Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

faire des messes basses [v]

dire des paroles chuchotées à l'oreille de quelqu'un afin qu'elles ne soient entendues par personne d'autre ; murmurer ; chuchoter ; discuter avec quelqu'un de façon à ce que personne n'entende ce qui a été dit ; parler à quelqu'un de sorte que personne d'autre n'entende

Origine et définition

Au sens propre, depuis le milieu du XVIIe siècle, une messe basse, par opposition à une grand-messe, est une messe non chantée, où le prêtre récite les prières.
C'est à la fin du XIXe siècle que le sens figuré qui nous intéresse apparaît.
Mais en quoi une messe non chantée a-t-elle pu faire naître une expression appliquée à un dialogue discret entre deux personnes ?
Selon Alain Rey, cela vient du fait que, lors d'une véritable messe basse, le prêtre marmonne des paroles indistinctes qui ne semblent pas destinées à être entendues par l'assistance, exactement comme le sont les paroles échangées par ceux qui disent des messes basses.

Exemples

« Mariette a assuré l'avoir rencontrée (...) en grande conférence avec M. César et lui faisant des messes basses chuchotées grand train »
Henri Pourrat - Gaspard des montagnes

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand die Köpfe zÉtats-Unismmen stecken mettre / fourrer les têtes ensemble
Allemand miteinander tuscheln chuchoter
Anglais to whisper / To mutter chuchoter / Murmurer
Espagnol (Argentine) secretear faire des secrets
Espagnol (Espagne) andar con secretos marcher avec des secrets
Espagnol (Espagne) cuchichear chuchoter
Espagnol (Espagne) hablar por lo bajini parler à voix très basse
Français (Canada) chuchoter
Hébreu הערים סוד על les villes sont secrètes
Italien confabulare parler à voix basse
Néerlandais de hoofden bij elkaar steken mettre les têtes ensemble
Néerlandais een onderonsje hebben avoir un entre-nous
Néerlandais konkelfoezen parler à mots couverts, secrètement
Néerlandais onder één hoedje spelen être de mèche avec quelqu'un
Néerlandais smoezen chuchoter
Roumain a spune ceva la ureche ; a vorbi în şoaptă ; a şuşoti parler à voix basse à l'oreille de quelqu'un
Slovaque sepka? si chuchoter
Wallon (Belgique) liégeois : Dîre basse mèsse divins 'ne grande èglîse faire une messe basse dans une grande église
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Commentaires sur l'expression « faire des messes basses » Commentaires

  • #1
    cotentine
    17/10/2007 à 00:21
    lors d’une véritable messe basse, le prêtre marmonne des paroles indistinctes qui ne semblent pas destinées à être entendues par l’assistance,

    Dom Balaguère, par péché de gourmandise, a réussi à transformer ses 3 messes basses en marathon ... "Entre Ie clerc et lui c’est à qui bredouillera le plus vite.
    Versets et répons se précipitent, se bousculent. Les mots à moitié prononcés,
    sans ouvrir Ia bouche, ce qui prendrait trop de temps, s’achèvent en murmures
    incompréhensibles.
    Oremus ps... p,ç... p,i...
    Mea culpa... pa... pa...
    Pareils à des vendangeurs pressés foulant le raisin de la cuve, tous deux
    barbotent dans le latin de la messe, en envoyant des éclaboussures de tous les
    côtés.
    Dom... scum!... dit Balaguère.
    ...Stutuo!... répond Garrigou; et tout Ie temps Ia damnée petite sonnette est là
    qui tinte à leurs oreilles, comme ces grelots qu’on met aux chevaux de poste
    pour les faire galoper à grande vitesse. Pensez que de ce train-là une messe
    basse est vite expédiée.
    " 😄 😄
  • #2
    Elpepe
    17/10/2007 à 00:25*
    - BD : Ses masses désirées.
    - Miss de ses bas dressée.
    Anna
  • #3
    sylphide
    17/10/2007 à 00:38
    Chutttttttttttt!!!c’est tout bas et sans messe que je viens sur la pointe des pieds, vous border et vous dire bonjour, bonsoir !!!
  • #4
    cotentine
    17/10/2007 à 00:40
    on est bien obligé de faire "des messes basses"quand on veut confier un secret à son voisin (ou sa voisine) dans une réunion ... à moins de vouloir en faire profiter toute l’assistance !
    parfois un mot ou une phrase d’un intervenant déclenche dans ma tête une association d’idées et je suis ravie si ma fille ou un(e) ami(e) se trouve près de moi, afin que je lui glisse à l’oreille un calembour, une boutade ou une moquerie ... quand ce n’est pas une polissonnerie !
    Ce genre de "messe basse" que les profs guettent pour embarrasser leurs élèves et les mettre au défi de raconter tout haut devant la classe entière ... a dû en forcer certains à recourir au mensonge ou décontenancer les autres au point de les faire bredouiller, rouges de gêne ... Ah, les MAUDITS PROFS ! 😡
  • #5
    sylphide
    17/10/2007 à 00:49
    • En réponse à cotentine #4 le 17/10/2007 à 00:40 :
    • « on est bien obligé de faire "des messes basses"quand on veut confier un secret à son voisin (ou sa voisine) dans une réunion ... à moins de... »
    Ma Cotentine, je vais te confier un secret : ils piquent tous un roupillon, non, un goupillon !!!
  • #6
    cotentine
    17/10/2007 à 00:54
    "Whisperer", c’est un chuchoteur, un qui murmure ... et quand c’est à l’oreille des chevaux, cela équivaut-il à une messe basse ? Nicholas Evans en a écrit un fort beau livre que Robert Redford a bien su mettre en valeur le rôle du "murmureur"
  • #7
    cotentine
    17/10/2007 à 01:06
    Parler à quelqu’un en aparté et à voix basse.
    C’est forcément pour délivrer un message ... ou une mess’ sage ! 😉
    "un message" ? mais le délivrer de qui ou de quoi ?
    En français rare et ancien, un "message" est un pâtre qui restait avec les vaches, au moins dans la région de l’Auvergne, en Puy-de-Dôme ! disait-il la messe en plein air ? 😄
  • #8
    <inconnu>
    17/10/2007 à 03:12
    N’oublions pas que la messe se disait en latin, une langue que les brebis du seigneur ne comprenaient pas !
    Les fidèles ne devaient surtout pas comprendre le message de Dieu qu’ils étaient sensés recevoir à la messe, afin que l’Église puisse exiger tout et n’importe quoi au nom des textes divins...
    Les auvergnats semblent avoir troqué les brebis contre les vaches, pourquoi pas ?
  • #9
    PHILO_LOGIS
    17/10/2007 à 06:55
    Comme disent mes copains des Fourons (qui sont en quelque sorte des méridionaux...):
    Viens, que je te le dise en Happart, té!
    Ce livre de Evans est très beau, ma CotCot. Le film, considéré par rapport à la beauté des prises de vues et des paysages est magnifique. Par rapport au "murmureur" - à son travail - semble coller à la vérité (je ne suis pas un spécialiste, même si j’aime murmurer à l’oreille de mes voisines), par contre, le film a complètement déformé l’histoire écrite. Comme bien souvent, d’ailleurs...
  • #10
    tytoalba
    17/10/2007 à 07:34*
    • En réponse à cotentine #7 le 17/10/2007 à 01:06 :
    • « Parler à quelqu’un en aparté et à voix basse.
      C’est forcément pour délivrer un message ... ou une mess’ sage ! 😉
      "un message" ? mais le dél... »
    Pendant la période féodale, le message était aussi une redevance que le messier (préposé à la garde des récoltes , des fruits lors de leur maturié) payait au seigneur.
    @file_au_logis : J’osais ou J’en marie ?
  • #11
    momolala
    17/10/2007 à 08:05
    Bonjour de ce beau jour ! Je ne vais pas vous dire la messe, je ne la connais pas et ne l’ai pas fréquentée. Cependant, il me semble que si une messe chantée entraîne une participation active des fidèles, une messe dite basse est rendue indistincte aux oreilles des sommeilleurs. Souvenons-nous que l’on n’allait pas à la messe que le dimanche, pour la grand-messe, mais aux matines et le soir, quand sonnait l’Angélus qui a inspiré Millet et Van Gogh après lui. Comme la messe était en latin comme le rappelle Bridge, ces temps de pause dans la journée de travailleurs fatigués devaient occulter, il me semble, le message dit par l’officiant. Enfin, moi, je suis sûre que je finirais par la trouver assez basse pour me bercer de son rythme apaisant et me réveiller à "Amen".
  • #12
    chirstian
    17/10/2007 à 09:01
    • En réponse à <inconnu> #8 le 17/10/2007 à 03:12 :
    • « N’oublions pas que la messe se disait en latin, une langue que les brebis du seigneur ne comprenaient pas !
      Les fidèles ne devaient surtout... »
    N’oublions pas que la messe se disait en latin, une langue que les brebis du seigneur ne comprenaient pas
    je conteste ! Si la messe se disait en latin, c’était justement parce que le latin était la seule langue commune à tous, et que la liturgie chrétienne était très pédagogique. Naturellement ce n’était plus le cas au XX siècle d’où une réforme que certains ont trouvé tardive, et d’autres prématurée.
  • #13
    syanne
    17/10/2007 à 09:50
    • En réponse à chirstian #12 le 17/10/2007 à 09:01 :
    • « N’oublions pas que la messe se disait en latin, une langue que les brebis du seigneur ne comprenaient pas
      je conteste ! Si la messe se dis... »
    Permets-moi de te contredire.
    Le peuple qui fréquente les églises au Moyen-âge ne parle ni ne comprend le latin liturgique qui y est employé, et qui n’est qu’un maintien artificiel de la langue des conquérants, dans une relative pureté.
    La langue parlée, elle, a d’abord été un abâtardissement, avec des altérations phonétiques très importantes, du latin populaire importé par les instruments de la conquête, les soldats. On parle donc, dans les deux premiers siècles de notre ère, le bas-latin),. Puis un parler se détache que l’on se met à appeler la lingua romana rustica. Le divorce entre langue écrite (le latin de l’administration) et langue orale (la langue romane, donc), ne fait que commencer.
    Dans la longue période des invasions barbares (Ve au VIIIe), la vie intellectuelle n’est maintenue que dans les couvents, et c’est d’ailleurs de l’un d’eux (Reichenau en Belgique) que provient un texte étonnant qui montre l’état d’inculture qui régnait à l’époque et le divorce consommé entre langue écrite et langue orale : il s’agit d’une sorte de lexique destiné à rappeler le sens des mots latins trop éloignés de la langue vulgaire (je tiens cette information de mes professeurs, mais n’ai jamais vu de reproduction de ce texte)
    Quand le royaume franc commence à sortir de cette période sombre avec l’avènement de Charlemagne (c’est la fameuse « renaissance carolingienne »), le latin n’est plus compris du peuple, mais les instances religieuses ont persisté à l’employer.
    Alors le Concile de Tours, en 813, autorise, dans les églises, le prêche soit en lingua romana rustica, soit en germanique, qui sont les deux langues parlées, avec bien sûr des variantes dialectales.
    L’église a en effet intérêt à être comprise pour asseoir son audience et son pouvoir. Les riches fresques, la statuaire, les enluminures qui orneront les cathédrales n’auront d’ailleurs d’autre but que d’enseigner le catéchisme aux fidèles, qui dans leur grande majorité sont illettrés.
    Lorsque le latin « classique » sera réimposé dans les églises (pour des raisons politiques), il n y aura plus personne pour le comprendre… ce qui explique que l’on soit (fort récemment) revenu au français. L’histoire n’est pas finie, puisque le prêche en latin reprend actuellement du poil de la bête.
  • #14
    Rikske
    17/10/2007 à 10:05*
    • En réponse à syanne #13 le 17/10/2007 à 09:50 :
    • « Permets-moi de te contredire.
      Le peuple qui fréquente les églises au Moyen-âge ne parle ni ne comprend le latin liturgique qui y est employ... »
    B’jour Syanne !
    Je ne connaissais pas de Reichenau en Belgique... J’ai donc été fouiller, et j’ai découvert que ce monastère se trouve sur une île du lac de Constance, en Allemagne. Il est d’ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. A moins que tu n’aies d’autres infos ?
  • #15
    <inconnu>
    17/10/2007 à 10:19*
    Bonjour à tous.
    Lorsque nous étions gamins et qu’il nous arrivait (si rarement) de faire une bêtise, la grande punition était: «Privés de sortie !!!».
    Et quand un des parents nous surprenait à marmonner entre nous sur la sévérité de la peine, nous entendions très souvent: « Pas de messe basse sans curé !! »
    Même au catéchisme, ces "messes basses" nous étaient interdites. Et pourtant, le curé était bien là !!! 😄
  • #16
    syanne
    17/10/2007 à 10:19*
    • En réponse à Rikske #14 le 17/10/2007 à 10:05* :
    • « B’jour Syanne !
      Je ne connaissais pas de Reichenau en Belgique... J’ai donc été fouiller, et j’ai découvert que ce monastère se trouve sur u... »
    Tu as raison, bien sûr : Reichenau est sur le lac de Constance. L’information reste valide en ce qui concerne le texte issu de l’ancien monastère (les Gloses de Reichenau), mais mea culpa pour ce qui est de la géographie (qui, je le reconnais bien volontiers, n’est pas mon fort).
  • #17
    <inconnu>
    17/10/2007 à 10:23
    Je me suis souvent demandé si finalement il ne valait pas mieux ne pas comprendre les paroles, comme dans certaines chansons ou certains opéras ou les paroles sont d’une indigence qui est quasi une insulte à l’intelligence de celui qui l’écoute. Mais ça n’engage que moi. Finalement l’éditeur de partoche oui... mais sans les paroles 😄
    Pepone
  • #18
    Rikske
    17/10/2007 à 10:32*
    • En réponse à syanne #16 le 17/10/2007 à 10:19* :
    • « Tu as raison, bien sûr : Reichenau est sur le lac de Constance. L’information reste valide en ce qui concerne le texte issu de l’ancien mona... »
    En tout cas, bravo pour ton érudition ! Et merci pour ces informations !
    C’est bien la preuve que ce site est incontournable lorsque l’on aime rire, mais aussi lorsque l’on aime apprendre !
  • #19
    Elpepe
    17/10/2007 à 11:01
    • En réponse à chirstian #12 le 17/10/2007 à 09:01 :
    • « N’oublions pas que la messe se disait en latin, une langue que les brebis du seigneur ne comprenaient pas
      je conteste ! Si la messe se dis... »
    et d’autres prématurée

    Pour les brebis, c’est pré pâturé, non ?
  • #20
    Elpepe
    17/10/2007 à 11:06
    • En réponse à Rikske #14 le 17/10/2007 à 10:05* :
    • « B’jour Syanne !
      Je ne connaissais pas de Reichenau en Belgique... J’ai donc été fouiller, et j’ai découvert que ce monastère se trouve sur u... »
    sur une île du lac de Constance

    L’expression viendrait donc de la Marine ? Je le subodorais...
    ITE, MISSA EST !