Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

aller à vau-l'eau [v]

aller à sa perte ; péricliter ; partir en vrille ; aller dans le mur

Origine et définition

Dès le XIIe siècle, aller 'à val' ou 'à vau' voulait dire "en descendant le long, en suivant la pente de", un vau n'étant pas le petit de la vache, pour ceux qui ont des soucis d'orthographe, mais une vallée (on retrouve d'ailleurs ce terme dans l'expression "par monts et par vaux" également expliquée dans un excellent site dédié aux expressions françaises dont le nom m'échappe).

Au moins jusqu'au milieu du XVIe, cette locution, utilisée entre autres par Rabelais, avait le sens très concret de "suivre le fil de l'eau".

C'est à partir de cette période que son sens abstrait commence à apparaître. On emploie d'ailleurs "à val de route" pour "en déroute" et "être à vau l'eau" pour désigner une entreprise qui fonctionne mal. Et entre le mauvais fonctionnement et la perte ou la faillite, il n'y a qu'un petit pas qui a vite été franchi.

Exemples

Cela m'attriste de savoir qu'il risque d'aller à vau-l'eau.
T'habituer, je présume que ça veut dire laisser tout aller à vau-l'eau.
Je sentais bien que sans Karen, l'affaire pouvait aller à vau-l'eau.
; Si le Gouvernement continue à faire fi de ces préoccupations, ces accords risquent d'aller à vau-l'eau.
S'il vous plaît, ne laissons pas la situation aller à vau-l'eau.

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand den Bach runtergehen descendre le ruisseau
Anglais to be going downhill to go to rack and ruin to go down to the tubes to go to the dogs quel intérêt de traduitre littéralement, sinon de faire sourire le lecteur averti ?
Anglais to go down the tubes descendre par les conduites
Anglais to go to rack and ruin aller à la ruine
Anglais (USA) to go to hell in a handbasket arriver aux enfers dans un petit pannier
Anglais (USA) to hit a wall heuter un mur
Arabe (Algérie) raah fii kiilet ziit parti dans une mesure d'huile
Arabe (Tunisie) machi lil Hawiya aller à la falaise
Espagnol (Espagne) ir aguas abajo aller eaux en bas
Espagnol (Espagne) irse a pique aller à vau-l'eau
Espagnol (Espagne) ir de culo aller du cul
Espagnol (Espagne) irse al garete s'en aller à la dérive
Espagnol (Espagne) andar de capa caida aller de cape tombée / Aller de mal en pire
Espagnol (Argentine) caminar por la cuerda floja marcher sur la corde raide
Espagnol (Argentine) darse contra la pared se cogner contre le mur
Français (Canada) s'en aller à l'eau
Français (Canada) s'en aller sul yabe aller chez le diable
Gallois mynd yn ffliwt aller à la flûte
Italien andare a rotoli or in fumo partir en vrille ou en fumée
Italien andare sul filo dell'aqua aller au fil de l'eau
Néerlandais van 't pissebedde in 't kakkebedde kommen échanger un lit mouillé de pisse pour un lit souillé de merde
Néerlandais van kwaad tot erger vervallen aller de mal en pire
Néerlandais van de regen in de drup komen passer de la pluie à la goutte d'eau
Néerlandais bergafwaarts gaan descendre, glisser sur une mauvaise pente
Néerlandais in het water vallen tomber dans l'eau
Néerlandais in duigen vallen tomber en douves
Néerlandais achteruitboeren diriger sa ferme en marche arrière
Portugais (Brésil) descer em parafuso tourner comme une vis
Portugais (Brésil) ir de mal a pior aller de mal à pire
Portugais (Brésil) ir por água abaixo aller sous l'eau
Roumain a se duce pe apa Sâmbetei aller dans l'eau de Samedi
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « aller à vau-l'eau » Commentaires

  • #1
    <inconnu>
    26/04/2009 à 01:04*
    "Le lait tombe: adieu veau, vache, cochon, couvée,"
    Tout part à vau-l’eau, en vrille, file en quenouille, se barre en couilles... A dit le bon La Fontaine.
  • #2
    momolala
    26/04/2009 à 07:31
    J’aime bien le sens premier de cette expression qui aurait mérité un devenir plus positif, comme l’eau suivant son fil s’enrichit des eaux qu’elle reçoit en cours et des paysages qu’elle traverse. Ces eaux du vau ont dû être "Usinées, tamisées, usées, rapiécées, égouttées, dégoûtées,...*" pour être si méprisées. Expression "civilisée" de boutiquier ou de banquier en charentaises. 🙁
    *Prévert - Le retour à la mer
  • #3
    PHILO_LOGIS
    26/04/2009 à 08:28
    "suivre le fil de l’eau"

    serait-ce le fil à couper le beurre, le fil du temps, le fil de l’épée, le fil d’Ariane?
    Il y a tellement de fils que l’on s’y perd un tant soit peu. Et encore, je n’ai pas encore parlé des quatre fils Aymon, des fils morts pour la Patire, etc.
    Et puis il nous faudrait parler des files d’attente, des sept filles d’Eve, on n’en sortirait plus.
    Dès lors, laissons nous porter, non pas au fil de l’eau, mais le petit déjeuner au lit, par exemple...
  • #4
    SagesseFolie
    26/04/2009 à 08:37
    A notre époque de téléphones portables, tout va à vau-l’eau, même l’expression aller à vau-l’eau ! . La preuve j’ai entendu ce matin quelqu’un dire allo à vélo !
    Papi Mougeot de Carjac.
  • #5
    chirstian
    26/04/2009 à 09:07
    les marins (marine à voile) avaient l’expression : aller à vau l’eau vent pour dire que le vent n’était pas suffisant. Et comme les marins faisaient l’andouille, une fois au porc, l’expression est passée dans la charcuterie.
  • #6
    Muscat
    26/04/2009 à 09:12
    • En réponse à PHILO_LOGIS #3 le 26/04/2009 à 08:28 :
    • « "suivre le fil de l’eau"
      serait-ce le fil à couper le beurre, le fil du temps, le fil de l’épée, le fil d’Ariane?
      Il y a tellement de fils... »
    Il y a aussi le fil du rasoir...Mais je file chercher des croissants!
  • #7
    chirstian
    26/04/2009 à 09:14
    • En réponse à PHILO_LOGIS #3 le 26/04/2009 à 08:28 :
    • « "suivre le fil de l’eau"
      serait-ce le fil à couper le beurre, le fil du temps, le fil de l’épée, le fil d’Ariane?
      Il y a tellement de fils... »
    sans oublier le fil au logis ! 🙂
  • #8
    chirstian
    26/04/2009 à 09:20
    c’est quand il reçut le roi à Vaux-le-Vicomte que la carrière de Fouquet partit à vau l’eau, Vicomte !
  • #9
    PHILO_LOGIS
    26/04/2009 à 09:31
    Tout va à Volo (au nord de Chicago). - Voir à cette page. Voulez-vous y aller également, vous y visiterez un musée de l’automobile qui a de quoi concurrencer AutoWorld (Parc du Cinquantenaire, Bruxelles), voir à cette page
  • #10
    SagesseFolie
    26/04/2009 à 09:35
    • En réponse à chirstian #8 le 26/04/2009 à 09:20 :
    • « c’est quand il reçut le roi à Vaux-le-Vicomte que la carrière de Fouquet partit à vau l’eau, Vicomte ! »
    Et c’est dans Rabelais que nous lisons qu’«à Beaumont le Vicomte» !
  • #11
    momolala
    26/04/2009 à 10:09
    • En réponse à chirstian #5 le 26/04/2009 à 09:07 :
    • « les marins (marine à voile) avaient l’expression : aller à vau l’eau vent pour dire que le vent n’était pas suffisant. Et comme les marins f... »
    Voilà qui donne toute sa force à la présence d’un amiral au pays des rillettes.
  • #12
    HoubaHOBBES
    26/04/2009 à 10:48
    • En réponse à SagesseFolie #4 le 26/04/2009 à 08:37 :
    • « A notre époque de téléphones portables, tout va à vau-l’eau, même l’expression aller à vau-l’eau ! . La preuve j’ai entendu ce matin quelqu’... »
    Ca me rappelle un collègue qui utilise l’expression "à tire la rigolo" !
    Memo Hobbes
  • #13
    jotape
    26/04/2009 à 10:55
    • En réponse à chirstian #5 le 26/04/2009 à 09:07 :
    • « les marins (marine à voile) avaient l’expression : aller à vau l’eau vent pour dire que le vent n’était pas suffisant. Et comme les marins f... »
    trace de la présence (napoleonico-gastronomique) française en Espagne,on trouve en Ibérie des "volovan"(prononcer "volovane" ).
    voici 48 ans je mettais les pieds sur mon premier voilier, le "file-au-vent",sloop en bois de 5m70,aux voiles rèches et si ocrées!
  • #14
    jotape
    26/04/2009 à 11:14
    mon vieux dictionnaire me dit que l’équivalent espagnol serait " ir aguas abajo" se qui se traduirait littéralement comme "aller eaux en bas" ce qui, phonétiquement,ne manque pas de saveur (vous aimez Raymond Devos?).
    mais je ne crois pas avoir souvent entendu cela ici,on dit plutot (l’ami de mickey) "irse al garete" (aller à la dérive) ou des expressions comme "todo se va a la mierda" ¿ faut-il traduire ?
  • #15
    <inconnu>
    26/04/2009 à 11:18
    soit ! on peut aller à vau-l’eau, mais peut-on en revenir ?
    Comment y va t-on d’abord ? sur le dos d’un jeune bovin ?
    pour l’itinéraire exact je vais regarder sur Mappy de vache !
  • #16
    chirstian
    26/04/2009 à 14:00
    C’est à partir de cette période que son sens abstrait commence à apparaître
    l’ennui c’est qu’on ne sait pas pourquoi, et God fait joyeusement l’impasse ! Résumons : on a d’abord le sens de: "suivre le fil de l’eau" conservé jusqu’au XVI : c’est limpide (le terme s’impose).
    On a en dernier, le passage du "mauvais fonctionnement" à " la perte ou la faillite" et qu’entre les deux " il n’y a qu’un petit pas qui a vite été franchi" : je le crois sans peine.
    Mais, Oh God, ce que tu esquives sans vergogne c’est le passage à ce mauvais fonctionnement, confirmé par d’autres expressions similaires, mais absolument pas expliqué !
    A quelle époque, et pourquoi, le courant est-il devenu trop rapide pour entrainer l’idée de naufrage ? Tes sources sont allées au vau-l’eau ?
  • #17
    jotape
    26/04/2009 à 14:06
    allez!ce dimanche si serein ne saurait passer sans une petite provocation ironique nique,nique, venue de la buvette du phare d’expressio,ou du fumoir à varec’h attenant:
    cette expression vient sinon de la marine,du moins de la Bretagne. En effet,au moment de sortir d’un établissement de boissons (pour migrer vers un autre estaminet) on lance un " Kenavo,l’hote"pour saluer le tenancier.
    les gens qui vivent à l’est du duché de Bretagne n’ont retenu que vo’ -lo’ ,et,considérant la lente mais certaine descente vers la biture (s’achevant dans le caniv’eau,notons la similitude avec kenavo),ce vau-l’eau aux consonnances des "messieurs d’Paris" devint la marque d’un certain laisser-aller.
    yehed mad!Marceeeel,une aut’bolée d’cidr’,tes clopes au goemon ça donne soif!
  • #18
    <inconnu>
    26/04/2009 à 16:03
    Vaux est donc le pluriel de vau ; il me semblait pourtant communément admis que c’était le pluriel de val. Est-ce une dérive ?
  • #19
    chirstian
    26/04/2009 à 16:30
    • En réponse à <inconnu> #18 le 26/04/2009 à 16:03 :
    • « Vaux est donc le pluriel de vau ; il me semblait pourtant communément admis que c’était le pluriel de val. Est-ce une dérive ? »
    Est-ce une dérive , ou est-ce l’autre ?
    Val et vau sont deux formes du même substantif. Il n’est donc étonnant qu’ils aient le même pluriel (encore que "les vals" soit admis également).
    A vau-l’eau se rencontre également aveau l’eau , à vau leau , à vau-leau. (dixit mon dico parce que pour ma part, mes connaissances sont plutôt à vau le vin.
  • #20
    SagesseFolie
    26/04/2009 à 16:36*
    • En réponse à <inconnu> #18 le 26/04/2009 à 16:03 :
    • « Vaux est donc le pluriel de vau ; il me semblait pourtant communément admis que c’était le pluriel de val. Est-ce une dérive ? »
    Je ne sais pas si c’est une dérive, mais je remarque que c’est d’autant plus incompréhensible que si l’on dit bien :
    --> Un cheval, des chevaux.
    On dit tout aussi bien :
    --> Un cheval vaut, des chevaux valent. 😄
    Sans parler des pluriels «associés» :
    --> Un veau vaut, des veaux valent, un veau dévale le val, des veaux dévots aux vaux !