Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

la perfide Albion [exp]

l'Angleterre ; la Grande-Bretagne

Origine et définition

Il y a toujours eu une certaine rivalité, sinon une rivalité certaine, entre la France et l'Angleterre ; au point que des qualificatifs divers et peu gentils ont été fréquemment utilisés par l'un et l'autre pour désigner le voisin.
L'adjectif 'perfide' semble être employé en premier par Mme de Sévigné[1] et Bossuet[2] au XVIIe siècle. Il est surtout dû à ce que la France considérait comme de la mauvaise foi et qui était régulièrement manifestée par le gouvernement anglais.
Si c'est juste après la révolution française, en 1793, qu'elle est apparue, c'est surtout au XIXe siècle que l'expression perfide Albion s'est répandue.
Mais pourquoi 'Albion', me direz-vous ? Eh bien même si vous ne me le dites pas, voici la réponse.
Cette appelation provient de deux sources.
La première est un rappel de ces falaises blanches, caractéristiques de la côte sud de l'Angleterre, que découvre en premier celui qui, venant de France, arrive en Angleterre. Or il se trouve que 'blanc', en latin, se dit 'albus'.
Mais cela n'aurait probablement pas suffi, si le géant Albion n'avait pas existé, au moins dans la mythologie. Ce personnage, fils de Neptune, fut tué par Hercule auquel il chercha à s'opposer lorsque ce dernier passa en Gaule. Le lien entre ce géant et l'Angleterre nous est donné par le poète de la Renaissance Edmund Spenser qui a évoqué » le puissant Albion, père du peuple vaillant et guerrier qui occupe les îles de la Bretagne » où la Bretagne n'est pas cette région française peuplée de Bretons aux chapeaux ronds, mais la Grande-Bretagne.
Vers 1860, Pierre Larousse précise que cette appellation ne s'utilise plus que sur un mode plaisant.
[1] « Le roi et la reine d'Angleterre sont bien mieux à Saint-Germain que dans leur perfide royaume. »
[2] « L'Angleterre, ah ! la perfide Angleterre que le rempart de ses mers rendait inaccessible... »

Exemples

« En fait, l'opinion se montrait très irritée de la mauvaise foi de l'Angleterre : celle-ci redevenait "la perfide Albion". »
Louis Madelin - Histoire du Consulat et de l'Empire, Avènement de l'Empire - 1937
« Je crois, pour ma part, que l'expérience ferait justice de l'argument des jésuites, en matière de liberté d'enseignement, comme elle a déjà fait justice de celui de la perfide Albion, en matière de liberté du commerce. »
Annales de l'Association internationale pour le progrès des sciences - 1864

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Albanais albioni perfid la perfide Albion
Allemand perfides Albion la perfide Albion
Anglais perfidious Albion la perfide Albion
Anglais perfidious albion perfide Albion
Espagnol (Espagne) la pérfida Albión la perfide Albion
Gallois yr hen elyn le vieil ennemi !
Grec η γηραιά Αλβιώνα la vieille Albion
Hongrois ködös Albion la brumeuse Albion
Italien la perfida Albione la perfide Albion
Néerlandais het perfide Albion la perfide Albion
Polonais perfidny Albion la perfide Albion
Roumain perfidul Albion la perfide Albion
Russe туманный Альбион albion brumeux
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Commentaires sur l'expression « la perfide Albion » Commentaires

  • atheofv
    01/07/2020 à 06:40*
    Un Anglais explique à un Français

    - Monsieur, je suis né anglais, je vis anglais et je mourrai anglais !

    - Mais vous n'avez donc aucune ambition ?
  • atheofv
    01/07/2020 à 06:46
    • En réponse à DiwanC #77 le 05/08/2011 à 00:59* :
    • « Perfide Germaine... t’as pas honte de montrer des trucs comme ça sur un site de si bonne tenue ?
      Faut pas exagérer ! Si voir Elisabeth hers... »
    Deux limousines se trouvent face à face dans une rue étroite.
    Les chauffeurs descendent et s'invectivent pour savoir qui reculera.

    - Monsieur je suis le chauffeur de la baronne de Winchester.

    Alors l'autre ouvre la portière arrière où se trouve la couenne Elizabeth et réplique :

    - Et çà c'est de la merde ?
  • deLassus
    01/07/2020 à 09:56
    C'est le jour idéal pour un bon breakfast :

    Image externe


    Help yourselves !
  • SyntaxTerror
    01/07/2020 à 11:01
    • En réponse à paperpy #54 le 08/06/2009 à 21:10 :
    • « hè oui quand je pense qu’ils ont brulerJeanne d’arc !!! »
    Les légendes, depuis Villon, ont la vie dure.
    C'est l'Eglise de Rome, qui voulait asseoir son pouvoir face aux royaumes, qui l'a fait brûler comme sorcière, hérétique et relapse . Les Anglais l'auraient pendue.
    Rappelons que d'après le traité de Troyes, les Anglais étaient parfaitement dans leur droit de revendiquer des territoires "Français".
  • le gone
    01/07/2020 à 11:12
    Le Brexit ! Encore une histoire mais je ne trouve pas d'humour Anglais..... Il n'y en pas alors !
  • Ratanak
    01/07/2020 à 17:08*
    En Albionie, les prunes ne sont pas des prunes françaises, mais des sèches prunes, autrement dit des pruneaux ; et les raisins ne sont pas des raisins français mais des secs raisins (de Corinthe, de Smyrne ou d'ailleurs). Sont-ils perfides, les albionais, pour ainsi cacher que ces fruits se dessèchent en traversant le Channel malgré leur humide climat, et par là tromper la clientèle.

    Une autre de leur perfidie : ne croyez pas que si vous commandez des scallops au restaurant, on va vous servir des escalopes. Vous verrez arriver des pétoncles...
  • Ratanak
    01/07/2020 à 17:29*
    En des temps bien anciens, où la Bretagne n'était pas encore vraiment l'Angleterre et où l'on y parlait encore françois, le Père Fide était un curé aux manières assez douteuses. On rapporte ainsi qu'il envoyait doucereusement ses grenouilles de bénitier en pélerinage ici ou là en France dans l'espoir que les froggies les mangeraient, l'en débarrassant ainsi, ce qui, vous l'avouerez, était manœuvre quelque peu perfide.

    Le Père Fide habitait le village d'Albion, village assez petit pour n'avoir pas de rue ni de place organisées aux habitations et lieux numérotés ; on lui écrivait donc simplement et en françois : "Père Fide, Albion" ; et les registres de ses supérieurs qui avaient vent des ses agissements firent similairement plusieurs fois mention du "perfide Père Fide, Albion".

    Mais les copistes de ces registres (on n'avait pas encore inventé le papier carbone ni la machine à écrire et encore moins la photocopieuse), un peu illettrés, peu portés sur la ponctuation, un peu pressés aussi d'achever leurs copies, ne comprirent pas que l'on répétât deux fois "perfide" et les copies mentionnèrent très vite "le perfide Albion". C'est ainsi que naquit l'appellation qui désigna plus tard tout le pays.

    On ne s'explique toutefois pas bien comment du masculin la désignation passa au féminin.
  • Ratanak
    01/07/2020 à 17:45*
    • En réponse à brasil #57 le 09/06/2009 à 12:04 :
    • « Selon un ami Argentin, il y a un magasin du type Mark & Spencer à Buenos Aires qui s’appelle : Albion House. »
    Apparemment il n'existe pas ou plus de magasin Marks & Spencer à Buenos Aires. Mais le magasin Albion House, effectivement de type M&S, y a bien existé autrefois, probablement jusque dans les années 1960. Il ne semble plus exister (inconnu de Mrs Google-Maps), peut-être le bâtiment a-t-il été conservé ? Voir aussi cette photo de 1951 qui montre une belle architecture "arts déco".

    Image externe



    Il existe plusieurs hôtels à l'enseigne de "Albion house" sur le sol d'Albion -Londres, Ramsgate, Nottingham, et encore ailleurs- me dit Mr Google.
  • Ratanak
    01/07/2020 à 17:50*
    • En réponse à le gone #105 le 01/07/2020 à 11:12 :
    • « Le Brexit ! Encore une histoire mais je ne trouve pas d'humour Anglais..... Il n'y en pas alors ! »
    Il serait bien difficile de trouver quelque humour que ce soit à ce dont la philosophie est : "le beurre et l'argent du beurre"...
  • atheofv
    01/07/2020 à 18:18
    • En réponse à SyntaxTerror #104 le 01/07/2020 à 11:01 :
    • « Les légendes, depuis Villon, ont la vie dure.
      C'est l'Eglise de Rome, qui voulait asseoir son pouvoir face aux royaumes, qui l'a fait brûle... »
    "le traité de Troyes"

    Un enfumage en règle !
  • Ratanak
    01/07/2020 à 18:29*
    Particulèrement @ Slepi, Psylocybe et Pierre Lincourt, tardivement, veuillez m'en excuser :


    BONNE FÊTE NATIONALE
    À TOUS LES CANADIENS !


    &

    BONNE FÊTE DU DÉMÉNAGEMENT
    AUX QUÉBÉCOIS !
  • SyntaxTerror
    01/07/2020 à 18:40
    • En réponse à atheofv #110 le 01/07/2020 à 18:18 :
    • « "le traité de Troyes"

      Un enfumage en règle ! »
    On peut voir ça comme ça ...
  • mickeylange
    01/07/2020 à 19:06
    Il y a quelques années quand je faisais encore du bateau zavoiles, nous rentrons un soir tard dans un port français où le capitaine du port nous dit de nous mettre à côté d’un barlu anglais deux fois plus long que nous. Les perfides sympathiques nous aident à passer nos amarres. Comme nous avions l’air crevés ils nous invitent à vider quelques bouteilles de whisky venues directement de Perfidie.
    Sur le coup de trois heures du matin, nous remercions chaleureusement et retournons sur nos couchettes tout habillé.
    Vers sept heures nous sentons le bateau bougé en étant pas sûr que ce n’était pas un effet du whisky. On jette un œil et on voit nos anglais habillés de blanc, rasés de près qui appareillaient.
    Sont perfides mais ils savent boire les mecs !
  • SyntaxTerror
    01/07/2020 à 20:31
    • En réponse à mickeylange #113 le 01/07/2020 à 19:06 :
    • « Il y a quelques années quand je faisais encore du bateau zavoiles, nous rentrons un soir tard dans un port français où le capitaine du port... »
    Sont perfides mais ils savent boire les mecs !

    Ils savent faire des Aston-Martin, mais nous avons la Citroën C15 Diesel !
  • deLassus
    09/11/2020 à 06:36*
    Respect de la Parole de God ?

    Dans le livre "Les 1001 expressions préférées des français" (2011), il y a, à la place du deuxième alinéa, le développement suivant :
    " Le Dictionnaire des expressions et locutions figurées signale que l'adjectif perfide semble être employé en premier par Mme de Sévigné '"Le roi et la reine d'Angleterre sont bien mieux à Saint-Germain que dans leur perfide royaume") et Bossuet ("L'Angleterre, ah ! la perfide Angleterre que le rempart de ses mers rendait inaccessible...") au XVIIe siècle.
    Il traduisait le jugement que portait la France à l'égard du gouvernement anglais auquel elle reprochait sa mauvaise foi.
    Si c'est juste après la Révolution Française, en 1793, qu'elle est apparue, c'est surtout au XIXe siècle que perfide Albion s'est répandue."
    Suite et fin identiques.

    Exemples identiques
  • deLassus
    05/06/2022 à 11:39*
    Bonjour. God nous dit :
    "Si c'est juste après la révolution française, en 1793, qu'elle est apparue, c'est surtout au XIXe siècle que l'expression perfide Albion..."
    Je l'ai trouvée dans un recueil de poésies antérieur à 1793, chez M. V*** (Essai de poésies diverses, 1763) :
    Cette page
  • deLassus
    26/07/2022 à 08:58*
    • En réponse à deLassus #115 le 09/11/2020 à 06:36* :
    • « Respect de la Parole de God ?

      Dans le livre "Les 1001 expressions préférées des français" (2011), il y a, à la place du deuxième alinéa,... »
    Une toute petite nuance : Dans le Livre, le sous-titre (signification) est simplement "L'Angleterre."
  • Clitocybe
    02/01/2025 à 05:37*
    Hrmmm, frères ennemis, comment expliquer autrement la dissenssion entre l'Angleterre et la France ? Pourtant de mêmes origines celto-latines par la langue. Bon, l'anglais a quand même eu des apports anglo-saxons, des Germains, des salopards d'Allemands ! Quoi qu'il en soit, on repose tous maintenant en paix, les conflits révolus. On se demande encor pourquoi ces salopards de Russes continuent à guerroyer en Ukraine. Et même s'ils pouvaient conserver le peu de territoire qu'ils on conquis au prix de miilliers de jeunes gens, comment justifier cette guerre absurde ?
    Y aurait-il un gêne anthropique qui nous empêche d'être en paix, alors que nous voilà toujours hagards au milieu des tempêtes, le doigt sur la gachette, méfiants et dérisoires ? Les militaires Juifs qui poursuivent le Hamas en tuant des milliers d'innocents collatéraux, sont-ils des monstres ?
    2025 nous apportera-t-il des réponses ? Surtout avec l'avènement de ce Trump, tricheur, menteur, faker de news. Un nouveau monde où on ne peut plus se fier à personne.
    Voilà notre nouveau défi, et je sais que vous n'êtes pas indifférents à la vérité et que vous lui resterez fidèles.
  • atheofv
    02/01/2025 à 06:54
    Perfide, Albion, Angleterre...


    On nage dans le pléonasme.
  • joseta
    02/01/2025 à 08:35
    QUI SUIS-JE ? nº451

    Je suis un romancier et un dramaturge français
    - genre artistique: roman, nouvelle, théâtre, essai
    - je suis membre de l’académie Goncourt où j’occupe le 3ème couvert de 1947 à 1973
    - après mes études au lycée Gassendi, j’obtiens une licence en droit à l’Université de Lyon et je noue des liens durables avec la capitales des Gaules, dans laquelle je retourne régulièrement, comme j’en témoigne dans un livre de 1946, dans lequel je décris mon double attachement à la Haute-Provence et à Lyon
    - j’ai étudié également en Allemagne après mon service militaire accompli en 1904, et je travaille comme violoniste de brasserie à Munich
    - je réussis le concours de fonctionnaire de la préfecture de la Seine et je parviens au grade de chef de bureau. Par la suite, je deviens journaliste, notamment au Figaro, et auteur de livres, de pièces de théâtre et de scénarios de films
    - grand ami de Charles Dullin, rencontré à Lyon, je travaille souvent avec lui au théâtre de l’Atelier
    - je combats durant la Première Guerre mondiale (1915-1919) et je reçois la Croix de guerre (1916)
    - je suis la rédaction du Figaro à Lyon durant l’occupation, où je fis partie des journalistes hostiles au régime de Vichy et à la collaboration
    - je suis membre de la Société des gens de lettres
    - mon oeuvre, très variée, comporte des poèmes (3 recueils de vers, 1906-1909), des récits inspirés de la guerre, des romans fantastiques fortement marqués de science et de musique, théâtre et essais
    - ma pièce de théâtre de 1913, éditée hors commerce en Belgique en petit nombre, aurait en partie inspiré le film homonyme réalisé en 1946 par Jean Cocteau
    - avec ma femme, je traduis en français le Second Faust de Goethe et La vie est un songe de Calderón de la Barca. En 1958, j’adapte la pièce El alcalde de Zalamea de Calderón pour le téléfilm de Marcel Bluwal
    - distinctions: Prix Jules-Davaine; Prix Maurice-Renard (pour mon oeuvre de science-fiction); Prix d’Académie; Ordre national de la Légion d’honneur