Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

avoir les yeux de Chimène [v]

éprouver un fort intérêt pour quelque chose ou pour quelqu’un ; éprouver une passion ; être passionné par quelqu'un ou quelque chose

Origine et définition

Ceux qui sont passés par le lycée se souviennent certainement de la pièce de Corneille "Le Cid" dont le personnage principal[1] est inspiré par un guerrier ayant réellement existé au XIe siècle, Rodrigo Díaz de Bivar dit le Cid Campéador ().
Dans cette pièce, Rodrigue, surnommé Le Cid, est le fils de Don Diègue, rival du Comte de Gormas dont la fille, Chimène, est amoureuse de Rodrigue (et inversement). Mais ce dernier est partagé entre son amour et son intention de venger l'honneur de son père humilié par le Comte.
À la fin, Chimène condamne Rodrigue qui a assassiné son père.
Les premières représentations de la pièce, au début de l'an 1637, sont un triomphe. Mais elle est vite critiquée par des auteurs rivaux ainsi que par Richelieu.
Boileau, qui la défend, écrira :
« En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue »
Car tout Paris, effectivement, évoque le dilemme (cornélien, bien sûr !) de Rodrigue.
Mais, comme tout est bien qui finit presque bien (sauf pour le Comte), l'amour que Chimène porte à Rodrigue lui fait en partie pardonner son acte, d'autant plus que, pendant un moment, elle le croit mort.
La fin reste ouverte : Chimène retombera-t-elle vraiment dans les bras de Rodrigue alors que le roi lui demande de l'épouser ? L'histoire ne le dit pas car Corneille n'a pas écrit "Le Cid II - Le retour".
Si les yeux de Chimène sont d'abord ceux d'une femme amoureuse, qui finit généralement par pardonner, l'expression a pris un sens figuré pour désigner un intérêt certain pour quelque chose ou quelqu'un.
[1] Qui, je tiens à le préciser pour certains, n'était ni Breton, ni brute.

Compléments

On oublie parfois que le Comte, un des personnages de la pièce, était féru d'informatique.
Et pourtant, il en reste cette fameuse scène :
« - À moi Comte, deux mots, connais-tu bien ton dièse ? »
À ces mots, le Comte ne se sentit plus de joie
Et, de ses doigts habiles, tapa AltGr 3
Bien entendu, seuls ceux qui ont un clavier purement français peuvent reproduire cette scène cruciale hélas coupée au montage initial de la pièce.

Exemples

« C'était un beau garçon joufflu, haut en couleur, large d'épaules, ayant l'air heureux d'être au monde et enchanté de sa robuste personne ; le type complet d'un Rodrigue de village pour qui tout Gigondas aurait eu les yeux de Chimène. »
A. de Pontmartin - Les jeudis de Madame Charbonneau - 1862

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais (USA) to be moon-eyed avoir les yeux comme la lune
Espagnol (Espagne) mirar con buenos ojos regarder avec de bons yeux
Espagnol (Espagne) mirar con los ojos de Jimena voir avec les yeux de Chimène
Espagnol (Espagne) ver con muy buenos ojos voir avec de très bons yeux
Latin Oculi Chimene chez Germaine, oculiste
Néerlandais er hebberig uitzien avoir mine de ''vouloir avoir
Néerlandais zijn oog op iets of iemand laten vallen jeter son oeil sur quelque chose ou quelqu'un
Roumain a pierde din ochi perdre des yeux
Roumain a sorbi din ochi / cu ochii sucer/absorber des /avec les yeux
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Commentaires sur l'expression « avoir les yeux de Chimène » Commentaires

  • #41
    Elpepe
    27/05/2009 à 15:09
    • En réponse à <inconnu> #40 le 27/05/2009 à 14:50* :
    • « J’ai produit et vendu du théâtre scolaire durant 30 ans (1968-1999). Durant cette période, j’ai vu l’intérêt des « grands scolaires » (lycée... »
    Quand j’étais ado, il y a neuf lustres, il me faisait aussi tartir. Comme le gars Totor, qui pondait tellement d’alexandrins au kilomètre que tu n’en voyais jamais le bout !
  • #42
    <inconnu>
    27/05/2009 à 15:14
    • En réponse à Elpepe #41 le 27/05/2009 à 15:09 :
    • « Quand j’étais ado, il y a neuf lustres, il me faisait aussi tartir. Comme le gars Totor, qui pondait tellement d’alexandrins au kilomètre qu... »
    Totor, je l’avais surnommé "le robinet"! Mais j’ai une grande faiblesse pour lui, plus encore pour ses romans que sa poésie.
  • #43
    Elpepe
    27/05/2009 à 15:23
    • En réponse à <inconnu> #42 le 27/05/2009 à 15:14 :
    • « Totor, je l’avais surnommé "le robinet"! Mais j’ai une grande faiblesse pour lui, plus encore pour ses romans que sa poésie. »
    Le problème de Totor poète, c’est la logorrhée irrépressible, dans des trucs genre "à celle qui est restée en France", dont la lecture fait naître en toi, qui as envie de vivre, des envies suicidaires.
  • #44
    SyntaxTerror
    27/05/2009 à 15:44
    • En réponse à <inconnu> #3 le 27/05/2009 à 00:20 :
    • « J’ai beaucoup mieux... Georges Fourest, La négresse blonde:
      Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
      Est en deuil : pour jamais dort couché... »
    " Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! "

    Ben voilà, je me serais levé plus tôt, je ne me serais pas fait griller.
    A noter que ce titre a été repris par un film (parodique) de série Z .
    Il est ressorti sous un autre titre encore plus navrant :
    Arrête de ramer, t’attaques la falaise.
  • #45
    Elpepe
    27/05/2009 à 16:06
    • En réponse à SyntaxTerror #44 le 27/05/2009 à 15:44 :
    • « " Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! "
      Ben voilà, je me serais levé plus tôt, je ne me serais pas fait griller.
      A noter que ce tit... »
    Ben oui ! Corneille, la seule façon de le rendre buvable, c’est de le parodier pour dérider le lecteur-spectateur. C’est mon avis, et je le partage. Qu’est-ce qu’il avait dans la tronche ? Il avait pas la baraka, le dramaturge, putaing cong !
    On est quand même mieux sur Expressio, eh ?
  • #46
    SyntaxTerror
    27/05/2009 à 16:11*
    • En réponse à SyntaxTerror #44 le 27/05/2009 à 15:44 :
    • « " Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! "
      Ben voilà, je me serais levé plus tôt, je ne me serais pas fait griller.
      A noter que ce tit... »
    Voici ce que demandait Fourest pour son enterrement :
    Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
    Placez entre mes mains nos livres décadents :
    Laforgue, Maldoror, Rimbaud, Tristan Corbière
    Mais pas de René Ghil : ça me fout mal au dents.
    Probablement visionnaire, qui se souvient de René Ghil ?
  • #47
    Elpepe
    27/05/2009 à 16:24
    • En réponse à SyntaxTerror #46 le 27/05/2009 à 16:11* :
    • « Voici ce que demandait Fourest pour son enterrement :
      Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
      Placez entre mes mains nos livres décadents... »
    Google et Wikipedia ! Si, si...
  • #48
    SyntaxTerror
    27/05/2009 à 16:36
    Ah, les yeux de Sophia Loren pour Charlton Heston en 1961 !
    Et filmés par Anthony Mann, après une brassée de westerns de légende !
  • #49
    Elpepe
    27/05/2009 à 16:43
    Rodrigue a les yeux de Chimène pour Chimène : illogique.
    Chimène a les yeux de Chimène pour Rodrigue : tautologique.
    Bref, le père Corneille nous aura bien fait suer, comme d’hab, hein !
  • #50
    <inconnu>
    27/05/2009 à 16:44
    • En réponse à SyntaxTerror #46 le 27/05/2009 à 16:11* :
    • « Voici ce que demandait Fourest pour son enterrement :
      Etendez-moi rigide au fond de cette bière,
      Placez entre mes mains nos livres décadents... »
    Tu crois vraiment que beaucoup de gens ont entendu parler de Fourest?
    Qui devait avoir un curieux rapport avc la mort... Je ne connaissais pas les quatre vers que tu cites, mais du même dans sa jeunesse, je viens de retrouver ceux-là:
    Que mon enterrement soit superbe et farouche.
    Que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement,
    Et que Sadi Carnot ouvrant sa large bouche
    Se dise : « Nom de Dieu ! le bel enterrement ! »
  • #51
    SyntaxTerror
    27/05/2009 à 17:04
    • En réponse à <inconnu> #50 le 27/05/2009 à 16:44 :
    • « Tu crois vraiment que beaucoup de gens ont entendu parler de Fourest?
      Qui devait avoir un curieux rapport avc la mort... Je ne connaissais p... »
    Ben, non, sans doute moins que de Pierre Corneille.
    Qui rédige les programmes scolaires ?
    L’extrait que tu cites se situe au début de son "Épître falote et testamentaire pour régler l’ordre et la marche de mes funérailles" de même que l’extrait que je cite.
  • #52
    <inconnu>
    27/05/2009 à 17:57*
    • En réponse à Elpepe #2 le 27/05/2009 à 00:13* :
    • « - Rodrigue, as-tu du cœur ?
      - Non, je n’ai qu’du carreau.
      Edmond Brua, La Parodie du Cid
      Et tiens, un autre morceau, tout en Pataouète ? »
    "pons de terre"
    moi j’ai eu mieux!
    Les bonditrres
    et la badada birée (purée de pomme de terres)
    🙂
  • #53
    Elpepe
    27/05/2009 à 18:05
    • En réponse à <inconnu> #52 le 27/05/2009 à 17:57* :
    • « "pons de terre"
      moi j’ai eu mieux!
      Les bonditrres
      et la badada birée (purée de pomme de terres) »
    Et c’est dans quelle langue ? Celle que je cite est le pataouète, couramment parlé là-bas, à Bab-El-Oued, par les Pieds-Noirs d’antan.
  • #54
    momolala
    27/05/2009 à 18:10
    • En réponse à SyntaxTerror #51 le 27/05/2009 à 17:04 :
    • « Ben, non, sans doute moins que de Pierre Corneille.
      Qui rédige les programmes scolaires ?
      L’extrait que tu cites se situe au début de son "É... »
    Je découvre Fourest dont je connaissais "Les sardines à l’huile" en croyant leur auteur beaucoup plus proche de nous dans le temps. C’est un texte qui ne vieillit pas, sur le plan des "toxiques restaurants" (voir cette page) que cette évocation des saintes sardines dont les yeux béants dans l’huile luisent, comme ceux de Chimène, de leur passion.
  • #55
    mickeylange
    27/05/2009 à 18:32
    • En réponse à momolala #54 le 27/05/2009 à 18:10 :
    • « Je découvre Fourest dont je connaissais "Les sardines à l’huile" en croyant leur auteur beaucoup plus proche de nous dans le temps. C’est un... »
    sardines dont les yeux béants dans l’huile luisent, comme ceux de Chimène, de leur passion.

    Tu les achètes où tes sardines à l’huile ?
    Moi je n’arrive pas à en trouver avec la tête. 🙂
  • #56
    momolala
    27/05/2009 à 18:56
    • En réponse à mickeylange #55 le 27/05/2009 à 18:32 :
    • « sardines dont les yeux béants dans l’huile luisent, comme ceux de Chimène, de leur passion.
      Tu les achètes où tes sardines à l’huile ?
      Moi... »
    C’est du surréalisme, mon bon Mickey ! comme Broodthaers l’imagina pour les moules (voir cette page) je peux te peindre des sardines à l’huile avec têtes et yeux béants...
  • #57
    Elpepe
    27/05/2009 à 19:00
    • En réponse à mickeylange #55 le 27/05/2009 à 18:32 :
    • « sardines dont les yeux béants dans l’huile luisent, comme ceux de Chimène, de leur passion.
      Tu les achètes où tes sardines à l’huile ?
      Moi... »
    Oh, c’est bien plus simple que Momolala le dit : quand tu achètes une boîte de sardines sans tête, elle n’achète, elle, que les têtes, car elle fait ses courses dans une épicerie spécialisée. Tu mords ?
  • #58
    mickeylange
    27/05/2009 à 19:05
    • En réponse à momolala #56 le 27/05/2009 à 18:56 :
    • « C’est du surréalisme, mon bon Mickey ! comme Broodthaers l’imagina pour les moules (voir cette page) je peux te peindre des sardines à l’hui... »
    chiche ! 😄
  • #59
    Elpepe
    27/05/2009 à 19:06*
    A vendre, têtes de sardines à l’huile d’olive vierge
    boîtes de 12 têtes, par lots de 12 boîtes.

    pour tout achat de 12 lots, la clé de 12 pour les ouvrir est offerte(1)
    (1) sinon, c’est un casse-tête !
  • #60
    Elpepe
    27/05/2009 à 19:08
    • En réponse à mickeylange #58 le 27/05/2009 à 19:05 :
    • « chiche ! 😄 »
    Là, tu lui fais tes yeux de merlan frit ?