Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

un cordon bleu [n]

une très bonne cuisinière ; excellent cuisinier ; bonne cuisinière ; grand cuisinier

Origine et définition

Si les conserves, les surgelés et le four micro-ondes sont, pour beaucoup, devenus des incontournables de la cuisine, il existe, par-ci par-là, dans notre beau pays, quelques cuisinières qui résistent encore aux envahisseurs et prennent un grand plaisir à mitonner des plats savoureux, un peu plus complexes que des pâtes au beurre ou des oeufs au plat, et grâce auxquels les invités se pourlèchent les babines.
Celles (ou ceux, car il existent aussi des hommes qui se débrouillent plutôt bien face à des fourneaux) qui, grâce à leurs talents culinaires, enchantent les papilles, sont appelées des cordons bleus.
Nul doute que cette appellation peut aisément être vue comme une distinction décernée par l'entourage.
Et, par le plus grand des hasard (ou presque), il se trouve que le terme "cordon bleu" a autrefois désigné des décorations de prestige, offertes par les rois (à la place de sommes d'argent, donc bien plus économiques) aux personnes méritantes.
Il en était ainsi de l'insigne des Chevaliers du Saint-Esprit, ordre créé par Henri III vers la fin du XVIe siècle, et distinction élitiste qui n'a été proposée qu'à peu de personnes qui étaient appelées des "cordons bleus". À l'époque, on trouvait aussi la Jarretière d'Angleterre, l'Éléphant de Danemark ou les Séraphins de Suède, par exemple. Aujourd'hui, on trouve encore l'ordre national du Mérite.
Toujours est-il que, de ces décorations associées à un cordon ou ruban bleu, est né le qualificatif "cordon bleu" pour dire "le plus remarquable" (on trouvera ainsi un "l'Académie française est le cordon bleu des beaux esprits" au XVIIe siècle).
Appliqué ensuite, d'abord par plaisanterie, aux bonnes cuisinières, les plus méritantes d'entre elles, bien entendu, le qualificatif s'est aujourd'hui réduit à les désigner (il est évoqué avec ce sens dans la 6e édition du dictionnaire de l'Académie en 1832).

Exemples

« Mon grand-oncle avait pour cuisinière un cordon bleu »
Georges Sand - Histoire de ma vie - 1855

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand ein Cordon Bleu un cordon bleu
Allemand ein Spitzenkoch; ein Meisterkoch grand chef cuisinier
Anglais (UK) a cordon bleu [en français dans le texte] un cordon bleu
Anglais a cordon bleu chef une excellente cuisinière
Anglais a good cook un bon cuisinier
Anglais a great cook un grand cuisinier
Anglais (USA) a gourmet cook un cuisinier [de niveau] gourmet
Anglais (USA) a master chef un chef de cuisine
Espagnol (Espagne) un gran cocinero / Una gran cocinera un grand cuisinier / Une grande cuisinière
Espagnol (Argentine) un chef un chef
Espagnol (Espagne) un cordón de jacinto un cordon de jacinthe
Italien una cuoca provetta une cuisinière avancée
Néerlandais Cordon bleu (cordon bleu (beaucoup d'expressions culinaires françaises existent en néerlandais et en anglais))
Néerlandais een meester-kok un chef cuisinier (évt. un chef étoilé)
Néerlandais een keukenprinses une princesse de la cuisine
Portugais (Brésil) mestre-cuca maitre cuistot
Roumain Un maestru bucătar Un maître cuisinier
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Commentaires sur l'expression « un cordon bleu » Commentaires

  • joseta
    14/07/2018 à 12:23*
    Gueuleton chez Raymond Bussières et sa femme:
    - Raymond, qu'est-ce que vous cherchez dans la cuisine ?
    - aneth, poivre...
    - oh, votre épouse a dit qu'elle allait à la salle de bains...
  • DiwanC
    14/07/2018 à 12:25*
    - Ah Gringoire… cette petite auberge-là, c’était la dernière bonne table avant de passer la frontière… Ça s’appelait Chez Joseta .
    À peine tu entrais que déjà tu étais conquis par les odeurs qui s’échappaient de la cuisine… et aussi par les yeux bleus de la cuisinière ! Enroulée dans un tablier indigo, elle était seule à s’activer derrière les fourneaux, les joues toutes rouges au moment du coup de feu…
    Je me souviens de ses petits violets, c’était à pleurer comme disent ceux de là-bas ! Elle ne te servait pas ça tout bête dans l’assiette, oh que non ! Elle ajoutait une fine petite pluie d’herbes vertes qu’elle allait cueillir elle-même dans les collines ; et pour faire joli, elle posait sur le bord une fleur de capucine jaune orangé…
    Ce qui fait que sa cuisine, Gringoire, c’était un arc-en-ciel !
    - Et comment s’appelait ton cordon bleu ?
    - Me croiras-tu ? Je ne l’ai jamais su ! Quand on parlait de cette belle, on disait simplement "la cuisinière"…
    😛
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 12:47*
    • En réponse à DiwanC #182 le 14/07/2018 à 12:25* :
    • « - Ah Gringoire… cette petite auberge-là, c’était la dernière bonne table avant de passer la frontière… Ça s’appelait Chez Joseta .
      À peine... »
    L'est jolie ton histoire 😄
    Les p'tits violets, ce sont des artichauts, non ?
    Ah cuisto, quel beau métier !
    Mais par contre, quelles conditions de travail, mon cuisto préféré bosse comme un malade et doit toujours, toujours réclamé ses heures sup !!!
    Heureusement qu'il est passionné, sinon, il arrêterait ce boulot, mais bon, il est tout jeune et pas encore usé 😐
  • DiwanC
    14/07/2018 à 13:31
    • En réponse à Kyrikou #183 le 14/07/2018 à 12:47* :
    • « L'est jolie ton histoire 😄
      Les p'tits violets, ce sont des artichauts, non ?
      Ah cuisto, quel beau métier !
      Mais par contre, quelles conditio... »
    Les p'tits violets, ce sont des artichauts, non ? ... Vouiii ! 🙂
  • DiwanC
    14/07/2018 à 13:36*
    On les appelait les pipelettes, les concepiges, les bignolles... autrement dit les concierges... Étaient-elles virtuoses au piano de cuisson ? Peu importait ! Ce qu'on voulait c'est qu'elles répondent quand on leur demandait : Cordon, s'il vous plaît ! 🙂
  • mickeylange
    14/07/2018 à 13:46*
    Je suis déçu, Blanquette n'était pas devant les légionnaires.
    Pourtant ils avaient tous mis le tablier de cuir pour cacher la chèvre.
    Dans son domaine Blanquette c'est un cordon bleu et puis ils avaient tous mis une barbe de souzofficier. Elle aurait dû grimper aux rideaux, en plus sur les champs Elysées en présence du président de la République. Minable la blanquette !
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 13:59
    • En réponse à DiwanC #185 le 14/07/2018 à 13:36* :
    • « On les appelait les pipelettes, les concepiges, les bignolles... autrement dit les concierges... Étaient-elles virtuoses au piano de cuisso... »
    Suis pas concepiges du tout, juste pipelette 😄
  • le gone
    14/07/2018 à 14:13
    • En réponse à DiwanC #182 le 14/07/2018 à 12:25* :
    • « - Ah Gringoire… cette petite auberge-là, c’était la dernière bonne table avant de passer la frontière… Ça s’appelait Chez Joseta .
      À peine... »
    Sur ce site ou ailleurs, il y a quelques années, il y avait eu un bel hommage aux tabliers de nos grand-mères. Ces derniers servaient à plein de choses et la discussion était poétique et nostalgique...
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 14:28
    • En réponse à DiwanC #185 le 14/07/2018 à 13:36* :
    • « On les appelait les pipelettes, les concepiges, les bignolles... autrement dit les concierges... Étaient-elles virtuoses au piano de cuisso... »
    Ce métier faisait partie des anciens métiers, les "petits métiers" comme on disait ! Petits peut-être, mais presque indispensables
    Bin voui 😄
    Merci pour ces infos, j'étais pas au parfum de ces p'tits mots 😄
  • Utilisateur supprimé
    14/07/2018 à 17:36*
    D’après la bio cinématique de Julia Childs (un cordon bleu ricain très réussi des années ‘60 et ‘70) Mme la directrice de l’école culinaire française l’avait traitée de bonne femme ridicule destinée à échouer...
  • chirstian
    14/07/2018 à 17:50
    et finalement c'est en jaune que les diables rouges ont gagné le cordon bleu. Bravo ! 🙂
  • DiwanC
    14/07/2018 à 17:54*
    • En réponse à le gone #188 le 14/07/2018 à 14:13 :
    • « Sur ce site ou ailleurs, il y a quelques années, il y avait eu un bel hommage aux tabliers de nos grand-mères. Ces derniers servaient à plei... »
    Si deLassus passe par là, il nous en dira sans doute plus…
    Le grand tablier de ma chère tante… Je me souviens qu’il protégeait sa blouse qui elle-même empêchait toute salissure à la robe de tous les jours.
    Point d’essuie-mains dans la cuisine ; elle frottait les paumes deux ou trois fois, en gestes larges sur son ventre... et sur le tablier.
    Elle passait dire bonjour à la voisine, lui apportant cinq ou six poignées de haricots verts.
    - Dame ! C’est que ça donne cette année !
    Point besoin de panier : il suffisait de relever les deux coins du tablier et cela faisait le plus léger et le moins encombrant des sacs !
    Et quand elle tricotait, la pelote était nichée dans son giron, au creux du tablier… impossible à celle-ci de s’échapper !
    Où sont les enfants ? Elle surgissait, essoufflée par sa quête constante de mère-chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait, si elle avait lavé la havanaise*,
    La Maison de Claudine
    – Colette.
    Tabliers bleus… tabliers noirs… tabliers blancs des grands cordons bleus (!)… tabliers rouges qu’Hugo recommandait de cacher :
    Enfants voici les bœufs qui passent, cachez vos rouges tabliers.
    La Légende de la nonne

    * la chienne havanaise
  • joseta
    14/07/2018 à 18:07*
    • En réponse à DiwanC #192 le 14/07/2018 à 17:54* :
    • « Si deLassus passe par là, il nous en dira sans doute plus…
      Le grand tablier de ma chère tante… Je me souviens qu’il protégeait sa blouse qu... »
    Tabliers bleus… tabliers noirs… tabliers blancs des grands cordons bleus (!)… tabliers rouges...

    C'est comme au cinéma, t'as Blier en couleurs...
  • le gone
    14/07/2018 à 18:11
    • En réponse à joseta #193 le 14/07/2018 à 18:07* :
    • « Tabliers bleus… tabliers noirs… tabliers blancs des grands cordons bleus (!)… tabliers rouges...
      C'est comme au cinéma, t'as Blier en coule... »
    Oui, et quand il ventile et pulvérise avec les dialogues de Audiard t'as plein de couleurs je pense !
  • le gone
    14/07/2018 à 18:13
    • En réponse à DiwanC #192 le 14/07/2018 à 17:54* :
    • « Si deLassus passe par là, il nous en dira sans doute plus…
      Le grand tablier de ma chère tante… Je me souviens qu’il protégeait sa blouse qu... »
    J'ai jamais lu Colette et l'extrait que tu cite est sympathique et poétique.
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 18:42
    • En réponse à le gone #195 le 14/07/2018 à 18:13 :
    • « J'ai jamais lu Colette et l'extrait que tu cite est sympathique et poétique. »
    Moi non plus, Diwan nous souffle toujours de jolis récits d'ici ou d'ailleurs 🙂
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 18:47
    Bon ce soir, point de festin 😐
    Un p'tit friand aux légumes fera l'affaire, et j'ai même pas de salade !
    Demain matin, faut aller acheter 4,5 bricoles, je crois 😉
    Vous mangez quoi, vous ce soir ? Cordon bleu, ou pas ?
  • DiwanC
    14/07/2018 à 19:17*
    • En réponse à le gone #195 le 14/07/2018 à 18:13 :
    • « J'ai jamais lu Colette et l'extrait que tu cite est sympathique et poétique. »
    Ah... si seulement Syanne était là... Elle te dirait ce qu'il faut lire !
    Pour ma part, ses "Claudine" me barbent... En revanche, j'ai adoré Dialogues de bêtes et LesVrilles de la vigne mais j’étais très jeune. Aurais-je le même plaisir aujourd’hui ? Je crois qu’il ne faut jamais relire les livres qu’on a aimés !
    Il y a peu, j’ai découvert et dégusté à petites doses Le Fanal bleu, livre de souvenirs, de réflexions sur le temps, etc. Elle l’écrivit assise dans son lit, immobilisée par l’arthrite.
    J’adore quand elle raconte Sido, sa mère (c'est elle qui s’écrit : Où sont les enfants ? )... J'adore quand elle évoque la campagne, les champs, les gens ; quand elle narre son retour à Saint-Sauveur, lasse après quelques années de vie parisienne et qu'elle découvre heureuse un panier plein de mères-chattes et de chatons enchevêtrés :
    Je démêlais, heureuse, ces nourrices et ces nourrissons bien léchés, qui fleuraient le foin et le lait frais, la fourrure soignée, et je découvrais que Bijou, en trois ans quatre fois mère, qui portait à ses mamelles un chapelet de nouveau-nés, suçait elle-même, avec un bruit maladroit de sa langue trop large et un ronron de feu de cheminée, le lait de la vieille Nonoche …
    Tu veux que je te dise : Colette, c’est un vrai cordon bleu de la littérature ! 🙂
  • Kyrikou
    14/07/2018 à 19:28
    • En réponse à DiwanC #198 le 14/07/2018 à 19:17* :
    • « Ah... si seulement Syanne était là... Elle te dirait ce qu'il faut lire !
      Pour ma part, ses "Claudine" me barbent... En revanche, j'ai adoré... »
    Quand tu nous racontes , veux bien te croire, ma belle 😄
    Même si j'ai jamais été fan de Colette ...
  • joseta
    14/07/2018 à 19:40*
    Marcelle Lapompe ne doit pas aimer les cuisiniers; par habitude, elle écarte les 'cuisses tôt'... 😕