Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

un fesse-mathieu [n]

un usurier ; un avare ; harpagon ; pisse-vinaigre ; regrattier ; usurière ; pleure-misère ; chichard

Origine et définition

Si, de nos jours, la fessée est souvent considérée comme devant être interdite, il est incontestable qu'autrefois de nombreux pères ont fessé leur Mathieu de fils. On pourrait donc être en droit de se demander comment, en partant d'une fessée donnée à un Mathieu, on peut arriver à la notion d'usure ou d'avarice. Et c'est justement pour tenter de répondre à ce genre d'interrogation hautement existentielle que l'auteur de ces lignes se décarcasse.
D'abord, il faut savoir que, littéralement, ce terme pourrait se comprendre comme « celui qui bat Mathieu avec des verges ». Mais, me direz-vous, voilà qui est loin d'éclairer la chose. Certes ! Alors poussons un peu plus loin.
D'abord, je précise que les verges ne sont rien d'autre que des baguettes servant à frapper ; il est rare que la verge, dans son autre acception, ait un tel usage. Ensuite, le terme fesse employé ici, ne vient pas non plus de dessous la ceinture, d'une des moitiés latérales du postérieur, mais du verbe fesser qui, au XVe siècle, a d'abord signifié « battre avec des verges » ; et c'est ce qui nous intéresse ici, même s'il avait aussi le sens de « faire quelque chose à la hâte » comme on le trouvait dans fesse-pinte pour désigner un grand buveur ou dans fesse-cahier pour nommer un copiste.
Ce n'est que plus tard que le verbe, par rapprochement avec la fesse que nous connaissons a pris le sens moderne.
Venons-en maintenant à Mathieu. Il s'agit en fait de saint Mathieu, l'un des douzes apôtres et, accessoirement, un des quatre évangélistes. Et c'est parce qu'on dit qu'avant de se convertir, il fut prêteur, que les usuriers étaient appelés confrères de saint Mathieu.
Si c'est dès le milieu du XVIe siècle que mathieu désigne d'abord un créancier, fesser Sainct-Mathieu signifiait « pratiquer l'usure » au XVIIe (selon Antoine Oudin).
D'après Alain Rey, il faudrait alors comprendre que le fesse-mathieu, celui qui fesse saint Matthieu est l'individu qui, pratiquant indignement son premier métier, mettait à mal la réputation de l'apôtre. Et comme la mise à mal pouvait s'assimiler au fait de battre (avec ou sans verges), cela expliquerait l'utilisation du verbe fesser dans son acception initiale.

Exemples

« - J'ai pas l'rond que je vous dis ! glapit Taupe qui s'exaspérait.
- À l'enfer les durs à la détente, à l'enfer les fesse-mathieu ! »
Raymond Queneau - Le chiendent - 1933

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Albanais një koprrac avare
Allemand ein Geizkragen un grippe-sou
Anglais a loan shark un requin de prêt
Anglais skinflint avare, radin
Anglais (USA) a cheapskate un radin
Anglais (USA) a scrooge un avare
Anglais (USA) a shylock un shylock
Anglais (USA) a tightwad une liasse serrée
Arabe (Tunisie) mech'hah avare
Espagnol (Argentine) un ruso un russe
Espagnol (Espagne) ser de la Virgen del Puño Cerrado être de la Vierge du Poing Fermé
Espagnol (Espagne) ser más agarrado que un chotis être plus serré / radin qu'un chotis
Espagnol (Espagne) ser más agarrado que una lapa être plus accroché qu'une patelle
Espagnol (Espagne) Tacaño Radin / Avare / Pingre
Espagnol (Espagne) cutre avare
Espagnol (Argentine) tener un cocodrilo en el bolsillo avoir un crocodile dans la poche
Français (France) un grippe sou un avare
Français (Canada) un gratteux un avare
Français (Canada) un séraphin
Français (Canada) un gratte la piastre un radin, un avare pour qui l’argent est ce qui est le plus important
Italien strozzino usurier
Néerlandais een Jan Krent un Jean Raisin
Néerlandais een krentenkakker un chieur de raisins de Corinthe
Néerlandais een uitvreter un parasite
Néerlandais een geldwolf un loup de sous
Portugais (Brésil) mão de vaca main de vache
Portugais (Brésil) pão-duro pain dur
Portugais (Brésil) unha de fome ongle de faim
Roumain frige-linte frit-lentille
Roumain strâns la pungă serré à la bourse
Roumain zgârcoman qui souffre de la manie de l'avarice
Roumain zgârie-brânză gratte-fromage
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « un fesse-mathieu » Commentaires

  • #1
    DiwanC
    04/02/2011 à 01:36*
    ♪♪ ♫♪ ♪ ♫♪ ♪ Ça, c’est pour vous éveiller de belle humeur !
    Expresionneaux-Expresionnettes de cette tour de Babel, invitez-la à partager vos croissants, invitez-la cette vraie nounou, cette p’tite sœur des pauvres de nous, cette fée bienfaisante pour laquelle il ne faut pas jeter
    ................... les morceaux
    De nos cœurs aux pourceaux
    Perdons pas notre latin
    Au profit des pantins
    Chantons pas la langue des dieux
    Pour les balourds, les fesse-Mathieu
    Les paltoquets, ni les bobèches
    Les foutriquets, ni les pimbêches,

    Invitez la femme d’Hector
    Ensuite, après avoir dégusté le remarquable décorticage de Sa Divinité (sans slurp - désolée, c’est peut-être la seule seule que je n’aime pas sur ce meeerveiillleux site !), ensuite donc on sera d’attaque pour s’occuper de Mathieu ! Fissa !
  • #2
    <inconnu>
    04/02/2011 à 06:24
    Matthieu ne s’écrit-il pas avec 2 t ?
    https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Matthieu#Pr.C3.A9nom_et_patronyme
  • #3
    momolala
    04/02/2011 à 07:03*
    • En réponse à <inconnu> #2 le 04/02/2011 à 06:24 :
    • « Matthieu ne s’écrit-il pas avec 2 t ?
      https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Matthieu#Pr.C3.A9nom_et_patronyme »
    2 t vaudraient mieux qu’un "tu l’auras" quand il s’agit de fessée ? Le Mathieu que je connais depuis les jolies colonies de vacances et bien avant Polnareff, n’a qu’un ch’veu.
    Mon amionaute, pour les liens, clique donc là-haut dans le "mode d’emploi" de God, comme ça nous pourrons aller directement sur ton lien et revenir illico sur ce merrrveilleux site. Tu peux cliquer sur ton crayon bleu pour modifier ta contrib, comme je l’ai fait ici.
  • #4
    momolala
    04/02/2011 à 07:08
    J’ai fui le pain sur la planche d’hier, que je l’ai laissé à ceux qui ont besoin de bosser pour le gagner. Mais un bout de fesse, et me revoilà ! Celles de Mathieu, ou Matthieu, ou ses cousins Mattias ou Matias, je ne connais pas. J’ignorais que cette expression désignât un usurier. Je pensais plutôt à un misérable gagne-petit de la combine. Comme quoi, God n’est pas God pour rien, si cela restait à démontrer.
  • #5
    GenteGouyat24
    04/02/2011 à 07:25
    Est-ce que le verbe "fesser", dans son ancienne acception, pourrait venir du "faisceau" de verges ?
  • #6
    deLassus
    04/02/2011 à 07:44
    • En réponse à DiwanC #1 le 04/02/2011 à 01:36* :
    • « ♪♪ ♫♪ ♪ ♫♪ ♪ Ça, c’est pour vous éveiller de belle humeur !
      Expresionneaux-Expresionnettes de cette tour de Babel, invitez-la à partager vos... »
    Moi non plus je n’aime pas les [slurp]. Mais Sa Divinité est effectivement en grande forme ce matin, et pas avare de ses lumières.
  • #7
    PHILO_LOGIS
    04/02/2011 à 08:17
    • En réponse à deLassus #6 le 04/02/2011 à 07:44 :
    • « Moi non plus je n’aime pas les [slurp]. Mais Sa Divinité est effectivement en grande forme ce matin, et pas avare de ses lumières. »
    et pas avare de ses lumières

    On en a vraiment besoin, quand on va dans les culs lisses, pardon, les coulisses de l’exploit...
  • #8
    PHILO_LOGIS
    04/02/2011 à 08:22*
    • En réponse à DiwanC #1 le 04/02/2011 à 01:36* :
    • « ♪♪ ♫♪ ♪ ♫♪ ♪ Ça, c’est pour vous éveiller de belle humeur !
      Expresionneaux-Expresionnettes de cette tour de Babel, invitez-la à partager vos... »
    c’est peut-être la seule seule

    Te serais-tu trahie? Serais-tu la spécialiste spécialiste? La seule seule? Noooooon, je ne peux le croire! Tu n’es pas pain-bêche sur la planche...
    Allez, redescend, lâche les rideaux, et viens, que je puisse me faire pardonner chez Marceeeeeeeelllll, avec le champ et les viennoiseries de Bernaaaaaaaaaaard...
  • #9
    chirstian
    04/02/2011 à 09:37*
    l’individu qui, pratiquant indignement son premier métier, mettait à mal la réputation de l’apôtre.
    ce serait donc la même construction que pour le fesse-Judas, celui qui trahit sans aucune conscience professionnelle, le fesse-Pierre , même pas foutu de bâtir une église, le fesse-Paul aux pensées impures envers Virginie etc...
  • #10
    chirstian
    04/02/2011 à 09:46
    par rapprochement avec la fesse que nous connaissons
    Prends-tu bien le verbe "connaître" en son sens biblique ? Oui, je te connais trop bien pour imaginer que la phrase n’a pas été voulue dans ses moindres détails ! Mais alors, des noms ! De quelle fesse parles-tu ici ? Comment peux-tu être certain que nous la connaissons tous deux ? Aurions nous servi dans le même corps ? 🙁
  • #11
    PHILO_LOGIS
    04/02/2011 à 10:51
    Eh, Mathieu! Sais-tu que quand la fesse sa fesse, elle s’est crasse? *
    * Sais-tu que quand la fesse s’affaise, elle s’écrase?
  • #12
    jiemde
    04/02/2011 à 11:29
    • En réponse à <inconnu> #2 le 04/02/2011 à 06:24 :
    • « Matthieu ne s’écrit-il pas avec 2 t ?
      https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Matthieu#Pr.C3.A9nom_et_patronyme »
    Même si, de nos jours, on voit à peu près n’importe quoi,
    en bon français d’aujourdhui, il convient d’écrire Mathieu avec UN seul T.
    Sauf – c’est la seule exception admise – lorsqu’on parle de l’évangéliste et apôtre, saint MaTThieu.
    Donc, un fesse-maThieu (des fesse-maThieux).
  • #13
    deLassus
    04/02/2011 à 11:51*
    • En réponse à jiemde #12 le 04/02/2011 à 11:29 :
    • « Même si, de nos jours, on voit à peu près n’importe quoi,
      en bon français d’aujourdhui, il convient d’écrire Mathieu avec UN seul T.
      Sauf –... »
    D’accord avec toi pour un seul T.
    Mais pourquoi diable un x à Mathieu au pluriel de notre "expression" du jour ?
    Voici ce qu’en dit le TLFi : "Étymol. et Hist. 1585 (N. DU FAIL, Contes d’Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 2, p. 69 : à Rennes on l’eust appellé Fesse-Matthieu, comme qui diroit bateur de saint Matthieu, qu’on croit avoir esté changeur). Prob. composé de la forme verbale fesse (fesser*) et du nom de Saint Mathieu symbolisant la profession de changeur, d’usurier, proprement « (qui) bat Saint Mathieu pour lui soutirer de l’argent ».
    Il y a bien un saint Mathieu dans le paysage, mais son nom est invariable.
  • #14
    mitzi50
    04/02/2011 à 12:01*
    Matthieu (l’ évangéliste) était publicain, c’ est à dire collecteur de taxes (impôts, péages douaniers etc....) à Capharnaüm avant de devenir l’ apôtre et évangéliste que l’ on sait. Prêteur, peut-être, je ne peux le savoir...je ne lui ai jamais rien emprunté, n’ ayant pas vécu à cette époque. Mais, en tout cas, son évangile a inspiré à J.S. Bach une de ses plus belles oeuvres, "la Passion selon St Matthieu". Alors, pas de fessée, s’ il vous plait !
    Même si je botterais volontiers les fesses à certains employés de mon centre des impôts, à la perception ils sont très "sympa" et ne méritent pas de châtiments corporels. Quant à Matthias, évoqué par Momolala au # 4, il fut "coopté" comme 12è apôtre après la mort de Judas (et de Jésus, bien sûr).
    Ceci dit, "la peste soit de l’ avarice et des avaricieux" (Molière, l’ avare).
  • #15
    DiwanC
    04/02/2011 à 12:29
    • En réponse à PHILO_LOGIS #8 le 04/02/2011 à 08:22* :
    • « c’est peut-être la seule seule
      Te serais-tu trahie? Serais-tu la spécialiste spécialiste? La seule seule? Noooooon, je ne peux le croire! T... »
    D’accord ! Dans cinq minutes, suis chez Marceeeeel !
    Tu me rendras un "seule" et je te donnerai le mot "chose", car c’est ’videmment "la seule chose" que je voulais écrire. Prodigue pour un, fesse-mathieu pour l’autre.
  • #16
    chirstian
    04/02/2011 à 12:47
    est-il normal de désigner par la même expression un usurier et un avare ? Je conçois bien qu’ils puissent inspirer l’un et l’autre une égale sympathie, mais la comparaison s’arrête là !
    L’avare est celui "Qui a la passion d’amasser et de retenir les richesses sans en faire usage" (TLFI). Ne pas faire usage de son argent ? Ce n’est certes pas le reproche qu’on peut faire à l’usurier ! Il aspire au contraire à en faire le plus d’usage possible ! Le reproche que lui font la morale, l’église pendant des siècles, et la loi (L. 313-3 à L.313-6 du Code de la consommation), c’est de tirer de cet usage un profit exagéré.
    Un usurier qui serait avare, ferait vite faillite !
    Oui, bon, je n’essaye pas de vous émouvoir sur leur triste sort. Mais si l’usurier peut exiger des taux abusifs, n’est-ce pas parce qu’il répond à des besoins que les organismes publics ou privés ne veulent pas prendre en compte ? Les juifs seraient-ils devenus usuriers en France, si l’Eglise n’avait pas interdit aux chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt, tout en les autorisant à emprunter ?
  • #17
    mickeylange
    04/02/2011 à 12:49
    • En réponse à DiwanC #15 le 04/02/2011 à 12:29 :
    • « D’accord ! Dans cinq minutes, suis chez Marceeeeel !
      Tu me rendras un "seule" et je te donnerai le mot "chose", car c’est ’videmment "la s... »
    D’accord ! Dans cinq minutes, suis chez Marceeeeel !

    Ben voilà, tu me trompes avec le Filo (après le plombier), moi que je t’ai emmenée en Italie pour prendre un râteau !!!
  • #18
    Rikske
    04/02/2011 à 12:54
    • En réponse à mickeylange #17 le 04/02/2011 à 12:49 :
    • « D’accord ! Dans cinq minutes, suis chez Marceeeeel !
      Ben voilà, tu me trompes avec le Filo (après le plombier), moi que je t’ai emmenée en... »
    Un râteau de paille d’Italie ?
  • #19
    mickeylange
    04/02/2011 à 12:58
    • En réponse à Rikske #18 le 04/02/2011 à 12:54 :
    • « Un râteau de paille d’Italie ? »
    Comme quoi faut pas faire des râteaux en Espagne !
  • #20
    mitzi50
    04/02/2011 à 12:58
    • En réponse à chirstian #16 le 04/02/2011 à 12:47 :
    • « est-il normal de désigner par la même expression un usurier et un avare ? Je conçois bien qu’ils puissent inspirer l’un et l’autre une égale... »
    Ma foi, oui... Car si, effectivement, l’ argent circule, l’ usurier peut très bien amasser les intérêts abusifs ou au moins une bonne partie d’ entre eux, le reste étant réinvesti et produisant donc... de nouveaux intérêts abusifs, et ainsi de suite. Quant aux métiers "permis" aux juifs, ils ne leur étaient pas explicitement réservés. Mais comme il y avait plus de métiers interdits que de métiers permis et qu’ il fallait bien vivre, ceux qui n’ avaient pas de scrupules (et dont le pourcentage devait être égal au reste de la population...), devenaient usuriers au lieu d’ être simplement banquiers !