Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

assiette au beurre [n]

une situation source de faveurs pas toujours licites ; vache à lait ; source d'avantages ; source de profits

Origine et définition

Je profite du fait qu'on parle ici du beurre pour rappeler (voir les détails à l'expression mettre du beurre dans les épinards) que l'usage du beurre a évolué au fil des siècles. D'usage courant au Moyen-âge, chez les pauvres, il deviendra un complément alimentaire surtout réservé à l'aristocratie à partir de la fin du XVe siècle.
Dans plusieurs métaphores nées à partir de cette époque, le beurre est un symbole de richesse, un emblème de luxe.
On imagine bien alors, autour d'un banquet ou d'une réception chez les gens de la haute société, que les convives qui avaient les postes les plus enviables ou donnant le plus de pouvoir, étaient choyés par la maîtresse de maison et qu'on mettait dans leur assiette les plats les plus beurrés (ce qui, soit dit en passant, n'était pas forcément un cadeau si l'on en croit les médecins d'aujourd'hui qui bannissent le beurre pourvoyeur de mauvais cholestérol).
C'est de ces petites faveurs offertes aux puissants qu'aurait pu naître notre métaphore, le beurre étant le symbole des diverses choses dont ils peuvent profiter de par leur statut, que ce soit sous la forme de cadeaux offerts plus ou moins spontanément, ou de profits obtenus de manière plus ou moins licite (avantages en nature, commissions, pots-de-vin, etc.).
Mais on ne peut pour autant ignorer l'influence possible d'un jeu de mot sur une autre acception du mot assiette, celle liée à l'impôt. Or, à partir du moment où la collecte de cette taxe impôt-pulaire était confiée à des exécutants d'une probité pas toujours exemplaire, il était facile pour certains d'entre eux de trafiquer les chiffres et de s'approprier une partie de ce qu'ils récoltaient, ces sommes partiellement détournées leur donnant la richesse nécessaire pour prétendre faire partie de la caste des consommateurs de beurre.
Cette ancienne expression aurait pu disparaître s'il n'y avait pas eu, au début du XXe siècle, la naissance d'un journal satirique intitulé « L'assiette au beurre » (), en quelque sorte un ancêtre de notre Charlie-Hebdo contemporain, journal qui s'attaquait entre autres aux excès des gens de pouvoir, politiques ou entrepreneurs, qui profitaient largement de leur situation pour gruger les autres et s'approprier un maximum de choses au détriment des gens peu aisés.
Aujourd'hui, on l'utilise plutôt rarement. Et lorsqu'elle l'est, c'est souvent pour évoquer la corruption dans le monde politique (si tant est qu'une telle déviance puisse exister, bien sûr).

Exemples

« Elle sent, au fond, que c'est fini; qu'elle ne gardera pas indéfiniment l'assiette au beurre. »
Roger Martin du Gard - Les Thibault VII - 1930

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais gravy train train de sauce
Anglais l'Assiette au Beurre l’Assiette au beurre
Anglais pork barrel baril de porc
Anglais trough auge
Anglais (USA) a cut of the take une part des profits
Anglais (USA) a place at the trough une place à l'auge
Anglais a porc barrel policy une politique de baril de porc
Espagnol (Argentine) tener la vaca atada avoir la vache attaché
Espagnol (Espagne) el cuerno de la abundancia / Cornucopia la corne d'abondance
Espagnol (Argentine) la gallina de los huevos de oro la poule aux oeuf en or
Gallois pwrs y wlad la bourse du pays
Néerlandais de kip met de gouden eieren la poule avec des oeufs en or
Néerlandais goudmijntje une mine d'or
Portugais (Brésil) mamata planque
Portugais (Brésil) uma boquinha une petite bouche
Portugais (Brésil) uma mumunha une magouille
Portugais (Portugal) galinha dos ovos de ouro poule aux oeufs d’or
Roumain borcanul cu miere le pot au miel
Slovaque byt u koryta être près de l'auge
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « assiette au beurre » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « assiette au beurre » Commentaires

  • #1
    DiwanC
    14/12/2010 à 04:04*
    Un p’tit poème de Prévert pour commencer la journée ? 🙂
    Voici déjà l’assiette...
    Le beurre - et le sourire de la crémière ! - ce sera pour plus tard !
  • #2
    deLassus
    14/12/2010 à 06:41*
    Fausse maneuvre, désolé . Voir en # 3
  • #3
    deLassus
    14/12/2010 à 06:48*
    Dur d’être God !
    Hier (mais c’était une rediffusion), nous avions pour la fine mouche :
    C’est de l’insaisissabilité ..., est née notre expression en 1486.

    Aujourd’hui, pour l’assiette au beurre, il faut une relecture attentive pour comprendre que l’expression du jour est née avant le XXème siècle, et sans doute après le XVème.
    Quelques capsules, God ?
    Et merci pour Ton choix du jour, qui m’a permis de découvrir un nouveau site consacré à la "Belle Epoque", période que j’adore étudier.
    Voir cette page.
  • #4
    momolala
    14/12/2010 à 07:12
    Dans les fêtes foraines de ma jeunesse, l’assiette au beurre était cette plateforme circulaire qui tournait sur elle-même en oscillant, de plus en plus rapidement. Toute l’énergie des participants était concentrée sur leur centre de gravité : résister à la force centrifuge et s’empêcher de vomir ! De quoi vous dégoûter d’y retourner. Je ne connaissais pas l’expression avec son sens de "se faire du beurre".
  • #5
    deLassus
    14/12/2010 à 07:29*
    • En réponse à momolala #4 le 14/12/2010 à 07:12 :
    • « Dans les fêtes foraines de ma jeunesse, l’assiette au beurre était cette plateforme circulaire qui tournait sur elle-même en oscillant, de p... »
    Moi aussi, moi aussi !
    Et tu oublies de dire que la plateforme était en pente, de son centre à sa circonférence, et donc légèrement conique. Ce n’était pas seulement la force centrifuge qui nous entrainait vers la sortie, mais aussi la pesanteur.
  • #6
    God
    14/12/2010 à 07:35
    • En réponse à deLassus #3 le 14/12/2010 à 06:48* :
    • « Dur d’être God !
      Hier (mais c’était une rediffusion), nous avions pour la fine mouche :
      C’est de l’insaisissabilité ..., est née notre expre... »
    Quelques capsules, God ?

    Pas besoin. Je comptais simplement sur toi pour nous donner la date exacte, puisque tu t’en fais un devoir.
  • #7
    deLassus
    14/12/2010 à 08:19
    • En réponse à God #6 le 14/12/2010 à 07:35 :
    • « Quelques capsules, God ?
      Pas besoin. Je comptais simplement sur toi pour nous donner la date exacte, puisque tu t’en fais un devoir. »
    Brillant retour de service, cassage de raquette et crise de nerfs du présomptueux serveur, qui abandonne et demande le pardon du Très-Haut.
  • #8
    God
    14/12/2010 à 08:38
    • En réponse à deLassus #7 le 14/12/2010 à 08:19 :
    • « Brillant retour de service, cassage de raquette et crise de nerfs du présomptueux serveur, qui abandonne et demande le pardon du Très-Haut.... »
    ...qui abandonne...

    Qui abandonne quoi ? Le fait d’apporter des précisions que ne donnent pas mes sources habituelles, alors que moi je n’ai pas plus de deux heures à consacrer à chaque expression (et c’est déjà beaucoup) ?
    Est-ce bien raisonnable ?
  • #9
    momolala
    14/12/2010 à 08:55
    • En réponse à deLassus #5 le 14/12/2010 à 07:29* :
    • « Moi aussi, moi aussi !
      Et tu oublies de dire que la plateforme était en pente, de son centre à sa circonférence, et donc légèrement conique.... »
    Ça, je laisse Mitzi en juger et compléter, mais à mon humble avis, sitôt que nous entrons en mouvement non rectiligne, notre pesanteur résulte à la fois de la gravité et de la rotation de la Terre, et donc de la propre "force" centrifuge de cette dernière. Moi aussi, moi aussi, je peux intellectuellement sodomiser les diptères ! 😉
  • #10
    momolala
    14/12/2010 à 08:56*
    • En réponse à deLassus #7 le 14/12/2010 à 08:19 :
    • « Brillant retour de service, cassage de raquette et crise de nerfs du présomptueux serveur, qui abandonne et demande le pardon du Très-Haut.... »
    Le "serveur" étant le serviteur ?
  • #11
    LeboDan_Ubbleu
    14/12/2010 à 09:09
    Bonjour à tous,
    Dis-don God, tu nous en a fait une belle tartine aujourd’hui, mais elle est sans confiture celle-là ! 🙂
    Ça me rappelle que mon père sur ses tartines met soit du beurre, soit de la confiture, mais jamais les 2 en même temps, et ce, depuis la guerre...
  • #12
    LeboDan_Ubbleu
    14/12/2010 à 09:11
    le beurre est un symbole de richesse, un emblème de luxe.

    Moi je me contente du "jambon beurre", beaucoup moins luxueux.
  • #13
    chirstian
    14/12/2010 à 09:19
    • En réponse à deLassus #7 le 14/12/2010 à 08:19 :
    • « Brillant retour de service, cassage de raquette et crise de nerfs du présomptueux serveur, qui abandonne et demande le pardon du Très-Haut.... »
    mais non, tu ne comptes pas pour du beurre ! Quand God promet plus de beurre que de pain, tu fais ton beurre de ses oublis, mettant du beurre dans tes épinards. Entrant dans les dictionnaires comme dans du beurre, tu fais de Google ton assiette au beurre, et il est rare que tu ne trouves pas plus de précision que de beurre en branche.
    Donc loin de l’idée de God de te mettre l’oeil au beurre noir ! 🙂
  • #14
    chirstian
    14/12/2010 à 09:21
    • En réponse à LeboDan_Ubbleu #11 le 14/12/2010 à 09:09 :
    • « Bonjour à tous,
      Dis-don God, tu nous en a fait une belle tartine aujourd’hui, mais elle est sans confiture celle-là ! 🙂
      Ça me rappelle que... »
    l’occasion de revoir ces grands artistes : cette page
  • #15
    PHILO_LOGIS
    14/12/2010 à 09:24
    L’oeil au beurre noir, la sole au beurre noir, mais aussi les maquerelles au beur noir...
    Le cabillaud au beurre blond, mais aussi la morue au beur blond...
    Qui parle de racisme, ici?
  • #16
    PHILO_LOGIS
    14/12/2010 à 09:30
    jeu de mot sur une autre acception du mot assiette, celle liée à l’impôt

    Ouiiiiiiiiiiiiiiiiii, il faut avoir une bonne assiette pour faire de la corde raide, même si celle-ci s’assouplit avec le temps pour mieux nous être passée autour du cou...
    Et c’est quand on a prit trop d’(im)pots que l’on perd son assiette... On s’endort alors, pas toujours la tête dans les nuages, mais bien souvent en piquant du nez dans son assiette, ce qui nous empêche de regarder plus loin que le bord de l’assiette (ce qui correspond à l’expression allemande Über den Tellerrand schauen, ce qui signifie regarder plus loin que le bout de son nez)
  • #17
    mitzi50
    14/12/2010 à 09:32
    • En réponse à momolala #9 le 14/12/2010 à 08:55 :
    • « Ça, je laisse Mitzi en juger et compléter, mais à mon humble avis, sitôt que nous entrons en mouvement non rectiligne, notre pesanteur résul... »
    Il y a, dans tout mouvement circulaire ou en ellipse, 3 forces: la force centrifuge -qui nous éloigne du centre -, la force centripète, qui nous amène vers le centre, et, éventuellement, la gravité, lorsque nous sommes assez près d’ une planète, la terre en l’ occurence. Généralement c’ est la résultante de ces trois forces qui nous permet de "tourner rond" dans les manèges de foire. C’ est aussi cette résultante qui permet au beure de "se faire" dans les barattes (mais de nos jours le barattage manuel dans un tonnelet devient anecdotique, il y a des centrifugeuses pour cela !)
    Bon. Mais la corruption, là-dedans, n’ obéit à aucune loi physique. Seulement à l’ aviidité de certains.
    Ca te va ?
  • #18
    mitzi50
    14/12/2010 à 09:36*
    Il y a aussi un autre sens pour "l’ assiette" : celle qui permet à un bon cavalier de se tenir en selle (bien sûr il peut aussi monter "à cru", rien à voir avec le steak tartare...). C’ est aujourd’hui qu’ "Il Cavaliere" joue son avenir politique. Pour le fric, il connaît.....
  • #19
    chirstian
    14/12/2010 à 09:39*
    God explique l’expression, par le fait, pour les riches, de mettre du beurre dans leur assiette. C’est négliger le fait qu’il s’agit ici de l’assiette au beurre, et non du beurre.
    Et ce qu’elle avait de remarquable, cette assiette, c’est le fait qu’elle tournait, selon le principe évoqué par Momo, pour le jeu des foires, ou celui, par la suite, des plateaux de fromages. Et mes sources indiquent d’ailleurs, que l’axe était graissé ... avec du beurre ! Le résultat c’est que celui qui l’utilisait, pouvait toujours se servir, et que, s’il était mal placé, il n’avait qu’un geste à faire pour amener le beurre à lui, pour mieux se servir.
    Les puissants se sont toujours servis : des Mazarin, des Colbert ou des Fouché ont acquis des fortunes à rendre jaloux le roi. Mais je doute qu’on ait pensé à cette expression avant la (III, IV ?) République. C’est cette capacité à s’arranger de la réalité pour être toujours du côté du manche, avec les intrigues, les retournements de veste et les alliances politiciennes qui ont fait le bonheur des chansonniers, et d’où, j’imagine, est venue l’expression. Existait-elle autrefois ? Je n’en suis pas convaincu.
    Mais je ne veux pas pinailler davantage : God va m’accuser de prendre le beurre d’aujourd’hui pour m’occuper des mouches d’hier !
    correction : III République, mais naturellement pas IV, comme me le fait remarquer Delassus en ladessous (23), ne serait-ce que parce que le Journal a été publié dès 1901!!!
  • #20
    mickeylange
    14/12/2010 à 09:52
    Prendre l’assiette aux beurs, encore un coup des pieds noirs.