baillez belle! LeSieur Chet du Savoir était une huile, à l’epoque! De plus, prénommé Guy, fallait le faire...
    Et puis, il parle d’une contredanse, dans son explication!
    Les aubergines existaient donc déjà. Il faisait beau voir, de laisser son carosse ou sa patache en double file pour aller battre le briquet.
  • #23
    momolala
    05/11/2008 à 10:40
    • En réponse à mickeylange #20 le 05/11/2008 à 09:57 :
    • « Sans vouloir porter la contradiction voilà ce que j’ai retrouvé au fond de mon disque dur sur cette chanson.
      "Cet air a été faussement attri... »
    Je m’interroge trivialement : dans ces pratiques libertines 😕 que tu évoques, qui jouait au briquet, qui fournissait l’amadou ? Car enfin, faire des étincelles, c’est bien joli, mais il fallait davantage pour susciter une flamme brûlante !
  • #24
    horizondelle
    05/11/2008 à 10:45
    • En réponse à PHILO_LOGIS #15 le 05/11/2008 à 09:47 :
    • « Le bandeau du dessus aujourd’hui est vraiment bien:
      Sexe, amour et timidité" - un des deux derniers livres des éditions Tatamis
      Ah, bien sû... »
    L’ami Pierrot en judoka sur un tatamis au clair de lune peut-être...😉
    Et MERCI, je viens de recevoir la 1000ème.
    Mon PC souffrait donc bien d’’hexakosioihexekontahexaphobie et avait en plus la tête à l’envers hier (😉 à Tytoalba).
  • #25
    <inconnu>
    05/11/2008 à 11:09*
    • En réponse à momolala #23 le 05/11/2008 à 10:40 :
    • « Je m’interroge trivialement : dans ces pratiques libertines 😕 que tu évoques, qui jouait au briquet, qui fournissait l’amadou ? Car enfin, f... »
    qui jouait au briquet, qui fournissait l’amadou ?

    Je sais que tu n’a pas besoin de précisions, mais je vais les donner quand même, puisque tu poses la question. 😉
    C’est par chocs et frottements que le briquet produit de bonnes étincelles. Quand à l’amadou, je pense que le meilleur est fourni par la Femme. 😕
    Ah Mesdames, que ne ferait pas l’homme pour vous amadouer ?
    Et, pour l’exprimer, rien de tel qu’un petit poème :

    Que l’on s’en réjouisse ou que l’on s’en afflige,
    La Femme aura toujours l’avantage sur nous,
    Grâce à ce petit rien qui peut nous rendre fous,
    Et qu’en termes galants j’appelle son prestige...
  • #26
    mickeylange
    05/11/2008 à 11:14
    • En réponse à momolala #23 le 05/11/2008 à 10:40 :
    • « Je m’interroge trivialement : dans ces pratiques libertines 😕 que tu évoques, qui jouait au briquet, qui fournissait l’amadou ? Car enfin, f... »
    Les cours particuliers, c’est au salon rose de 5 à 7. Normalement c’est 12 ZL mais pour la millième c’est gratuit (pour les femmes)
    Un avant goût du programme ? 😕 😛 😛 😛 😮 😄
  • #27
    mickeylange
    05/11/2008 à 11:19
    • En réponse à <inconnu> #25 le 05/11/2008 à 11:09* :
    • « qui jouait au briquet, qui fournissait l’amadou ?
      Je sais que tu n’a pas besoin de précisions, mais je vais les donner quand même, puisque... »
    Bravo pour le prestige, tu me fais pleurer. Où est mon tire jus ?
  • #28
    paperpy
    05/11/2008 à 11:23
    B ravo pour tes milles god !!
    Et merci pour cette belle histoire !
  • #29
    paperpy
    05/11/2008 à 11:28
    HE LES GARS !!! forcer vous un peu pour arriver a
    MILLE REPONSES AUJOURD’UI !!
  • #30
    memphis
    05/11/2008 à 12:17
    Merci mille fois à God pour ces mille pages de bonheur. Mais merci aussi à vous tous qui, par vos interventions , faites de ce site un site inoubliable.
  • #31
    chirstian
    05/11/2008 à 12:40
    Faire la cour à une femme. Avoir des relations sexuelles. Se cogner les jambes en marchant.
    3 sens complémentaires donc. Qui s’imbriquent l’un dans l’autre. Si j’ose dire !
    faire la cour à une femme signifierait donc avoir des relations sexuelles (on suppose : avec elle, même si ce n’est pas précisé). Expéditif , mais soit ! A rapprocher de la chanson : Janeton prend sa faucille , où elle rencontre "4 jeunes et beaux garçons". 3 lui font une cour de plus en plus pressante et seul le 4° ose battre le briquet.
    D’où, en morale à cette histoire : que sur 4, y a 3 couillons !
    Mais comment "avoir des relations sexuelles" peut-il signifier "se cogner les jambes en marchant" ? Et de quelles jambes parle-t-on ici ? De ses propres jambes, ou de celles de son partenaire ? Quoi ? Des quatre ! Bon , mais ce sens donné à l’expression ne peut donc viser qu’un coït ambulatoire que la morale réprouve et qui est le meilleur moyen de se péter la gueule. Je conseille de se limiter strictement à un parcours allant de la porte au lit. Somme toute, et l’un dans l’autre ...
  • #32
    <inconnu>
    05/11/2008 à 13:14*
    • En réponse à chirstian #13 le 05/11/2008 à 09:33 :
    • « bon, nous nous souviendrons donc toute notre vie -que je nous souhaite longue et prospère (youpla boum !) - qu’en ce jour Expressio a battu... »
    Tu dis que les deux derniers couplets la chanson contenant des sous-entendus grivois ne sont pas en cohérence avec les deux premiers.
    J’en suis moins sur que toi :
    -- le premier couplet parle d’un clair de lune, la lune est un symbole érotique puissant depuis l’aube de l’humanité, d’une chandelle qui veut qu’on la rallume, cette dernière opération pouvant être réalisée par l’ouverture . . . d’une porte.
    --Le second couplet sert, il est vrai un peu de transition, mais on y voit quand même l’ami Pierrot refuser d’ouvrir sa porte (qui mène directement à son lit) et conseiller à son ami de tenter plutôt d’ouvrir la porte de la voisine, car chez elle, on bat le briquet.
    Finalement je les trouve plutôt cohérents entre eux, les couplets de la chanson.
    J’ignorais les aspects non enfantins de cette chanson et je suis content de ce que God vient de m’apprendre. 🙂
  • #33
    <inconnu>
    05/11/2008 à 13:25*
    • En réponse à chirstian #31 le 05/11/2008 à 12:40 :
    • « Faire la cour à une femme. Avoir des relations sexuelles. Se cogner les jambes en marchant.
      3 sens complémentaires donc. Qui s’imbriquent l... »
    A propos de chocs de jambes, de genoux et d’ouverture de porte, voici (encore !) un petit poème :
    Politesse

    Elle a de beaux genoux, bien ronds et bien jolis.
    Et qui sont, l’un et l’autre, extrêmement polis.
    Aussi, lorsqu’un galant, pressé d’offrir sa ... carte,
    D’un geste entreprenant vient à caresser l’un,
    L’autre, tout aussitôt, de peur d’être importun,
    De son heureux voisin, discrètement, s’écarte ...
  • #34
    <inconnu>
    05/11/2008 à 13:50
    • En réponse à PHILO_LOGIS #21 le 05/11/2008 à 09:58 :
    • « A première vue, c’est basique... Ne serais-tu pas - à y regarder de plus près - un peu acide? 😛 »
    Il n’est pas dans mes habitudes de déverser sur ce (mâtin quel) site d’acides propos, surtout quand je n’ai aucun motif pour le faire !
  • #35
    chirstian
    05/11/2008 à 13:52
    • En réponse à <inconnu> #32 le 05/11/2008 à 13:14* :
    • « Tu dis que les deux derniers couplets la chanson contenant des sous-entendus grivois ne sont pas en cohérence avec les deux premiers.
      J’en... »
    sans doute as-tu raison mais :
    - si l’ami qui frappe à la porte a "sa chandelle morte" j’y verrais plutôt un aveu d’impuissance. Pour moi, c’est si la chandelle était brûlante qu’il serait urgent de trouver quelqu’endroit à enflammer !
    - si l’invite est sexuelle je comprend mal la réponse de Pierrot : " je suis dans mon lit". Si j’étais son ami, je dirais alors : eh ben, ça tombe très bien : c’est justement là que je souhaite te rejoindre !
    - si dans la cuisine de la voisine, on bat le briquet, c’est qu’elle est déjà "en mains". Or rien n’évoque une partie à 3. Ou il faudrait comprendre : c’est un endroit où il arrive qu’on batte le briquet ?
    Par contre je suis tout à fait conquis par le poème en 33 ! 🙂 )
  • #36
    Jonayla
    05/11/2008 à 13:52*
    Merci à notre God mondial
    Il est vraiment phénoménal
    Les expressions, comme le journal
    Les fait chaque jour c’est pas banal
    Et pardon pour les rimes bancales.
  • #37
    <inconnu>
    05/11/2008 à 14:15
    • En réponse à chirstian #35 le 05/11/2008 à 13:52 :
    • « sans doute as-tu raison mais :
      - si l’ami qui frappe à la porte a "sa chandelle morte" j’y verrais plutôt un aveu d’impuissance. Pour moi,... »
    - si l’invite est sexuelle je comprend mal la réponse de Pierrot : " je suis dans mon lit". Si j’étais son ami, je dirais alors : eh ben, ça tombe très bien : c’est justement là que je souhaite te rejoindre !

    C’est parce que ça ne rime pas.
  • #38
    chirstian
    05/11/2008 à 14:25
    quand l’aimable Lubin voulut battre le briquet,
    il toqua à la porte, insistant poliment,
    dans l’espoir que Pierrot, à peine réveillé,
    lui ouvrit grand son lit et même son fondement.
    Las Pierrot, fatigué, l’envoie à sa voisine
    -connue pour son beau cul, et ses bien belles miches-
    prête à lui décocher œillades assassines,
    et offrir à son vit une discrète niche.
    Mais c’est là faire fi de ce qu’aime Lubin :
    on peut parmi les sexes, avoir sa préférence !
    Il n’en cherchait aucune : il n’en souhaitait qu’un,
    et devant la voisine, il tire sa révérence.
    moralité :
    quand les sexes s’inscrivent aux abonnés absents
    la seule qui jamais ne vous laisse tomber
    c’est elle, c’est votre amante : c’est la Veuve Poignet,
    qui ne vous laisse jamais sur les briquets ardents !
  • #39
    subbuteo
    05/11/2008 à 14:32
    Un grand et chaleureux merci à vous tous et à God en ce jour bien particulier. Mais il est vrai qu’une autre histoire éclipse -un peu- la millième d’Expressio.
    ...aujourd’hui, Mac Cain est l’débarqué-man... et Obama biche !!!
    -Subbutéo en direct d’une plage normande-
  • #40
    <inconnu>
    05/11/2008 à 14:40
    F E L I C I T I O N S - P O U R- C E T T E- C E N T I E M E
    Grace à expressio et ses commentatateurs, chaque jour, je me couche moins bête qu’en me levant le matin.
    encore 999 et nous lirons la 2000ème. Quel plaisir !
    Très très bonne journée à tous