Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

se retirer sur l'Aventin [v]

renoncer à poursuivre une négociation ; refuser de poursuivre une discussion

Origine et définition

Sauf si vous êtes Toulousain, si je vous parle du Capitole, cela évoquera probablement pour vous la belle ville de Rome. En effet, parmi les sept collines qui entourent la vieille ville (saurez-vous les lister toutes ?), en plus du Capitole, on trouve l'Aventin. Ce qui laissera supposer aux lecteurs éveillés que notre expression trouve son origine dans l'histoire de Rome, supposition qui va être confirmée illico par une des quelques variantes connues de l'histoire, variantes dont toutes ont la même base, la lutte entre les plébéiens et les patriciens.
Nous sommes au Ve siècle avant J.-C. Nous avons donc d'un côté la plèbe romaine - les petites gens dont les soldats - et de l'autre les patriciens - la noblesse, principalement - qui exploitent les premiers et détiennent tous les pouvoirs. Les plébéiens, très pauvres car très lourdement imposés, sont écrasés par les dettes (ils peuvent même être transformés en esclaves afin de les rembourser), ce qui donne lieu à des mouvements d'agitation et même des révoltes. Pourtant, lorsqu'il faut combattre les Volsques[1], les consuls proposent aux plébéiens, en échange de leur indispensable participation à la guerre, d'effacer leur dettes et d'affranchir ceux qui sont devenus esclaves pour dettes.
Une fois une première victoire remportée, les promesses ne sont pas tenues. Les plébéiens se retranchent alors sur le lieu d'où la plupart sont originaires, l'Aventin, et refusent toute autre participation aux combats. Les consuls, conscients qu'ils ne peuvent pas se passer de ces gens (aussi bien sur le plan militaire que sur l'économique), envoient Ménénius Agrippa tenter de les convaincre.
Ce dernier leur tient alors le discours suivant :
« Un jour, les membres du corps humain, voyant que l’estomac restait oisif, séparèrent leur cause de la sienne, et lui refusèrent leur office. Mais cette conspiration les fit bientôt tomber eux-mêmes en langueur ; ils comprirent alors que l’estomac distribuait à chacun d’eux la nourriture qu’il avait reçue, et rentrèrent en grâce avec lui. Ainsi le sénat et le peuple, qui sont comme un seul corps, périssent par la désunion, et vivent pleins de force par la concorde ».
Le discours (accompagné de quelques négociations complémentaires) fait probablement mouche, puisque les plébéiens se rabibochent avec les patriciens et, en échange de leur participation active à la vie et la défense de la cité, ont non seulement leurs dettes effacées mais ils obtiennent également le droit de désigner des représentants pour participer aux décisions, les tribuns de la plèbe.
Cette expression s'emploie aussi actuellement dans le cas d'une personne vexée de ne plus contrôler une situation et qui s'en désintéresse.
[1] Qui, malgré leur nom, ne se déplacent pas avec des chariots appelés des Volsques Vaguennes.

Exemples

« La retraite existe-t-elle pour un homme politique ? Oui, et ce sera pour moi la possibilité de retrouver la liberté de mon emploi du temps. Je ne me retirerai pas sur l'Aventin, je ne ferai pas d'ascèse dans un monastère, je continuerai à m'intéresser aux problèmes nationaux et internationaux. Mais je choisirai ce que je veux faire. Ce sera la carte plutôt que le menu ! »
Raymond Barre - Le Parisien - Article du 27 février 2001

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand beleidigte Leberwurst spielen jouer le pâté de foie offensé
Anglais (Australie) to pick up one's bat and ball and go home ramasser sa batte et sa balle et rentrer chez soi
Anglais to return to quarters rentrer dans ses quartiers
Hébreu להתפרץ על מישהו (lehitparèts al michèhou) barge sur quelqu’un
Italien ritirarsi sull'Aventino se retirer sur l'Aventin
Néerlandais de handdoek in de ring werpen jeter la serviette au ring
Néerlandais een onderhandeling afkappen arrêter / couper brusquement dans le cours d'une négociation ou discussion
Néerlandais ergens mee kappen arrêter une action et se retirer
Néerlandais in zijn schulp kruipen rentrer dans sa coquille
Portugais (Brésil) jogar a toalha jeter la serviette
Portugais (Brésil) tirar o time de campo retirer l'équipe du terrain de jeu
Roumain a-si retrage ambasada se retirer l'ambassade
Turc havlu atmak jeter la serviette
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « se retirer sur l'Aventin » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Variantes

  • Se tirer sur l'avant du train.

Commentaires sur l'expression « se retirer sur l'Aventin » Commentaires

  • #61
    <inconnu>
    23/01/2012 à 15:41*
    Ne serait-ce pas synonyme de:
    se retirer dans sa tour d’ivoire ?
    ou:
    lever le pont-levis ?
    voire même (???)
    tirer l’échelle
  • #62
    <inconnu>
    23/01/2012 à 15:47
    • En réponse à chirstian #52 le 23/01/2012 à 14:46* :
    • « en fait il faut remonter au sens d’Avantin en se souvenant que chez les romains, avant 1 il n’y avait rien : le néant. Le zéro - loin d’être... »
    Y a du Pierre Dac là-dedans... hum ?
  • #63
    Utilisateur supprimé
    23/01/2012 à 15:58
    L’empire romain, qu’avait-il en commun avec la NRA (National Rifle Association) de nos jours ? Le fait d’être très bien organisé.
    On peut faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien si l’on est fort en organisation...
  • #64
    SyntaxTerror
    23/01/2012 à 16:32
    • En réponse à Utilisateur supprimé #59 le 23/01/2012 à 15:18* :
    • « Oui, je pige que tu parlais de la traduction. Of course streaming, c’est de l’anglais. Donc tu faisais une drôlerie, non? Je crois qu’il... »
    Oui, cette manie d’utiliser des termes anglais, souvent à mauvais escient, a tendance à m’agacer.
    et celle-ci :
    When the Moon is in the seventh house, and Jupiter aligns with Mars,
    then peace will guide the planets, and love will steer the stars
    C’est l’année du Dragon ou bien celle de l’Aquarium ?
  • #65
    SyntaxTerror
    23/01/2012 à 16:35
    N’était-ce pas Serge Lama qui chantait :
    Mais d’aventin en aventin
    De train en train, de port en port
    Je n’ai pu fermer ma blessure
    ?
  • #66
    mickeylange
    23/01/2012 à 16:35
    Retirer sur le lamantin, Brigitte Bardot va pas être contente.
  • #67
    <inconnu>
    23/01/2012 à 16:38*
    • En réponse à SyntaxTerror #64 le 23/01/2012 à 16:32 :
    • « Oui, cette manie d’utiliser des termes anglais, souvent à mauvais escient, a tendance à m’agacer.
      et celle-ci :
      When the Moon is in the seve... »
    Oui, cette manie d’utiliser des termes anglais, souvent à mauvais escient, a tendance à m’agacer.

    Et ton pseudo alors, il ne t’agace pas de trop ?
  • #68
    SyntaxTerror
    23/01/2012 à 16:54
    • En réponse à <inconnu> #67 le 23/01/2012 à 16:38* :
    • « Oui, cette manie d’utiliser des termes anglais, souvent à mauvais escient, a tendance à m’agacer.
      Et ton pseudo alors, il ne t’agace pas de... »
    Un peu, ma nièce.
    Bon, ça va bientôt faire 30 ans que je m’y fais.
    Je vous parle d’un temps où il fallait composer le 3 (tonalité) 615 91 77 et taper le code sur son Minitel pour accéder au service ...
  • #69
    SagesseFolie
    23/01/2012 à 18:24*
    • En réponse à <inconnu> #46 le 23/01/2012 à 13:53 :
    • « Réponse au 1er § : Je suis souvent étonné des difficultés qu’éprouvent les Français à s’évader dans le surréalisme et le non-sense. Pourtant... »
    Réponse à ta réponse au §1 : certains Français sont très capables du nonsense, du wit spirit en général (je trouve qu’Alphonse Allais avait un humour très british). Les Anglais semblent persuadés d’être les seuls à être doté de ce sens de l’humour inégalé, qui consiste à prendre intuitivement conscience que l’on est un personnage caractériel isolé au milieu des autres.
    Seulement, en France, on a, en plus, d’autres formes d’humour. Cela vient, à mon humble avis, de la langue. Le Français me semble plus propice (si, si ! C’est congénital et même quand j’ai trop bu) à une grande variété de jeux de mots.
    Savais-tu que l’on compte un peu plus de 2000 contrepèteries en langue anglaise, alors que ce nombre dépasse le million en Français (dixit Joël Martin, le grand maître français) ?
    Il me semble que le maître incontesté du nonsense (absurde) et de l’understatement (litote) c’est Lewis Carol qui grâce à son imaginaire, parvenait à s’échapper du monde étouffant de la moralité victorienne.
  • #70
    charmagnac
    23/01/2012 à 18:52*
    La réponse de SagesseFolie est intéresssante. La richesse de la langue française, ses nombreux synonymes, et l’esprit français toujours prompt à détourner un mot de son usage ou à imaginer une signification humoristique à une phrase innocente paraissent me confirmer à moi aussi que les jeux de mots et d’esprit ont chez nous un terrain fertile.
    Français et Anglais sont différents en matière d’humour. Les Français et les Anglais ont parfois des sujets humoristiques communs,mais d’autres fois aussi notre humour ne fait pas rire outre Manche (et lycée de Versaiiles vice-versa). Les Monthy Python ont cependant leur public chez nous.
    Quant à moi qui suis loin de connaître tous les maîtres du non sens, j’ai de l’admiration pour Alphonse Allais, pour l’irremplaçable Pierre Dac et pour Pierre Desproges.
  • #71
    joseta
    23/01/2012 à 18:57
    Sur une des collines - ne me demandez pas laquelle-, le blafard était à la mode, et les jeunes romaines, qui préparaient elles-mêmes leur fond de teint, étaient ravies une fois le pâle atteint.
  • #72
    <inconnu>
    23/01/2012 à 18:58
    • En réponse à SagesseFolie #69 le 23/01/2012 à 18:24* :
    • « Réponse à ta réponse au §1 : certains Français sont très capables du nonsense, du wit spirit en général (je trouve qu’Alphonse Allais avait... »
    Tout à fait d’accord, c’est le français qui convient le mieux – et de loin – aux jeux de mots de tête. Il paraît que le russe est très riche aussi ; peut-être mitzi50 pourrait-il m’éclairer ? (Je me sens lent, terne, rouge.)
  • #73
    charmagnac
    23/01/2012 à 19:03
    Les cancres ont aussi leurs citations tirées de l’histoire romaine :
    Rome ne s’est pas faite en un jour se disaient Romulus et Remus devant l’ampleur du chantier
    Un de perdu dix de retrouvés déclarait Messaline qui était un peu nymphomane
    Il y a loin de la coupe aux lèvres pensait Agrippine alors que son époux tardait à boire le poison
    Il n’y a que le premier pas qui coûte a déclaré César en entrant dans l’eau glacée du Rubicon
    J’en parlerai à mon cheval répondit Caligula
    L’alerte fut donnée par les Zouaves du Capitole
    Ventre affamé n’a pas d’oreilles déclarèrent les Voraces aux Coriaces
    L’occasion fait le larron affirmèrent les Romains en enlevant les Sabines
    Ayant mis une raclée à Pompée, César qui lui avait donné sa fille en mariage lui dit : il faut rendre à César ce qui appartient à César
  • #74
    <inconnu>
    23/01/2012 à 19:16
    • En réponse à joseta #71 le 23/01/2012 à 18:57 :
    • « Sur une des collines - ne me demandez pas laquelle-, le blafard était à la mode, et les jeunes romaines, qui préparaient elles-mêmes leur fo... »
    Ah, c’est donc là que se trouve le carrossier !
  • #75
    joseta
    23/01/2012 à 19:58
    • En réponse à <inconnu> #72 le 23/01/2012 à 18:58 :
    • « Tout à fait d’accord, c’est le français qui convient le mieux – et de loin – aux jeux de mots de tête. Il paraît que le russe est très riche... »
    Tout à fait d’accord, c’est le français qui convient le mieux – et de loin – aux jeux de mots de tête.

    Oui, on n’est jamais à la Brie de bons jeux de Meaux...
  • #76
    <inconnu>
    23/01/2012 à 20:05*
    • En réponse à charmagnac #73 le 23/01/2012 à 19:03 :
    • « Les cancres ont aussi leurs citations tirées de l’histoire romaine :
      Rome ne s’est pas faite en un jour se disaient Romulus et Remus devant... »
    Ah ? Je croyais qu’il faalit dire:
    il faut renre à César ce qui appartient à Jules
  • #77
    DiwanC
    23/01/2012 à 20:34
    • En réponse à charmagnac #70 le 23/01/2012 à 18:52* :
    • « La réponse de SagesseFolie est intéresssante. La richesse de la langue française, ses nombreux synonymes, et l’esprit français toujours prom... »
    Allais, P. Dac, Desproges... Tristan Bernard et ses traits d’esprit sur des sujets graves... Raymond Devos qui mariait si bien humour et non sens.
    Tous ceux qu’on vient d’évoquer savaient marier le verbe, le farfelu, l’absurde, le surréalisme l’humour sans jamais une once de vulgarité.
    Etonnant, non ?
  • #78
    SagesseFolie
    23/01/2012 à 22:08*
    • En réponse à charmagnac #70 le 23/01/2012 à 18:52* :
    • « La réponse de SagesseFolie est intéresssante. La richesse de la langue française, ses nombreux synonymes, et l’esprit français toujours prom... »
    On partage les mêmes goûts (et aussi avec DwanC) pour les humoristes.
    Je pense que je n’avais pas besoin de préciser que "congénital ou quand j’ai trop bu" est une citation de Pierre Dac tellement elle est célèbre.
    Pour en revenir à l’humour anglais, Churchil disait "La sauce secrète de l’humour n’est pas la joie mais la tristesse."
    Exemple : un condamné apprend qu’il va être exécuté aujourd’hui, lundi.
    -- "Voilà une semaine qui commence bien." Dit-il.
    En chemin avec le bourreau qui est venu le chercher, il rajoute :
    --"Pourvu que je ne m’enrhume pas." Arrivé au pied de l’échafaud, il dit au bourreau :
    --"Aidez-moi à monter. Pour descendre, je me débrouillerai seul."
    Bien sûr l’humour anglais n’est pas obligatoirement noir, mais il est souvent décalé.
    Bon ! Je sens qu’il est temps de se retirer sur le traversin. 😉
  • #79
    <inconnu>
    23/01/2012 à 22:17*
    • En réponse à SagesseFolie #78 le 23/01/2012 à 22:08* :
    • « On partage les mêmes goûts (et aussi avec DwanC) pour les humoristes.
      Je pense que je n’avais pas besoin de préciser que "congénital ou quan... »
    "La sauce secrète de l’humour n’est pas la joie mais la tristesse."

    Je dirais même que l’humour est une forme de révolte, de défi métaphysique pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Les croyants, eux, sont rassurés. Ils ne peuvent donc pas vivre l’humour de la même façon que les non-croyants. Je n’irai pas plus loin, je ne pense pas que ce soit l’endroit.
  • #80
    DiwanC
    24/01/2012 à 00:40*
    • En réponse à <inconnu> #79 le 23/01/2012 à 22:17* :
    • « "La sauce secrète de l’humour n’est pas la joie mais la tristesse."
      Je dirais même que l’humour est une forme de révolte, de défi métaphysi... »
    Diable, diable ! Voilà des propos qui – en plein après–midi – auraient certainement entraîné de longues discussions ! Seulement, à cette heure, il n’y a plus beaucoup de flâneurs par ici... je passais et je ne peux te lire sans sursauter.
    Dire que l’humour est une forme de révolte, pourquoi pas ? C’est aussi une forme de défense, parfois d’apaisement...
    Mais prétendre qu’il est ’réservé’ aux non–croyants parce que les croyants sont rassurés, non ! Nombre de croyants passent par de douloureux moments de doute et de révolte... Ne leur retire pas, en plus, l’humour dont ils sont pourvus tout autant que les autres ! [j’allais ajouter « crois–moi » !]
    Dieu existe–t–il* ? je n’en sais rien ; peut–être oui, peut–être non, dit l’agnostique.
    * A part God, ‘videmment ! 😛