Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

dans les clous [adv]

dans les limites de ce qui est attendu ; dans le respect de ce qui est imposé

Origine et définition

Si vous êtes jeune, vous vous êtes peut-être bien déjà demandé pourquoi, dans la rue, on appelle également les passages pour piétons des passages cloutés. Si, par contre, vous avez de nombreuses années à votre compteur personnel, vous avez forcément la réponse.
Alors je m'adresse d'abord aux jeunes :
Sachez qu'autrefois, entre la période du jurassique et la deuxième moitié du XXe siècle, les rues, qu'elles soient pavées (oui, ça a existé, même que les pavés ont pu servir de munitions anti-CRS en mai 68) ou goudronnées, étaient à certains endroits également traversées de passages pour piétons. Sauf que ces passages n'étaient pas matérialisés par des bandes blanches peintes sur la route, comme de nos jours, mais bordés par des gros clous fichés dans le sol et dont la partie visible était bombée[1].
Le piéton voyait donc deux lignes de clous, perpendiculaires aux trottoirs et délimitant la zone dans laquelle il fallait traverser lorsque le feu passait au rouge pour les voitures.
Passer ou être dans les clous, c'était donc respecter le code de la route, traverser là où le piéton en avait le droit.
Et voilà comment peut naître une métaphore ! Il suffit d'étendre ce respect d'une règle bien spécifique à tous les autres domaines en conservant le vocabulaire initial, pour se retrouver avec une locution dont l'origine peut paraître bizarre lorsque ce qui l'a fait naître n'existe quasiment plus.
Cette expression semble n'apparaître qu'au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, au moment où, justement, ces clous-là étaient en voie de disparition.
[1] Mais ces clous ne venaient pas forcément d'Inde.

Exemples

« Sur quasiment tous les points évoqués, Hulot et Joly ont plus souvent marqué leurs accords que leurs différences. "Sur le fond, et Eva et Nicolas sont restés totalement dans les clous du programme d'Europe Ecologie", note une cadre du mouvement, soutien d'Eva Joly. »
Le Monde - Article du 9 juin 2011

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand im Rahmen von dans le cadre de
Anglais in the nails dans les ongles
Anglais it's all in the game c'est tout dans le jeu
Anglais (USA) keep to the straight and narrow (dans les clous) tenir au droit et à l'étroit
Anglais (USA) to color inside the lines colorier à l'intérieur des traits
Anglais (USA) to stick to the script / party line s'en tenir au scénario / au programme du parti
Espagnol (Argentine) seguir al pie de la letra continuer au pied de la lettre
Espagnol (Espagne) atendiendo a los cánones en respectant les règles/normes
Espagnol (Espagne) Como Dios manda Comme Dieu ordonne
Espagnol (Espagne) En regla En règle
Français (Canada) être sur la coche ou être dans la coche être sur la coche
Néerlandais binnen de lijnen dans les lignes
Néerlandais binnen de paden dans les sentiers
Néerlandais binnen de perken blijven rester dans les limites
Portugais (Brésil) na linha dans les lignes
Portugais (Brésil) nos eixos dans les axes
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « dans les clous » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.


Commentaires sur l'expression « dans les clous » Commentaires

  • SyntaxTerror
    05/08/2013 à 14:35
    • En réponse à <inconnu> #89 le 05/08/2013 à 11:18 :
    • « Une belle "shakespression" AUTHENTIQUE, due à une femme qui se plaignait que ses fils fussent en conflit permanent :" Ils sont comme Caïn et... »
    Un duo d’ânes ? cette page
  • Ratanak
    17/01/2019 à 00:09
    - Où sont les vis ?
    - Dans les clous !
    - C'est malin d'avoir tout mélangé...
  • Tricholome
    17/01/2019 à 00:27*
    Hrmmm, des clous, oui! Y a quand même quelques belles expressions avec clou. On va lui clouer le bec, c'est le clou de la soirée. Mais bon, les clous se font de plus en plus rares. Ce qui ressemble le plus a des clous, ici, disons à Montréal, c'est des pastilles jaunes (des émoticones neutrifiées) à certains endroits dans le métro. Je me souviens pas de clous pour traverser les rues.
  • Tricholome
    17/01/2019 à 01:54*
    Spécial DiwanC.
    Hier je ventais Jammes (à la voile, hé, hé!)
    Mais là, je te parle des plus belles strophes de poésie maritime, toutes races confondues, de tous les temps, jamais écrites! Le bonhomme Léger, aussi appelé, quel snobinard, St-John Perse. Il était tombé sur des clous poétiques complètement inoxydables, et j'en bave encore. Je songe à arrêter d'écrire et devenir anachorète. Je vais me lancer dans les métiers manuels: plombier guinzeur, barmane, brahmane, derviche tourneur, masseur, sabreur de champagne, galèjeur du Midi, raquetteur (que je suis déjà), elle reste. Je lis ce poème et me voilà à genoux, sur des clous. Il a tout dit le mec! C'est le rêve ultime de Korssakof.
    « Ils m’ont appelé l’Obscur, et mon propos était de mer.
    « L’Année dont moi je parle est la plus grande Année; la Mer où j’interroge est la plus grande Mer.
    « Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeure du désir…
    « La condition terrestre est misérable, mais mon avoir immense sur les mers, et mon profit incalculable aux tables d’outre-mer.
    « Un soir ensemencé d’espèces lumineuses
    « Nous tient au bord des grandes Eaux comme au bord de son antre la Mangeuse de mauves,
    « Celle que les vieux Pilotes en robe de peau blanche
    « Et leurs grands hommes de fortune porteurs d’armures et d’écrits, aux approches de roc noir illustré de rotondes, ont coutume de saluer d’une ovation pieuse.
    « Vous suivrai-je, Comptables ! et vous Maîtres du nombre !
    « Divinités furtives et fourbes, plus que n’est, avant l’aube, la piraterie de mer ?
    « Les agioteurs de mer s’engagent avec bonheur
    « Dans les spéculations lointaines : les postes s’ouvrent, innombrables, au feu des lignes verticales…
    « Plus que l’Année appelée héliaque en ses mille et milliers
    « De millénaires ouverte, la Mer totale m’environne. L’abîme infâme m’est délice, et l’immersion, divine.
    « Et l’étoile apatride chemine dans les hauteurs du Siècle vert,
    « Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour vous ce rêve du réel… Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat. »
  • DiwanC
    17/01/2019 à 02:44*
    • En réponse à Tricholome #104 le 17/01/2019 à 01:54* :
    • « Spécial DiwanC.
      Hier je ventais Jammes (à la voile, hé, hé!)
      Mais là, je te parle des plus belles strophes de poésie maritime, toutes races... »
    Merci...
    Saint-John Perse n'est pas le plus limpide des poètes. "Un peu hermétique" ont dit certains.
    J'avoue préféré Rimbaud... même si...
    Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! ô que j'aille à la mer !

    Ou Baudelaire... écorché perpéptuel...
    Homme libre, toujours tu chériras la mer !
    La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
    Dans le déroulement infini de sa lame,
    Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

    Ou même le classique Hugo...
    Ô combien de marins, ...
    Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
    Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
    Sous l’aveugle océan à jamais enfoui ?

    Et puis s'il faut des clous, on prendra les étoiles, celles que dans les nuits sombres on plante dans le ciel... 😉
  • DiwanC
    17/01/2019 à 02:55*
    • En réponse à Paracas #45 le 05/08/2013 à 04:54* :
    • « Merci, c’est gentil mais je pense qu’il est inutile de farfouiller dans la caisse à outil de Tonton Georges, on trouvera pas d’autres clous.... »
    ... je pense qu’il est inutile de farfouiller dans la caisse à outil de Tonton Georges,

    Et pourtant il en reste... Tu vas sans doute les trouver ! 😉
  • Utilisateur supprimé
    17/01/2019 à 02:57*
    Et voici venue l'heure de
    La Minute belge – TCHOULER
  • DiwanC
    17/01/2019 à 03:05*
  • Tricholome
    17/01/2019 à 03:12*
    Après cette guinze de 5 mètres, ben moi, je tchoule! J'ai la tête dans les clous et même des p...n de clous dans la tête!
  • Utilisateur supprimé
    17/01/2019 à 03:16
    Je vous conseille le premier lien du #52.
  • Tricholome
    17/01/2019 à 03:17
    • En réponse à DiwanC #105 le 17/01/2019 à 02:44* :
    • « Merci...
      Saint-John Perse n'est pas le plus limpide des poètes. "Un peu hermétique" ont dit certains.
      J'avoue préféré Rimbaud... même si...... »
    Hrmmm, rendons le tout un peu plus féminin: Ils m'ont appelé l'Obscure et mon propos était de mère... Hou la la, le potentiel! Faudra que j’y patine mes clous sur la glace hivernale des grossesses à mères. Hé, hé, voilà que je me prends pour le bonhomme Perse, Alexis Léger, pour faire plus simple.
    J'aime bien cette poésie de Perse qui fait éclater les clous syntaxiques et choque les sens jusqu'à l'ivresse. Mais ce que tu m'envoies, c'est beau, c'est beau, c'est du rêve. Perse bouscule ces métaphores un peu trop narcissiques, ces rêves stylisés, tout en restant harmonieux.
    « Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat. »
    Des vers comme ça, y en a pas beaucoup par siècle.
  • Utilisateur supprimé
    17/01/2019 à 03:19
    • En réponse à DiwanC #108 le 17/01/2019 à 03:05* :
    • « Dans les clous... 😄 »
    Je dors dans mon lit, le fakir dort sur sa planche à clous.
    Je caresse mon chat, le fakir caresse son hérisson.
  • Tricholome
    17/01/2019 à 03:34*
    • En réponse à Utilisateur supprimé #112 le 17/01/2019 à 03:19 :
    • « Je dors dans mon lit, le fakir dort sur sa planche à clous.
      Je caresse mon chat, le fakir caresse son hérisson. »
    Comme tu le sais peut-être, un de tes ancêtres est devenu échanson sur la frégate de Korssakof. Il peut se payer des beaux clous (de cercueil) et se guinzer à sa guise. Voilà tout le paradoxe du temps. On le croit immarscessible, mais il ne reste qu’une possibilté entre toutes, et c’est toi, et ton chat. Autrement dit, le temps, c’est tous les possibles qui ont mené à ta personne (entonnoir arrière) et tous les possibles de tes destins futurs (entonnoir avant). Hrrmmm, si tu restes sur les clous, tu risques pas grand-chose, hormis les fins dernières, qui, elles, sont inéluctables, car selon la grande loi universelle du chemin des clous, tout ce qui est chaud se refroidit, mais non pas l’inverse.
  • Utilisateur supprimé
    17/01/2019 à 03:45
    • En réponse à Tricholome #113 le 17/01/2019 à 03:34* :
    • « Comme tu le sais peut-être, un de tes ancêtres est devenu échanson sur la frégate de Korssakof. Il peut se payer des beaux clous (de cercuei... »
    tout ce qui est chaud se refroidit

    Que voulez-vous mon brave Monsieur, c'est la faute à l'entropie...
  • DiwanC
    17/01/2019 à 03:48*
    • En réponse à Tricholome #111 le 17/01/2019 à 03:17 :
    • « Hrmmm, rendons le tout un peu plus féminin: Ils m'ont appelé l'Obscure et mon propos était de mère... Hou la la, le potentiel! Faudra que j’... »
    Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat.

    Superbe, il est vrai.
    De lui, d'Ormesson écrit :
    Hautain, secret, mystérieux, entre rites et souvenirs, dans la solennité hermétique du discours oraculaire et des cortèges hiératiques, Saint-John Perse recrée l'univers et le célèbre avec magnificence. Il allie, comme Chateaubriand, une existence politique et publique à une expérience poétique. Mais il les sépare avec rigueur. Il chante, comme Claudel, une "adhésion totale à ce qui est". Sa voix pourtant est unique dans une littérature où, comme Mallarmé ou Rimbaud, mais par des procédés radicalement différents, il introduit le profane en le frappant de stupeur, d'admiration et de terreur sacrée.
    Je te/vous laisse... 😄
  • Tricholome
    17/01/2019 à 03:50
    • En réponse à Utilisateur supprimé #114 le 17/01/2019 à 03:45 :
    • « tout ce qui est chaud se refroidit
      Que voulez-vous mon brave Monsieur, c'est la faute à l'entropie... »
    La 2ème loi du Chemin des Clous, la première étant que Rien qui se crée n'est déjà perdu (ou quelque chose comme ça).
  • Tricholome
    17/01/2019 à 03:56
    • En réponse à Tricholome #116 le 17/01/2019 à 03:50 :
    • « La 2ème loi du Chemin des Clous, la première étant que Rien qui se crée n'est déjà perdu (ou quelque chose comme ça). »
    C'est de Démocrite, je crois?
  • Tricholome
    17/01/2019 à 04:03
    Évidemment, y a aussi la loi des clous sur la Croix, qui nous a donné beaucoup de mal. Marche dans les clous de la Croix (ou autre symbole) et tu ressusciteras. Jusqu'où faudra-t-il respecter les croyants? La question se pose, surtout qu'ils sont nombreux, et qu'ils ont le glaive facile.
  • DiwanC
    17/01/2019 à 04:04*
  • Tricholome
    17/01/2019 à 04:06
    • En réponse à DiwanC #115 le 17/01/2019 à 03:48* :
    • « Ils m’ont appelé l’Obscur et j’habitais l’éclat.
      Superbe, il est vrai.
      De lui, d'Ormesson écrit : »
    C'est ça, je suis frappé de stupeur, les mains clouées à mes lèvres.