Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

manger à tous les râteliers [v]

profiter sans scrupule de toutes les situations possibles ; piocher sans hésiter dans tout ce qui peut être bénéfique ; profiter des situations de tous les partis

Origine et définition

Grâce à votre perspicacité, vous avez deviné que râtelier et râteau sont des mots de même origine, qui est en l'occurrence le mot latin 'rastellum'.
Si le râteau est un instrument de jardinage muni à son extrémité de plusieurs tiges métalliques parallèles (ou dents), le râtelier est une structure à claire-voie disposée le long du mur d'une étable ou d'une écurie et sur laquelle on dépose le fourrage destiné à nourrir les animaux.
C'est parce que le râtelier est également composé d'un ensemble de tiges en bois ou en métal parallèles, et qu'il a donc une apparence similaire à un grand râteau, qu'il est nommé ainsi.
Et lorsqu'un animal, debout à côté d'un collègue, n'hésite pas à piocher dans la partie du râtelier qui est en face de l'autre, on peut dire qu'il ôte sans vergogne le 'pain' de la bouche du voisin.
C'est au milieu du XVIIIe siècle, chez Beaumarchais, dans le Mariage de Figaro que l'expression apparaît, sous la forme "manger à deux râteliers", métaphore où le râtelier désigne une situation généralement porteuse d'avantages, avec une personne qui, bien que disposant pourtant généralement de son propre 'râtelier', n'hésite pourtant pas à profiter sans scrupules de celui de quelqu'un d'autre, à ses dépens.
Mais la métaphore existait déjà un siècle auparavant, dans la forme "je leveray (j'enlèverai) le ratelier à ce gourmand".
Et comme le profiteur ne va certainement pas s'arrêter à un seul 'râtelier' supplémentaire, l'expression a évolué en incluant un 'tous' désignant toutes les situations dont il peut potentiellement profiter.

Exemples

« Mon cher, soyez mousquetaire ou abbé, soyez l'un ou l'autre, mais pas l'un et l'autre, reprit Porthos. Tenez, Athos vous l'a dit encore l'autre jour : vous mangez à tous les râteliers. »
Alexandre Dumas - Les trois mousquetaire - 1849
« La philosophie, à toutes les époques, reproduit toujours quatre grands systèmes, y compris le scepticisme. Je prends un peu dans tous ces systèmes ; je mange à tous les râteliers, je suis éclectique. »
Pierre Leroux - Réfutation de l'éclectisme - 1841

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand auf allen Hochzeiten tanzen danser lors de tous les mariages
Anglais (USA) have a finger in every pie avoir un doigt dans toutes les tartes
Anglais (USA) to run with the hare and hunt with the hounds courir avec le lièvre et chasser avec les chiens de chasse
Espagnol (Argentine) engancharse en todas s'accrocher à toutes
Espagnol (Espagne) Aprovecharse de todo Profiter de tout / Tirer avantage de tout
Espagnol (Espagne) llorar en todos los entierros pleurer à tous les enterrements
Hébreu לרקוד בשתי חתונות danser à deux mariages
Italien fare l'asso pigliatutto faire l'atout
Néerlandais (Belgique) uit twee ruiven eten manger à deux râteliers
Néerlandais de huik naar de wind hangen tourner la cape vers le vent
Néerlandais van alle walletjes eten manger de tous petits murs
Portugais (Brésil) mamar em todos os bicos téter à tous les tétons
Portugais (Brésil) tirar proveito de tudo profiter de tout
Portugais (Portugal) comer em todos os tabuleiros manger de tous les plateaux
Portugais (Portugal) mamar em todas as tetas téter tous les seins
Roumain suge de la două oi tette à deux brebis
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Commentaires sur l'expression « manger à tous les râteliers » Commentaires

  • <inconnu>
    04/12/2012 à 09:22*
    Cette expression les fait irrésistiblement penser à une autre:
    «Jouer sur plusieurs tableaux»
  • joseta
    04/12/2012 à 09:23*
    Comme ils chantaient toujours entre les dents dans leur ouvroir, les moines appelaient ça:
    ’l’air atelier’.
  • mitzi50
    04/12/2012 à 09:56*
    Si piocher dans ce qui est bénéfique est somme toute raisonnable (sinon nous ne serions pas devant notre ordinateur, mais en train de tailler des haches de silex...) l’ absence de scrupule me dérange. Il y en a d’ autres qui ne font pas tant de chichis, voir cette page . Mais, d’ autre part, je me dis que si nous n’ avions que d’ honnêtes gens, Frederik Mey n’ aurait pas écrit certaines chansons... Ecoutez aussi ... tout le reste. Tout n’ est pas aussi ironique. Et savoir être un poète en allemand et en français, cela ne se rencontre pas tous les jours. Alors, ma foi, picorons (sans plagier, cela va sans dire) !
  • charmagnac
    04/12/2012 à 10:43
    • En réponse à joseta #122 le 04/12/2012 à 09:23* :
    • « Comme ils chantaient toujours entre les dents dans leur ouvroir, les moines appelaient ça:
      ’l’air atelier’. »
    Un rat avait attaché solidement sa femme. C’était la rate liée.
  • charmagnac
    04/12/2012 à 10:56
    Un couple de petits vieux au Mac Do. Lui mange un Big Mac avec un Coca, sa femme le regarde. Pensant qu’ils n’ont pas d’argent pour manger tous les deux, un voisin veut leur offrir un autre Big Mac.
    - Non, répond la vieille. On partage tout.
    Le voisin insiste : un autre Coca ?
    - Non, répond la vieille. On partage tout.
    Le voisin :
    - Alors pourquoi ne mangez-vous pas ?
    La vieille :
    - On partage tout et j’attends le dentier pour manger.
  • joseta
    04/12/2012 à 11:21
    Le bétail était mené au râtelier à une heure précise, et, il était, si ce n’était pas
    l’heure, hors l’auge. 😐
  • joseta
    04/12/2012 à 11:29
    Une vache à une autre
    J’aimerais faire l’éloge de l’auge où on loge..
  • <inconnu>
    04/12/2012 à 11:40*
    • En réponse à mitzi50 #123 le 04/12/2012 à 09:56* :
    • « Si piocher dans ce qui est bénéfique est somme toute raisonnable (sinon nous ne serions pas devant notre ordinateur, mais en train de taille... »
    Voilà ce moi je pense:
    «Chaque fois que le légalement me le permet, le moralement je me torche avec !»
    Autrement dit tout moralement qui n’est pas appuyé sur une loi adossé au code pénal, je n’en ait strictement rein à foutre ! Hormis les quelque moralement permettant un strict minimum de politesse...
  • mickeylange
    04/12/2012 à 12:06
    Cerbère était le seul a pouvoir manger à plusieurs râteliers puisqu’il avait trois têtes. C’était l’enfer de le nourrir !
  • SyntaxTerror
    04/12/2012 à 12:24
    • En réponse à <inconnu> #128 le 04/12/2012 à 11:40* :
    • « Voilà ce moi je pense:
      «Chaque fois que le légalement me le permet, le moralement je me torche avec !»
      Autrement dit tout moralement qui n’e... »
    Voilà au moins qui a le mérite de la franchise (comme on dit chez McDo) !
  • PHILO_LOGIS
    04/12/2012 à 12:44
    • En réponse à mitzi50 #123 le 04/12/2012 à 09:56* :
    • « Si piocher dans ce qui est bénéfique est somme toute raisonnable (sinon nous ne serions pas devant notre ordinateur, mais en train de taille... »
    Ce politicien me fait penser à Harry Truman, qui fut président des Zétazunis. Il était musicien le soir, pour payer ses études... (oui, bien sûr, avant de devenir président).
    Il raconta alors - beaucoup plus tard - qu’après ses études, il a eu le choix: devenir politicen, ou continuer à jouer du piano dans les bordels... Il avoua que par la sute, il ne parvint pas à faire la différence entre les deux métiers et les endroits où ils s’exercent...
  • joseta
    04/12/2012 à 12:49
    DEVINETTE et réponse
    - C’est quand il jouait au théâtre du Mans que cet acteur cette page mangeait à tous les râteliers. Pourquoi?
    - parce qu’au Mans joue Art.
  • DiwanC
    04/12/2012 à 14:38
    • En réponse à joseta #132 le 04/12/2012 à 12:49 :
    • « DEVINETTE et réponse
      - C’est quand il jouait au théâtre du Mans que cet acteur cette page mangeait à tous les râteliers. Pourquoi?
      - parce q... »
    Puisque tu évoques cette charmante cité sarthoise, c’est le moment où jamais de rappeler une coutume peu connue des Manceaux eux-mêmes, souvenir d’un palefrenier déserteur d’une armée sarrasine en déroute. Nous sommes peu après 732.
    Pour distraire ses longues soirées solitaires, il avait pris l’habitude de décorer les mangeoires - qu’on n’appelait pas encore « râteliers», le mot n’apparaît qu’un siècle plus tard – de fleurs, d’herbes parfumées cueillies le long des chemins.
    Aujourd’hui tradition, on décore les râteliers à chaque fête républicaine ou non : au 14 juillet, avec des rubans tricolores et à Noël, avec des rillettes.
    Ce soir-là, quand minuit sonne, on va de maison en chaumine souhaiter « Joyeuse fête ! » à son prochain, et chacun grignote dans le râtelier du voisin.
    Le matin venu, la ville entière à manger à tous les râteliers.
    Si, si !
  • PHILO_LOGIS
    04/12/2012 à 15:01
    Je viens de recevoir ce nouveau mot de Jean d’Ormesson (paraît-il), qui convient très bien ici:
    INAPTOCRATIE : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle.
    Et mon correspondant d’ajouter:
    Il n’y a pas lieu de désespérer parce que comme l’a dit Margaret Thatcher : "Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres"
    Ou comme l’a dit Winston Churchill : " Les socialistes, c’est comme Christophe Colomb, quand ils partent ils ne savent pas où ils vont et, quand ils arrivent, ils ne savent pas où ils sont."
    D’où l’invention du GPS : Guide Pour Socialiste !
    Et puis, il termine avec un peu d’arithmétique:
    A l’école primaire des socialistes , on apprend les 4 opérations :
    - L’addition des impôts
    - La soustraction des revenus
    - La multiplication des fonctionnaires et des immigrés
    - la division du travail.
    Aux élections prochaines, votez pour Ali Baba.
    Au moins vous serez sûrs de n’avoir que 40 voleurs.
  • PHILO_LOGIS
    04/12/2012 à 15:04
    • En réponse à DiwanC #133 le 04/12/2012 à 14:38 :
    • « Puisque tu évoques cette charmante cité sarthoise, c’est le moment où jamais de rappeler une coutume peu connue des Manceaux eux-mêmes, sou... »
    ... souvenir d’un palefrenier déserteur d’une armée sarrasine en déroute. Nous sommes peu après 732

    Il n’était pas un peu pris de Soissons, là?
    Les lagons bleus sévissaient donc déjà? Un peu comme les escadrons de la mort, alors...
  • SyntaxTerror
    04/12/2012 à 15:19
    • En réponse à PHILO_LOGIS #134 le 04/12/2012 à 15:01 :
    • « Je viens de recevoir ce nouveau mot de Jean d’Ormesson (paraît-il), qui convient très bien ici:
      INAPTOCRATIE : un système de gouvernement... »
    Diable ! "J’endors me sont" serait-il devenu socialiste ?
    Vue l’indiscutable réussite économique de Mme Thatcher, Flanby est au pouvoir pour 50 ans.
  • SyntaxTerror
    04/12/2012 à 15:30
    • En réponse à charmagnac #125 le 04/12/2012 à 10:56 :
    • « Un couple de petits vieux au Mac Do. Lui mange un Big Mac avec un Coca, sa femme le regarde. Pensant qu’ils n’ont pas d’argent pour manger t... »
    C’est "McDonald’s".
    Ne pas confondre avec Jacques-Etienne-Joseph-Alexandre Macdonald, maréchal d’empire qui a donné son nom à un boulevard périphérique. Ses rapports avec la boucherie étaient autres, un peu comme Nivelle ...
    On peut l’accuser d’avoir mangé à plusieurs râteliers, mais il est resté loyal envers le pouvoir en place.
  • SyntaxTerror
    04/12/2012 à 16:28
    • En réponse à DiwanC #133 le 04/12/2012 à 14:38 :
    • « Puisque tu évoques cette charmante cité sarthoise, c’est le moment où jamais de rappeler une coutume peu connue des Manceaux eux-mêmes, sou... »
    déserteur d’une armée sarrasine en déroute.

    Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
    Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié,
    Et qui disait : - A boire, à boire par pitié ?
    J’ai entendu parler de ce mec-là.
  • SyntaxTerror
    04/12/2012 à 16:51
    • En réponse à PHILO_LOGIS #131 le 04/12/2012 à 12:44 :
    • « Ce politicien me fait penser à Harry Truman, qui fut président des Zétazunis. Il était musicien le soir, pour payer ses études... (oui, bien... »
    Il semblerait qu’un nommé William Jefferson Clinton se soit mis au saxophone, justement pour ne pas être pris pour un pianiste de bordel. Vu ce qui se passait dans le bureau ovale, on aurait pu confondre.
    Truffaut, lui, conseillait de débarrasser des pianistes en leur tirant dessus.
  • PHILO_LOGIS
    04/12/2012 à 17:19
    • En réponse à SyntaxTerror #139 le 04/12/2012 à 16:51 :
    • « Il semblerait qu’un nommé William Jefferson Clinton se soit mis au saxophone, justement pour ne pas être pris pour un pianiste de bordel. Vu... »
    NAN, NAN, Truffaut recommandait de ne pas les truffer.
    Il tourna: Ne Tirez Pas Sur Le Pianiste