Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire ça dans un fraisier sauvage (
), mais ce n'est certainement pas l'endroit le plus confortable pour cette agréable pratique.
Alors pourquoi notre expression, qui est attestée en 1915, selon Gaston Esnault, a-t-elle le premier sens proposé ?
On peut y voir deux raisons :
La première est que les fraises des bois se méritent un peu ; localiser un fraisier bien garni n'est pas forcément aisé (sauf à connaître déjà quelques emplacements privilégiés) ; il faut errer dans les sous-bois avant de dénicher ce qu'on cherche. Alors, par plaisanterie, la recherche d'un endroit propice pour se faire une ventrée de fraises a été assimilée à celle d'un autre endroit au moins aussi propice pour y faire des choses strictement interdites hors mariage.
Et puis la découverte de cet objet de désir gourmand qu'est la fraise des bois qu'on va se faire un plaisir de consommer peut aussi faire penser à ces autres objets du désir bien dissimulés que sont les parties génitales, et à la 'consommation' qu'on associe à l'acte sexuel.
D'ailleurs, rien n'interdit d'imaginer un couple partant en disant avec sincérité "nous allons aux fraises" et, la météo, le sang chaud et l'isolement du sous-bois aidant, ayant au moins temporairement décidé de passer à une autre activité.
Quelques esprits chagrins vont me dire qu'on aurait alors tout aussi bien pu dire "aller aux champignons" ou bien "aller aux mûres", entre autres.
Oui, mais il ne faut pas oublier que la fraise est rouge, couleur à rapprocher de celle rose foncé du gland (pas celui du chêne !) ou du clitoris. D'ailleurs, selon Wartburg, le mot 'fraise' a eu clairement des emplois érotiques pour désigner le bout des seins ou le vagin. Et, pour confirmer la chose, il suffit de savoir qu'avant la nôtre, l'expression s'employait au singulier ("aller à la fraise").
Quant au deuxième sens, il vient de l'analogie avec le chercheur de fraises des bois (ou de mûres ou de champignons...) qui a une trajectoire erratique, tout occupé qu'il est de passer d'un point à un autre sans suivre un tracé bien précis, pour repérer les endroits bien garnis.
L'expression s'emploie aussi pour dire "avoir un pantalon trop court", mais apparemment sans explications sur l'origine de ce sens.
« Peu après le Dionigi est là avec son pas pesant. La Linda rougit, mais le Dionigi rit calmement.
"Ah ah, tu es allé aux fraises" et à la Linda "il me semblait, il y a un moment, en haut, sentir un parfum de mutellina (...)" »
Giovanni Orelli - L'année de l'avalanche - 1991
| Langue |
Expression équivalente |
Traduction littérale |
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Allemand
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ein Schäferstündchen verbringen
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passer une heure du berger |
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Anglais
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to go for a stroll in the woods |
aller flâner dans les bois |
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Espagnol (Espagne)
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llevar a alguien al huerto
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emmener quelqu'un au verger/ au potager |
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Français (France)
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aller gauler les fraises |
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Hongrois |
pásztoróra |
avoir l'heure du berger |
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Italien
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andare in camporella
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aller dans un petit champ |
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Néerlandais |
dwalen
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errer (pour le plaisir) |
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Néerlandais |
bloemetjes gaan plukken
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cueillir des petits fleurs |
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Néerlandais |
de bosjes ingaan
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aller au fourré |
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Néerlandais |
rondbanjeren
|
se promener sans but |
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Roumain |
a căuta ziua de ieri
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chercher le jour d'hier |
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Roumain |
a se tăvăli în fân
|
rouler dans le foin |
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Roumain |
a umbla lela
|
marcher sans but |
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