Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

faire le baron [v]

faire le complice dans une arnaque ; faire le complice dans un jeu truqué ; jouer le faire-valoir ; inciter à la tricherie en se montrant très naïf

Origine et définition

Dans un bonneteau, un jeu de rue destiné à gruger le passant (retrouver la bonne carte, savoir sous quel bol se trouve l'objet caché...), le baron est typiquement celui qui fait le naïf, le faux joueur qui emporte facilement la mise et incite ainsi l'observateur à tenter sa chance... et à se faire avoir.

L'arbre généalogique de notre 'baron' est plutôt intéressant, car on arrive à le faire remonter assez loin en s'aidant pour cela du "Dictionnaire des argots" de Gaston Esnault.

Au commencement était le 'contre' qui, dans l'argot du XVIIIe siècle, désignait le compère qui dans une arnaque incitait une cible à participer (et à se faire plumer).
L'origine de cette appellation vient probablement des jeux de cartes où un joueur, par son jeu, incite un autre à jouer aussi pour le contrer.

Puis, à la fin du XIXe siècle, et sans perdre son sens, ce 'contre' est devenu 'comte' par déformation verbale dans les basses couches de la population fréquentant les lieux propices aux escroqueries.

Enfin, au tout début du XXe, le 'comte' s'est transformé en 'baron', peut-être par simple plaisanterie, mais peut-être aussi sous l'influence du 'barone' italien qui signifie 'fripon'.

Quant au sens obtenu par extension, le deuxième exemple est suffisamment explicite pour le comprendre.

Exemples

« Ils [les policiers] parviennent à expédier quinze croupiers, cinq chefs de table et huit "barons" devant le tribunal correctionnel de Nice. »Libération - Article du 27 juin 1985
« Le baron, en argot politique, c'est le compère du candidat (…) il est censé porter la contradiction au candidat, par conséquent les objections qu'il formule ne doivent pas être trop faciles à réfuter. »Jean Dutourd - Les horreurs de l'amour

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais be a sidekick être un second couteau / un sous-fifre
Anglais (USA) be a shill faire le baron
Espagnol (Espagne) Ser compinche Être complice / acolyte
Grec κάνω τον κράχτη être celui qui croasse
Italien fare il complice faire le complice
Néerlandais een kompaan, een kornuit un complice
Néerlandais een medeplichtige un complice
Néerlandais een trawant un complice, un larron
Néerlandais handlanger zijn faire le complice
Portugais (Brésil) comparsa complice
Turc br işte parmağı olmak avoir le doigt dans une affaire
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Commentaires sur l'expression « faire le baron » Commentaires

  • #41
    <inconnu>
    26/05/2008 à 15:49
    • En réponse à <inconnu> #23 le 26/05/2008 à 11:07 :
    • « Il semble donc que le Baron d’Empain porte bien son titre, car si ma mémoire est bonne, son rôle dans son enlèvement n’a jamais été très cla... »
    Le Baron Empain complice de son enlèvement ?
    La phalange était pourtant chrétienne...😕
  • #42
    momolala
    26/05/2008 à 15:52*
    • En réponse à chirstian #26 le 26/05/2008 à 12:17 :
    • « L’origine de cette appellation vient probablement des jeux de cartes où un joueur, par son jeu, incite un autre à jouer aussi pour le contre... »
    Je me demande s’il n’y aurait pas un autre motif au sens du mot "baron" dans cette expression, compte tenu de l’époque à laquelle God la fait remonter. Mais c’est tout à fait subjectif, rien ne cautionnant apparemment mon idée : à la suite de la Restauration puis du Second Empire, les titres nobiliaires décernés en particulier à des bourgeois par Napoléon 1er avaient perdu toute valeur en regard du rétablissement de la vieille noblesse. Je me demande donc si ces braves bourgeois et leurs descendants, les moins élevés dans cette hiérarchie, les barons donc, ayant perdu toute légitimité et les revenus qui allaient avec n’étaient pas portés, avec éloquence et conviction, à jouer les compères dans des "affaires" financières ou moins dignes encore, pour gagner leur vie.
  • #43
    <inconnu>
    26/05/2008 à 16:07
    • En réponse à momolala #42 le 26/05/2008 à 15:52* :
    • « Je me demande s’il n’y aurait pas un autre motif au sens du mot "baron" dans cette expression, compte tenu de l’époque à laquelle God la fai... »
    Tout Baron qui se respecte doit savoir avaler des sabres et des couleuvres.
    Mieux, il sait gober au vol même si Allah tire.
  • #44
    momolala
    26/05/2008 à 16:29
    • En réponse à mickeylange #11 le 26/05/2008 à 07:41 :
    • « me conforte dans l’idée qu’il vaut mieux avoir un bas rond.
      et une tête au carré ? »
    Tout est rond chez moi et je ne suis pas riche car Л r qui roule n’amasse pas mousse (encore une expression qui vient de la marine !).
  • #45
    syanne
    26/05/2008 à 16:39
    • En réponse à momolala #44 le 26/05/2008 à 16:29 :
    • « Tout est rond chez moi et je ne suis pas riche car Л r qui roule n’amasse pas mousse (encore une expression qui vient de la marine !). »
    Tu es l’aronde passagère
    Qui de son aile printanière
    Chasse les glaces de l’hiver
    Rend sereins et l’air et la mer
    Et de sa bouchette joyeuse
    Ainsi que d’un petit flûtiau
    Donne musique à Expressio
    Pour les vieux et nouveaux venus...
    (merci à l’âme de Belleau, qui sans être baron, fut prince en poésie)
  • #46
    <inconnu>
    26/05/2008 à 16:47*
    • En réponse à mickeylange #22 le 26/05/2008 à 10:59 :
    • « On baronne dans les conseils d’administration quand on est placé là, un peu comme homme de paille.
      comte A. Rebours de Mickeylange d’express... »
    homme de paille.

    Si l’homme de paille aspire à la paix, que dire de la femme de paille qui elle n’aspire qu’à la paille (juste un brin)… courte, longue et fine mais pourvu que l’ivresse soit au bout de son désir car au bar on suce de tout avec ou sans pourboire.
    "Si le Baron défaille, c’est qu’il a vu Versailles"... marmonne l’experte en son divin palais. Est-elle mauvaise langue pour autant ?
    Sluuurrrp !
  • #47
    karasu99
    26/05/2008 à 17:08
    Le Baron Rouge serait-il l’exception à l’expressio du jour? En effet, le rouge de son triplan le distinguait immédiatement de ses collègues pilotes (j’allais pas mettre complice non plus). Et à ce moment il était plus question de duels entre deux appareils que de mêlée entre escadrilles. Si je me trompe, dites le sans hésiter, je suis là pour apprendre.
  • #48
    Jonayla
    26/05/2008 à 17:22
    Un qui a très bien fait le baron, c’est Terry Gilliam
    cette page
  • #49
    <inconnu>
    26/05/2008 à 17:25
    • En réponse à karasu99 #47 le 26/05/2008 à 17:08 :
    • « Le Baron Rouge serait-il l’exception à l’expressio du jour? En effet, le rouge de son triplan le distinguait immédiatement de ses collègues... »
    Il a piqué du nez Von Richthofen…
    Est-ce dans le film au titre éponyme qu’ il s’amusait avec un collègueuh à passer sous un pont ???
  • #50
    <inconnu>
    26/05/2008 à 17:36
    • En réponse à Jonayla #48 le 26/05/2008 à 17:22 :
    • « Un qui a très bien fait le baron, c’est Terry Gilliam
      cette page »
    Si la mongole fière avait été faite avec des strings, cela aurait fait : Splash !
    Comme quoi bout de ficelle discipline le ballon mais jamais ne l’apprivoise complètement.
    De toutes façons, souvent dégonflés ils sont… et je ne parle pas des Sélénites domestiqués et Chirstianisés. 😄
  • #51
    PHILO_LOGIS
    26/05/2008 à 17:37
    • En réponse à chirstian #26 le 26/05/2008 à 12:17 :
    • « L’origine de cette appellation vient probablement des jeux de cartes où un joueur, par son jeu, incite un autre à jouer aussi pour le contre... »
    Ah mais, attention, là: "contrer" une annonce au jeu de carte, c’est annoncer que celui qui fait cette annonce ne remplira pas son contrat.
    Si l’annonceur initial remplit son contrat, il gagne le double de ce qu’il aurait gagné sans le "contre", s’il perd son contrat, il perd également le double de la somme qu’il aurait dû gagner s’il avait gagné...
    Comme quoi, il vaut parfois mieux gagner au change... quitte ou double, M’sieur l’Baron...
  • #52
    <inconnu>
    26/05/2008 à 17:43
    Barre on le sait ne l’était pas !
    (Ancien 1er Ministre of France, je dis ça pour les "Pakomnous" !)
  • #53
    Jonayla
    26/05/2008 à 18:15
    • En réponse à <inconnu> #52 le 26/05/2008 à 17:43 :
    • « Barre on le sait ne l’était pas !
      (Ancien 1er Ministre of France, je dis ça pour les "Pakomnous" !) »
    Barre, y tond les pissentlits par la racine, à présent.
    C’était un grand Monsieur, qui a fait beaucoup pour le rapprochement France - Allemagne ... d’après ce qu’on nous disait au cours, en tout cas.
  • #54
    chirstian
    26/05/2008 à 18:48
    • En réponse à momolala #42 le 26/05/2008 à 15:52* :
    • « Je me demande s’il n’y aurait pas un autre motif au sens du mot "baron" dans cette expression, compte tenu de l’époque à laquelle God la fai... »
    les moins élevés dans cette hiérarchie, les barons donc,
    le fait qu’ils soient au bas de la hiérarchie indique effectivement qu’il y a plus de barons que de ducs ou de princes. Et qu’ils sont d’une noblesse moins bien établie, et en tous cas moins fortunée.En même temps, le terme évoque une puissance que n’évoque pas des mots comme marquis (qu’on imagine plutôt à la Cour du roi, faisant des grâces...) ni même duc ou comtes.(sans doute pas assez nombreux pour qu’on leur prête un comportement de classe, à l’exception des grands-ducs russes !). On évoque par exemple les barons du Gaullisme : ceux qui avaient le pouvoir politique, mais se battaient pour le conserver. Les barons de la drogue : pas non plus des enfants de choeur ! ...
  • #55
    chirstian
    26/05/2008 à 18:49
    au bonneteau, le rôle du baron consiste à crier : 22, barrons nous ! chaque fois qu’un client hausse un peu le ton !
  • #56
    memphis
    26/05/2008 à 18:54
    • En réponse à mickeylange #32 le 26/05/2008 à 13:04 :
    • « le baron peut aussi être d’agneau, me dit mon boucher.
      En selle, gigot, dit Béru »
    le baron peut aussi être d’agneau, me dit mon boucher

    Et c’est pour ça que je l’aime (le baron, pas le boucher) Parce que j’ai deux os de gigot à ronger...@14
  • #57
    Elpepe
    26/05/2008 à 20:02
    - Braire, le faon ?
    - Faribole en A/R.
    - Flaire bon are.
    - Balafre noire.
    - La robe farine.
    - L’boa fera rien !
    - Bon air éraflé.
    - Fraie, noble Râ.
    Anna Gramme
  • #58
    <inconnu>
    26/05/2008 à 22:00
    • En réponse à Elpepe #57 le 26/05/2008 à 20:02 :
    • « - Braire, le faon ?
      - Faribole en A/R.
      - Flaire bon are.
      - Balafre noire. »
    Bonsoir Elpépé,
    Permets-moi juste de rajouter :
    - Bernera la foi.
    - Enfer à abolir.
    - A branlé, foiré !
    Gare maman
  • #59
    Elpepe
    26/05/2008 à 23:03
    • En réponse à <inconnu> #58 le 26/05/2008 à 22:00 :
    • « Bonsoir Elpépé,
      Permets-moi juste de rajouter :
      - Bernera la foi.
      - Enfer à abolir. »
    Enfer à abolir ? Quelle horreur ! 😄
    Mais c’est bien trouvé, bravo.
  • #60
    cotentine
    27/05/2008 à 12:32
    • En réponse à PHILO_LOGIS #51 le 26/05/2008 à 17:37 :
    • « Ah mais, attention, là: "contrer" une annonce au jeu de carte, c’est annoncer que celui qui fait cette annonce ne remplira pas son contrat.... »
    et à la manille, aussi ... (pas l’accessoire de levage et d’arrimage, mais le jeu de cartes)
    Si un des joueurs de l’équipe adverse estime avoir un meilleur jeu que celui qui a choisi l’atout, il peut contrer, ce qui, dans le jeu de Manille, s’appelle « Coincher ». L’équipe du donneur peut à son tour « Surcoincher ».
    On y jouait souvent avec mon grand-père, le Maréchal ... et point de baron par minou ! 😄