Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

tour d'ivoire [n]

retraite ; refuge ; tanière ; position indépendante et solitaire de celui qui refuse de se compromettre ; isolement pour éviter des contacts et engagements

Origine et définition

A l'origine l'expression vient du Cantiques des Cantiques où "collum tuum sicut turris eburnea" voulait dire "ton cou, comme une tour d'ivoire" et comparait le long cou blanc d'une femme à une tour faite d'ivoire[1].
Mais c'est Charles-Augustin Sainte-Beuve () qui, en 1830 dans Les Consolations, en a complètement détourné le sens alors que, dans un poème, il parlait d'Alfred de Vigny () : « (...) et Vigny, plus secret, comme en sa tour d'ivoire, avant midi, rentrait. »
Mais pourquoi cette image, vous demandez-vous ? Eh bien je m'en vais tout vous révéler !
La tour c'est l'endroit en hauteur d'où, comme Soeur Anne, on n'ivoirien venir. Mais pour le poète, c'est le symbole du lieu surélevé où il peut s'isoler du monde, au calme, loin de l'agitation des masses qu'il méprise, afin d'y ciseler tranquillement des vers, de manière aussi fine et minutieuse que l'artiste qui travaille l'ivoire.
Avec la tour d'un côté et le travail de l'ivoire de l'autre, vous tenez votre tour d'ivoire.
[1] Pour le plaisir des dames ici présentes, ce cantique disait aussi : « ton sein est une coupe arrondie, où le vin parfumé ne manque pas; ton corps est un tas de froment, entouré de lis; tes deux seins sont comme deux faons, comme les jumeaux d'une gazelle... »

Exemples

« (Vigny) est même allé jusqu'à penser (…) qu'il n'y avait de refuge assuré que dans le culte persévérant et le commerce solitaire de l'idéal. Longtemps il s'est donc tenu à part sur sa colline, et, comme je le lui disais un jour, il est rentré avant midi dans sa tour d'ivoire. Il en est sorti toutefois, il s'est mêlé depuis aux émotions contemporaines par son drame touchant de Chatterton, et par ses ouvrages de prose (…) »
Charles-Augustin Sainte-Beuve - Election de Vigny à l'Académie française
« Il ne nous restait pour asile que cette tour d'ivoire des poètes, où nous montions toujours plus haut pour nous isoler de la foule. À ces points élevés où nous guidaient nos maîtres, nous respirions enfin l'air pur des solitudes, nous buvions l'oubli dans la coupe d'or des légendes, nous étions ivres de poésie et d'amour. »
Gérard de Nerval - Les filles du feu

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand elfenbeinturm tour d’ivoire
Allemand elfenbeinturm tour d'ivoire
Anglais ivory tower tour d'ivoire
Arabe fi Burge aaji dans un tour d'ivoire
Arabe برجك العاجي votre tour d’ivoire
Arabe برج عاجي tour d’ivoire
Chinois 象牙塔 tour d’ivoire
Danois elfenbenstårn tour d'ivoire
Espagnol (Argentine) estar en su mundo être dedans son monde
Espagnol (Espagne) torre de marfil tour d'ivoire
Hongrois elefántcsonttorony tour d'ivoire
Hébreu מגדל השן (migdal hachènn) notre tour de Chen
Italien torre d'avorio tour d'ivoire
Néerlandais ivoren toren tour d'ivoire
Polonais wieża z kości słoniowej tour d'ivoire
Polonais wieży z kości słoniowej tour d’ivoire
Portugais (Brésil) torre de marfim tour d'ivoire
Roumain turn de fildeș tour d’ivoire
Roumain turn de fildeş tour d'ivoire
Roumain turnul de fildeș tour d’ivoire
Russe башне из слоновой кости tour d’ivoire
Serbe kula od slonovače tour d'ivoire
Suédois elfenbenstorn tour d'ivoire
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Commentaires sur l'expression « tour d'ivoire » Commentaires

  • #41
    <inconnu>
    30/08/2006 à 16:40
    • En réponse à mirlou #40 le 30/08/2006 à 16:26 :
    • « Que Chirstian ait enfermé Louisann et son scooter dans une tour d’ivoire (rose ?), on peut le concevoir, mais où sont toutes les autres ??... »
    Dans un cul de basse fosse certainement…
    Après utilisation, l’ogre Chirstian jette, recycle, c’est comme on veut…
    Certaines sèchent dans ses placards secrets…
    Volontaire d’y voir de vos yeux innocents ?
  • #42
    louisann
    30/08/2006 à 16:45
    • En réponse à mirlou #40 le 30/08/2006 à 16:26 :
    • « Que Chirstian ait enfermé Louisann et son scooter dans une tour d’ivoire (rose ?), on peut le concevoir, mais où sont toutes les autres ??... »
    Planquées !en attendant que ça passe,qu’ils se calment.
    Elles sont pas folles!!
  • #43
    HoubaHOBBES
    30/08/2006 à 17:19
    • En réponse à God #17 le 30/08/2006 à 10:05 :
    • « Fô pas trop le secouer comme ça, l’a pas encore fini sa demi-gueuze du petit déjeuner.
      Non, une partie (seulement) de son idée n’est pas tro... »
    Je sais, j’ai demandé beaucoup d’infos, peu importe celles que Tu prendrais, l’important est bien que je contribue (aussi) à faire progresser le forum: Tu reconnais quand même mes mérites (du bout des lèvres, mais Tu l’as fait).
    Merci , ô God !
    Reconnaiss hobbes
  • #44
    HoubaHOBBES
    30/08/2006 à 17:23
    • En réponse à chirstian #26 le 30/08/2006 à 11:11* :
    • « « ton sein est une coupe arrondie, où le vin parfumé ne manque pas; ton corps est un tas de froment, entouré de lis; tes deux seins sont com... »
    Tout est juste dans ton texte de mémoire, sauf le destrier qui ,chacun le sait, est le cheval du guerrier: tu voulais parler de son palefroi qui est le cheval de la gente dame de ton coeur.
    De rien, c’est naturel chez moi.
    Académ Hobbes
  • #45
    HoubaHOBBES
    30/08/2006 à 17:26
    • En réponse à <inconnu> #37 le 30/08/2006 à 13:31 :
    • « Psssstt, hé, Hobbes ! T’as vu comme je passe vite de Bruxelles à Anvers et vice-versa ? T’es pas chiche d’en faire autant, hein ? »
    Ouille, ça j’avais pas vu tsé breuke !
    Mais ménant que tu l’as dit, je saurai plus le rater.
    Et comment ske tu fais ?
  • #46
    borikito
    30/08/2006 à 17:47*
    Réponse @24 Rikske
    Je trouvis !
    Grand Larousse encyclopédique 12 volumes, Ram/Stre, volume 9 , nième alinéa :
    ""le seul roman publié par Sainte-Beuve, "Volupté", paraît en 1834.
    Ces deux dernières oeuvres contiennent maintes allusions voilées à l’aventure amoureuse qui lie l’écrivain à Adèle Hugo, femme du poète.""
    Ca te chagrine tant que ça, de l’apprendre ?
    En somme il a "volupté" plus haut que son Q ?
  • #47
    mirlou
    30/08/2006 à 18:09
    • En réponse à louisann #42 le 30/08/2006 à 16:45 :
    • « Planquées !en attendant que ça passe,qu’ils se calment.
      Elles sont pas folles!! »
    Pourquoi se calmeraient-ils ? Ils ont le délire(rium) facile ... influence des
    gueuz(s)es ?
  • #48
    chirstian
    30/08/2006 à 18:55
    histoire de nouilles :
    L’eusses tu cru ? Ma tour d’ivoire est carrée ...
  • #49
    chirstian
    30/08/2006 à 18:59
    • En réponse à HoubaHOBBES #44 le 30/08/2006 à 17:23 :
    • « Tout est juste dans ton texte de mémoire, sauf le destrier qui ,chacun le sait, est le cheval du guerrier: tu voulais parler de son palefroi... »
    tu voulais parler de son palefroi qui est le cheval de la gente dame de ton coeur.

    je trouve que donner au cheval d’une dame le nom de "pâle effroi" n’est pas rassurant. (à moins que ce ne soit "pâle et froid" pour celles qui ont le feu au...non pardon, faites comme si je n’avais rien dit !)
    L’ancelot
  • #50
    PHILO_LOGIS
    30/08/2006 à 19:00
    • En réponse à borikito #46 le 30/08/2006 à 17:47* :
    • « Réponse @24 Rikske
      Je trouvis !
      Grand Larousse encyclopédique 12 volumes, Ram/Stre, volume 9 , nième alinéa :
      ""le seul roman publié par Sai... »
    et quand Sainte-Beuve se marre, on dit que les étudiants studieux le rejoignent dans la Sainte Beuve-rie!
  • #51
    chirstian
    30/08/2006 à 19:12
    • En réponse à PHILO_LOGIS #50 le 30/08/2006 à 19:00 :
    • « et quand Sainte-Beuve se marre, on dit que les étudiants studieux le rejoignent dans la Sainte Beuve-rie! »
    moi je connais pas cette madame Beuve, mais je trouve choquant qu’elle ait été sanctifiée si elle couchait avec Adèle ! Vous me direz : c’est bien le cas d’Hélène qui couchait avec Napoléon... bon, d’accord, mais elle n’était pas lesbienne, elle !
    Au fait, elle est morte Adèle ?
  • #52
    <inconnu>
    30/08/2006 à 19:31
    • En réponse à mirlou #47 le 30/08/2006 à 18:09 :
    • « Pourquoi se calmeraient-ils ? Ils ont le délire(rium) facile ... influence des
      gueuz(s)es ? »
    Le délire est le sillon d’un mal plus profond : la folie… enracinée en chacun de nous et sournoisement disposée à instrumentaliser nos actes et paroles.
    Chic et choc d’une chronique ordinaire…
    La gueuse ou toute autre boisson de même caractère n’arrange rien et pousse le sujet à s’intéresser au verbe haut, celui qui hèle, apostrophe ou complimente exagérément le passant dérangé qui, fort de son droit à rétablir l’ordre public, avertira les forces du même nom de la présence inopportune et malvenue d’un poivrot idiot, semant terreur et désordre aux coins des rues de la ville d’ordinaire tranquille et, souligneront les bien renseignés au sujet du trublion, disperse malheurs et désolation au sein même de sa propre famille, régulièrement humiliée et affligée de ces agissements pour le moins tumultueux.
    Ah ! Pauvre dame, la boisson, le délire y attenant, mènent à tout, des cellules grises et noirâtres des prisons jusqu’aux chambres communes glauques des asiles où ces hommes privés de dignité essaieront de retrouver un semblant d’humanité à exposer au regard du plus grand nombre. Retrouver sa superbe d’antan, pourquoi pas, se disent-ils en y croyant beaucoup… Le Seigneur donnera un coup de pouce, surtout qu’un cierge bien disposé sur l’autel des afflictions aura été auparavant fiché comme un commandement à distribuer des miracles.
    Mais on ne force pas la distribution divine comme cela…
    A peine sortis et fichés guéris, ils se tiendront tranquilles et puis un soir, croisant le chemin d’un plus faible qu’eux, ils se noieront à nouveau dans les breuvages qui cassent et fracassent les existences. Le pire étant qu’ils se donneront toujours l’excuse d’ingurgiter toutes sortes de bibines en affichant bien haut l’adage qui dit que boire est indubitablement bon pour la santé.
    Hips ! Fait le greffier du tribunal en rouvrant le dossier de X et de machin qui n’en peuvent plus d’avaler les champs de houblon et d’orge que l’on transforme sans peine en p’tite bière, juste avant de bénéficier de la vraie, celle qui vous conduit sans ambages au fond d’un trou. Destin fatal, destin final pour celui qui, de tout son temps disponible exagérait sa soif, maintenant et définitivement étanchée puisque tout soiffard sans limite repose comme le veut le dicton dans un trou bien propre.
    Ci-gît : « Buveur de bière impénitent » suivi d’une épitaphe :
    « J’ai passé ma vie à boire, que d’additions pour une soustraction prématurée à vivre sur terre ».
    Oublié, la mousse au fil du temps recouvrit sa misérable tombe.
    Pom, pom, pom,pom…
  • #53
    PHILO_LOGIS
    30/08/2006 à 21:41*
    • En réponse à <inconnu> #52 le 30/08/2006 à 19:31 :
    • « Le délire est le sillon d’un mal plus profond : la folie… enracinée en chacun de nous et sournoisement disposée à instrumentaliser nos actes... »
    Citation: "Le pire étant qu’ils se donneront toujours l’excuse d’ingurgiter toutes sortes de bibines en affichant bien haut l’adage qui dit que boire est indubitablement bon pour la santé." (t’as vu, J’AI FERME LES GUILLEMETS)
    Je ne savais pas que tu parlais si bien des Italiens: en affichant bien le Haut-Adige...
    Citation: "celle qui vous conduit sans ambages au fond d’un trou" (t’as vu, y s’est toujours rien passé, le site fonctionne toujours!). Et en plus, des Italiennes cul-de-jatte! (celle qui vous conduit sans jambages...)
    Citation: "suivi d’une épitaphe" (t’as vu, GOD ne s’est toujours pas mis à râler!):
    même les petites (par la taille) mais grandes (par l’estoc et la voix) de la chanson. suivi d’une Edith Piaf...
    Citation: "Pom, pom, pom,pom…" Il y manque le nom d’un pâpe à la fin: ... pom Pie XII
    (Et ce coup-ci, t’as RIEN vu!)
  • #54
    <inconnu>
    30/08/2006 à 21:54
    • En réponse à PHILO_LOGIS #53 le 30/08/2006 à 21:41* :
    • « Citation: "Le pire étant qu’ils se donneront toujours l’excuse d’ingurgiter toutes sortes de bibines en affichant bien haut l’adage qui dit... »
    Si Marylin s’en mêle, on va friser l’émeute... Ah son jupon qui se relève en pleine rue au-dessus d’une bouche d’air chaud... Chow chow.
  • #55
    cotentine
    30/08/2006 à 21:57
    • En réponse à <inconnu> #52 le 30/08/2006 à 19:31 :
    • « Le délire est le sillon d’un mal plus profond : la folie… enracinée en chacun de nous et sournoisement disposée à instrumentaliser nos actes... »
    Waouh ! que récit et quelle épitaphe ! j’en reste coite ! et je me fais voler 1 ou 2 idées par file-au-logis ... (Betty Boop par exemple) il a des intuitions féminines !
  • #56
    mirlou
    30/08/2006 à 23:22
    • En réponse à <inconnu> #52 le 30/08/2006 à 19:31 :
    • « Le délire est le sillon d’un mal plus profond : la folie… enracinée en chacun de nous et sournoisement disposée à instrumentaliser nos actes... »
    Chapeau bas Yannou ! épatée (de campagne) je suis !
  • #57
    mirlou
    30/08/2006 à 23:31
    • En réponse à <inconnu> #52 le 30/08/2006 à 19:31 :
    • « Le délire est le sillon d’un mal plus profond : la folie… enracinée en chacun de nous et sournoisement disposée à instrumentaliser nos actes... »
    La petite minute culturelle : si la gueuze est une boisson (appréciée de beaucoup), la gueuse est l’équivalent féminin du gueux (moins appréciable...)
  • #58
    <inconnu>
    31/08/2006 à 00:48*
    • En réponse à mirlou #57 le 30/08/2006 à 23:31 :
    • « La petite minute culturelle : si la gueuze est une boisson (appréciée de beaucoup), la gueuse est l’équivalent féminin du gueux (moins appré... »
    Satanée incarnation alors qui voudra que fréquenter le lit du ruisseau soit une destinée fatale…
    Mais bon, tout lit a son confort même s’il est rempli de pierres, l’important étant d’être à la hauteur de l’enjeu, c’est-à-dire de survivre aux tourbillons de l’amour dans ce tumultueux milieu mais sans y tremper complètement son âme…
    Les pauvres aussi ont leur terrain de jeu/x.
  • #59
    Rikske
    31/08/2006 à 07:31*
    • En réponse à borikito #46 le 30/08/2006 à 17:47* :
    • « Réponse @24 Rikske
      Je trouvis !
      Grand Larousse encyclopédique 12 volumes, Ram/Stre, volume 9 , nième alinéa :
      ""le seul roman publié par Sai... »
    Ah, ben, que voilà une réponse qui m’intéresse ! Ca prouve qu’on ne m’avait pas raconté de c..neries. Mais t’inquiètes pas, ça me chagrine pas du tout, j’ai de l’affection pour les mecs et les gonzesses qui donnent parfois un coup de canif dans le contrat (comme notre roi actuel, ou votre bon Giscard, voire même le père Miterrand...). Ca démontre qu’au moins, ils sont vivants ! Merci Borrikitoke !
  • #60
    Rikske
    31/08/2006 à 07:42*
    • En réponse à mirlou #57 le 30/08/2006 à 23:31 :
    • « La petite minute culturelle : si la gueuze est une boisson (appréciée de beaucoup), la gueuse est l’équivalent féminin du gueux (moins appré... »
    "la gueuze est l’équivalent féminin du gueux (moins appréciable)": je me permets de te rappeler l’épopée des "Gueux de Mer" (de Zeegeuzen) et leur lutte contre Guillaume d’Orange au XVIème siècle, historiquement attestée et contée entre autres par Charles de Coster dans "Tyl Ulenspiegel". Oserions-nous, Belges, dire que ces gueux-là étaient "moins appréciables" ? Petit moment de culture, non moins appréciable (coucou !) 😉
    PS: il existe à Ostende un bistrot assez chouette (cadre et spécialités) qui s’appelle "Herberg der Zeegeuzen - Auberge des Gueux de Mer". Pour les amateurs, je suis prêt à faire faire une visite guidée (avis à Hobbes et consorts...). Il vous en coûtera une "zeegueuze", spécialité de la maison. La recette est un secret...