Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Frapper d'estoc et de taille

Frapper de la pointe et du tranchant (de l'épée)
De toutes les manières possibles
À tort et à travers

Origine

L'estoc était autrefois une épée longue et pointue. Par métonymie, du XVe au XVIIIe siècle, le mot a désigné la pointe de l'épée.
Quant à la taille, c'est ce qui permettait de trancher, de tailler, c'est-à-dire le tranchant de l'épée.
Si "férir d'estoc" ou "frapper de la pointe de l'épée" existe depuis le IXe siècle, ce n'est qu'au XVe qu'apparaît notre expression, à propos d'individus qui se battent en utilisant leur épée de toutes les manières possibles, en sous-entendant la violence et l'acharnement mis dans le combat.
Cette expression n'est plus employée dans le langage courant. Même si les deux autres sens métaphoriques proposés pourraient encore l'être, leur usage a disparu.
On ne la trouve donc maintenant que dans des récits évoquant des périodes anciennes où le combat à l'épée était usuel.

Exemple

« (...) à son bras gauche était roulée cette couverture de lit à laquelle Sancho gardait rancune pour des raisons à lui connues, et de la main droite il tenait son épée nue, avec laquelle il s'en allait frappant de tous côtés d'estoc et de taille, tout en prononçant des paroles, comme s'il eût réellement combattu quelque géant ennemi.»
Miguel de Cervantes Saavedra - L'ingénieux hidalgo don Quichotte de la Manche - 1605

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
République Tchèque Tchèque Bit hlava nehlava Frapper la tête ou pas la tête
Allemagne Allemand Sich mit allen Mitteln schlagen Se battre par tous les moyens
Angleterre Anglais To cut and thrust Trancher et estoquer
Angleterre Anglais To do something humble-jumble Faire quelque chose pêle-mêle
Argentine Espagnol A diestra y siniestra A droite et à gauche
Espagne Espagnol A diestro y siniestro À droite et à gauche
Espagne Espagnol Dar por todos lados Frapper de tous les côtés
Espagne Espagnol Pegar a diestro y siniestro Frapper à droite et à gauche
Hongrie Hongrois Össze - vissza vagdalkoznak Ils se coupent en se battant d'aller et de retour
Algérie Kabyle S- uglan ts- ughmas Mordre de canines et dincisives
Pays-Bas Néerlandais Er blindelings op los gaan Se lancer dans le combat aveuglement
Pays-Bas Néerlandais Te vuur en te zwaard (bestrijden) (combattre) au feu et à l'épée
Roumanie Roumain (A lupta) cu ghearele și cu dinții (Lutter) avec les griffes et les dents
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Commentaires sur l'expression « Frapper d'estoc et de taille » Commentaires

  • #1
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 00:14
    Tiens, je la connaissais à l’envers : de taille et d’estoc. Et toc ! Je porte l’estocade ? L’expression vient de la Marine, où un étoc est une tête de roche, couvrant-découvrant, capable de percer la coque d’un bateau qui s’y frotte (et s’y pique).
  • #2
    • Lanocturne
    • 16/02/2010 à 00:56*
    • En réponse à Elpepe #1 le 16/02/2010 à 00:14 :
    • « Tiens, je la connaissais à l’envers : de taille et d’estoc. Et toc ! Je porte l’estocade ? L’expression vient de la Marine, où un étoc est u... »
    Porter l’estocade lors de la corrida est d’usage aussi,c’est lorsqu’à coup d’estoc le matador met à mort un taureau(pauvre bête)
    Ne me dites pas que vous vous adonnez à une telle torture dans votre fameux "dompte-elle" ?le chat à neuf queues me parait du coup plus approprié
  • #3
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 01:27*
    • En réponse à Elpepe #1 le 16/02/2010 à 00:14 :
    • « Tiens, je la connaissais à l’envers : de taille et d’estoc. Et toc ! Je porte l’estocade ? L’expression vient de la Marine, où un étoc est u... »
    Tandis que les biens nés se frappaient de taille et d’estoc, les petits étaient frappés de taille et de gabelle. Dans les deux cas, celui qui ne savait esquiver se prenait une gamelle de taille.
  • #4
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 01:34*
    • En réponse à Lanocturne #2 le 16/02/2010 à 00:56* :
    • « Porter l’estocade lors de la corrida est d’usage aussi,c’est lorsqu’à coup d’estoc le matador met à mort un taureau(pauvre bête)
      Ne me dites... »
    Mon estoc personnel est muni d’un bout mousse,
    et la petite mort en est, du coup, plus douce.
    Quand la bête est repue et qu’elle me crie : "pouce !",
    je torée pour le compte et alors là, je tousse.
    Qu’elles soient épuisées et sur le flanc, mes gousses,
    ne l’empêchera pas de tirer sur la housse :
    la reine crie "Olé" depuis sa toison rousse,
    Et enfin achevée soudain elle repousse
    l’objet qui de nouveau voudrait que je la trousse.
    Alors moi, je retourne à mon Petit Larousse,
    tout en haut de mon arbre, au fin fond de la brousse,
    ou bien vais sur la 2 voir Laurent Delahousse.
    Luis Miguel Dominguin
  • #5
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 01:38
    • En réponse à <inconnu> #3 le 16/02/2010 à 01:27* :
    • « Tandis que les biens nés se frappaient de taille et d’estoc, les petits étaient frappés de taille et de gabelle. Dans les deux cas, celui qu... »
    Rien n’a vraiment changé depuis le Moyen-Âge, question taille, gabelle, capitation, corvée et Jean (le prince) passe...
  • #6
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 02:04*
    • En réponse à Elpepe #5 le 16/02/2010 à 01:38 :
    • « Rien n’a vraiment changé depuis le Moyen-Âge, question taille, gabelle, capitation, corvée et Jean (le prince) passe... »
    ça donne un coup à l’esto-ma-c...
    Point n’est besoin des princes pour se faire tailler en pièces, le beauf - conseiller financier - est tout aussi efficace...
    ou frapper des stock exchange !
  • #7
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 04:26
    • En réponse à Elpepe #1 le 16/02/2010 à 00:14 :
    • « Tiens, je la connaissais à l’envers : de taille et d’estoc. Et toc ! Je porte l’estocade ? L’expression vient de la Marine, où un étoc est u... »
    je la connaissais à l’envers

    Ben moi aussi, je suis resté interloqué devant l’expressio du jour.
    Je la voyais aussi dans l’autre sens "De taille et d’éstoc"
  • #8
    • Rikske
    • 16/02/2010 à 08:08
    A un automobiliste qui brûlait un feu rouge (pourtant de grande taille), j’ai crié "plus rouge que ça, j’ai plus de stock !" 😉
  • #9
    • OSCARELLI
    • 16/02/2010 à 08:19*
    • En réponse à Elpepe #1 le 16/02/2010 à 00:14 :
    • « Tiens, je la connaissais à l’envers : de taille et d’estoc. Et toc ! Je porte l’estocade ? L’expression vient de la Marine, où un étoc est u... »
    Tiens, je la connaissais à l’envers

    Ben, nous, les Belges, on la connaît à l’endroit. On doit avoir l’esprit moins tordu. Mais c’est vrai aussi qu’on n’est pas sarko-phage...
    Même plutôt, quand on voit le sarko, on file...
  • #10
    • syanne
    • 16/02/2010 à 08:48
    • En réponse à Elpepe #5 le 16/02/2010 à 01:38 :
    • « Rien n’a vraiment changé depuis le Moyen-Âge, question taille, gabelle, capitation, corvée et Jean (le prince) passe... »
    Même que l’estocage était aussi, au moyen âge, d’après Greimas, un "droit payé au seigneur permettant de prendre les souches d’arbre" (l’estoc étant d’abord une souche, un tronc, une bûche. Après la taille et la gabelle, l’estocage, c’était l’estocade. J’imagine que même le bûcheron qui avait abattu l’arbre de sa hache devait payer la souche pour se chauffer... Dure époque pour la roture !
    Bonne et belle semaine à tous !
  • #11
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 08:52
    contrepéterie... phonétique: la taille des stocks...
  • #12
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 08:55
    • En réponse à Lanocturne #2 le 16/02/2010 à 00:56* :
    • « Porter l’estocade lors de la corrida est d’usage aussi,c’est lorsqu’à coup d’estoc le matador met à mort un taureau(pauvre bête)
      Ne me dites... »
    Ne pas oublier le knout, le fouet inventé par les russes...
  • #13
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 08:57
    • En réponse à <inconnu> #7 le 16/02/2010 à 04:26 :
    • « je la connaissais à l’envers
      Ben moi aussi, je suis resté interloqué devant l’expressio du jour.
      Je la voyais aussi dans l’autre sens "De t... »
    I suspect God for having written his oration by his Dog.
    Charles, Prince of Wales
  • #14
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 09:05
    • En réponse à syanne #10 le 16/02/2010 à 08:48 :
    • « Même que l’estocage était aussi, au moyen âge, d’après Greimas, un "droit payé au seigneur permettant de prendre les souches d’arbre" (l’es... »
    Surtout que, dans l’abattage d’un arbre, le plus dur à enlever, c’est la souche ! Quant à la roture, le problème reste entier : demande à d’Estaing, de Villepin, d’Arvor et tant d’autres pourquoi ils tiennent tant à se planquer derrière une particule bidon !
    Elpépé du Phare d’Expressio de Bonmatin-Kelsitt
  • #15
    • <inconnu>
    • 16/02/2010 à 09:05
    En ce jour de Mardi-Gras je pense que God doit se préparer à déguster un bon estoco-fi ( morue ) à l ’ aïoli dans son cabanon de Puyricard comme le veut la tradition 🙂
  • #16
    • momolala
    • 16/02/2010 à 09:15
    • En réponse à <inconnu> #15 le 16/02/2010 à 09:05 :
    • « En ce jour de Mardi-Gras je pense que God doit se préparer à déguster un bon estoco-fi ( morue ) à l ’ aïoli dans son cabanon de Puyricard c... »
    Les Nissartes font l’estoc-aficada et j’en suis d’accord avec toi, c’est délicieux ! Après une sieste s’impose, les mains sur les couvertures.
  • #17
    • momolala
    • 16/02/2010 à 09:23
    Je ne suis pas certaine, redécouvrant ces vers d’Hugo, que celui-ci (sacrilège !) ait bien compris ce qu’était l’estoc. Jugez-en plutôt :
    ..."Son estoc resplendit comme l’œil d’un démon;
    Il y grava son nom afin qu’on s’en souvienne"...
    (Le mariage de Roland cette page).
    Car si Zorro signait le sien à la pointe de l’épée, je vois mal comment l’y graver : j’en déduis que Victor nous induit en erreur en nous laissant imaginer que l’estoc est en réalité la taille.
  • #18
    • Elpepe
    • 16/02/2010 à 09:41
    • En réponse à momolala #16 le 16/02/2010 à 09:15 :
    • « Les Nissartes font l’estoc-aficada et j’en suis d’accord avec toi, c’est délicieux ! Après une sieste s’impose, les mains sur les couverture... »
    L’estocafic, c’est la déformation du stockfish nordique, autrement dit de la morue séchée. Mais alors, pourquoi certains parlent d’aiglefin, pour faire l’estocaficada ?
    De toute façon, personne ne s’y retrouve vraiment dans les différentes appellations de la morue, et pour tout arranger elle appartient à la même famille des gadidæ que l’aiglefin, le merlan et le lieu noir.
    Bon : à la prochaine Convention d’Entrecasteaux et de l’Amirauté réunis, tu nous en fais une, alors, hein ?
    Hein ?
  • #19
    • Rikske
    • 16/02/2010 à 09:45
    • En réponse à momolala #17 le 16/02/2010 à 09:23 :
    • « Je ne suis pas certaine, redécouvrant ces vers d’Hugo, que celui-ci (sacrilège !) ait bien compris ce qu’était l’estoc. Jugez-en plutôt :
      ..... »
    "L’estoc était autrefois une épée longue et pointue": c’est pas moi qui le dis, c’est God ! 😉
  • #20
    • mickeylange
    • 16/02/2010 à 09:52*
    • En réponse à momolala #17 le 16/02/2010 à 09:23 :
    • « Je ne suis pas certaine, redécouvrant ces vers d’Hugo, que celui-ci (sacrilège !) ait bien compris ce qu’était l’estoc. Jugez-en plutôt :
      ..... »
    Car si Zorro signait le sien à la pointe de l’épée

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