Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Aller au charbon

Travailler pour gagner sa vie.
Accepter de faire un travail pénible, une corvée.

Origine

Cette expression est récente puisqu'elle date du début du XXe siècle.
Lorsqu'on l'entend, on imagine tout de suite le dur travail des mineurs chargés d'extraire péniblement ce charbon que le bougnat[1] livrait ensuite dans des gros sacs difficilement portés à dos d'homme.
Si l'expression n'est pas originaire des mines (ni de celles de charbon, ni de l'école d'ingénieurs), son image est suffisamment claire pour qu'elle soit devenue fréquemment utilisée depuis la fin du XXe siècle.
Mais elle est apparue en réalité dans le milieu de la prostitution dans les années 1930 où elle signifiait "exercer un métier régulier", par opposition à celui des péripatéticiennes et de leurs souteneurs.
Cette notion de "métier régulier" a ensuite été reprise dans le milieu des truands, aller au charbon voulant alors dire "exercer un métier honnête".
Les hommes de théâtre l'ont aussi utilisée après la deuxième guerre mondiale pour dire "se dépenser sur scène sans compter".
Ce n'est qu'à partir des années 80 que sa signification liée au travail ordinaire s'est affirmée (mais tout travail n'est-il pas beaucoup plus pénible que de rester en position du guetteur d'avions, les doigts de pieds en éventail allongé sur sa serviette de plage ?)
[1] Vendeur de charbon, métier exercé par beaucoup d'Auvergnats autrefois à Paris ('bougnat' serait soit un raccourci de 'charbougna', 'charbonnier' prononcé avec l'accent auvergnat, soit la contraction de 'charbonnier' et 'Auvergnat').
Le bougnat exerçait aussi souvent le métier de tenancier de bar en parallèle de son autre activité, d'où le nom de certains débits de boissons (chanté par Brel dans 'Mathilde' ).

Ailleurs

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Kohle machen Faire du charbon
Grèce Grec Δουλεύω σα χαμάλης (Dhoulèvo sa khamàlis) Travailler comme un hamal
Angleterre Anglais To go down the mine Descendre dans la mine
Angleterre Anglais To put (one's) nose to the grindstone Mettre son nez à la meule
Argentine Espagnol Transpirar la camiseta Transpirer la chemisette
Espagne Espagnol Ir a la mina Aller à la mine
Espagne Espagnol Ir al tajo Aller au turbin
Espagne Espagnol Remangarse Se retrousser les manches
Espagne Espagnol Sudar la camiseta Suer le maillot (= mouiller sa chemise)
France Français Aller au chagrin Aller travailler
Italie Italien Sgubbàri Travailler tellement à en avoir une bosse sur le dos
Pays-Bas Néerlandais De mouwen opstropen Retrousser les manches
Brésil Portugais Ralar Râper
Roumanie Roumain A munci ca un salahor Travailler comme un salahor (personne qui fait un travail difficile et mal payé)
Roumanie Roumain A se inhama la munca S'atteler au travail
Roumanie Roumain A trage din greu Tirer durement
Roumanie Roumain A trage la ?aib? Tirer à la rondelle
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Commentaires sur l'expression « Aller au charbon » Commentaires

  • #1
    • <inconnu>
    • 02/05/2006 à 03:44
    Bonjour my God, bonjour toutes et tous.
    Le bougnat a été aussi chanté par le grand Georges (non, pas toi) Brassens dans l’Auvergnat.
    Et les mystères de l’Ouest, qu’en fais-tu ? Tut tut tut ! Les petites locomotives à vapeur étaient bien entretenues par du charbon dans la chaudière, non ?
    Oui !
    Aller au charbon était le dur travail du chauffeur qui était le bras droit du conducteur. Des fois, en période de "plan social" (comprendre dégraissage de personnel), le conducteur était aussi le chauffeur. Fallait aller au charbon et mouiller la chemise.
  • #2
    • <inconnu>
    • 02/05/2006 à 10:37
    Bonjour aux femmes, salutations aux hommes. 🙂
    Mouiller la chemise célèbre chanson de copains-copines réunis...
    Concernant l’expression, certains disaient autrefois :
    "Aller au charbon, que le compte (salaire) soit bon !"
    Chauffe Marcel...
    Yannn
  • #3
    • <inconnu>
    • 03/05/2006 à 01:03
    • En réponse à <inconnu> #2 le 02/05/2006 à 10:37 :
    • « Bonjour aux femmes, salutations aux hommes. 🙂
      Mouiller la chemise célèbre chanson de copains-copines réunis...
      Concernant l’expression, cert... »
    Apparemment l’expression "aller au charbon" n’a pas "fait un tabac".
  • #4
    • God
    • 03/05/2006 à 07:09
    • En réponse à <inconnu> #3 le 03/05/2006 à 01:03 :
    • « Apparemment l’expression "aller au charbon" n’a pas "fait un tabac". »
    Normal ! C’est comme pour moi au moment de la rédaction : il y en a qui inspirent et d’autres pas...
  • #5
    • amapola
    • 03/05/2006 à 09:42
    Quand mon père était à Marseille vers les années 1930, les chanteurs d’opéra qui étaient jugés mauvais par le public marseillais se voyaient ainsi assaisonnés par les mécontents : "Va travailler au charbon ! Va faire des cages !". Je me souviens parfaitement de ces expressions, que mon père avait bien retenues, sans pouvoir préciser du tout de quelles cages il s’agissait !
    Dans le 11e arrondissement de Paris il y a un restaurant nommé "Le charbon" (près de la rue Saint-Maur), décoré de peintures style 1900. Il paraît qu’on y tourne des films à cause du décor. Je ne sais pas du tout pourquoi il a ce nom.
  • #6
    • lorangoutan
    • 03/05/2006 à 13:55
    • En réponse à amapola #5 le 03/05/2006 à 09:42 :
    • « Quand mon père était à Marseille vers les années 1930, les chanteurs d’opéra qui étaient jugés mauvais par le public marseillais se voyaient... »
    Probablement s’agissait-il daller faire le ménage dans les cages d’escaliers ou d’ascenseurs. Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’on y entreposait les sacs de charbon, là où il n’y avait pas de caves.
  • #7
    • <inconnu>
    • 03/05/2006 à 19:54
    • En réponse à lorangoutan #6 le 03/05/2006 à 13:55 :
    • « Probablement s’agissait-il daller faire le ménage dans les cages d’escaliers ou d’ascenseurs. Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’on y e... »
    Je pense plutôt qu’i s’agit de la cage de l’ascenseur descendant dans le puits de mine.
  • #8
    • amapola
    • 07/05/2006 à 10:32
    Ce qui m’étonne, c’est que je me demande de quelles mines il peut s’agir ? Quelles étaient à l’époque les mines les plus proches de Marseille ? Il ne s’agit pas de mines de... pastis, ou de boules de pétanque...? cette plaisanterie pour souligner le fait que la culture marseillaise est loin des corons...
  • #9
    • God
    • 07/05/2006 à 11:00
    • En réponse à amapola #8 le 07/05/2006 à 10:32 :
    • « Ce qui m’étonne, c’est que je me demande de quelles mines il peut s’agir ? Quelles étaient à l’époque les mines les plus proches de Marseill... »
    Eh non, amapola !
    Les mines de Gardanne (13120) ont été ouvertes au XVIIe siècle et sont définitivement fermées depuis 2005 !
  • #10
    • <inconnu>
    • 24/06/2007 à 05:33
    Et si vous passez par Paris allez croquer un petit morceau "au bougnat" Rue Daval du côté de Bastille. C’est la rue qui fait face à la Rue de Lappe.
    C’est sympa ...........
  • #11
    • tytoalba
    • 24/06/2007 à 09:20
    Le boniau ou bougnon est un puisard au fond d’une bure. La bure étant le puits intérieur de la mine ne débouchant pas au jour. Le bougnat pourrait trouver une de ses sources dans cette racine.
  • #12
    • OSCARELLI
    • 24/06/2007 à 09:28
    Bien le bonjour d’aujourd’hui à toutes celles et tous ceux (pas nombreux, hélas!) qui sont intervenus précédemment (, amapola, Berbiche - tiens, jamais vu avant, celui-là) et qui nous ont quitté depuis (God ait leurs âmes), et à toutes celles et ceux qui écriront encore aujourd’hui et après...
    Voilà. La corvée charbon ayant été effectuée, je peux maintenant vous dire que cette expression vient de la marine fluviale.
    Vous vous souvenez certainement des Aventures de Huckleberry Finn, n’est-ce-pas? Ce merveilleux bouquin écrit par Mark Twain.
    Bon, oubliez maintenant le bouquin et gardez l’auteur, en en prenant, de la hauteur...
    Mark Twain, parmi tous les métiers qu’il exerca, fut également pilote sur les bateaux à roue, sur le Mississippi (le Père des Eaux). Et ces navires, propulsés par ces roues, avaient en fait des moteurs à vapeur, et des chaudières gigantesques, dans lesquelles les "chauffeurs" enfournaient tout ce qui se brûlait: du bois, du charbon, du coton, de la paille et même, paraîtrait-il (je ne sais pas vraiment, n’ayant pas été là moi-même à l’époque), une espèce de truc visqueux dégueulasse trouvé pour la première fois à Titusville: le pétrole.
    Bon, mais arrêtons de pétroler, là, et souvenons-nous de ces fameuses courses de bateaux sur le fleuve, qui se terminaient souvent par des explosions de chaudieres...
    Le mètre-cube de charbon (de bonne qualité) produisant quand même beaucoup plus de calories que le maître cube de bois, les capitaines des navires qui avaient envie de gagner cette foutue course allaient "au charbon", quand ils allaient faire le plein des soutes, avant de se faire eux-même le plein de mauvais whiskey pour ne plus penser aux dangers inhérents à ces foutues courses...
    Ceux qui perdaient - parce que la chaudière n’avait pas explosé, y balancaient d’ailleurs souvent leur bouteilles de whiskey, ce qui provoquait quand même l’explosion de la-dite chaudière, mais trop tard...
  • #13
    • chirstian
    • 24/06/2007 à 09:38*
    elle est apparue en réalité dans le milieu de la prostitution
    on détournait les mineurs, en les envoyant au charbon ? Les poules attiraient le coke ?
  • #14
    • <inconnu>
    • 24/06/2007 à 09:47*
    Il existe une expression équivalente qui traduit plus fortement encore ce que l’homme éprouve pour le travail, c’est "aller au chagrin" !
    Petits boulets Bernot, bonjour !
  • #15
    • chirstian
    • 24/06/2007 à 09:52
    tout travail n’est-il pas beaucoup plus pénible que de rester en position du guetteur d’avions, les doigts de pieds en éventail allongé sur sa serviette de plage
    cette réflexion va te valoir les foudres du syndicat des guetteurs d’avions, et tu auras bonne mine (de charbon) ! Mais du surcroit, elle n’est pas exacte. Si adopter volontairement cette position , sur sa serviette de plage, peut sembler le bonheur absolu ( il est aisé de prendre son pied, quand on a les doigts en éventail, non ? ) , le salarié qui s’y verrait contraint par son contrat de travail , et devrait rester dans cette position, s’empresserait de négocier les temps de pause, les RTT, de discuter l’épaisseur de la serviette, et la température du soleil. Et un jour, pour ne plus faire la plage, il fera... la grêve !
  • #16
    • OSCARELLI
    • 24/06/2007 à 10:38
    • En réponse à chirstian #15 le 24/06/2007 à 09:52 :
    • « tout travail n’est-il pas beaucoup plus pénible que de rester en position du guetteur d’avions, les doigts de pieds en éventail allongé sur... »
    Tu as bien raison, là. Et non seulement celles du syndicat des guetteurs d’avions, mais également celles des essayeurs de matelas et celles des ceuilleurs d’olives corses, qu’ils soient maintenant syndiqués ou non... sans parler de Newton qui paya presque de sa vie sa réflexion sur l’attraction terrestre (il se prit quand même une pomme sur le coing de la ueule (et pourtant, ce n’était pas une bonne poire, et ce n’était pas juste avant le fromage que le corbeau lâcha)...
  • #17
    • OSCARELLI
    • 24/06/2007 à 13:08
    • En réponse à OSCARELLI #16 le 24/06/2007 à 10:38 :
    • « Tu as bien raison, là. Et non seulement celles du syndicat des guetteurs d’avions, mais également celles des essayeurs de matelas et celles... »
    eh bien, nous avons mauvaise mine, là! Vous tirez la mine, ou quoi? Vous êtes toutes-z-et tous parti(e)s au charbon?
    Il semble que cette expression ne soit pas une mine d’inspiration, hein?
    D’habitude, c’est pourtant pas "expressio du matin, chagrin". Que pasa?
  • #18
    • <inconnu>
    • 24/06/2007 à 19:01
    Bonjour à tous,
    Cette expression vient effectivement du milieu de la prostitution : au début du XXème siècle, les "julots" qui ne pouvaient justifier d’un travail, même minime, partaient illico en tôle. Aussi, ils allaient travailler, une ou deux demi-journées par semaine, à décharger le charbon des péniches sur les quais de Seine. Ce qui leur permettait de présenter un bulletin de paie à la Maréchaussée. Tonton Georges Brassens connaissait très bien l’expression...
    Roger de Noisy-le Grand
  • #19
    • <inconnu>
    • 24/06/2007 à 19:18
    • En réponse à OSCARELLI #12 le 24/06/2007 à 09:28 :
    • « Bien le bonjour d’aujourd’hui à toutes celles et tous ceux (pas nombreux, hélas!) qui sont intervenus précédemment (, amapola, Berbiche - ti... »
    " Et ces navires, propulsés par ces roues"
    Invention de Léonard de Vinci !
  • #20
    • <inconnu>
    • 24/06/2007 à 19:19
    • En réponse à <inconnu> #14 le 24/06/2007 à 09:47* :
    • « Il existe une expression équivalente qui traduit plus fortement encore ce que l’homme éprouve pour le travail, c’est "aller au chagrin" !
      Pe... »
    "c’est "aller au chagrin" !
    Alors là Pétula, c’est pire que du Zola.... 🙁