Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

un chien regarde bien un evêque [exp]

on ne doit pas s'irriter d'être regardé ; une personne humble doit pouvoir s'autoriser à aborder une personne haut placée

Origine et définition

La célébrité, quelle qu'en soit la cause, impose quelques contreparties.
Quand on fait ce qu'il faut pour être regardé, admiré, photographié, il n'y a aucune raison d'en être irrité. Sinon, par exemple, si les stars refusaient de l'être, la montée des marches au festival de Cannes ne pourrait pas être ce qu'elle est.
Autrefois les pontes de l'Église, dont les évêques, étaient également des gens attirant le regard et la curiosité. Lorsqu'ils passaient dans un lieu tels des princes entourés de leur cour, les gens modestes devaient baisser les yeux par respect. Mais pas les chiens, pauvres animaux encore plus humbles que leurs maîtres, et incapables de comprendre le pourquoi de ces attitudes imposées.
Ceci conduit à considérer que si un chien, forcément de très basse condition, peut s'autoriser à regarder un évêque sans que celui-ci puisse en prendre ombrage, alors n'importe qui devrait pouvoir le faire.
Vous allez me dire : l'image est compréhensible, mais pourquoi un chien et un évêque au lieu d'un chat et un roi[1], par exemple ?
Il n'y a pas de réelle explication, mais le lexicographe Pierre Enckell, dans le numéro 38 de "Datations et documents lexicographiques" cite l'auteur Beroalde de Verville qui, en 1610, dans "Le moyen de parvenir", écrivait ce qui semble être la première attestation de l'emploi de ces deux protagonistes : "Un chien aboie bien à la lune, et une chèvre regarde bien un ministre, et un chien un évêque dont moult il s'ébahit".
[1] C'est vrai, ça, pourquoi ? Puisque dans la version anglaise de l'expression "a cat may look at a king", c'est bien un chat qui peut regarder un roi.

Exemples

« J'avais sa voix qui me parlait au-dessus de ma tête et je n'osais guère me retourner pour le voir, car, quoiqu'un chien regarde bien un évêque, che n'est pas un homme bien commode à dévisager. »
Jules Amédée Barbey d'Aurevilly - L'ensorcelée
« Et après tout, un chien regarde bien un évêque, pourquoi un étudiant n’écrirait-il pas à un grand et illustre professeur d’université ? »
L'escume des nuits - Numéro 4 - Février/mars/avril 2005

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand man wird dich wohl noch anschauen dürfen tu ne peut pas iinterdire que l'on te regarde
Anglais a cat can look at a king un chat peut regarder un roi
Anglais a cat can look at a queen un chat peut regarder une reine
Anglais (USA) a cat may look at a king un chat peut regarder un roi
Espagnol (Espagne) un perro puede mirar al rey un chien peut regarder le roi
Français (Canada) un chien regarde bien un évêque un chien regarde ben un évêque, j'peux ben regarder un air bête
Français (France) un kien y ravise bien eun' saucisse, j'peux bien raviser eun' andoulle ! un chien regarde bien une saucisse, je peux bien regarder une andouille !
Italien un gatto può ben guardare un re un chat peut bien regarder un roi
Latin asinus equum spectat l'âne regarde le cheval
Néerlandais eene kat kijkt wel op een koning un chat regarde bien un roi
Néerlandais kijken staat vrij regarder est permis
Portugais (Portugal) um gato pode olhar para um rei un chat peut regarder un roi
Wallon (Belgique) on chin louk bin in evèque è l'gueûie un chien regarde bien un évêque en face
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Variantes

  • Un rien se garde bien d'un échec.

Commentaires sur l'expression « un chien regarde bien un evêque » Commentaires

  • QUITUS
    01/12/2011 à 09:21
    Je connais "un chien regarde bien une andouille" sans en préciser l’origine normande ou bretonne...
    La répartie devient vacharde.
  • chirstian
    01/12/2011 à 09:24
    une femme de ménage regarde bien un président du FMI !
  • joseta
    01/12/2011 à 09:59
    Un basset regardait cet abbé croyant y voir un air de famille cette page
  • deLassus
    01/12/2011 à 10:11
    che n’est pas un homme bien commode à dévisager.

    Il ne s’agit pas du Che, et la citation est exacte (voir cette page) : d’Aurevilly place cette réplique dans la bouche de la mère Mahé, qui a un fort accent.
    Dans Son grand livre, God indique seulement en une note p 275 "mis pour ce". Ce qui prouve qu’Il a bien tout relu. Quel boulot !
  • memphis
    01/12/2011 à 10:12
    nom d’un chien, sacré nom d’un chien ! cette page
  • <inconnu>
    01/12/2011 à 10:18
    Bonjour à tous et toujours mes compliments à God.
    Mon arrière-grand-mère, qui fut jeune midinette à la fin du XIXème (siècle. C’est assez dire si je n’ai plus 20 ans moi non plus...), avait coutume de répondre à quelqu’un qui lui demandait pourquoi elle le regardait ainsi : « Un chien regarde bien un Évêque, je peux bien regarder une foutue bête... »
    Veuillez noter que ce n’est pas par cette apostrophe fleurie qu’elle a connu mon arrière-grand-père...
  • deLassus
    01/12/2011 à 10:24
    • En réponse à <inconnu> #106 le 01/12/2011 à 10:18 :
    • « Bonjour à tous et toujours mes compliments à God.
      Mon arrière-grand-mère, qui fut jeune midinette à la fin du XIXème (siècle. C’est assez di... »
    Plus ou moins jeune, il me semble (sauf erreur) que tu es nouveau sur ce site. Sois le bienvenu et reviens-nous souvent !
  • tytoalba
    01/12/2011 à 10:26
    En ce moment, mon chien (Vodka) guette l’évêque. En effet, comme chaque année, voici venu le temps de saint Nicolas. 😄
  • deLassus
    01/12/2011 à 10:46
    • En réponse à tytoalba #108 le 01/12/2011 à 10:26 :
    • « En ce moment, mon chien (Vodka) guette l’évêque. En effet, comme chaque année, voici venu le temps de saint Nicolas. 😄 »
    mon chien (Vodka) guette l’évêque

    Et l’évêque, impatient, guette son verre d’alcool !
  • mitzi50
    01/12/2011 à 11:15
    "Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux leur appartient" (Les Béatitudes).
    Il ne reste plus qu’ à déterminer qui, des deux, est, en esprit, le moins bien pourvu. Ceci sans vouloir démolir ni les chiens, ni les évêques....et ce, aux quatre points cardinaux !
  • deLassus
    01/12/2011 à 11:18
    • En réponse à chirstian #102 le 01/12/2011 à 09:24 :
    • « une femme de ménage regarde bien un président du FMI ! »
    une femme de ménage regarde bien un président du FMI !

    Et elle aurait eu le tort de baisser les yeux...
  • joseta
    01/12/2011 à 11:31*
    Un groupe hétérogène de chiens, en attendant le passage de l’évêque, en profitait pour faire connaissance...Donc, par ce beau MÂTIN....
    - TECKEL chien toi? moi je suis le chien QU’ A NICHE.
    - Moi je viens d’Egypte, HUSKY paraît, on ne me voit COCKER...
    - Et lui, il ne dit rien?
    - Non, lui i' SETTER.
    - Et cet autre qui n’arrête pas d’aboyer? Tu dis rien?
    - SCHNAUZER pas te le dire, y pourrait se POINTER...enfin, soit, il s’agit d’un COLLEY.
    - Ah oui? Et bien pour lui apprendre, COLLEY samedi!!!
    P.S. Mon dernier jeu de mots, naturellement, rend hommage au grand Elpepe.
  • GALICHERIE72300
    01/12/2011 à 11:39
    chez moi aussi, dans l’Est de la france, on disait la même chose.
    "Un chien regarde bien une saucisse..."
  • chirstian
    01/12/2011 à 12:49
    et un chien un évêque dont moult il s’ébahit".
    dans la citation initiale (Beroalde de Verville ) ,si le chien regarde un évêque, c’est donc avec surprise : soit pour son costume, soit pour son attitude, sa marche solennelle, ses bénédictions ...
    Je relève l’emploi de ce "s’ébahit" dont le Dictionaire critique de la langue française rappelle (édition 1787) : Ce verbe s’est maintenu, dit La Monnoie, jusqu’au milieu du siècle dernier. Il a depuis insensiblement vieilli, et il ne trouve plus sa place que dans le burlesque. — St. Amant s’en est servi dans son Moyse Sauvé, où décrivant les Israélites, qui passaient la Mer Rouge à pied sec, il dit: Les poissons ébahis les regardent passer.
    On peut donc en conclure que de Verville cherchait ,lui aussi, un effet burlesque. Le choix du chien et de l’évêque n’a sans doute pas d’autre raison.
  • chirstian
    01/12/2011 à 13:37
    deux citations relevées dans le Wiktionary:
    "Un chien regarde bien un évêque, et il y en a qui disent que l’évêque n’est pas fâché d’être regardé du chien". — (Alfred de Musset, le Chandelier I, 2, dans ses &Oelig;uvres, éd.1867)
    et
    " — Pourquoi me regardes-tu, chien ?
    — Un chien regarde bien un évêque, dit Léon en s’appliquant ce bon mot juif qui avait sauvé la tête de Samuel un jour qu’il avait osé lever les yeux sur Chramne, fils de Théodoric. — (Frédéric Soulié, Léon Baburrus, dans Un malheur complet , 1858, p.295)"
    Les lumières de Delassus sont nécessaires pour retrouver trace de ce "bon mot juif" rattaché à l’époque de Chramne qui vieillirait l’expression de quelques 11 siècles !
  • renwar
    01/12/2011 à 14:05
    Comme me le répétait souvent ma mère quand, enfant, je lui demandais "Pourquoi tu me regardes ?" :
    "Un chien regarde bien une saucisse, je peux bien regarder une andouille !"
  • DiwanC
    01/12/2011 à 14:17*
    Maintenant qu’il est admis qu’un chien peut regarder un évêque, reste à savoir ce qui suscite l’intérêt du canidé pour l’homme d’église…
    Car enfin, depuis bien longtemps, on sait que le clebs passe ses journées à arpenter les rues, sniffant l’alsphate et tous les coins de portes pour savoir par où peut bien être passée cette satanée Mirza.
    Pourquoi va-t-il abandonner ses profondes préoccupations pour soudain dévisager un évêque, lequel devrait avoir aut’ chose à faire qu’à tribuler sur les trottoirs ! Ne peut-on voir là la malveillance du malin ? Me d’mande...
    Ah ! y a vraiment qu’Expressio pour soulever les vraies questions existentielles ! A moins que…
    Marcel ! T’aurais pas mis un peu trop de bleu dans le troisième lagon de c’ midi ? 😛
  • SyntaxTerror
    01/12/2011 à 14:40
    • En réponse à deLassus #104 le 01/12/2011 à 10:11 :
    • « che n’est pas un homme bien commode à dévisager.
      Il ne s’agit pas du Che, et la citation est exacte (voir cette page) : d’Aurevilly place c... »
    En effet, dans les territoires, disons Nord-ouest de l’hexagone, nous avons tendance à "mouiller" le c.
    P. ex. "façon" se dit "fachon" qui est devenu "fashion" en traversant le Channel (canal).
  • <inconnu>
    01/12/2011 à 14:42
    Au Québec, on disait à une personne arrogante: si un chien regarde un évêque, je peux bien regarder un chien comme toi!
    Ou bien: si un chien regarde un évêque, moi je peux regarder un air bête!
  • PHILO_LOGIS
    01/12/2011 à 14:44
    • En réponse à <inconnu> #106 le 01/12/2011 à 10:18 :
    • « Bonjour à tous et toujours mes compliments à God.
      Mon arrière-grand-mère, qui fut jeune midinette à la fin du XIXème (siècle. C’est assez di... »
    C’est assez dire si je n’ai plus 20 ans moi non plus...

    Non Jef, t’es pas tout seul... (merci, Grand Jacques)
    De toutes façons, 20 dents, ce ne sont que deux mauvais moments à passer...
    Ou bien, elles poussent encore, et cela peut faire un mal de chien (même si aucun évêque ne passe àproximité), ou bien on s’en est déjà fait arracher, et cela fait certainement un mal de chien (avec ou sans évêque, peu importe)
    Bienvenue à toi, welcome, willkommen, welkom, benvenuto e tutti quanti...