Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

un ouvrier de la onzième [n]

un ouvrier de la dernière heure ; celui qui se met à participer à un travail au moment où il va être fini ; celui qui se rallie tardivement à une cause

Origine et définition

Il est bien connu, et Francis Bouygues l'avait bien compris, que le monde appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt.
Alors ceux qui arrivent souvent au travail trop tardivement sont généralement très mal vus, aussi bien par leurs chefs que par leurs petits camarades s'il n'y a pas de sanction pécuniaire.
Et pourtant ! Si on se fie à la parabole évangélique d'où nous vient cette expression, elle n'est absolument pas critique vis-à-vis de ces retardataires, comme ce qui est généralement sous-entendu lors de l'usage actuel de la locution.
En effet, cette parabole, qu'on trouve non pas sur les toits des maisons et immeubles, mais dans l'Évangile selon Saint Matthieu, nous conte l'histoire suivante :
Un maître de maison commença de bon matin à embaucher des ouvriers pour travailler dans sa vigne. Le prix convenu pour le travail était de un denier par jour.
Mais l'employeur continua, à différents moments de la journée (la troisième, la sixième, la neuvième puis la onzième heure), à recruter de nouveaux travailleurs.
À la fin de la douzième et dernière heure de travail (oui, à cette époque, les 35 heures n'étaient pas encore d'actualité), il paya d'abord les derniers venus de un denier avant, finalement, de payer les premiers également de un denier.
Bien entendu, ces derniers (qui, je le rappelle à ceux qui ne suivent pas bien, furent pourtant les premiers), n'étaient pas d'accord. Pourquoi ceux qui n'avaient fourni qu'une seule heure de travail devaient-ils recevoir le même montant que ceux qui en avaient fourni douze ?
Ce à quoi le maître de la vigne répondit à l'un des ouvriers mécontents :
« Mon ami, je ne te lèse en rien. N'est-ce pas que nous sommes convenus d'un denier ? Prends ce qui te revient et va-t-en. Il me plaît de donner à celui-ci autant qu'à toi. N'ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît ? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ? »
Et Matthieu conclut : Voilà comment les derniers seront les premiers et les premiers seront derniers.
Le sens de cette parabole est assez clair :
Si le maître engage des ouvriers à la onzième heure, c'est qu'à ceux-là, aucun travail ne leur a été proposé avant. Il n'y a donc là aucune volonté d'encourager la paresse, mais plutôt de donner à chacun des chances égales. Jésus y signifie indirectement qu'il est toujours temps de venir à lui et qu'aucune préférence ne sera faite basée sur l'ordre de conversion, chacun étant traité à égalité quelle que soit la période de son ralliement.

Exemples

« Ouvrier de la dernière heure ou presque, je m'étais rangé sous ses ordres en 1943 [l'auteur évoque Charles de Gaulle], et il ne nous avait jamais adressé le moindre signe. Douze ans après, j'étais convoqué par son aide de camp. Tiens, pourquoi ? »
Jules Roy - Mémoires barbares - 1989

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand jemand, der die Arbeit nicht gerade erfunden hat quelqu'un / celui qui n'a pas inventé le travail
Anglais (Irlande) Last-minute helper. Une aide de la dernière minute.
Anglais an eleventh-hour worker/ A last hour worker un ouvrier de la onzième heure / dernière heure
Anglais (USA) an eleventh-hour volunteer / conscript un volontaire / un appelé de la onzième heure
Espagnol (Espagne) ¡A buenas horas mangas verdes! à la bonne heure manches vertes!
Espagnol (Espagne) A toro pasado / Actuar a toro pasado Après coup / Agir après coup (Agir comme un ouvrier de la onzième)
Néerlandais (Belgique) hij komt altijd op scheiden van de markt il arrive toujours à la séparation du marché
Néerlandais (Belgique) werkers van het elfde uur ouvriers de la onzième heure
Néerlandais arbeiders / werkers van het elfde uur ouvriers de la onzième heure
Néerlandais met de nachtschuit komen arriver avec le bateau de nuit
Néerlandais spuit elf geeft ook modder la lance numéro onze donne de la boue aussi
Portugais (Brésil) agora não adianta mais maintenant ça ne sert à rien
Portugais (Brésil) um ajudante de última hora un ouvrier de la dernière heure
Roumain de ultim moment de dernièr moment
Russe работник одиннадцатого часа (rabotnik odnitsatovo tchassa) ouvrier de la onzième heure
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Commentaires sur l'expression « un ouvrier de la onzième » Commentaires

  • #81
    joseta
    21/08/2012 à 17:02
    Le forain, employé dans les autos tamponnantes, ne commençait son boulot qu’au onzième heurt. 😐
  • #82
    joseta
    21/08/2012 à 17:11*
    Ces heures sup’ sont aussi un moyen d’augmenter des salaires souvent modestes,

    Jadis, il y avait des heures ’sup’ primées,
    Aujourd’hui, il y a des heures supprimées. 😐
    Mon ordi n’en fait qu’à sa tête dernièrement, je disais ça à Charmagnac en 76, il ne l’a pas tenu en compte....
  • #83
    <inconnu>
    21/08/2012 à 17:43
    Une pub à droite, sur ce merveilleux site, me dit qu’"un investissement de 200€ s’est transformé en 1200€ en moins de 5 jours". Soit en 35 heures. Donc 4800 € par mois.
    C’est beaucoup plus que je n’ai jamais gagné dans ma vie, avec mes 55 heures par semaine (indépendant). Mais pourquoi je me suis planté ainsi en choisissant mon métier ?
  • #84
    charmagnac
    21/08/2012 à 18:09
    Pourquoi ceux qui n’avaient fourni qu’une seule heure de travail devaient-ils recevoir le même montant que ceux qui en avaient fourni douze ?

    Oh là là ! J’ai comme un pressentiment. Berbaut Thinard va descendre dans la rue avec ses copains et ça va se terminer devant la Cour de Justice Européenne pour discrimination. Et si de plus l’ouvrier de la première heure est sans papiers, tout le show biz va défiler !
  • #85
    <inconnu>
    21/08/2012 à 20:03
    • En réponse à <inconnu> #83 le 21/08/2012 à 17:43 :
    • « Une pub à droite, sur ce merveilleux site, me dit qu’"un investissement de 200€ s’est transformé en 1200€ en moins de 5 jours". Soit en 35 h... »
    Ben c’est pour les Gogol. Laisse pisser le Mérinos 🙂
  • #86
    PHILO_LOGIS
    21/08/2012 à 20:26
    • En réponse à <inconnu> #83 le 21/08/2012 à 17:43 :
    • « Une pub à droite, sur ce merveilleux site, me dit qu’"un investissement de 200€ s’est transformé en 1200€ en moins de 5 jours". Soit en 35 h... »
    Mais pourquoi je me suis planté ainsi en choisissant mon métier ?

    Serait-ce donc que tu ne t’es pas fait arroser? Ben mon pôv’, tu t’as vraiment gouré de métier, alors...
  • #87
    Jonayla
    21/08/2012 à 22:26
    « Mon ami, je ne te lèse en rien. N’est-ce pas que nous sommes convenus d’un denier ? Prends ce qui te revient et va-t-en. Il me plaît de donner à celui-ci autant qu’à toi. N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît ? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ? »

    C’est ça qu’une certaine gauche n’a jamais voulu admettre (aïe, pas sur la tête) :-D
    De toute façon, depuis aujourd’hui, Dieu est mort, en tout cas en Jolie Gique ...
  • #88
    DiwanC
    21/08/2012 à 23:52
    • En réponse à PHILO_LOGIS #79 le 21/08/2012 à 15:19* :
    • « Fi de la onzième : j’attends la 25e heure…
      viens avec moi, on va l’attendre ensemble chez Marceeeeeeeeeeeeeeeeel!
      ... Il est déj-hips-jà 20... »
    Vais te dire mon Joli : quand on ne supporte pas le lagon bleu, on ne boit pas de lagon bleu ! Foie Foi de Germaine !
    Marceeel ! T’as une brouette s’te plaît ? Parce que dans l’état où il est, va falloir le raccompagner le Filo !
    😄
  • #89
    DiwanC
    15/02/2018 à 03:45*
    Tiens... c'est moi qui avais éteint la lumière chez Marcel !
    😄
    Je ne me souvenais plus de cette expression que d'ailleurs je ne connaissais pas ; pourtant j'avais tenté de la commenter. Ainsi se vérifient les propos de M'sieur Boileau : Vingt fois sur le métier....
  • #90
    DiwanC
    15/02/2018 à 04:20*
    Rien... je n'ai rien trouvé chez le cher Georges qui puisse illustrer l'expression du jour.
    Dans ses textes, il y a bien des "travailleurs" – mais pas de patron – des "vignes", un ou deux "deniers"... quelques "fesse-mathieux" et même deux "apôtres" !... Bref, rien qui corresponde vraiment.
    À moins que ... mais c'est tellement tire-couetté qu'on frôle la calvitie !

    Cupidon ce salaud reste chez lui qui n'est pas rare
    Avais trempé sa flèche un petit peu dans le curare
    Le philtre magique avait tout du bouillon d'onze heures
    Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule
    Sauf le respect que je vous dois

    Écoutez ! Brassens travaille avec Pierre Nicolas
  • #91
    DiwanC
    15/02/2018 à 04:21*
  • #92
    Utilisateur supprimé
    15/02/2018 à 08:06*
    • En réponse à DiwanC #90 le 15/02/2018 à 04:20* :
    • « Rien... je n'ai rien trouvé chez le cher Georges qui puisse illustrer l'expression du jour.
      Dans ses textes, il y a bien des "travailleurs"... »
    Tu n'as rien trouvé chez Georges, mais chez ergosum d'hier il y a ceci au #146.
  • #93
    Utilisateur supprimé
    15/02/2018 à 08:10
    • En réponse à Utilisateur supprimé #92 le 15/02/2018 à 08:06* :
    • « Tu n'as rien trouvé chez Georges, mais chez ergosum d'hier il y a ceci au #146. »
    La conclusion s'impose d'elle-même, ergosum est plus efficace que Brassens !
  • #94
    ergosum
    15/02/2018 à 09:10
    C'est peut-être dû au fait que, contrairement à Brassens, j'ai encore quelques neurones en activité...
  • #95
    joseta
    15/02/2018 à 09:15
    Pause sur le chantier
    - Qu'est-ce qu'il lit ce manoeuvre ?
    - Mann: oeuvres...
    - oui, le manoeuvre, qu'est-ce qu'il lit ?
  • #96
    joseta
    15/02/2018 à 09:24
    - Et dans quoi tu bosses maintenant ?
    - je travaille à façon...
    - façonnier ?
    - ben...face à n'importe qui...
  • #97
    ergosum
    15/02/2018 à 09:26*
    Jésus y signifie indirectement qu'il est toujours temps de venir à lui

    L'empereur Constantin était un sage... Se faire baptiser sur son lit de mort... on ne sait jamais...
    D'ailleurs, par testament, j'ai laissé des instructions très précises pour des baptêmes post-mortem. Toutes les religions seront passées en revue : catholicisme, protestantisme, vaudou africain, chamanisme, cultes totémiques... Sauf l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormons) qui s'en charge sans même te demander ton avis.
    J'ai bien précisé qu'il fallait m'enterrer avec mon carnet de chèques. Parce que rien n'est gratuit, en matière de religion. Ne dit-on pas "Louez le Seigneur" ?
  • #98
    ergosum
    15/02/2018 à 09:46*
    • En réponse à DiwanC #89 le 15/02/2018 à 03:45* :
    • « Tiens... c'est moi qui avais éteint la lumière chez Marcel !
      😄
      Je ne me souvenais plus de cette expression que d'ailleurs je ne connaissais... »
    Ainsi se vérifient les propos de M'sieur Boileau : Vingt fois sur le métier....

    C'est ce que Germaine murmure quand elle grimpe à son rideau ? Quelle santé !
    Marcelle, vous m'ferez vingt pompes !
  • #99
    SyntaxTerror
    15/02/2018 à 09:51
    Le sens de cette parabole est assez clair :
    Nous dit God.
    Il faut croire que ce n'est pas le cas, si j'en crois tous les échanges des voisins du dessus au sujet des injustices salariales.
    "Mais en même temps" si : Le salut nous est donné par la grâce et non par les œuvres. Fermez le ban.
  • joseta
    15/02/2018 à 10:03*
    Sur le chantier
    - Tu vois le manoeuvre là-bas ? C'est Joseph, un pauvre hère, et en plus, il ne se lave jamais !
    - pauvre sale hère ?
    - ah, c'est sûr, son salaire n'est guère élevé...