Quiconque n'est pas trop pantouflard aura forcément, un jour ou l'autre, été tenté par le voyage à Venise. Contrairement à
Naples, une fois qu'on a vu cette ville, on ne meurt pas, mais, la plupart du temps, on en repart avec la ferme intention de revenir un jour ou l'autre dans ce lieu à l'atmosphère très particulière.
Cette expression très récente, souvent utilisée pour des politiques, surtout depuis le début de ce XXIe siècle, nous vient du titre d'un livre publié en 1993.
Son auteur, Alain Juppé, l'a écrit pendant une traversée du désert, juste avant de devenir ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement de cohabitation d'Édouard Balladur sous la présidence de François Mitterrand.
Il s'y s'interroge sur l'utilité de consacrer sa vie au métier de politicien, alors que bien d'autres choses par ailleurs valent la peine d'être vécues ou considérées. Il y évoque, entre autres, la ville de Venise où il va volontiers se ressourcer tout en y mesurant certaines insuffisances de sa vie. D'où la tentation de s'y replier définitivement et d'y oublier la violence psychologique de la vie politique.
C'est de cette réflexion et de ce titre qu'est née notre expression qui s'applique aux personnes qui envisagent de passer de la lumière ou de la notoriété à l'ombre afin de s'y épanouir et de s'y consacrer temporairement ou définitivement à des activités moins contraignantes et stressantes que celles qu'imposent la vie publique.
Par extension, elle indique un souhait de changement de vie, qui peut-être aussi bien professionnel que personnel.
« Après cet échec, Ségolène Royal s'interroge : "J'avais recueilli 17 millions de voix en 2007 et je me sentais moins respectée qu'un Lionel Jospin, éliminé au premier tour de la présidentielle! J'ai eu des moments de doute, mais je n'ai jamais connu la « tentation de Venise ». Jamais je n'ai renoncé à la présidentielle." »
Sophie Landrin, Hélène Fontanaud - Les meilleurs ennemis: Les coulisses de la primaire socialiste - 2011
| Langue |
Expression équivalente |
Traduction littérale |
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Allemand
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fernweh
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langueur des pays lointains |
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Anglais
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itchy feet
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avoir les pieds qui démangent |
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Arabe (Tunisie)
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ibaddel s'weboou |
changer de doigts |
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Arabe (Tunisie)
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yabda safha jdida |
commencer une nouvelle page |
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Espagnol (Argentine)
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largar todo.
Mandarse a mundar
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lacher tout.
Demenacher de tout |
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Espagnol (Espagne)
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Borrón y cuenta nueva
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Tache/Pâté et nouveau compte (= Table rase / Nouveau départ) |
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Français (Canada)
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envie de changer d'air |
vouloir faire autre chose |
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Néerlandais |
met een schone lei beginnen
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recommencer avec une ardoise vièrge // repartir à zéro |
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Néerlandais |
schoon schip maken
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nettoyer complètement le bateau |
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Néerlandais |
Tabula rasa maken
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tout effacer (et recommencer à partir d'une page vièrge) |
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Néerlandais (Belgique) |
de riem eraf gooien
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enlever, jeter la courroie |
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Portugais (Brésil)
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ir para Pasárgada
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aller à Passargada |
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Portugais (Brésil)
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passar de pato a ganso
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passer de canard à oie |
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Roumain |
a întoarce pagina
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tourner la page |
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