Ici, le dauphin ne s'appelle pas Flipper (
), mais plutôt Louis de France, appelé le Grand Dauphin, lorsqu'il était encore l'héritier théorique de la couronne alors que son père Louis XIV régnait,
dauphin désignant le fils aîné du roi, celui qui devait normalement lui succéder (
).
Cette expression est la version française du latin « Ad usum delphini », locution placée sur la collection d'ouvrages anciens latins et grecs que le sévère duc de Montausier destinait au dauphin dont il était le gouverneur.
En effet, ces ouvrages, venus d'auteurs comme Juvenal, Homère ou même le contemporain Racine, destinés à être lus par Louis de France au cours de son instruction, avaient été adaptés ou expurgés de leurs passages considérés comme incompatibles avec la bonne éducation qui sied à un jeune et futur monarque.
Dans le
Grand Larousse du XIXe siècle paru en 1870, Pierre Larousse indique « les poètes latins subirent de nombreuses mutilations, et les passages qui n'étaient pas d'une chasteté rigoureuse furent effacés de leur oeuvre ».
Il y cite d'ailleurs l'exemple suivant pris dans
Esther de Racine, où les vers
« Lorsque le roi, contre elle
enflammé de dépit,
La chassa de son trône ainsi que de
son lit »
deviennent
« Lorsque le roi contre elle
irrité sans retour,
La chassa de son trône ainsi que de
sa cour »
et où on peut juger du niveau de la censure.
Mais outre l'usage premier, cette locution, surtout au XIXe siècle, s'est aussi appliquée à des ouvrages transformés pour travestir la vérité ou faire circuler des théories différentes de celles communément admises, comme on peut en trouver actuellement, par exemple, aux États-Unis, chez les partisans de la théorie du créationnisme (laquelle s'oppose, bien entendu, à celle de l'évolutionnisme de Darwin, mais aussi à celle, encore plus solide, du pastafarisme
).
D'ailleurs, dans
Illusions perdues, Balzac fait dire à un jésuite : « (...) l'histoire officielle, menteuse, que l'on enseigne, l'Histoire ad usum delphini ; puis l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements, une histoire honteuse ».
Cette expression est généralement employée de manière ironique ou péjorative.
« Sainte Thérèse : La petite fille gâtée et capricieuse devenant une carmélite docile et obéissante. (...) Elle avait soif du renouveau biblique, elle regrettait de ne point disposer de la Bible tout entière qu'on n'éditait alors qu'en latin pour les doctes en la confisquant à l'usage du dauphin. »
Chrétiens Magazine - Article d'octobre 2008
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