Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

foi du charbonnier [n]

conviction absolue ; conviction inébranlable et naïve ; croyance naïve dans les vérités de la religion ; foi religieuse d'un homme simple

Origine et définition

Quand on sait que les charbonniers (ceux qui livraient dans les villes, pas ceux qui fabriquaient dans les bois), à l'époque où ils existaient encore, étaient très souvent des piliers de bar, on ne peut souhaiter à personne d'avoir le foie du charbonnier, car pour lui, la vie n'était pas si rose.
Fleury de Bellingen, grammairien du XVIIe siècle, explique l'origine de l'expression par l'extrait d'un conte que voici :
« Le Diable un jour demanda à un malheureux charbonnier :
- Que crois-tu ?
Le pauvre hère répondit :
- Toujours je crois ce que l'Église croit.
Le diable insista :
- Mais à quoi l'Église croit-elle ?
L'homme répondit :
- Elle croit ce que je crois.
Le Diable eu beau insister, il n'en tira guère plus et se retira confus devant l'entêtement du charbonnier »
Autant dire que le 'charboniais' de ce conte ne fonde sa foi sur aucun argument théologique ou philosophique. Il croit ce que l'Église lui dit, sans même savoir vraiment de quoi il s'agit, être capable de l'expliquer et de le défendre.
Georges Brassens l'a bien cité dans "le mécréant" :
« J'voudrais avoir la foi, la foi d'mon charbonnier
Qu'est heureux comme un pape et con comme un panier. »

Exemples

« Rarement un homme dont la vie fut au total assez malheureuse posséda au départ autant d'atouts de bonheur dans son jeu : une santé de fer, une nature de grand jouisseur, une foi de charbonnier, un métier admirable. »
Michel Tournier - Le vent Paraclet
« Cet homme avait la foi du charbonnier. Il aimait la sainte Vierge comme il eût aimé sa femme. Catholique ardent, il ne m'avait jamais dit un mot sur mon irréligion. »
Honoré de Balzac - La messe de l'athée

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand der festen Überzeugung sein être fermement persuadé
Allemand felsenfest glauben croire solide comme un rocher
Allemand köhlerglaube foi du charbonnier
Anglais to have blind and simple faith avoir une foi simple et aveugle
Anglais (USA) to be a true believer être un véritable croyant
Anglais (USA) to have blind faith avoir une foi aveugle
Arabe (Algérie) إيمان العجائز (Foi des vieilles dames)
Arabe (Tunisie) ni'yet laama fi okkazou la foi de l'aveugle en sa canne
Espagnol Fe ciega Foi aveugle
Espagnol (Argentine) tener fe ciega avoir la foi avegleument
Espagnol (Espagne) creer a pies juntillas croire avec les pieds joints
Espagnol (Espagne) tener una fé inquebrantable avoir une foi inébranlable
Italien avere una fede cieca avoir una foi aveugle
Latin fides carbonaria foi du charbonnier
Néerlandais ergens rotsvast van overtuigd zijn être convaincu solidement comme un rocher
Néerlandais kolenbrandersgeloof la foi du charbonnier
Néerlandais met blind vertrouwen avec une confiance aveugle
Polonais wiara węglarza la foi du charbonnier
Portugais (Brésil) acreditar piamente croire fermement
Portugais (Brésil) crença inabalável croyance inébranlable
Portugais (Brésil) ter uma fé cega avoir une foi aveugle
Portugais (Portugal) crença simplória croyance simpliste
Roumain a crede orbeste croire comme un aveugle
Suédois kolatrtro foi du charbonnier
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Commentaires sur l'expression « foi du charbonnier » Commentaires

  • #1
    Elpepe
    24/10/2007 à 00:10*
    - Nier la foi du bon char ? A voir...
    - Chier dur, foi bon anar ! Voilà.
    - L’air fâché du bon roi va noir.
    - L’air vache du roi Fior à Bonn.
    - Choir du favori : la bonne a ri !
    - Folie du baron : avoir char in.
    Anna Gramme
  • #2
    <inconnu>
    24/10/2007 à 00:37
    J’avoue que je ne vois pas comment ces pauvres hères, qui se faisaient une moitié de vie à fabriquer du charbon de bois pour le chauffage des autres, et symbolisaient la vie la plus simple et l’esprit le moins sophistiqué, ont pu mériter cette appellation de "piliers de bars".
  • #3
    cotentine
    24/10/2007 à 01:35*
    • En réponse à <inconnu> #2 le 24/10/2007 à 00:37 :
    • « J’avoue que je ne vois pas comment ces pauvres hères, qui se faisaient une moitié de vie à fabriquer du charbon de bois pour le chauffage de... »
    d’accord avec toi ...
    le charbonnier qui travaillait avec ses compagnons en plein milieu des bois, des forêts, qui devait préparer l’aire de sa future meule, puis la bâtir autour de son bois coupé et entassé, ensuite recouvrir de terre, de mousse, d’herbe et enfin démarrer le brûlage avec la braise lancée dans la meule, pour, finalement surveiller la lente combustion du bois (surveillance constante jour et nuit pendant presque une semaine). Le travail ne s’arrêtait pas là, il fallait encore étouffer la meule pour la refroidir et extirper le charbon avec des crochets ou des râteaux ... Ils vivaient et dormaient sur place d’août à octobre dans des cabanes rustiques faites de branchages et de mousse. Ils se nourissaient de châtaignes et de gibier attrapé au collet ... et je suppose qu’ils s’abreuvaient à des sources ou des ruisseaux ... où y avait-il un bistrot dans le coin ? et avec quelle menue monnaie auraient-ils pu s’offrir un verre ?
    surtout qu’ensuite, ils se faisaient bûcherons d’octobre à avril ... à moins d’avoir choisi d’être vannier, feuillardier, moussier, élagueur , scieur de long ou schlitteur** !
    ** on voit que j’ai revu ce soir le film : "les grandes gueules" ! avec Bourvil, Lino Ventura, Jess Hahn, Jean-Claude Rolland, Michel Constantin, et la jolie Marie Dubois 😉
  • #4
    cotentine
    24/10/2007 à 01:56
    Avoir une conviction absolue, inébranlable et naïve.

    Marguerite Gentzbittel, cette femme proviseur au lycée Fénelon, est maintenant à la retraite depuis presque 10 ans ... elle a écrit ce superbe livre : "la foi du charbonnier" Avant, elle ne pouvait se permettre de s’exprimer (car nous sommes, dans l’enseignement, comme dans d’autres métiers, soumis au "devoir de réserve" ... Enseignante très laïque, elle avait pourtant gardé une foi très vive (catholique) et dans son livre, avec beaucoup de verve, elle dit son"évangile, son amour de la liberté, sa haine des "croisades". Elle se proclame obéissante mais non soumise, catholique mais non vaticane, charitable mais peu morale. cette page
  • #5
    cotentine
    24/10/2007 à 02:13
    Peut-être est-ce un défaut d’avoir cette foi absolue en l’humain, peut-être est-ce incroyablement naïf ... mais je ne veux voir que les 80 % (plus ou moins ???)de BON dans tout individu et j’occulte volontairement le reste ! je ne parie que sur le meilleur en chacun et suis toute indulgence pour les petites faiblesses ... Evidemment, je n’évoque pas les truands notoires, ni les terroristes, ni ceux que je nommerai pas ... mais qui n’ont rien d’humain !
    "t’es trop naïve, ma p’tite maman" me serine ma fille ! 😄
  • #6
    Elpepe
    24/10/2007 à 06:38
    Le charbonnier n’est pas seulement l’homme des bois fabriquant son charbon dans le même métal, mais encore le mineur de fond, et aussi le bougnat établi dans les villes. Or, c’est certainement à ces deux catégories, et surtout la dernière, tenancière de bistroquet par atavisme, que pense notre Godemichou adoré. Ça me paraît clair a priori...
    Question : quelle est la différence entre un charbonnier et un pingouin ?
  • #7
    HoubaHOBBES
    24/10/2007 à 06:45
    • En réponse à Elpepe #6 le 24/10/2007 à 06:38 :
    • « Le charbonnier n’est pas seulement l’homme des bois fabriquant son charbon dans le même métal, mais encore le mineur de fond, et aussi le bo... »
    Le foie ?
    Hips-Hobbes
  • #8
    momolala
    24/10/2007 à 07:12
    • En réponse à cotentine #3 le 24/10/2007 à 01:35* :
    • « d’accord avec toi ...
      le charbonnier qui travaillait avec ses compagnons en plein milieu des bois, des forêts, qui devait préparer l’aire d... »
    J’en connais un vrai, d’ancien carbonaïre et je peux te dire que s’il ne fréquentait évidemment pas les bistrots dans le fond de sa forêt quand il charbonnait ou levait le liège à un autre moment de l’année, chacun de son équipe avait soin d’apporter son vin pour se redonner la foi pour bien faire avancer l’ouvrage. Cet homme extraordinaire a aujourd’hui 93 ans : il grimpe encore dans ses châtaigniers pour les élaguer ; on vient le chercher chaque fois qu’un essaim sauvage d’abeilles est à récupérer dans un arbre. Sa recette : "Quand je travaillais, je buvais 2 l de vin par jour. Maintenant que je travaille plus, je bois 1 l. Pas plus, pas moins". Et il vous sort un petit article découpé l’an passé dans un journal qui démontre que le vin contient je ne sais plus quel composé excellent pour la santé ! Salut à toi, mon Jeannot !
  • #9
    Elpepe
    24/10/2007 à 07:14
    Bon, allez, ne vous échinez plus : cette expression vient de la Marine. A l’origine de l’expression, on disait : "avoir la ligne de foi du charbonnier", pour désigner le commandant et les officiers d’un cargo ne navigant certes pas en gants blancs. En effet, un charbonnier est un navire transportant des bananes du charbon. Et, comme tout navire, il a une ligne de foi, qui est son axe de symétrie longitudinal au niveau du pont, et indiquant son cap compas.
    Cette expression typiquement marine remonte au début du XVIIe arrondissement, et plus précisément au 31 février 1666, lorsque fut découvert, à l’angle du boulevard des Corons et de la rue de la Houille, l’Elcarbonado par le navigateur alsacien Marcel Kronenburger, d’où ce dernier ramona ramena surtout du houx blond, dont les autochtones tiraient une boisson fermentée, et qui connut rapidement un vif succès en Europe.
    Marcel Kronenburger (1632-1671) périt noyé dans la Seine, après que son navire, le "’Tite Annick", eut heurté un iceberg à la dérive dans son anisette.
    L’Amiral
  • #10
    Elpepe
    24/10/2007 à 07:18
    • En réponse à HoubaHOBBES #7 le 24/10/2007 à 06:45 :
    • « Le foie ?
      Hips-Hobbes »
    Pas du tout ! Là, tu broies du noir. Allez, HH, dessine-nous un charbonnier, la main sur l’épaule d’un pingouin, et tu trouveras -peut-être- la soluce.
  • #11
    momolala
    24/10/2007 à 07:27
    Pour en revenir à l’expression du jour, le métier de charbonnier ne devait pas ouvrir grand l’esprit d’un homme enfermé dans une gangue de suie recuite, tenu de rétrécir ses yeux mangés par la fumée. Ses préoccupations étaient bien trop matérielles comme le décrit si bien Cotentine en 3 et son isolement trop grand pour s’encombrer d’autres idées que de quelques solides principes. S’ouvrir au monde, c’est une affaire de gens propres et repus. Philosopher, c’est l’affaire d’esthètes de la pensée, propres et repus. Sur Expressio, on a l’humour en plus, et c’est pas rien, spa ? Pourvou qué sa doure... comme disait Laetitia à Johnny Joseph !
  • #12
    momolala
    24/10/2007 à 07:30
    • En réponse à Elpepe #10 le 24/10/2007 à 07:18 :
    • « Pas du tout ! Là, tu broies du noir. Allez, HH, dessine-nous un charbonnier, la main sur l’épaule d’un pingouin, et tu trouveras -peut-être-... »
    Moi je sais, mais si je le dis on va encore me prendre pour une effrontée ! 😄
  • #13
    Elpepe
    24/10/2007 à 07:35
    • En réponse à momolala #12 le 24/10/2007 à 07:30 :
    • « Moi je sais, mais si je le dis on va encore me prendre pour une effrontée ! 😄 »
    Elle peut le dire ! Ah, l’effrontée !
  • #14
    Rikske
    24/10/2007 à 07:47
    • En réponse à Elpepe #6 le 24/10/2007 à 06:38 :
    • « Le charbonnier n’est pas seulement l’homme des bois fabriquant son charbon dans le même métal, mais encore le mineur de fond, et aussi le bo... »
    Ne dites pas:
    "le foie du bougnat"
    mais dites:
    "la foi du charbonnier"
  • #15
    God
    24/10/2007 à 07:52*
    • En réponse à <inconnu> #2 le 24/10/2007 à 00:37 :
    • « J’avoue que je ne vois pas comment ces pauvres hères, qui se faisaient une moitié de vie à fabriquer du charbon de bois pour le chauffage de... »
    Ne rien avouer, sauf sous la torture !
    Il ne s’agissait pas du charbonnier qui fabriquait, mais de celui qui (plus récemment) livrait dans les villes.
  • #16
    Elpepe
    24/10/2007 à 07:57
    • En réponse à Rikske #14 le 24/10/2007 à 07:47 :
    • « Ne dites pas:
      "le foie du bougnat"
      mais dites:
      "la foi du charbonnier" »
    Nous nous sommes compris. Marceeeeeeel ! Deux Mort su’ bitte, pour la gueuse !
  • #17
    tytoalba
    24/10/2007 à 08:01
    Je n’ai pas le temps ce jour de m’appesantir sur les bêtises qui sont dites. Je vais donc faire vite. Mon papa qui a travaillé 20 ans au plus profond de la mine est un homme érudit, il parle plusieurs langues : français, italien, polonais, allemand, flamand. Il a aussi une culture générale qui en étonnerait plus d’un sur ce site. La foi ? oui bien sûr. Maman disait toujours, que même en cas de dispute quand l’homme (fils,père, mari) partait au boulot, on l’embrassait parce qu’on était pas sûr de le revoir en vie après la journée.
    Voilà pour l’essentiel, je dois partir pour la journée et vous lirai ce soir.
    Bonne journée à tous et toutes.
  • #18
    Elpepe
    24/10/2007 à 08:06
    • En réponse à tytoalba #17 le 24/10/2007 à 08:01 :
    • « Je n’ai pas le temps ce jour de m’appesantir sur les bêtises qui sont dites. Je vais donc faire vite. Mon papa qui a travaillé 20 ans au plu... »
    Je n’ai pas le temps ce jour de m’appesantir sur les bêtises qui sont dites

    😮 !
  • #19
    momolala
    24/10/2007 à 08:18
    • En réponse à tytoalba #17 le 24/10/2007 à 08:01 :
    • « Je n’ai pas le temps ce jour de m’appesantir sur les bêtises qui sont dites. Je vais donc faire vite. Mon papa qui a travaillé 20 ans au plu... »
    Je ne sais pas ce qu’il en est en Belle Gique mais nous n’appelons pas, de façon générale en France, les mineurs de fond des "charbonniers". Il n’y a donc pas de confusion dans notre esprit. Il y a deux sortes de charbonniers : ceux qui "charbonnent" encore dans nos forêts en fabriquant du charbon de bois, et ceux qui livraient dans nos villes du coke qui fumait ou du charbon dont on remplissait les caves autrefois. Et puis, à toute règle c’est bien connu, et a fortiori à toute expression, il y a des exceptions, non ?
  • #20
    Rikske
    24/10/2007 à 08:32
    • En réponse à momolala #19 le 24/10/2007 à 08:18 :
    • « Je ne sais pas ce qu’il en est en Belle Gique mais nous n’appelons pas, de façon générale en France, les mineurs de fond des "charbonniers".... »
    Exact, Momo, en Belle Gique, le mineur de fond n’est pas assimilé ni assimilable à un charbonnier. La noble et pénible profession de mineur ne saurait se comparer à celle du marchand de charbon, ni à celle, plus ancienne, du charbonnier "de bois".