Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Une coupe sombre

Suppression d'un nombre important de choses (large coupure dans un texte, forte réduction de crédits ou d'emplois dans un service, une entreprise).

Origine

Cette expression est un beau contresens.
Dans le monde des forestiers, une coupe sombre (dite aussi "coupe d'ensemencement") s'appelle ainsi parce qu'il y subsiste de l'ombre.
Littré en donne la définition suivante : "opération qui consiste à enlever, dans un massif, une partie des arbres qui le composent, de manière à permettre à ceux qu'on laisse sur pied d'ensemencer ce sol au moyen des graines qu'ils produisent et qui se disséminent naturellement".
Elle consiste donc à n'y couper par-ci par-là que quelques arbres, ce qui conserve un sous-bois obscur (donc sombre), contrairement à la "coupe claire" dans lequel l'abattage des arbres se fait en très grand nombre pour que la lumière pénètre bien dans la zone et favorise la pousse des jeunes plants.
Mais, dans le langage populaire, le véritable sens de 'sombre' n'a pas été retenu et ce sont les connotations de l'adjectif 'sombre' (quelque chose de menaçant, d'inquiétant) qui a donné un sens complètement opposé à l'expression.
Car la menace et l'inquiétude ne planent-t-elle pas lorsqu'un plan social d'envergure, une coupe sombre dans les effectifs, se prépare, par exemple ?

Exemple

« Les coupes sombres pratiquées dans le personnel par l'ennemi et ses complices »
Charles de Gaulle - Mémoires de guerre

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Tunisie Arabe Taçfia / tandhifa behia Un bon nettoyage / épurage
Argentine Espagnol Una limpieza general Un grand nettoyage
Espagne Espagnol Recorte drástico Découpage drastique
Canada Français Une coupe à blanc
Italie Italien 'N tàgghiu nèttu Coupe nette
Italie Italien Taglio drastico Coupe drastique
Pays-Bas Néerlandais Een grote besnoeiing Un grand élagage
Pays-Bas Néerlandais Grote schoonmaak houden (in een bedrijf) Faire un ménage important (dans les effectifs d'une entreprise)
Pays-Bas Néerlandais Kaalslag plegen Commettre une coupe rase
Brésil Portugais Contingenciamento Contingentement (maîtrise des dépenses)
Brésil Portugais Um corte drástico Une coupe drastique
Roumanie Roumain T?ieri masive Des coupes massives
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Commentaires sur l'expression « Une coupe sombre » Commentaires

  • #1
    • <inconnu>
    • 12/04/2007 à 00:24
    Autre exemple intéressant d’une expression dont le sens se renverse avec le temps (voir hier "sentir le sapin").
    1. Un sens technique n’est plus compris, et le sens littéral reprend ses droits.
    ou 2. Une sens technique est remplacé par un autre.
  • #2
    • Elpepe
    • 12/04/2007 à 00:47
    Pas du tout... L’expression vient de la Marine, puisque, quand la coupe est pleine, elle sombre. Depuis Archimède alors !
    Allez, bonne nuit, les gosses. Les mains sur les couvertures...
  • #3
    • <inconnu>
    • 12/04/2007 à 06:25
    C’est vrai que c’est un non sens cette expression. Mais tout n’est il pas que non sens ?
    Quand une boite ferme et licencie ne parle t on pas de "plan social"..où est le social puisque des travailleurs se retrouvent sur le carreau ? (Tiens, une expression ! )
    Quand il y a une grève ne parle t on pas de "journée d’action"..où est l’action puisque justement le but c’est d’être inactif ?
    Bon, allez bonne journée à tous.
  • #4
    • momolala
    • 12/04/2007 à 06:43*
    • En réponse à <inconnu> #3 le 12/04/2007 à 06:25 :
    • « C’est vrai que c’est un non sens cette expression. Mais tout n’est il pas que non sens ?
      Quand une boite ferme et licencie ne parle t on pas... »
    Ce n’est pas un non sens, mais un contre sens, comme dans ton dernier exemple. Je t’explique : nous avons acheté il y a 25 ans un terrain magnifiquement planté d’arbres, en particulier de chênes-liège dont certains ont plus de 150 ans. Il y a 20 ans, le feu, et je parle du grand feu, est passé. Pas de buissons ni de résineux, donc, le feu a contourné la maison et effectué une coupe sombre dans notre environnement. Nous avions l’esprit clair, malgré l’émotion. Aujourd’hui pour nous conformer à l’arrêté préfectoral de débroussaillement, nous avons autorisé la coupe de nos arbres : coupe claire, abattage. Nous avons ce matin une prairie plantée de 5 arbres. Mais la coupe est pleine et notre humeur sombre : pour nous, c’est la coupe sombre. Comprends-tu où est le contre sens ?
  • #5
    • OSCARELLI
    • 12/04/2007 à 08:18
    • En réponse à momolala #4 le 12/04/2007 à 06:43* :
    • « Ce n’est pas un non sens, mais un contre sens, comme dans ton dernier exemple. Je t’explique : nous avons acheté il y a 25 ans un terrain ma... »
    Je ne comprends pas: les arbres ne sont pas des broussailles. Pourquoi des lors des coupes sombres dans le bois des arbres, alors quÄil eut fallu des coupes claires dans les broussailles des voisins? Va-t-en donc débroussailler les arcanes des arrêtés défectoraux préfectoraux?
    Au sujet du feu et des contresens: Ne dit-on pas "feu" de quelqu’un qui s’est éteint? (Oui c’est de moi-bibi)
  • #6
    • <inconnu>
    • 12/04/2007 à 08:22
    Je vois que God est en période sylvestre...
    Promenons-nous dans les bois,
    Pendant que Sarko n’y est pas...
    Les bonobos y z’aiment pas du tout les coupes sombres !
  • #7
    • syanne
    • 12/04/2007 à 08:32
    Notre God à nous, je vous le dis, c’est un rationnel, un logique, un qu’a de la suite dans les idées, et qui sait bien que cohérence et pertinence sont les deux mamelles de l’exprescience.
    Hier « ça sentait le sapin ». Vous imaginiez au choix, selon que votre âme vous portait au vert ou qu’elle virait au blues, une odorante forêt de jolis résineux chauffés par le soleil d’été, ou bien un cercueil de bois blanc juste à vos mesures…
    Aujourd’hui : « une coupe sombre », qui dans la lingua sylvicola évoque l’éclaircissement propice aux semis des essences dûment choisies et entretenues par les osées-forées, essences dont peut fort bien faire partie notre sapin d’hier... grande Cohérence, donc, de notre tout-puissant puyricardais, qui pourrait bien demain nous proposer « L’arbre qui cache la forêt », après-demain « Abattre l’arbre pour avoir le fruit », immédiatement suivi, bien sûr de « C’est au fruit qu’on connaît l’arbre ».
    Baratin du matin, me direz-vous : à quoi je réponds dignement, mes amis, mieux vaut un peu dégoiser que trop déboiser. Le bois d’arbre c’est comme le whisky : ça se bonifie avec l’âge, jusqu’à un certain point, bien sûr.
    Quant à la forêt, Momo en a déjà parlé. Si la gestion forestière a ses raisons que le coeur ne connaît pas toujours, ça va vraiment, parfois, dans le sens giratoire de l’économie contemporaine : exploiter, profiter. Ainsi, après la coupe sombre et la coupe claire, n’oublions pas la coupe à blanc, qui transforme le plus joli paysage forestier en terrain vague, et son inverse, bien sûr, l’enrésinement, qui lui ferme tous les horizons, gâte les sols MAIS "donne" très rapidement (à l’échelle de la sylviculture, bien sûr !).
    Signé
    La bûcheronne masquée (qui veut se faire nonne à Rouperroux)
  • #8
    • syanne
    • 12/04/2007 à 08:40
    • En réponse à <inconnu> #6 le 12/04/2007 à 08:22 :
    • « Je vois que God est en période sylvestre...
      Promenons-nous dans les bois,
      Pendant que Sarko n’y est pas...
      Les bonobos y z’aiment pas du tou... »
    Tiens, Bonobo, un lien rien que pour toi, car je sens bien que j’enfreins la sainte loi de l’apolitiquement correct. Tant pis ! je prends le risque, car moi non plus je n’ai pas envie de coupes sombres, ni que le tabou devienne le seul arbre de notre paysage...
    cette page
  • #9
    • memphis
    • 12/04/2007 à 08:45
    • En réponse à <inconnu> #3 le 12/04/2007 à 06:25 :
    • « C’est vrai que c’est un non sens cette expression. Mais tout n’est il pas que non sens ?
      Quand une boite ferme et licencie ne parle t on pas... »
    Et après une coupe sombre, certains se retrouvent, comme Memphis aujourd’hui "sur la corde raide"!
  • #10
    • God
    • 12/04/2007 à 08:52
    • En réponse à syanne #7 le 12/04/2007 à 08:32 :
    • « Notre God à nous, je vous le dis, c’est un rationnel, un logique, un qu’a de la suite dans les idées, et qui sait bien que cohérence et pert... »
    Puyricarden, Syanne, Puyricarden !
  • #11
    • syanne
    • 12/04/2007 à 09:12
    • En réponse à God #10 le 12/04/2007 à 08:52 :
    • « Puyricarden, Syanne, Puyricarden ! »
    Oh, my God ! toutes mes humbles excuses : c’est l’influence toponymique normandaise. Je demande l’absolution puyricarden(n)e... Mais ce faisant ne commets-je pas une seconde faute ?
  • #12
    • chirstian
    • 12/04/2007 à 09:12
    à propos de coupe d’arbres un petit détail sur ceux des parcs nationaux, Chateau de Versailles ou autres. Ces arbres sont placés sous la double responsabilité des historiens (monuments de France) et des forestiers, et il est difficile d’imaginer l’ambiance ! Pour les premiers, tel chêne a vu grandir Louis XV , pas question d’y toucher ! Pour les autres , une forêt dont on ne coupe pas les arbres de façon régulière est condamnée à terme : sans coupe sombre il devient impossible à de jeunes arbres de se développer. La forêt est alors superbe , mais constituée uniquement d’arbres de même époque , de sorte qu’ils meurent tous en même temps... La tempête de fin 1999 a donc eu quand même des effets bénéfiques : en détruisant les arbres sans aucun respect pour leur âge et leur importance historique, elle en a détruit dont les forestiers demandaient l’abattage depuis des années !
    (il n’empêche que le spectacle était horrible , d’autant que la majorité des arbres était cassés, et non déracinés!).
    De la même façon, l’incendie du parc de Yellowstone a été une bénédiction pour le séquoias géants...
  • #13
    • chirstian
    • 12/04/2007 à 09:15
    histoire de Champagne:
    flûte ! Ma coupe est vide. Je sombre ...
  • #14
    • eureka
    • 12/04/2007 à 09:26
    • En réponse à <inconnu> #1 le 12/04/2007 à 00:24 :
    • « Autre exemple intéressant d’une expression dont le sens se renverse avec le temps (voir hier "sentir le sapin").
      1. Un sens technique n’est... »
    ..ou 3. le sens d’un mec qui appelle un chat un chat, qui voit qu’le bout d’son nez, et qui a balancé ça un jour dans un contexte de coupe importante !
    Comme quoi faut pas sortir du Bois de Saint Cyr pour changer un bon sens en contre-sens !
    Bonjour à tous
  • #15
    • eureka
    • 12/04/2007 à 09:29
    • En réponse à momolala #4 le 12/04/2007 à 06:43* :
    • « Ce n’est pas un non sens, mais un contre sens, comme dans ton dernier exemple. Je t’explique : nous avons acheté il y a 25 ans un terrain ma... »
    Moi je l’apellerais plutôt "coupe sévère" la coupe de ton bois....
  • #16
    • eureka
    • 12/04/2007 à 09:33
    • En réponse à syanne #7 le 12/04/2007 à 08:32 :
    • « Notre God à nous, je vous le dis, c’est un rationnel, un logique, un qu’a de la suite dans les idées, et qui sait bien que cohérence et pert... »
    Nous ferais-tu des pets un fois à Rouperroux, Coquette ?
  • #17
    • syanne
    • 12/04/2007 à 09:39
    • En réponse à chirstian #12 le 12/04/2007 à 09:12 :
    • « à propos de coupe d’arbres un petit détail sur ceux des parcs nationaux, Chateau de Versailles ou autres. Ces arbres sont placés sous la dou... »
    Quelquefois, la "patrimomanie" devient cocasse (ou cruelle ?).
    Iil y avait dans la forêt de mon enfance un beau chêne rouvre, fort vieux voire bi-centenaire, à vue de souvenirs. Il était d’autant plus gros et vieux que nous étions petits et tout imprégnés, encore, lors des promenades dominicales, d’histoires de petits hommes bottés de sept lieues et d’arbres géants qui parlent... Mais je m’égare (qui ne se perd un peu dans une forêt d’enfance...).
    Bref, à quelques années de ces temps merveilleux, la prime puis verte jeunesse étant loin déjà, et la forêt qui les accueillait beaucoup plus épisodiquement visitée par l’adulte ailleurs implantée que j’étais devenue, je revis un jour le chêne séculaire... Enfin ce qu’’on pouvait imaginer l’avoir été : un gros tronc d’écorce bétonné jusqu’à ce qui fut un houppier, quelques branches tordues emmaillotées de linge (lin seul, peut-être, en l’occurrence), de grosses vis, des cordes, des écrous...
    Coupe sombre dans mes souvenirs et sale coup dans la gueule de mon enfance !
    Depuis lors, je me méfie des pélerinages et laisse ma mémoire revisiter, enjoliver peut-être, denteler voire couper sombre, parfois.
    carpe diem
  • #18
    • syanne
    • 12/04/2007 à 09:44
    • En réponse à eureka #16 le 12/04/2007 à 09:33 :
    • « Nous ferais-tu des pets un fois à Rouperroux, Coquette ? »
    Des pets-de-nonnes aux rillettes ? Pas sûre que le petit dèj’ passe bien !
  • #19
    • eureka
    • 12/04/2007 à 09:48
    • En réponse à chirstian #12 le 12/04/2007 à 09:12 :
    • « à propos de coupe d’arbres un petit détail sur ceux des parcs nationaux, Chateau de Versailles ou autres. Ces arbres sont placés sous la dou... »
    Eh oui, la nature sait faire la discernation, elle, entre coupe sombre et claire. Rien que du bons sens ! C’qui prouve que le contresens est le propre de l’homme !
  • #20
    • chirstian
    • 12/04/2007 à 09:50
    Car la menace et l’inquiétude ne planent-elle pas lorsqu’un plan social d’envergure, une coupe sombre dans les effectifs, se prépare, par exemple ?
    Coupe sombre semble effectivement bien être un contre-sens, dans le contexte social, et il est présenté ainsi par les dictionnaires . Si le licenciement est conséquent on devrait plutôt parler de "coupe claire" !
    Mais je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’un contre-sens :
    avec une coupe sombre, la forêt continue d’exister,et elle est appelée, normalement, à se redévelopper avec les mêmes espèces. Alors que la coupe claire la supprime quasiment, même si, cet espace est récupéré pour y faire pousser de nouvelles espèces.
    De même, en matière sociale, quand on parle de coupe sombre on évoque des licenciements qui peuvent être nombreux, mais l’entreprise continue, et la direction pense (ou du moins : affirme !) que cela va permettre à l’entreprise de continuer, et sans doute de réembaucher plus tard . La coupe claire correspondrait plutôt à la situation du dépôt de bilan : on arrête l’entreprise, et sur l’espace économique vacant on en crée une autre : notez que dans ce cas, on ne parle jamais de coupe sombre.
    #3 Gold30 : quand on parle de "plan social" c’est justement pour évoquer les mesures sociales qui accompagnent le licenciement et sont censées éviter aux salariés de rester sur le carreau. Que ces mesures ne sont pas toujours efficaces, certes . Que les salariés préféreraient garder leur emploi, certes aussi. Et que cela ne compense pas le traumatisme du licenciement, certes encore ! Mais quel progrès et quel avantage pour les salariés des grosses entreprises , par rapport aux PME !