Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

un capitaine d'industrie [n]

le patron d'une grande entreprise

Origine et définition

C'est à la fin du XIIIe siècle, que capitaine débarque en français, venu du bas latin capitaneus qui signifiait « important » ou « qui domine » (on y retrouve la racine caput qui signifiait « tête »).
D'abord spécialisé dans le domaine militaire où il désigne l'officier qui commande une compagnie, ce n'est qu'au XVIe siècle qu'il s'applique à celui qui commande un navire, toujours militaire, avant de s'utiliser également dans la marine commerciale au XVIIIe siècle.
Toujours est-il que le capitaine est bien celui qui commande, y compris maintenant dans une équipe sportive, comme celle de ces onze gusses qui passent près de deux heures à courir après un ballon que onze autres gusses s'obstinent à vouloir leur chiper.
Quant à industrie, il nous vient aussi du latin, au XIVe siècle, où il désignait une « activité secrète » avant de s'appliquer à une activité en général.
C'est à partir du XVIe siècle qu'il désigne toute activité qui produit quelque chose, que ce soit des appeaux à canard ou des baleines de soutien-gorge, entre autres nombreux articles que l'homme est capable de produire.
Or, il se trouve qu'à la tête de ces entreprises qui fabriquent ces nombreux produits totalement indispensables à notre société de consommation frénétique, il y a des dirigeants dont le travail est de faire fonctionner correctement la compagnie.
Et au-dessus de ces dirigeants, on trouve le responsable suprême qui oriente la stratégie de l'entreprise comme le capitaine du bateau l'oriente dans la bonne direction, qui tient fermement la barre lorsqu'il faut traverser des tempêtes économiques ou médiatiques, et qui commande ses subordonnés comme le fait également le capitaine du navire.
C'est de cette analogie entre le commandant d'un navire et le dirigeant d'une (grande) entreprise qu'est née notre expression qui, si elle n'est employée régulièrement que depuis la fin du XXe siècle, existait déjà au XIXe.
Et même si le capitaine d'industrie peut aussi parfois être un chevalier d'industrie, il ne faut surtout pas confondre les deux.

Exemples

« C'était [Joseph-Marie Jacquard] un vrai noble, et un grand capitaine d'industrie. Chaque degré d'avancement dans sa carrière fut le prix d'un honnête labeur et d'un vaillant effort. Aussi nulle envie ne s'attache à un tel homme, mais la louange, les récompenses et les bénédictions. A sa mort, tous ses ouvriers, en corps, l'accompagnèrent au champ du repos, et c'est à peine si parmi eux on eût pu en trouver un dont l'œil ne fût rempli de larmes. »
Alfred Talandier - "Self-help" ou caractère, conduite et persévérance - 1865
« La silhouette a retrouvé son embonpoint. La mine est reposée, le teint hâlé, le regard clair. Dans son bureau de Boulogne-Billancourt, Didier Pineau-Valencienne parle. Du Schneider de l'an 2000 et de ses ambitions pour le groupe en Asie. (...) En apparence, l'image du capitaine d'industrie internationalement reconnu pour la reconversion imposée à l'ancien empire Empain-Schneider depuis quatorze ans est intacte. »
Gilles Fontaine - L'Expansion - Article du 6 mars 1995

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand Hochstapler [uniquement dans le sens de "chevalier d'industrie"] Mendiant distingué [sens étymologique]
Allemand ein Industriekapitän un capitaine d'industrie
Anglais The big boss Le Grand Patron
Anglais (USA) a captain of industry un capitaine d'industrie
Espagnol (Argentine) el manda mas de la fabrica celui qui ordone le plus a l'usine
Espagnol (Espagne) un capitán de industria un capitaine d'industrie
Espagnol (Espagne) un gerifalte un gerfaut
Espagnol (Espagne) Un magnate de la industria Un magnat de l'industrie
Français (Canada) un grand boss
Grec μεγιστάνας (megistanas) grandissime
Grec μεγιστάνας grandissime
Italien capitano d'industria capitaine d'industrie
Néerlandais (hij is) ... de Big Boss (il est) Le Grand Patron
Néerlandais Een magnaat Un magnat
Néerlandais Een tycoon Un tycoon
Néerlandais grootindustrieel grandindustriel
Portugais (Brésil) um capitão da indústria un capitaine d'industrie
Roumain un barosan un skookum (riche et influent)
Roumain un magnat al industriei un magnat de l'industrie
Roumain un mare mahăr un capitaine d'industrie
Roumain mahăr personne influente, chef
Roumain ștab personne importante
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Commentaires sur l'expression « un capitaine d'industrie » Commentaires

  • #1
    cotentine
    15/10/2010 à 00:50
    Et même si le capitaine d’industrie peut aussi parfois être un chevalier d’industrie, il ne faut surtout pas confondre les deux.

    L’un est honnête et l’autre pas ??? est-ce ce que tu sous-entends ?
  • #2
    momolala
    15/10/2010 à 05:13
    Si Luc Besson est un capitaine de l’industrie cinématographique (voir cette page), son homonyme Eric Besson est plus connu pour être un industrieux capitaine de charters.
  • #3
    momolala
    15/10/2010 à 05:15
    Je ne manquerai pas de lustrer ma trirème à vie et de souligner, puisque God lui-même le rappelle, que cette expression vient de la Marine !
  • #4
    momolala
    15/10/2010 à 05:20
    Pour connaître la véritable histoire du Capitaine (Hunt) de l’Indus, trie sur cette page ! Ah, le traducteur de Google, quel facétieux auxiliaire qui rend même les passagers spiritueux !
  • #5
    bibal
    15/10/2010 à 08:01
    Inenglish : A tycoon
  • #6
    Rikske
    15/10/2010 à 08:26
    "industrie... désignait une ’activité secrère’": une coupable industrie ?
  • #7
    <inconnu>
    15/10/2010 à 09:02*
    En vieux français, moyen-âge approximativement 12è siècle, capitaine se disait chevetaine
    (*)est-ce terme, qui est passé en Angleterre avec Guillaume Le Conquérant et nous est revenu sous la forme cheftaine... de girl-scout ?
    Terme qui était également utilisé, selon mes lectures, par les Templiers...
    Y a t-il un/une linguiste dans la salle ? ou mieux encore, un/une médiévaliste ?
  • #8
    <inconnu>
    15/10/2010 à 09:11*
    C’est à partir du XVIe siècle qu’il désigne toute activité qui produit quelque chose, que ce soit des appeaux à canard ou des baleines de soutien-gorge, entre autres nombreux articles que l’homme est capable de produire.

    Y compris, donc, les capotes (anglaises...), les sex-toys, mais aussi, malheureusment: révolver, pistole, mitrailleuses, gaz de combat (Ypérite et consorts), etc. ainsi que les missiles à têtes nucléaires; là, l’industrie est allée un peu loin, mais bon, en contrepartie on a eul Saturn V (cela a bien fonctionné, donc saturne rond...), les Soyouz et autres Proton, don cela laisse quelques espoirs pour l’avenir: espérer que l’humanité deviendra adulte. Mais cela est une autre histoire. dixit Kipling.
  • #9
    <inconnu>
    15/10/2010 à 09:14
    • En réponse à Rikske #6 le 15/10/2010 à 08:26 :
    • « "industrie... désignait une ’activité secrère’": une coupable industrie ? »
    L’industrie du sexe ? Les lupanars sont une "invention" (sic) des Romains, quoique les Grecs, il est vrai n’étaient pas en reste. D’ailleurs certains historiens estiment que cela est depuis que l’humanité existe...
  • #10
    chirstian
    15/10/2010 à 09:29
    • En réponse à <inconnu> #9 le 15/10/2010 à 09:14 :
    • « L’industrie du sexe ? Les lupanars sont une "invention" (sic) des Romains, quoique les Grecs, il est vrai n’étaient pas en reste. D’ailleurs... »
    D’ailleurs certains historiens estiment que cela est depuis que l’humanité existe...
    très exactement depuis le jour où Eve ramassant une feuille de vigne pour s’en couvrir s’aperçut de l’effet que cela provoquait sur Adam.
  • #11
    chirstian
    15/10/2010 à 09:39
    C’est de cette analogie entre le commandant d’un navire et le dirigeant d’une (grande) entreprise qu’est née notre expression
    si l’analogie était parfaite, les dirigeants d’entreprise négocieraient une bouée de secours, et non un parachute doré, parce que, en cas de naufrage...
    Mais, de vous à moi, on voit plus souvent le capitaine d’industrie quitter le navire avec un gros chèque, que rester le dernier à bord, pour s’enfoncer dans les flots pendant que l’orchestre joue le "plus près de toi , mon Dieu..."
    Je détaillerais bien, mais la côte est encore loin, et avec tous ces requins de la finance qui tournent autour, je préfère nager. 🙁
  • #12
    mitzi50
    15/10/2010 à 09:54
    Ah oui, c’ est le type qui délocalise vers des contrées où on paie la main d’ oeuvre des cacahuètes, qui essaie de gagner le jackpot sans payer d’ impôt... Que le monde a donc changé en un demi-siècle...Bon, il en reste d’ estimables. Mais ils sont moins médiatisés !
  • #13
    tytoalba
    15/10/2010 à 10:11
    • En réponse à <inconnu> #7 le 15/10/2010 à 09:02* :
    • « En vieux français, moyen-âge approximativement 12è siècle, capitaine se disait chevetaine
      (*)est-ce terme, qui est passé en Angleterre avec... »
    Pour le médiévaliste, demander Lovendric qui se fait rare. J’espère qu’il va mieux.
    En ce qui concerne les linguistes, il me semble qu’il y en a plusieurs sur le site.
    Je profite de mon passage pour souhaiter la bienvenue à tous les nouveaux et nouvelles. Enrichissez-vous (c’est dur à dire) des commentaires des autres et n’hésitez pas à participer .
  • #14
    cornelius
    15/10/2010 à 11:16
    ai je bien compris ? B Tapie est un chevalier d’industrie càd sans noblesse et avec entregent et le patron de jouets Smoby un capitaine d’industrie qui inverse la tendance en recommençant à faire produire en France
  • #15
    cornelius
    15/10/2010 à 11:23*
    • En réponse à <inconnu> #7 le 15/10/2010 à 09:02* :
    • « En vieux français, moyen-âge approximativement 12è siècle, capitaine se disait chevetaine
      (*)est-ce terme, qui est passé en Angleterre avec... »
    cette explication là est cohérente une cheftaine est plus probe (en général) que de nombreux petits chefs . Quand à dire qu’elle commande .... voircette page
  • #16
    chirstian
    15/10/2010 à 12:00
    • En réponse à <inconnu> #7 le 15/10/2010 à 09:02* :
    • « En vieux français, moyen-âge approximativement 12è siècle, capitaine se disait chevetaine
      (*)est-ce terme, qui est passé en Angleterre avec... »
    chevetaine (*)est-ce terme, qui est passé en Angleterre avec Guillaume Le Conquérant et nous est revenu sous la forme cheftaine... de girl-scout ?
    nul doute que le terme "chevetain(e)" soit passé du français à l’anglais.
    Par contre pour la cheftaine scout les avis divergent : l’origine pourrait également (bien que moins probable) être "du lyonnais cheftain ou sœur cheftaine, terme de la langue hospitalière, désignant à Lyon la religieuse qui a la direction d’une salle où soignent plusieurs religieuses" (TLFI)
  • #17
    chirstian
    15/10/2010 à 12:29
    • En réponse à mitzi50 #12 le 15/10/2010 à 09:54 :
    • « Ah oui, c’ est le type qui délocalise vers des contrées où on paie la main d’ oeuvre des cacahuètes, qui essaie de gagner le jackpot sans pa... »
    Bon, il en reste d’ estimables
    s’il restait des clients "estimables" qui acceptaient de payer plus cher des produits "made in France", il resterait des chefs d’entreprise "estimables" qui ne délocaliseraient pas. Tu imagines que c’est confortable pour une PME implantée localement de faire fabriquer en Chine ? Outre les frais de déplacement, de transport, c’est la perte de tout contrôle direct, l’obligation de commande par quantités importantes, des cycles de financement difficiles. Si la décision est finalement prise, ce n’est pas "pour toucher le jackpot sans payer d’impôts", c’est pour éviter d’avoir à fermer l’entreprise. 🙁
    (je ne parle pas ici des grands groupes : ils sont apatrides : curieusement, on trouve normal qu’ils aient fermé une usine aux USA pour l’ouvrir en France, et on trouve ensuite surprenant qu’ils la ferme pour en ouvrir une en Chine.)
  • #18
    chirstian
    15/10/2010 à 12:49
    ce n’est qu’au XVIe siècle qu’il s’applique à celui qui commande un navire,
    fort bien ! mais le terme de "commandant" étant encore plus récent, qui commandait le navire avant le XVIe siècle, hein ? Allez, quoi ! c’est pas pour rechercher leur responsabilité dans les naufrages : y a prescription !
  • #19
    mitzi50
    15/10/2010 à 14:21*
    • En réponse à chirstian #17 le 15/10/2010 à 12:29 :
    • « Bon, il en reste d’ estimables
      s’il restait des clients "estimables" qui acceptaient de payer plus cher des produits "made in France", il... »
    J’ en ai dit trop, ou pas assez. Je pensais, effectivement, à ces grands groupes dont la nébuleuse est difficilement cernable. Pas aux entreprises qui luttent, en fin de compte, pour leur survie. Mais je préfèrerais pouvoir payer le juste prix de ce que j’ achète plutôt que des chômeurs, si j’ avais le choix ! Je pensais uniquement à ce que j’ appelle les délocalisations boursières. Qui, dans certains pays, entraînent le piratage et... les fermetures d’ usines délocalisées, au bout d’ un certain temps, parfois assez court !
    P.S. Sans penser uniquement à la France. Car quasiment tous les pays sont à la même enseigne, sauf ceux dont l’ industrialisation est relativement récente. Ces derniers ne "délocalisent" pas en Europe ni aux USA....
  • #20
    mitzi50
    15/10/2010 à 15:18
    • En réponse à momolala #4 le 15/10/2010 à 05:20 :
    • « Pour connaître la véritable histoire du Capitaine (Hunt) de l’Indus, trie sur cette page ! Ah, le traducteur de Google, quel facétieux auxil... »
    Elle est excellente ! Et me fait penser aux premiers essais de traduction par ordinateur : "l’ esprit est prompt mais la chair est faible" avait donné quelque chose comme "les spiritueux sont forts mais la viande est avariée"....La relecture par l’ homme reste donc, pour le moment, un atout précieux. Même les capitaines d’ industrie ont besoin d’ hommes pour concevoir, régler et adapter les robots....