Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

chauffe, Marcel ! [exp]

vas-y ; donne le meilleur de toi-même ; dépasse-toi

Origine et définition

On sait que 'chauffer', au sens propre, c'est élever la température de quelque chose. Au sens figuré, c'est aussi faire monter une autre forme de température qu'est l'ambiance d'une fête ou d'un spectacle.
C'est du milieu de la musique de rock et de jazz au début des années 60 que 'chauffer' a d'abord signifié s'échauffer, se préparer pour donner le meilleur de soi. Puis, au cours de la représentation, des "chauffe !" fusaient entre les musiciens pour faire monter l'intensité du spectacle et la 'température' de la salle.
Ensuite, si on vous demande d'énumérer les noms de quelques accordéonistes français connus, vous allez probablement citer au minimum André Verchuren, Aimable, Yvette Horner et Marcel Azzola.
Au passage, notez bien sur un papier le prénom du dernier, il va bientôt servir !
Maintenant, c'est là que ça se corse pour connaître l'origine exacte de l'expression, car les sources divergent.
Mais si les informations sont fiables et qu'on s'en tient à l'ordre chronologique, le doute n'est normalement plus permis.
Selon Claude Duneton, c'est entre 1960 et 1964, que le duo d'humoristes Dupont et Pondu a été vu à la télé dans un sketch où l'un des comiques adresse à l'autre des "chauffe Marcel !" alors qu'il joue de l'accordéon, probablement par allusion à Marcel Azzola, musicien très célèbre à l'époque.
Ensuite, en 1966, les Charlots ont enregistré la chanson "je dis n'importe quoi je fais tout ce qu'on me dit" également intitulée "chauffe Marcel", chanson qui aurait contribué à rendre l'expression célèbre.
Mais si l'on se fie à ce que raconte Marcel Azzola lui-même, l'origine ne serait pas là.
En effet, si vous connaissez un peu l'oeuvre de Jacques Brel, vous savez que dans sa chanson 'Vesoul', on trouve plusieurs fois notre expression (), et que la musique d'accompagnement originale est jouée à l'accordéon. Or, quel accordéoniste a enregistré cette chanson avec Brel ? Je vous laisse deviner avant de passer à la ligne suivante.
Marcel Azzola lui-même indique que, dans la première prise à l'enregistrement de 'Vesoul', le 'chauffe Marcel' n'était pas dit par Brel. Mais comme ce dernier voulait que son accompagnateur produise une musique dynamique, enlevée, une volée de notes pour accompagner ses paroles, il aurait, de manière non préméditée ajouté ces paroles qui feront alors définitivement partie de la chanson.
Le seul hic de cette histoire, c'est que l'enregistrement de 'Vesoul' a eu lieu en 1968 donc postérieurement au moins à la chanson des Charlots si jamais on doute de l'origine liée au sketch des Dupont et Pondu.
Alors ?
Alors peut-être simplement que Brel, connaissant le sketch des Dupont et Pondu ou bien la chanson des Charlots, ou tout simplement l'expression, l'aurait casée à bon escient au milieu de ses paroles, vu le prénom de son accompagnateur.
Quoi qu'il en soit, ce chauffe Marcel est vite devenu, hors de la musique, une invite à se lancer avec ardeur dans une action.

Exemples

« Il n'a jamais aimé la danse, c'est pas comme moi... Je suis sûre que je peux encore y arriver... Allez hop ! Je pose ma canne bien droite, je m'appuie dessus, et chauffe Marcel ! C'est parti mon kiki ! »
Isabelle Chardon - Henriette - 2004

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand hau rein ! tape dedans !
Anglais (USA) ~Now you're / we're cooking with gas! Maintenant tu cuisines / on cuisine au gaz !
Anglais (USA) go, man, go! va, homme, va!
Anglais (USA) Knock it out of the park! Frappe [la balle suffisament fort] pour qu'elle sorte du terrain de jeu ! [origines du baseball, depuis étendue à toute performance]
Anglais (USA) Take it away! ~Emporte-moi ça ! [surtout en musique]
Anglais Come on ! Allons ! / Allons-y ! / Allez ! / Courage !
Espagnol (Argentine) vamos todavia! allez! encore!
Espagnol (Espagne) Adelante ! En avant !
Espagnol (Espagne) Vamos ! Allons-y !
Italien metticela tutta! mets-y tout ton coeur !
Italien vai! vas-y !
Italien corraggio! courage !
Italien forza! force !
Italien dacci sotto! donnes-y sous!
Italien dacci dentro!!! donnes-y dedans !
Néerlandais vooruit met de geit vas-y, ma biquette, bouge
Néerlandais zet hem op witte muizen allez-y, foncez, les souris blanches
Portugais (Brésil) vai que é mole vas-y, c'est mou
Suédois ge järnet! donnez le fer!
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Commentaires sur l'expression « chauffe, Marcel ! » Commentaires

  • #1
    <inconnu>
    13/08/2009 à 00:28*
    @ LPP
    Chauffe la mie, râle ! (pour éviter le coup de drap-falque-art avec BB )
    Un autre Marcel qui savait aussi chauffer une salle, c’est l’Amont de Miramon.
  • #2
    <inconnu>
    13/08/2009 à 01:08
    Extrait de la revue « Accordéoniste » d’octobre 2006 :
    « Cette expression "chauffe marcel" qui est encore utilisée aujourd’hui pour stimuler, à un rapport avec l’accordéon puisque c’est le grand Jacques Brel qui la lança à Marcel Azzola le non moins grand accordéoniste.
    Jacques Brel était venu spécialement de Bruxelles pour assister à l’enregistrement de quelques-unes de ses chansons interprétées par Simone Langlois, très en vogue à l’époque où il débutait. Elle chantait notamment "Au printemps... y’a ton coeur et mon coeur qui sont repeints au vin blanc"... Parmi ses accompagnateurs, déjà, Marcel Azzola à l’accordéon. Il se souvient :
    Lorsqu’on est en séance, on se préoccupe avant tout de sa partition. On ne fait pas toujours attention à ce qui se passe à côté. Donc, ce jour-là, Brel et moi on a dû se saluer tout simplement. Dans sa formation scénique, il a eu deux accordéonistes, d’abord Jean Corti qui est resté longtemps avec lui, puis André Dauchy. Personnellement, je n’ai participé qu’à ses séances en studio. En 1968 à trente ans déjà, ce fut le mémorable "Vesoul" qui a failli s’appeler "Vierzon-Vesoul" et même "Azzola-Vesoul", ce que je n’ai pas accepté. On sait qu’il m’encouragea d’un "Chauffe Marcel !" et cette apostrophe me poursuit encore affectueusement de la part du public ».
    Je vous suggère d’écouter d’abord cette page, puis cette page, puis encore cette page, et voir
    cette page.
    La chronologie de l’article dont extrait ci-dessus me semble sujette à caution.
    Au flair, je pense que lors d’une séance d’enregistrement studio en 1968, le grand Jacques s’est gentiment moqué de Marcel Azzola qui avait refusé de l’accompagner sur scène et en tournée quelques années auparavant (talentueux, Azzola, mais quelle erreur !) en reprenant un « gimmick » de la chanson des Charlots qui avait rencontré un grand succès l’année précédente.
    Mais tout cela n’est qu’anecdotique, on a Vesoul en particulier et tout Brel en général, numéro n ex æquo (avec Charles Trenet) dans mon panthéon personnel de la chanson française.
  • #3
    <inconnu>
    13/08/2009 à 01:14*
    • En réponse à <inconnu> #1 le 13/08/2009 à 00:28* :
    • « @ LPP
      Chauffe la mie, râle ! (pour éviter le coup de drap-falque-art avec BB )
      Un autre Marcel qui savait aussi chauffer une salle, c’est l’... »
    Marcel Amont, Miramon de son vrai nom de basque bondissant, interprète plus que sympathique mais auteur ni d’un texte ni d’une musique, sauf, et ce n’est pa rien, du livre le plus intelligent jamais écrit sur la chanson française, de mémoire simplement intitulé "une chanson" et paru vers 1995.
  • #4
    mickeylange
    13/08/2009 à 01:50*
    En rentrant de Nice avec mon Isetta sœur, à l’instant, pour la première fois à 535 ans les cognes m’ont fait souffler dans le ballon.
    Et ils m’ont laissé repartir !
    Ce qui prouve que la réputation que me fait sur ce site un "certain marin" est injuste.
    Je tiens beaucoup mieux le rosé que ce qu’il dit.
    Ca s’arrose, chauffe Marceeeeel !!! chauffe Marceeellllllee !
  • #5
    <inconnu>
    13/08/2009 à 03:37
    • En réponse à mickeylange #4 le 13/08/2009 à 01:50* :
    • « En rentrant de Nice avec mon Isetta sœur, à l’instant, pour la première fois à 535 ans les cognes m’ont fait souffler dans le ballon.
      Et il... »
    Même les plus bornés des pandores ne résistent devant une Isetta sœur conduite par un gamin en couche-culotte. Qu’ils t’aient laissé repartir ne prouve rien : d’abord parce que les cognes c’est c… par définition. Ensuite, leur éthylotest peut être déficient, ils peuvent avoir oublié leurs lunettes, être eux-mêmes trop bourrés pour lire le résultat, ne pas savoir lire… Pire, on peut imaginer que tu n’aies pas dépassé la dose autorisée de ton carburant favori. Quelle que soit la raison de ton pied-de-nez à la maréchaussée, je t’en félicite et bois à ta santé un verre d’un sympathique Chardonnay.
    Un marin sur Expressio ? Allusionnes-tu à propos d’un gardien de far, même pas breton ?
  • #6
    <inconnu>
    13/08/2009 à 04:41
    Au Québec : Chauffer signifie : Faire tourner le moteur d’un véhicule, vient du nom commun `chauffeur` on dit souvent :`Chauffer un autobus`
  • #7
    momolala
    13/08/2009 à 06:51
    • En réponse à <inconnu> #6 le 13/08/2009 à 04:41 :
    • « Au Québec : Chauffer signifie : Faire tourner le moteur d’un véhicule, vient du nom commun `chauffeur` on dit souvent :`Chauffer un autobus`... »
    Et inversement Olilou que je salue je crois pour la première fois : en fait il me semble que le chauffeur était précisément celui qui faisait monter l’eau en température dans nos bonnes vieilles locomotives à vapeur avant d’en lancer la furieuse mécanique jusqu’à 140 km/h, si mes souvenirs pleins d’escarbilles sont bons, sur les voies qui chantaient tacatac, tacatac, tacatac et vrrrrroum au passage des joints des rails.
  • #8
    momolala
    13/08/2009 à 06:56
    • En réponse à mickeylange #4 le 13/08/2009 à 01:50* :
    • « En rentrant de Nice avec mon Isetta sœur, à l’instant, pour la première fois à 535 ans les cognes m’ont fait souffler dans le ballon.
      Et il... »
    Et voilà ce qui arrive quand on circule après le couvre-feu dans une demi-voiture ! En cette saison, de plus, on croise beaucoup d’uniformes d’importation saisonnière qui ne sont pas au fait des usages locaux : privés de plage mais pas de soleil toute la journée ils se tiennent éveillés en apostrophant un quidam sur trois, histoire d’écouler leur stock quotidien de petits ballons. Les pôvres !
  • #9
    momolala
    13/08/2009 à 07:01
    Pour en revenir, quand même, à ce "Chauffe Marcel", il me semble bien me souvenir que Brel n’en est pas l’initiateur et que je le connaissais avant "Vesoul". Les "chansons" des Charlots étaient dans toutes les oreilles et c’est plus probablement par eux que je l’ai entendu tourner en incantation la première fois car j’en garde un souvenir incongru : pourquoi ce "Marcel" gratuit et qui faisait si ringard à l’époque ? Brel en a réduit l’objet à Azzola avec intelligence et humour mais l’expression était populaire avant, de mémoire de Momo, là, là.
  • #10
    mickeylange
    13/08/2009 à 07:19
    • En réponse à momolala #9 le 13/08/2009 à 07:01 :
    • « Pour en revenir, quand même, à ce "Chauffe Marcel", il me semble bien me souvenir que Brel n’en est pas l’initiateur et que je le connaissai... »
    Ce soir j’attends Momolala
    J’ai apporté du lilas
    J’en apporte toutes les s’maines
    Momolala elle aime bien ça
    On prendra le tram trente-trois
    Pour manger des frites chez Eugène
    je lui dirai du Proust
    Momolala elle aime tant ça
    C’est mon Entrecasteaux à moi
    Même qu’elle est trop bien pour moi
    Comme dit son cousin Houba
    Mais ce soir j’attends Momolala
    je lui dirai du Zola
    Ah zola ! Momolala elle aime tant ça
    Ce soir j’attends Momo
    On prendra le tram trente-trois
    Pour aller à Entrecasteaux
    Mais je te le redis
    Zaï, zaï, zaï !
    Le voyage est fini
    Je n’irai pas plus loin
    D’ailleurs, j’ai horreur
    De tous les flonflons
    De la valse musette
    Du Pépé et de son accordéon
    Chauffe !
    Chauffe Marcel, chauffe !
    Demain j’attendrai Momolala
    On ira au cinéma
    Je lui donnerai du rosé
    Et Momolala, elle aimera ça
  • #11
    mickeylange
    13/08/2009 à 07:29
    • En réponse à momolala #8 le 13/08/2009 à 06:56 :
    • « Et voilà ce qui arrive quand on circule après le couvre-feu dans une demi-voiture ! En cette saison, de plus, on croise beaucoup d’uniformes... »
    Et voilà ce qui arrive quand on circule après le couvre-feu dans une demi-voiture

    Tu sais ce qu’elle te dit ma moitié ? 😉
  • #12
    HoubaHOBBES
    13/08/2009 à 07:45
    • En réponse à mickeylange #10 le 13/08/2009 à 07:19 :
    • « Ce soir j’attends Momolala
      J’ai apporté du lilas
      J’en apporte toutes les s’maines
      Momolala elle aime bien ça »
    Ca, c’est envoyé !
    Ca va chauffer à Entrecatzyeux lors de la conventionnette de l’Amirallissime, le 22 !
    Fais chauffer l’alcool, Maarceeeeeeeeeeeeeeel !
    Matrimony-Hobbes
  • #13
    mickeylange
    13/08/2009 à 07:46
    Si vous voulez voir des étoiles filantes, c’est ce soir qu’il faut scruter le ciel car c’est précisément la “nuit des étoiles filantes”.
    Comme chaque année, la course de la Terre autour du soleil croise celle de la comète Swift-Tuttle et de sa traînée de poussières.
    La Lune parasitera l’obervation du ciel. Elle sera ce soir dans sa phase gibbeuse décroissante, donc lumineuse…
    Chauffe Chirstian Mars, El Pépé et les autres...
  • #14
    HoubaHOBBES
    13/08/2009 à 07:49
    • En réponse à mickeylange #10 le 13/08/2009 à 07:19 :
    • « Ce soir j’attends Momolala
      J’ai apporté du lilas
      J’en apporte toutes les s’maines
      Momolala elle aime bien ça »
    "Zaï, zaï, zaï ! "
    on croirait entendre Enrico, dis mon frère !
    (Non, pas Robert, l’autre, celui qui chante "caleçon")
    ...
    (ben oui, quoi : Ah, caleçon joli, l’Effi de mon pays...")
    Pô-pô-pô-dis-Hobbes
  • #15
    mickeylange
    13/08/2009 à 07:54
    • En réponse à HoubaHOBBES #14 le 13/08/2009 à 07:49 :
    • « "Zaï, zaï, zaï ! "
      on croirait entendre Enrico, dis mon frère !
      (Non, pas Robert, l’autre, celui qui chante "caleçon")
      ... »
    C’est pas lui qui chantait samovar ?
    Vous qui passez samovar...
  • #16
    PHILO_LOGIS
    13/08/2009 à 07:56*
    C#est dans les salines que cela chauffe. La réverbération brûle les yeux, le pH supérieur -ô combien - à 7 brûle la plante des pieds et crevasse les mains: c’est donc sans aucun doute possible que l’on peut dire que cette expression vient du monde marin: chauffe, mare sel!
  • #17
    charlesattend
    13/08/2009 à 08:32
    Vesoul n’est pas une ville délirante, mais la Haute-Saône est certainement l’un des plus beau départements de France. Ca n’a pas grand chose à voir avec Marcel et sa chaufferie, mais je le signale quand même, d’autant plus que je ne suis pas Haut-Saônat .
  • #18
    charlesattend
    13/08/2009 à 08:37
    • En réponse à mickeylange #15 le 13/08/2009 à 07:54 :
    • « C’est pas lui qui chantait samovar ?
      Vous qui passez samovar... »
    Il n’a pas chanté ausssi Mambo ?
    Mambo sapin, roi des forêts...
  • #19
    charlesattend
    13/08/2009 à 08:44
    encore un hors sujet : cette histoire de chansons me rappelle celle de W.A. Mozart qui va boire un pot avec J.S. Bach. Le barman demande à JSB ce qu’il veut boire : "un baby" répond il
    Il demande ensuite à WAM, qui lui répond en musique :
    "baby, un baby comme Bach"
  • #20
    chirstian
    13/08/2009 à 08:46
    on dit aussi :" chauffe qui peut" , en voyant arriver Marcel. (et non "chauve qui peut" : expression tirée par les cheveux s’il en est. Mais justement il n’y en a plus)