Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Avoir l'esprit de l'escalier

Manquer de répartie.
Ne pas pouvoir ou savoir répliquer sur le moment, mais après coup.

Origine

Sauf si vous avez un sens fulgurant de la répartie, il vous est certainement arrivé de vous dire, après coup et en vous donnant tout un tas de noms d'oiseaux, que c'est telle ou telle chose que vous auriez dû rétorquer au malotru ou au brillant esprit qui vous a adressé la parole quelques minutes auparavant.
Et si c'est le genre de réflexion que vous vous faites beaucoup plus souvent que vous n'aimeriez, alors c'est que vous avez l'esprit de l'escalier.
Cela ne veut pas dire que votre esprit ne 'marche' pas, mais simplement que vous avez le cerveau lent (donc efficace uniquement les jours de grand vent...).
D'où vient donc cette appellation ?
Dans son ouvrage "Paradoxe sur le comédien" écrit entre 1773 et 1778, Diderot disait : « ...l'homme sensible comme moi, tout entier à ce qu'on lui objecte, perd la tête et ne se retrouve qu'au bas de l'escalier ».
Il voulait dire par là que si, au cours d'une conversation, on lui avait objecté quelque chose, il en perdait ses moyens et ce n'était qu'une fois sorti, arrivé en bas de l'escalier de son hôte (donc trop tard), que la réponse qu'il aurait dû faire lui venait à l'esprit.
L'escalier est ici le symbole de la déception de n'avoir pas dégainé à temps la réplique qui tue et qui met les rieurs de son côté, celle qui permet de briller en société.
Certains attribuent la paternité de cette expression à Jean-Jacques Rousseau dans ses 'Confessions'. La période est la même, mais si Rousseau déplore bien ce qu'on appelle maintenant son esprit de l'escalier, je n'ai pas trouvé d'extrait où il utilise l'expression telle quelle.
Bien sûr, on pourra objecter qu'on aurait pu aussi l'appeler "l'esprit du couloir" ou "l'esprit du portail", par exemple.
Mais il est probable que c'est la répétition de la même syllabe au début des deux substantifs qui est la cause du choix du lieu.

Compléments

On dit aussi avoir l'esprit d'escalier.

Ailleurs

Si vous souhaitez savoir comment on dit « Avoir l'esprit de l'escalier » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Nicht schlagfertig sein Manque de riposter
Allemagne Allemand Treppenwitz machen Faire une plaisanterie d'escalier
Grèce Grec Eho (ehi) makry fitili Avoir la mèche trop longue (mèche de mise à feu)
Angleterre Anglais Be slow-witted Avoir l'esprit lent, être lent d'esprit
Espagne Espagnol Ser mas corto que las mangas de un chaleco Être plus court que les manches d'un gilet
Espagne Espagnol Ser un poco corto Être un peu court
France Français Il a le cerveau lent (cerf volant) et la ficelle elle est longue ! Idem
Italie Italien Del senno di poi ne son piene le fosse De la sagesse a posteriori, en sont pleins les fossés
Italie Italien Èssiri pòcu spròntu Être peu prêt
Belgique Néerlandais Met de mond vol tanden staan Rester la bouche pleine de dents
Brésil Portugais Ter / ser faísca atrasada Être / avoir une étincelle en retard
Russie Russe Lestnitchnoye ostrooumie Esprit d'escalier. Cette espression, qui est un calque du français, est attestée chez l'écrivain soviétique Vl.Solooukhine
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Commentaires sur l'expression « Avoir l'esprit de l'escalier » Commentaires

  • #1
    • momolala
    • 23/06/2006 à 06:11
    Bonjour,
    J’ai toujours cru qu’il s’agissait, comme je le fais souvent, de rebondir comme d’une marche sur l’autre, par association ou par succession d’idées.
    Merci donc de m’avoir fait découvrir que finalement mon escalier monte, tandis que j’aurais pu me retrouver au bas de celui de Diderot.
    Bonne journée, à bientôt de vous lire avec plaisir.
  • #2
    • borikito
    • 23/06/2006 à 08:07
    J’étais également persuadé que cet esprit d’escalier était un enchaînement d’idées, par exemple (qui n’est pas le meilleur) : marabout, bout de ficelle, selle de cheval etc....
  • #3
    • Rikske
    • 23/06/2006 à 08:13
    Ben alors, moi aussi je pensais qu’il s’agissait de la capacité à enchaîner rapidement les idées... Combien serons-nous à corriger cette grossière erreur grâce à notre God ?
  • #4
    • framboise
    • 23/06/2006 à 08:38
    Moi je connaissais l’expression sans en imaginer du tout le sens, je me coucherai moins bête ce soir, merci God.
  • #5
    • chirstian
    • 23/06/2006 à 08:44*
    ce qui est intéressant dans la citation de Diderot , c’est qu’il s’agit donc d’un escalier qui descend, alors que j’imaginais un escalier qui monte.
    Expressio .fr : le site où l’on a l’esprit d’ascenseur !
  • #6
    • chirstian
    • 23/06/2006 à 08:46*
    • En réponse à chirstian #5 le 23/06/2006 à 08:44* :
    • « ce qui est intéressant dans la citation de Diderot , c’est qu’il s’agit donc d’un escalier qui descend, alors que j’imaginais un escalier qu... »
    je rectifie :
    expressio fr : au mépris des censeurs
    on y a chaque jour l’esprit de l’ascenseur
  • #7
    • God
    • 23/06/2006 à 08:51
    • En réponse à framboise #4 le 23/06/2006 à 08:38 :
    • « Moi je connaissais l’expression sans en imaginer du tout le sens, je me coucherai moins bête ce soir, merci God. »
    Que ce soir ? A quoi ça sert que je me décarcasse, alors ? 😉
  • #8
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 09:03*
    Au pied de l’escalier, j’ai laissé mes illusions, car dévalant celui-ci marche après marche, ma verve s’en est allée jusqu’à rouler par terre, honteuse et pleine de remords.
    Seule la rampe aurait pu freiner cette chute, mais ne puis-je pas m’accuser d’avoir omis de pratiquer le risible, cette ostensible rançon à la gloire des beaux parleurs ?
    Deux de chute valent bien mieux qu’une sortie en solitaire aux accents de panache certes, mais aussi et souvent aux accents de bravache.
    Le libre penseur l’est avant tout dans sa tête. L’arrogant lui se sent libre en se payant des têtes. Mais qui au final fera de celui-là un sinistre épouvantail sinon les oiseaux de mauvais augure ? Ils se paieront alors et comme de juste, son horrible figure.
    J’ai la répartie qui sonne en moi, comme un carillon, mais, j’ai aussi en moi le bourdon qui me fait conscience. J’aime mon prochain au point d’éviter un tête à tête qui ferait de l’un ou de l’autre, une victime de la circonstance, celle qu’on s’alloue pour susciter, en vain souvent, quelconque pitié.
    Au pied de l’escalier, j’ai retrouvé la première marche, celle qui donne accès au promontoire des humbles. Je me hisserai à nouveau au mérite de mes actes, mes paroles suivront alors le cours de mes pensées, avouables jusqu’aux sots, louables mot à mot aux oreilles même des idiots.
    Au pied de l’escalier, j’ai retrouvé mon intégrité, jeu de jambes à l’appui.
    Diderot l’avait bien compris, les meilleures répliques sont celles qu’on évite, maternées qu’elles sont par la pudibonderie qui se veut pour tous gage d’un respect de bon aloi.
    Yannou (ex Cat321)
  • #9
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 09:05
    God a oublié de préciser que cette expression, comme beaucoup d’autres, a évolué avec le temps.
    De nos jours, on dit : ‘avoir l’esprit de l’escalator’.
    PS : bon courage à certains d’entre nous qui se réveillent péniblement, en ayant mal aux cheveux. Il y a comme des relents de vapeurs d’alcool sur ce site ce matin …
  • #10
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 09:13
    • En réponse à <inconnu> #8 le 23/06/2006 à 09:03* :
    • « Au pied de l’escalier, j’ai laissé mes illusions, car dévalant celui-ci marche après marche, ma verve s’en est allée jusqu’à rouler par terr... »
    Yannouex, le médecin vous l’avait déjà dit : arrêtez de fumer ces saloperies au petit déjeuner !
  • #11
    • chirstian
    • 23/06/2006 à 09:20
    je cite God : "si Rousseau déplore bien ce qu’on appelle maintenant son esprit de l’escalier, je n’ai pas trouvé d’extrait où il utilise l’expression telle quelle."
    et j’oppine gravement : moi non plus je n’ai pas trouvé cette expression dans toute l’oeuvre de Rousseau.
    Et pourtant j’ai chez moi un exemplaire des Confessions , et j’en ai lu souvent... le titre. Quelqu’un peut-il prétendre avoir été plus loin ? (je veux dire : volontairement ? A jeun ? ). Y a aucune image ! Même en bande dessinée avec Snoopy à la place de JJ , je crois que j’hésiterais !
  • #12
    • HoubaHOBBES
    • 23/06/2006 à 09:23
    • En réponse à Rikske #3 le 23/06/2006 à 08:13 :
    • « Ben alors, moi aussi je pensais qu’il s’agissait de la capacité à enchaîner rapidement les idées... Combien serons-nous à corriger cette gro... »
    Ben, moi je ne la connaissais pas, et je suis bien content que God m’ait fait les présentations !
  • #13
    • HoubaHOBBES
    • 23/06/2006 à 09:28
    • En réponse à <inconnu> #9 le 23/06/2006 à 09:05 :
    • « God a oublié de préciser que cette expression, comme beaucoup d’autres, a évolué avec le temps.
      De nos jours, on dit : ‘avoir l’esprit de l’... »
    Ah bon ? (Victor Hugo, Ruy Blaes, acte III, scène 2)
    La bière belge ne donne pas de mauvais lendemains à ceux qui la savourent avec modération comme nous le fîmes hier.
    Prochaine réunion : le 9 août à la plantation du Meyboom. Avis aux amateurs (de bonne bière et de franche camaraderie).
    Hobbes- frais- comme- la- rose.
  • #14
    • HoubaHOBBES
    • 23/06/2006 à 09:31
    • En réponse à chirstian #11 le 23/06/2006 à 09:20 :
    • « je cite God : "si Rousseau déplore bien ce qu’on appelle maintenant son esprit de l’escalier, je n’ai pas trouvé d’extrait où il utilise l’e... »
    Dis donc toi ! Tu t’es adonné aux plaisirs solitaires de la boisson hier ? Deux fautes d’orthographe aujourd’hui !! Ah , les censeurs opinent du chef !
    Ou alors "c’était un test, bravo vous êtes le seul à l’avoir remarqué" ???
    😉
  • #15
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 09:50
    • En réponse à chirstian #11 le 23/06/2006 à 09:20 :
    • « je cite God : "si Rousseau déplore bien ce qu’on appelle maintenant son esprit de l’escalier, je n’ai pas trouvé d’extrait où il utilise l’e... »
    Cette expression n’a t’elle pas été utilisée dans un rendu de justice le concernant, à propos de l’oeuvre : " Emile , ou de l’Education ", le 9 juin 1762 ?
    Livre lacéré et brûlé en la cour du palais, au pied de l’escalier... (je cite ).
  • #16
    • amapola
    • 23/06/2006 à 09:56
    Moi qui à la retraite savoure le plaisir de me lever à 9 h j’admire tous ces gens qui se lèvent plus tôt que moi pour écrire des commentaires. J’ignorais moi aussi l’exacte origine de l’expression du jour, et je pensais aux marches qu’on monte ou qu’on descend. A présent ascenseurs et escalators étant plus rapides sauf incidents mécaniques, la comparaison ne marche pas aussi bien.
    Il m’est arrivé dans ma vie de faire rire les gens par des réparties percutantes, bien placées - et courtes en général - mais lorsqu’on m’a dit des méchancetés je n’ai pas pu ou su me défendre. Il aurait fallu que j’y réponde sans doute avec le même état d’esprit, que je n’ai pas. Après tout, je préfère être comme ça !
  • #17
    • Rikske
    • 23/06/2006 à 09:56
    • En réponse à <inconnu> #15 le 23/06/2006 à 09:50 :
    • « Cette expression n’a t’elle pas été utilisée dans un rendu de justice le concernant, à propos de l’oeuvre : " Emile , ou de l’Education ", l... »
    Le plus marrant dans cette histoire, c’est que ce petit comique (si! si!) écrit un traité d’éducation des enfants, mais qu’en même temps il abandonne sa propre nombreuse progéniture...
  • #18
    • chirstian
    • 23/06/2006 à 09:59
    • En réponse à HoubaHOBBES #14 le 23/06/2006 à 09:31 :
    • « Dis donc toi ! Tu t’es adonné aux plaisirs solitaires de la boisson hier ? Deux fautes d’orthographe aujourd’hui !! Ah , les censeurs opinen... »
    oppine ? le nombre de p dépend de la longueur de l’opine : la mienne est petite mais je ne voulais pas que l’on le susse.
    Je suis con fus !
  • #19
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 10:05
    • En réponse à Rikske #17 le 23/06/2006 à 09:56 :
    • « Le plus marrant dans cette histoire, c’est que ce petit comique (si! si!) écrit un traité d’éducation des enfants, mais qu’en même temps il... »
    Car il était resté l"enfant, donc les siens lui faisaient de l’ombre... A perdu sa mère trop tôt, résultat, il ne voulait pas sortir de cette enfance qui touchait au plus près la mémoire vive de sa mère.
  • #20
    • <inconnu>
    • 23/06/2006 à 10:13
    • En réponse à amapola #16 le 23/06/2006 à 09:56 :
    • « Moi qui à la retraite savoure le plaisir de me lever à 9 h j’admire tous ces gens qui se lèvent plus tôt que moi pour écrire des commentaire... »
    C’est votre dédain pour ces personnes là qui a répondu à votre place, non ?