Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

La bailler belle / bonne

Chercher à tromper quelqu'un, à lui faire croire quelque chose de faux

Origine

À moins que vous ne soyez vraiment très fatigué, les explications qui vont suivre ne devraient pas vous faire bâiller. Et pour peu que vous soyez un tantinet perspicace, vous aurez remarqué l'accent circonflexe sur le dernier verbe de la phrase précédente, alors qu'il n'y en a pas sur le 'bailler' de l'expression. Et ce n'est pas une faute, puisque cela fait un bail que ce 'bailler'-là n'a rien à voir avec le bâillement d'ennui, de sommeil ou d'empathie[1]
Ce verbe existe depuis le XIIe siècle avec plusieurs sens, puisqu'il a signifié aussi bien 'porter' (jusqu'au XIIIe), que 'recevoir', 'saisir', 'accepter', 'gouverner' ou 'donner', dernière acception qui nous intéresse aujourd'hui.
L'expression, elle, date du XVe siècle.
Si le 'la' désigne une chose (ce qui vient d'être dit, en général), le 'belle' ou 'bonne' est une antiphrase ironique qui, comme le précise Alain Rey, doit faire comprendre "vous me la baillez belle", forme d'emploi traditionnelle, comme "vous m'en donnez une qui ne me plaît pas du tout" ou, plus précisément, en accord avec le sens de l'expression, "vous me dites quelque chose que je ne peux pas croire" ou, en un peu moins mondain, "mais mon cher, chercheriez-vous à m'entuber ?".
[1] Car, comme vous avez déjà certainement participé à une partie de petits bâillements entre amis, vous savez certainement qu'un bon bâilleur est censé en faire bâiller sept.

Exemple

« - Monsieur... vraiment... je ne comprends pas...
- Vous ne comprenez pas ! Vous me la baillez bien bonne. Vous ne comprenez pas ! Mais vous devriez comprendre, mon ami.
Raymond Queneau - Le vol d'Icare - 1968

Ailleurs

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Das kannst du deiner Großmutter erzählen! Conte cela à ta grande-mère!
Allemagne Allemand Du willst mich doch vergackeiern! Mais tu veus me "glousse-ouef"-er!
Allemagne Allemand Jemandem etwas weismachen Faire croire quelque chose à quelqu'un
Allemagne Allemand Jemanden hinters Licht führen Guider qn derrière la lumière
Allemagne Allemand Jemanden übers Ohr hauen Frapper qn sur l'oreille
Allemagne Allemand Willst du mich an der Nase herumführen? Tu veus m'emmener en me prenant par le nez?
Allemagne Allemand Willst du mich auf den Arm nehmen? Tu veux me prendre sur le bras?
Allemagne Allemand Willst du mich verschaukeln? Tu veux me balancer? (sur la balançoire)
Angleterre Anglais Take the piss Prendre l'urine
Angleterre Anglais To snooker someone Piéger quelqu'un
États-Unis Anglais To try to put one over on someone Essayer d'en faire passer une au-dessus de quelqu'un
Espéranto Espéranto Voli mistifiki iun Vouloir mystifier quelqu'un
Espagne Espagnol Engañar Tromper
Espagne Espagnol Hacer comulgar (a alguien) con ruedas de molino Faire communier (quelqu'un) avec des roues de moulin
Espagne Espagnol Tomar el pelo Prendre le poil
Espagne Espagnol Venir con cuentos chinos Venir avec des contes chinois (= Raconter des "histoires" / Raconter des salades)
Canada Français En passer une petite vite Essayer de faire croire quelque chose en ne disant pas tout
Canada Français Passer une bonne Essayer de faire croire une chose vraiment incroyable
Italie Italien Dirla grossa La dire grosse
Italie Italien Me la volete dare a bere! Vous voulez me la donner à boire !
Pays-Bas Néerlandais Iemand bij de neus nemen Prendre qqn par le nez
Pays-Bas Néerlandais Iemand een loer draaien (vieille expression, venant de la fauconnerie) Arnaquer/tromper quelqu'un
Pays-Bas Néerlandais Iemand iets op de mouw spelden Épingler quelque chose sur la manche de quelqu'un
Pays-Bas Néerlandais Iemand iets wijsmaken Tromper quelqu'un avec une fausse histoire
Pays-Bas Néerlandais Iemand op het verkeerde been zetten Mettre quelqu'un sur une mauvaise voie
Pays-Bas Néerlandais Iemand op het verkeerde spoor zetten Envoyer quelqu'un sur une mauvaise piste
Pays-Bas Néerlandais Maak dat de kat wijs! (Vous me la baillez belle !) Contez cela au chat !
Pays-Bas Néerlandais Maak dat je grootje wijs! (Vous me la baillez belle !) Contez cela à ta grand-mère !
Pays-Bas Néerlandais Om de tuin leiden Conduire autour du jardin
Roumanie Roumain A duce de nas Porter par le nez
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Commentaires sur l'expression « La bailler belle / bonne » Commentaires

  • #1
    • <inconnu>
    • 22/05/2009 à 00:28*
    Une dame charmante peut me donner plaisir sans me faire bailler, pour ce qui est de m’entuber, par chance, elle n’est pas équipée pour.
  • #2
    • momolala
    • 22/05/2009 à 06:37
    Je vous baille du Brassens au réveil pour illustrer cette expression. Je ne l’ai pas trouvé chantant lui-même, mais celui-ci s’en sort assez bien : voir cette page. Rien à bailler aux corneilles ni au concessionnaire Renault local qui me prend mon bel argent et pour une bille. Remontage de bretelles sérieux en préparation !
  • #3
    • <inconnu>
    • 22/05/2009 à 07:06
    les explicatiions, excellentes, données par l’ auteur et créateur du site, montrent que notre langage va, lentement maus sûrement, tout droit vers la vulgarité; et de la vulgarité des mots on peut rapidement passer à la vulgarité des actes, ce qui est selon moi bien fâcheux.
    koskos
  • #4
    • chirstian
    • 22/05/2009 à 08:00
    les aveugles disent : "vous me la braillez belle" quand on cherche à les tromper par écrit.
  • #5
    • chirstian
    • 22/05/2009 à 08:09
    • En réponse à <inconnu> #3 le 22/05/2009 à 07:06 :
    • « les explicatiions, excellentes, données par l’ auteur et créateur du site, montrent que notre langage va, lentement maus sûrement, tout dro... »
    Vulgarité ? Vous avez dit vulgarité ? Le TLFI donne l’expression argotique : "avoir la moule qui baille : Se dit d’une femme suprêmement excitée (Sandry-Carr. 1963)."
    La Belle, quand vous la baillez, vous me la baillez belle !
  • #6
    • <inconnu>
    • 22/05/2009 à 08:33
    • En réponse à momolala #2 le 22/05/2009 à 06:37 :
    • « Je vous baille du Brassens au réveil pour illustrer cette expression. Je ne l’ai pas trouvé chantant lui-même, mais celui-ci s’en sort assez... »
    Avec ma plus grande distinction , innée et habituelle donc , je peux vous affirmer sincérement , que momolala , du matin et avant mon petit déj’ , me l’a bâillé belle, guitare en mains !!
    comment ? va savoir !!!!
  • #7
    • <inconnu>
    • 22/05/2009 à 08:38
    Même , je fait ainsi un post scriptum !!
    momolala m’en a bouché un coin !!
    ça vous la baille belle ?? vous avez tort !!
  • #8
    • OSCARELLI
    • 22/05/2009 à 09:10
    CETTE EXPRESSION NOUS VIENT TOUT DROIT DE LA MARINE: ET JE PARLE SANS DETOURS!
    N’oubliez quand même pas, amis amionautes présents et à venir, que l’Amiral nous a tous mis à la baille, pour ce samedi après-midi. Il organise une soirée pijama et traversins au salon rose. Il a même demandé à Marcelle LaPompe à venir assurer les sévices de jour comme de nuit...
  • #9
    • syanne
    • 22/05/2009 à 09:57
    Il y a en réalité – si j’en crois Greimas et Keane – trois verbes bailler.
    Deux sont attestés dès le XIIe et issus du même étymon (băjūlo = porter sur le dos). Le premier (le « nôtre ») signifiait « donner, confier, octroyer, transmettre », mais aussi « se moquer, railler ».Baille luy belle ! serait en moyen français une expression courante tirée du jeu de paume.
    Le second (du latin băjūlus = portefaix, messager, chargé d’affaires) porte les sens proches de « gérer, gouverner ».
    Quant au troisième, attesté plus tardivement (XIVe) et ayant une autre étymologie (baile = palissade, du latin băcŭlum = « bâton), il veut dire « fermer ».
    Je relève, toujours dans mon Greimas du moyen-français, une jolie expression, toute proche de celle d’aujourd’hui :
    Bailler des plus vertes, bailler des plus cornues = mentir effrontément.
  • #10
    • Emeu29
    • 22/05/2009 à 11:08
    • En réponse à chirstian #4 le 22/05/2009 à 08:00 :
    • « les aveugles disent : "vous me la braillez belle" quand on cherche à les tromper par écrit. »
    C’est écrit petit, disait l’aveugle en frôlant du doigt une toile émeri
  • #11
    • mickeylange
    • 22/05/2009 à 12:20*
    • En réponse à OSCARELLI #8 le 22/05/2009 à 09:10 :
    • « CETTE EXPRESSION NOUS VIENT TOUT DROIT DE LA MARINE: ET JE PARLE SANS DETOURS!
      N’oubliez quand même pas, amis amionautes présents et à venir... »
    Il a même demandé à Marcelle LaPompe à venir assurer les sévices de jour comme de nuit...

    Elle va nous là tailler belle, ou nous la tailler bonne ?
  • #12
    • chirstian
    • 22/05/2009 à 12:26*
    • En réponse à syanne #9 le 22/05/2009 à 09:57 :
    • « Il y a en réalité – si j’en crois Greimas et Keane – trois verbes bailler.
      Deux sont attestés dès le XIIe et issus du même étymon (băjūlo =... »
    je note que le premier sens était : donner. Or aujourd’hui le bail c’est la location, donc un simple prêt. Ce passage du don au prêt n’est-il pas la preuve de l’égoïsme matérialiste de notre civilisation ?
    Mais comment est-on passé de la location au bail, demanderait quiconque ne disposant pas d’un Greimas ? C’est simple : à celui qui affirmait :" C’est la volonté de Dieu", on répondait jadis : loué soit Dieu , mais on répond aujourd’hui : vous me la baillez belle !
    😐
  • #13
    • Elpepe
    • 22/05/2009 à 14:04
    • En réponse à syanne #9 le 22/05/2009 à 09:57 :
    • « Il y a en réalité – si j’en crois Greimas et Keane – trois verbes bailler.
      Deux sont attestés dès le XIIe et issus du même étymon (băjūlo =... »
    Ah ben tiens, je saute sur l’occase, moi, pour faire revivre cette expression tombée dans l’oubli : la prochaine fois que je voudrai traiter un menteur de menteur (au hasard : mon banquier, que je prends régulièrement la main dans le sac de piécettes qui se trouve dans ma poche, et qui "oublie" de comptabiliser ces "frais" pour lesquels je n’ai jamais signé aucun accord), je lui déclarerai tout net : VOUS M’EN BAILLEZ DES PLUS CORNUES !
    En savourant la tronche dudit, sans frais.
  • #14
    • syanne
    • 22/05/2009 à 14:26
    • En réponse à chirstian #12 le 22/05/2009 à 12:26* :
    • « je note que le premier sens était : donner. Or aujourd’hui le bail c’est la location, donc un simple prêt. Ce passage du don au prêt n’est-i... »
    Or aujourd’hui le bail c’est la location

    Et en plus pour avoir le bail, il faut aussi la caution. Je le sais bel et bien : je viens de me porter caution pour le bail de mon plus jeune. Mais ne nous plaignons pas : il va loger tout près de l’océan, là où la baille est belle et où bâillent les belles au bain. De quoi faire béer (mais pas bêler) mon tout beau (qui n’est pas un mouton)…
  • #15
    • Elpepe
    • 22/05/2009 à 14:31
    • En réponse à OSCARELLI #8 le 22/05/2009 à 09:10 :
    • « CETTE EXPRESSION NOUS VIENT TOUT DROIT DE LA MARINE: ET JE PARLE SANS DETOURS!
      N’oubliez quand même pas, amis amionautes présents et à venir... »
    Exact, moussaillon ! Pendant que papa Marcel fera chauffer l’alambic pour Mickey, j’ai rancart, moi, à 9h38 avec Horizondelle, puis nous laisserons la clé sous le paillasson polisson. Vers 23 heures, sans vous la bailler belle.
    Merci qui ?
  • #16
    • syanne
    • 22/05/2009 à 14:31
    • En réponse à Elpepe #13 le 22/05/2009 à 14:04 :
    • « Ah ben tiens, je saute sur l’occase, moi, pour faire revivre cette expression tombée dans l’oubli : la prochaine fois que je voudrai traiter... »
    Le banquier qu’est aussi le bailleur écornant le contrat en baille des cornues : où qu’il est le cocu ?
  • #17
    • chirstian
    • 22/05/2009 à 14:42
    c’est une expression Sélénite qui invite à aller vivre dans la Lune : la vie qui, ici, semble terne , là bas y est belle.
  • #18
    • Elpepe
    • 22/05/2009 à 14:57
    El Al : Abel brille, la belle braille, BB elle l’a raillé.
    Anna Pelouse
  • #19
    • Elpepe
    • 22/05/2009 à 15:12*
    • En réponse à syanne #16 le 22/05/2009 à 14:31 :
    • « Le banquier qu’est aussi le bailleur écornant le contrat en baille des cornues : où qu’il est le cocu ? »
    Et quand tu es le bailleur de ton banquier, tu es doublement cornuto ; comme dirait une transalpine : Dollo, tu ris jaune !
  • #20
    • momolala
    • 22/05/2009 à 18:56
    Eh bé alors, je suis partue, je suis reviendue et personne n’est intervenu depuis 15 h 12 ! J’ai encore baillé pleins de pépètes pour ravoir ma petite automobile qui me coûte les yeux de la tête. Je lui ai dit, au chef d’atelier :"Tous ces fifrelins vous voulez ? Ah Monsieur, vous me la baillez belle !" "Que nenni", qu’il a répondu "Voyez madame la longueur de ce libel intitulé "Facture". Adonc vous devez me bailler tout de gob 150 écus d’or bien sonnants pour retrouver la clé de votre carrosse". Tout juste une chaise à porteurs, poétique, mais quand même !