Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Aller sur la haquenée des cordeliers

Se déplacer à pied, un bâton à la main.

Origine

Voilà une expression quelque peu tombée en désuétude dont les différents mots nécessitent individuellement une explication qui ne suffira probablement pas à faire naturellement comprendre leur usage ici combiné.
La haquenée, d'abord. C'est au XIVe siècle que le mot apparaît, désignant, selon le Robert « un cheval ou jument de taille moyenne, d'allure douce, allant l'amble, que montaient les dames ». Autrement dit, c'est un canasson. Au figuré, le mot a ensuite désigné celle qu'on désigne aujourd'hui péjorativement par le terme jument, à savoir une femme grande, forte et peu attirante.
Ceci précisé, il semble pour l'instant assez difficile de faire un lien quelconque avec la signification notre expression.
Alors pour essayer d'avancer, nous allons passer au cordelier. Ceux qui sont férus d'histoire, et de la révolution française en particulier, se rappelleront le Club des Cordeliers auquel appartenaient Danton et Marat[1]. Mais s'ils s'appelaient ainsi, c'est parce que leurs réunions avaient lieu dans l'ancien réfectoire du couvent des Cordeliers, ces derniers étant des moines ou religieuses franciscains, ordre fondé par saint François d'Assise, appelés ainsi en raison de la corde (ou cordelière) à trois nœuds qu'ils portaient autour de leur taille.
Voilà qui, en apparence, ne nous avance pas beaucoup plus. Mais nous avons les briques ; il ne nous reste plus qu'à y mettre un peu de mortier pour les faire tenir ensemble.
Il se trouve que les Franciscains, ordre de moines mendiants, lorsqu'ils se déplaçaient, le faisaient à pied en s'aidant d'un bâton, moyen pratique de limiter les gamelles et d'aider à un bon équilibre dans des passages difficiles. Ils n'étaient certes pas les seuls à procéder ainsi, mais il se trouve qu'en Espagne, ainsi que nous l'explique en 1650 Gilles Ménage dans son Les origines de la langue françoise, cela a valu à leur bâton l'appellation ironique de caballo de San Francisco ou, en bon français, « cheval de saint François ». En effet, puisque les Franciscains se déplaçaient à pied et non à cheval, c'est leur bâton qui, aux yeux des observateurs plus ou moins moqueurs, faisait office de monture.
Vous avez maintenant compris quel est le mortier : dans l'appellation française des mêmes religieux se déplaçant pedibus cum jambis, le cheval a été remplacé par la haquenée, et saint François par ses cordeliers eux-mêmes. Le bâton ainsi nommé « la haquenée des cordeliers » est donc devenu plus généralement le moyen de locomotion sur lequel se déplacent ceux qui vont pédestrement un bâton à la main.
[1] Mais les Lyonnais penseront bien sûr immédiatement à leur place des Cordeliers, située entre la Saône et le Rhône, à proximité du pied de la Croix-Rousse.

Exemple

« Ou s'en alla-t-il à pied, comme on disait alors, sur la haquenée des cordeliers ? Joie et enseignement de la route ! L'homme qui avance de son pas souple de montagnard, le bâton à la main, contemple les méandres des ruisseaux, les humbles prés émaillés de petites fleurs, les grands arbres, les frontons des cathédrales. »
André de Hevesy - Pèlerinage avec Léonard de Vinci - 1939

Ailleurs

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Auf Schusters Rappen reisen Voyager sur les chevaux (noirs) du cordonnier
Angleterre Anglais To ride a bayard of ten toes Chevaucher un cheval à dix orteils
Angleterre Anglais To ride by Mr Foots horse Chevaucher le cheval Monsieur Pieds
Angleterre Anglais To take (or ride) shank's pony Prendre (ou aller sur) le poney du jarret
Canada Anglais Take the ankle express Prendre l'express des chevilles (expression militaire canadienne)
États-Unis Anglais To hoof it Aller a sabot (d'animal)
États-Unis Anglais To take shanks' mare Prendre la jument du jarret
Argentine Espagnol Un poquito caminando y otro poquitito a pie Un petit peu en marchand et autre tout petit peu à pied
Espagne Espagnol El tren de San Fernando, un ratito a pie y el otro andando Le train de Saint Ferdinand, un petit moment à pied et l'autre en marchant
Espagne Espagnol Ir en los caballos de San Francisco Aller sur les chevaux de saint François
Italie Italien Andare con il cavallo di San Francesco Aller avec le cheval de Saint François
Belgique Néerlandais Met de apostelpaarden Avec les Chevalier des apôtres
Pays-Bas Néerlandais Met de benenwagen Par la voiture des jambes
Pays-Bas Néerlandais Stiefelen / tippelen Aller à pied ((expression vieillotte)
Roumanie Roumain Per pedes (apostolorum) A pied (comme les apôtres) - utilisée en latin
Suède Suédois Använda apostlahästarna Utiliser les chevaux des apôtres
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Déformée

  • Râler sur l'acnée des corps de laids

Commentaires sur l'expression « Aller sur la haquenée des cordeliers » Commentaires

  • #1
    • jurass
    • 07/10/2011 à 03:34
    Tu m’étonnes qu’il n’y ait aucun commentaire ! Là, God a fait très fort et il y a de quoi rester coi. Personnellement, une expressio comme ça sans prévenir, me rembourse largement de mon abonnement.
    Même Johnny ne va pas oser broder sur le thème Ah que n’ai des cordes liées
  • #2
    • Bouba
    • 07/10/2011 à 05:49
    Non mais d’ou qu’elle sort celle là ??.....Voilà des années que je pratique la randonnée pédestre et j’ignorais totalement que j’allais sur la haquenée des cordeliers.......
  • #3
    • Bouba
    • 07/10/2011 à 05:52
    Deux ados pré-pubères connaissent leurs premiers émois, peut on parler de l’acné des corps d’eux liés ?
  • #4
    • deLassus
    • 07/10/2011 à 05:52
    Voir le bandeau en haut de page : "Vous en avez révé, Expressio l’a fait !"
    Bigre !!! Plus que 15 jours à attendre... Tiendrons-nous le coup ? Après Similaires et Déformées, que nous prépare encore l’immense God ?
  • #5
    • Bouba
    • 07/10/2011 à 06:07
    • En réponse à deLassus #4 le 07/10/2011 à 05:52 :
    • « Voir le bandeau en haut de page : "Vous en avez révé, Expressio l’a fait !"
      Bigre !!! Plus que 15 jours à attendre... Tiendrons-nous le coup... »
    Exactement la question que je me suis posé! mais quoi t’es ce qu’y va nous sortir de son sac à malices ??
  • #6
    • DiwanC
    • 07/10/2011 à 07:00*
    M’ suis trompée... Désolée 🙂
  • #7
    • DiwanC
    • 07/10/2011 à 07:01*
    Non mais d’où qu’elle sort celle-là ?? demande Boubacar. (@2)

    Du diable vauvert, à n'en pas douter !
    La haquenée ? Jamais entendu parler de cette bête-là ! D’où plongée matinale dans le Dico. historique de la langue française.
    Le mot apparaît à l’écrit vers 1360 ; il est emprunté aux Perfides (comme aurait pu dire Elpepe) : nom d’une bourgade de la région londonienne réputée pour l’élevage des chevaux.
    « Que nenni ! » dit Pierre Guiraud* qui retrouve, lui, la forme latine haqueneia : ce sont les Anglais qui ont utilisé le mot français « haquenée ». Bon ! Nous voici reviendus au point de départ !
    Alain Rey ajoute que « haquenée » n’est plus en usage depuis la fin du XVIe mais reste évocateur du moyen âge, comme « destrier » ou « palefroi ».
    « Haquenée » me fait penser à « haridelle » plus connu. Deuxième plongeon !
    Le mot est aperçu chez Villon vers 1460, dit Rey, et serait peut-être d’origine germanique. Villon l’emploie au figuré pour désigner une « grand femme sèche et maigre ». Ah ! que nous v’là à nouveau reviendus au point de départ.
    En bonne petite expressionnaute que j’essaie d’être, suis allée voir « cordelier » et j’ai retrouvé le moine franciscain de God.
    Il y a deux jours, nous étions sur la corde raide... Aujourd’hui, nous voici sur la corde liée !
    • linguiste, forcément distingué (1912-1983). Auteur, entre autres publications, du Dictionnaire des étymologies obscures.
  • #8
    • joseta
    • 07/10/2011 à 08:18*
    Aujourd’hui c’est vendredi et comme disait Obama: ’Yes, week-en’d’, que je vous souhaite excellent à toutes et à tous. Et, pourquoi pas, faites quelque excursion dans un paysage subtil, pénétrant, où il y ait, de préfèrence un lac, car: Là où lac nait, décor délié...
  • #9
    • Bouba
    • 07/10/2011 à 08:42
    • En réponse à joseta #8 le 07/10/2011 à 08:18* :
    • « Aujourd’hui c’est vendredi et comme disait Obama: ’Yes, week-en’d’, que je vous souhaite excellent à toutes et à tous. Et, pourquoi pas, fai... »
    Ou si vous souffrez des pieds allez à l’opéra voir Lakmé et profitez en pour vous enlever les chaussures car Lakmé, des cors déliés.......Qu’est ce t’en penses Joseta ?
  • #10
    • SyntaxTerror
    • 07/10/2011 à 08:53
    • En réponse à Bouba #2 le 07/10/2011 à 05:49 :
    • « Non mais d’ou qu’elle sort celle là ??.....Voilà des années que je pratique la randonnée pédestre et j’ignorais totalement que j’allais sur... »
    Moi non plus.
    Maintenant on utilise des machins télescopiques avec des embouts ou des rondelles.
    Faut dire que le risque de se faire dépouiller a légèrement baissé et on n’a plus tellement besoin de transformer le bâton en arme défensive.
  • #11
    • mitzi50
    • 07/10/2011 à 08:57*
    • En réponse à Bouba #9 le 07/10/2011 à 08:42 :
    • « Ou si vous souffrez des pieds allez à l’opéra voir Lakmé et profitez en pour vous enlever les chaussures car Lakmé, des cors déliés.......Qu... »
    Au fond, pourquoi pas...Un bourdon est aussi bien le bâton des pèlerins qu’ une grosse cloche. Pour l’ air des clochettes (et non des chaussettes) de Lakmé voir... Nathalie Dessay sur youtube. Passque les liens que je choisis, ça veut jamais s’ afficher correctement !
  • #12
    • joseta
    • 07/10/2011 à 08:58
    • En réponse à Bouba #9 le 07/10/2011 à 08:42 :
    • « Ou si vous souffrez des pieds allez à l’opéra voir Lakmé et profitez en pour vous enlever les chaussures car Lakmé, des cors déliés.......Qu... »
    Lakmé est un opéra pour jeunes, comme tu dis plus haut, Lakmé juvénile...et j’appuie sur le ’bouton’ réponse....
  • #13
    • OSCARELLI
    • 07/10/2011 à 09:05
    • En réponse à deLassus #4 le 07/10/2011 à 05:52 :
    • « Voir le bandeau en haut de page : "Vous en avez révé, Expressio l’a fait !"
      Bigre !!! Plus que 15 jours à attendre... Tiendrons-nous le coup... »
    Soulevons donc un brin un coin du voile (non, pas celui de la nonne).
    Regardons bien l’intervention #7: c’est Germaine qui s’entraîne, avant de reprendre le site, au début pour les périodes de week-ends, vacances ou en cas d’empêchement.
    Vay-y, Germaine, continue, change pas de main demain.
  • #14
    • OSCARELLI
    • 07/10/2011 à 09:06
    • En réponse à SyntaxTerror #10 le 07/10/2011 à 08:53 :
    • « Moi non plus.
      Maintenant on utilise des machins télescopiques avec des embouts ou des rondelles.
      Faut dire que le risque de se faire dépouil... »
    Tu te ballades pas souvent sur les quais des stations de métro, toi, hein?
  • #15
    • SyntaxTerror
    • 07/10/2011 à 09:08
    le Club des Cordeliers

    Sur le site se situe maintenant l’Institut des Cordeliers cette page rattaché à Paris 6 Pierre et Marie Curie.
    Il se situe non loin de l’Odéon, Rue de l’école de médecine, euh ... en face de l’école de médecine qui est, elle, rattachée à Paris 5 René Descartes.
  • #16
    • SyntaxTerror
    • 07/10/2011 à 09:13
    • En réponse à OSCARELLI #14 le 07/10/2011 à 09:06 :
    • « Tu te ballades pas souvent sur les quais des stations de métro, toi, hein? »
    Si justement !
    Je suis un fanatique des transports en commun (en dehors de la randonnée).
    Par ailleurs, le mythe de l’agression dans le métro est totalement fanstamatique, rapporté au nombre de passagers, le risque est moins important qu’en surface.
    Enfin, je rappelle que plus de 90 pour 100 des homicides ont lieu à domicile entre membres de la même famille.
    Allez en paix.
  • #17
    • chirstian
    • 07/10/2011 à 09:15
    on mène la haquenée à l’étalon, mais on va sur la haquenée. Ha que oui ! Et la haquenée préfère marcher sur la corde liée que sur la corde raide. Ça se tient, non ? Mais jumentirai en disant que je connaissais l’expression.
  • #18
    • chirstian
    • 07/10/2011 à 09:39
    les pèlerins tenaient un bâton à la main -et de l’autre ils égrenaient leur chapelet ou astiquaient leur pèlerine. Les cordeliers remplaçaient le chat pelé par une corde à noeud, pour mieux la grimper mais conservaient l’usage du bâton.( Sauf Justin Bridoux qui le remplaçait par un saucisson mais il était jésuite-berger.) Quant aux sorcières elles prenaient un bâton, à poils, et se le carraient entre les miches. Le balai , oh c’est dard, était né, ah que né! Et le Grand Sabbat mêlait dans le stupre et la fornication les corps liés et les corps déliés. Le God-miches est l’avatar que les femmes continuent à prendre par le bon bout. Mais les femmes ne sont plus ce qu’elles étaient, tous les balais vous le diront !
  • #19
    • SyntaxTerror
    • 07/10/2011 à 10:04
    • En réponse à chirstian #18 le 07/10/2011 à 09:39 :
    • « les pèlerins tenaient un bâton à la main -et de l’autre ils égrenaient leur chapelet ou astiquaient leur pèlerine. Les cordeliers remplaçaie... »
    Difficile d’échapper au bâton de Berger, cher à Véronique Sanson et France Gall.
    Bon, je me suis sacrifié.
  • #20
    • deLassus
    • 07/10/2011 à 10:26
    • En réponse à mitzi50 #11 le 07/10/2011 à 08:57* :
    • « Au fond, pourquoi pas...Un bourdon est aussi bien le bâton des pèlerins qu’ une grosse cloche. Pour l’ air des clochettes (et non des chauss... »
    Voici le lien que tu souhaites : l’air des clochettes de Lakmé, par N. Dessay.
    Ecouter et voir cette page, en espérant que pour moi ça marchera.