Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

tenir les cordons du poêle [v]

marcher à côté du cercueil à un enterrement

Origine et définition

En général, une poêle est tenue par un cordon bleu. Mais cet objet n'a rien à voir avec un poêle et il est rare qu'on tienne le cordon bleu pendant qu'il cuisine. On admettra donc à regret qu'il ne s'agit pas ici de cet ustensile de cuisson.
Comme l'usage de notre expression est lié à un enterrement, peut-être peut-on chercher quelque chose du côté de l'incinération : un poêle à charbon ? un poêle à bois[1] ? un poil dans la main ?
Eh bien non, vous n'y êtes pas du tout !

Autrefois, tenir les cordons du poêle, c'était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil.
Car le 'poêle', entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l'autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Aujourd'hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu'ils tiennent les cordons du poêle.

[1] Cela me rappelle une ancienne photo vue récemment, prise en Bretagne dans les années 30, où un autocar bondé transportait un poêle parmi les nombreux bagages placés sur sa galerie de toit. La légende de la photo, d'une banalité affligeante, était tout simplement : "Vannes : un autocar de l'entre-deux guerres". Si le journaliste avait eu un peu plus d'imagination, elle aurait pu être : "Le poêle à bois et le car à Vannes passent". [2]

[2] Oui, je sais... mais comme le sujet est grave il faut bien tenter de dérider un peu l'assistance avec quelque vanne (plus ou moins) bien sentie, non ?

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais (USA) to be a pallbearer être un porteur du poêle
Catalan portar les andòries emmener les cordons
Latin Tubos ignis tene. Tenez les lances à incendie.
Néerlandais slippendrager zijn être porteur des Basques
Roumain a purta praporii/steagurile porter les drapeaux (funerares)
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Commentaires sur l'expression « tenir les cordons du poêle » Commentaires

  • #21
    cotentine
    13/09/2008 à 01:48
    Aujourd’hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu’ils tiennent les cordons du poêle.
    tout dépend de la religion, des "volontés" exprimées par le défunt ou la famille et s’il s’agit d’une inhumation ou d’une crémation ! ... avec cérémonie religieuse ... ou pas !
    à l’époque actuelle, les gens raisonnables et prévoyants, ont déjà planifié leur "départ"
    Prévoir et en informer ses proches quand on est encore bien vivant et en assez bonne santé ne fait pas mourir ! et préparer ses zobs secs obsèques simplifie grandement la vie des "parents" (enfants ou autre famille) et de l’entourage ... et y’a même pas le choix dans la date !
    pour une crémation, point n’est besoin de poêle / drap funéraire, ni cortège, ni se disputer pour savoir qui mérite le plus de tenir les cordons ... le "poêle" du crématorium est assez efficace pour donner ensuite une urne remplie de cendres stériles
    Les rites diffèrent selon les individus. Ce drap funéraire est-il vraiment toujours d’actualité ?
    * Les indiens préparent un bûcher et la crémation se fait en plein air : pas de poêle ...
    * Les amérindiens (Les Hurons par exemple) enveloppaient leurs morts dans des tuniques de peaux de castor et les déposaient sur des plates formes à trois ou quatre mètres de haut.
    Bon, je m’égare, nous sommes sur un site d’Expressio-ns françaises ... désolée de cette digression 😕 ... suis encore hors sujet ! 😄
  • #22
    PHILO_LOGIS
    13/09/2008 à 08:10
    Tenir les cordons du poêle.
    Avec tout ce qui a déjà été dit,
    Les idées nouvelles risquent fort de mettre les voiles,
    Et cela devient vachement compliqué, pardi!
    Et pourtant, si l’on pense à quelque marque de pneumatique,
    On pourrait dire "tenir les corps, don du Pou Al (Gore?)"
    Et même si cela n’est pas toujours automatique,
    Personne ne pourra me dire que j’ai tout-à-fait tort.
  • #23
    tytoalba
    13/09/2008 à 09:11
    La langue française est bien jolie. Larousse me donne trois origines latines différentes pour le mot "poêle"
    - pensilis qui signifie suspendu
    - pallium qui signifie manteau
    - patella qui signifie plat
    notre poêle à frire ou à crêpe cumulerait donc deux définitions puisqu’il s’agit d’un plat que l’on peut suspendre.
    Chirstian vous a déjà parlé du poêle de mariage. A partir du XV ème siècle, le poêle est également le dais portable qui accompagne le saint sacrement lors des processions.
    Ne pourrait-on donc pas dire qu’on peut tenir les cordons du poêle à d’autres occasions que pour un service funéraire.
  • #24
    Emeu29
    13/09/2008 à 09:21
    C’est tellement vrai... plus le choix dans la date quand on est parti !
    Aux obsèques du prieur, de pieux voiles cachaient le bout de la tresse !
    Pourtant tenir les poils, don du corps...
    Amis contrepoètes, bon samedi 😉
  • #25
    renoir2
    13/09/2008 à 09:37
    • En réponse à cotentine #21 le 13/09/2008 à 01:48 :
    • « Aujourd’hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu’ils tiennent les cordons du poêl... »
    "ce drap funéraire est-il toujours d’actualité ?" même lorsqu’il y a crémation, du moins dans ma campagne, il y a presque toujours une cérémonie religieuse avant, permettant de réunir les proches; le drap funéraire est alors utilisé au cours de cette cérémonie.
  • #26
    syanne
    13/09/2008 à 09:50*
    Notre poêle du jour vient du bas-latin palliu (
  • #27
    PHILO_LOGIS
    13/09/2008 à 10:13
    • En réponse à syanne #26 le 13/09/2008 à 09:50* :
    • « Notre poêle du jour vient du bas-latin palliu ( »
    Cette définition fut bien sûr trouvée sur le Mont Bas-latin 😄
  • #28
    syanne
    13/09/2008 à 10:14*
    • En réponse à tytoalba #23 le 13/09/2008 à 09:11 :
    • « La langue française est bien jolie. Larousse me donne trois origines latines différentes pour le mot "poêle"
      - pensilis qui signifie suspend... »
    Impossible, depuis tout à l’heure, de modifier ou même inscrire une contribution. Alors j’essaie en passant par la voie "répondre à", d’autant que mon petit développement ne fait que compléter le tien, Tyto... merci de m’héberger !
    ... Encore raté ! Vous ne perdez rien, bien sûr, mais moi je m’agace un peu à ne plus savoir comment me servir de mon expressio...
  • #29
    mickeylange
    13/09/2008 à 10:15
    CETTE EXPRESSION VIENT DE LA MARINE
    Le cercueil était porté par des marins, et entouré par les autorités de Saint-Malo, qui tenaient les cordons du poêle funèbre (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1848, p.166).

    TLFI
  • #30
    syanne
    13/09/2008 à 10:17*
    • En réponse à PHILO_LOGIS #27 le 13/09/2008 à 10:13 :
    • « Cette définition fut bien sûr trouvée sur le Mont Bas-latin 😄 »
    Je n’arrive plus à remonter la pente de mon(t) Bas-latin... J’essaie chez toi, Filo !
    Notre poêle du jour vient du bas-latin palliu (latin classique pallium = manteau, couverture, tenture). Il s’écrivait paile en ancien français puis le groupe ai, comme dans d’autres mots savants d’emprunt ancien, est passé à oi, prononcé wa.
    La poêle (à frire, à crêpes...), quant à elle, qui vient de patella (= patelle, petit plat, assiette), s’écrivait au moyen âge, et encore chez Montaigne, paele, ce qui nous rappelle la paella espagnole (une idée menu pour demain ?).
    En ce qui concerne le poêle (à bois, par exemple), dont l’étymon est pensilis, voici ce que dit Bourciez :
    "Par confusion avec deux autres mots de forme similaire, mais d’origine et de sens très distincts (poêle "dais" et poêle à frire [...], on écrit aussi ordinairement poêle (ancien français poisle = pensile) pour le terme qui désigne un fourneau de chauffage."
    Aucun rapport étymologique, donc, entre ces trois homonymes.
    Quant à l’homophone poil... ce sera pour un autre samedi.
  • #31
    tytoalba
    13/09/2008 à 10:38
    • En réponse à syanne #28 le 13/09/2008 à 10:14* :
    • « Impossible, depuis tout à l’heure, de modifier ou même inscrire une contribution. Alors j’essaie en passant par la voie "répondre à", d’auta... »
    merci de m’héberger
    Mais de rien, il y a assez de place pour tous. Et en attendant, je te propose un expresso (sans i, comme dirait ThanBach), à la cafetière italienne bien sûr, pas un de ses cafés à la Georges Whatelse.
  • #32
    chirstian
    13/09/2008 à 11:18
    • En réponse à syanne #30 le 13/09/2008 à 10:17* :
    • « Je n’arrive plus à remonter la pente de mon(t) Bas-latin... J’essaie chez toi, Filo !
      Notre poêle du jour vient du bas-latin palliu (latin c... »
    ciel ! Syanne qui se propose de revenir avec un homophone à poils , et tyto la blanche qui accepte de les héberger.
    Ce site n’est plus ce qu’il tentait d’être...
  • #33
    chirstian
    13/09/2008 à 11:32
    l’expression était à l’origine : tenir les corps chauds grâce au poêle. Et son sens était clair. Cette chaleur a été célébrée comme un don du poêle , transformant l’expression en : "tenir les corps chauds - don du poêle".
    Mes sources ne disent pas à quel moment le poêle s’est éteint, mais, de fait, l’expression a été raccourcie en l’actuel : "tenir les corps -don du poêle" , livrée aux méfaits de l’homophonie selon des mécanismes que Syanne connaît bien.
    PS: et quand je compare mon message n° 2 du 6 juin 2006 à celui-ci , je confirme : ce site n’est plus ce qu’il tentait d’être. Faudrait pas vieillir !
  • #34
    syanne
    13/09/2008 à 11:39
    • En réponse à chirstian #32 le 13/09/2008 à 11:18 :
    • « ciel ! Syanne qui se propose de revenir avec un homophone à poils , et tyto la blanche qui accepte de les héberger.
      Ce site n’est plus ce... »
    revenir avec un homophone à poils

    C’est, tu l’auras deviné, que je ne suis pas homophonophobe, que l’homo soit -phone, -nyme - ou - graphe, à poil ou à vapeur.
  • #35
    cotentine
    13/09/2008 à 12:16
    Tonton Georges, ’scuse-nous ! t’es pas oublié ... tu as chanté "les quat’z’arts cette page 😎
    " .....
    Le mort ne chantait pas : "Ah ! c’qu’on s’emmerde ici !"
    Il prenait son trépas à cœur, cette fois-ci
    Et les bonshomm’s chargés de la levée du corps
    Ne chantaient pas non plus "Saint-Eloi bande encor !"
    Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
    Le macchabée semblait tout à fait mort. Bravo !
    Ce n’étaient pas du tout des filles en tutu
    Avec des fess’s à claque et des chapeaux pointus
    Les commères choisies pour les cordons du poêle
    Et nul ne leur criait: "A poil ! A poil ! A poil !"
    ... "
  • #36
    tytoalba
    13/09/2008 à 13:13
    • En réponse à chirstian #33 le 13/09/2008 à 11:32 :
    • « l’expression était à l’origine : tenir les corps chauds grâce au poêle. Et son sens était clair. Cette chaleur a été célébrée comme un don d... »
    Dis donc toi le sélénite, après tes explications, c’est toi qui dit que le site a changé ? Non mais. Et puis il n’a pas changé, il a tout simplement évolué. Et qui n’évolue pas, fini par mourir. Tu ne voudrais quand même pas tenir les cordons du poêle d’Expressio, mmhhhhh.
  • #37
    AnimalDan
    13/09/2008 à 13:21
    • En réponse à cotentine #35 le 13/09/2008 à 12:16 :
    • « Tonton Georges, ’scuse-nous ! t’es pas oublié ... tu as chanté "les quat’z’arts cette page 😎
      " .....
      Le mort ne chantait pas : "Ah ! c’qu’on... »
    Ce qui est bien avec Tonton (le Grand...), c’est qu’il a à peu près tout chanté... Je crois que l’on pourrait illustrer chaque expressio(n) de chaque jour, toute l’année rien qu’avec son répertoire... et il en resterait ! 🙂
  • #38
    AnimalDan
    13/09/2008 à 13:33*
    • En réponse à AnimalDan #37 le 13/09/2008 à 13:21 :
    • « Ce qui est bien avec Tonton (le Grand...), c’est qu’il a à peu près tout chanté... Je crois que l’on pourrait illustrer chaque expressio(n)... »
    Dans les rues du Havre
    Poêle au cadavre
    Passait un enterrement
    Poêle au sacrement
    En tête venait le curé
    Poêle aux regrets
    Derrière, ma femme
    Poêle à Notre-Dame
    Assistée de mes maîtresses
    Poêle à confesse
    Distribuait des oignons
    Poêle à la communion
    Et tous les copains hilares
    Poêle à Lazare
    Tirant les cordons
    Poêle au bourdon
    Attendaient que j’entonne
    Poêle à la couronne
    Quelque refrain sacrilège
    Poêle au cierge
    Mais je suis resté couché
    Poêle à l’archevêché
    Et n’ai pas cligné un oeil
    Poêle au cercueil
    Et eux sont restés couillons
    Poêle au goupillon
    Buvez donc à ma santé
    Poêle à l’éternité
    Que je leur ai dit
    Poêle au paradis
    Dans la mort faut pas s’en faire
    Poêle évidemment à l’enfer
  • #39
    <inconnu>
    13/09/2008 à 16:16
    Mon père tenait, lui, le licol du cheval qui tirait le corbillard.
    Il le retenait comme il pouvait, car celui-ci dans la pente qui descendait au cimetière, se mettait à trotter.
    Les chandelles noires, aux quatre coins, dansaient, les pompons valsaient, papa se suspendait comme il pouvait à son canasson...
    Les enterrements se terminaient en une ( non, pas joyeuse quand même...) amusante débandade.
    Comme ça c’était expéditif!
  • #40
    <inconnu>
    13/09/2008 à 22:37
    • En réponse à AnimalDan #38 le 13/09/2008 à 13:33* :
    • « Dans les rues du Havre
      Poêle au cadavre
      Passait un enterrement
      Poêle au sacrement »
    Voui!!!
    J’aime!
    Bravo pour la rime!