Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions
Le contenu présenté peut contenir des termes inappropriés liés à votre recherche.

avaler des couleuvres [v]

subir des affronts sans pouvoir protester ; accepter comme des vérités n'importe quelles déclarations ; avaler un crapaud ; subir un affront sans pouvoir s'y opposer ; subir des affronts sans se lamenter ; éprouver des difficultés sans se plaindre

Origine et définition

Si quelqu'un avale des couleuvres, c'est qu'il leur trouve bon goût, non ? Comme quoi, les goûts et les couleuvres...
La deuxième signification proposée, la moderne, est une évolution de la première qui, selon Furetière, existait au XVIIe siècle.
En effet, en partant de quelqu'un qui est obligé d'accepter ce qu'on lui propose ou inflige sans pouvoir le refuser ou le contester, et celui qui finit par gober n'importe quoi sans émettre la moindre objection, il n'y a qu'une petite distance à franchir.
Chateaubriand et Mme de Sévigné ont souvent utilisé cette expression.
Devoir accepter de subir des choses désagréables sans rechigner était autrefois le lot de toutes les personnes en position d'infériorité (comme le personnel de maison, par exemple).
Mais cela n'explique pas le lien avec nos charmants serpents.
Une des deux origines souvent citées viendrait d'une époque où les anguilles étaient très présentes dans nos rivières et servaient de plat commun.
Il est donc possible que certains hôtes facétieux ou désirant se venger de quelque chose, aient servi à leurs invités quelques couleuvres mélées aux anguilles d'apparence très proche. Et soit les invités ne s'en rendaient pas compte, montrant ainsi qu'il 'gobaient' n'importe quoi, soit ils s'apercevaient de la chose mais ils restaient bouche cousue pour ne pas faire d'esclandre ou ne pas se fâcher avec leur hôte.
Une autre origine, la plus probable, vient d'une ancienne signification de 'couleuvre' qui désignait aussi une insinuation perfide, le genre de chose à laquelle il n'est pas toujours simple de répondre et qu'on doit alors subir sans piper mot.
Ce sens du mot était bien entendu lié au comportement du serpent, cet animal qui a convaincu Ève de croquer la pomme.
Cet emploi aurait été renforcé par la confusion avec 'couleur' qui, du XVe au XVIIe siècle désignait une fausse apparence, encore symbole de perfidie (une bonne couche de peinture peut dissimuler bien des défauts).

Exemples

« Je lui dis tous les jours qu'il faut que le goût qu'il a pris pour elle soit bien extrême, puisque ce goût lui fait avaler, et l'été et l'hiver, toutes sortes de couleuvres (…) »
Mme de Sévigné
« L'essentiel dans cette manière d'arriver est d'agréer maints soufflets et de savoir avaler une quantité de couleuvres : M. de Talleyrand faisait grand usage de ce régime des ambitions de seconde espèce. »
Chateaubriand - Mémoires d'outre-tombe

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand die Kröte schlucken avaler le crapeau
Allemand in den sauren Apfel beißen müssen être obligé de mordre dans la pomme sûre
Anglais man up devenir un homme
Anglais (USA) to swallow something avaler quelque chose
Anglais (USA) to believe anything croire n'importe quoi
Anglais suck it up la sucer
Arabe (Tunisie) yeblaa essekkina b'damha il avale le couteau avec son sang
Chinois 吞下一只青蛙 avaler un crapaud
Espagnol (Argentine) tragarse sapos s'avaler des crapauds
Espagnol (Espagne) comer sapos y culebras manger des crapauds et des couleuvres
Espagnol (Espagne) comulgar con ruedas de molino communier avec des roues de moulin
Espagnol (Espagne) Tragar / Tragar cuentos / Tragarse mentiras avaler / Avaler des histoires / Avaler des mensonges (Encaisser/Subir)
Espagnol (Espagne) tragar quina avaler quinine
Gallois llyncu'r stori yn gyrn, croen a charnau avaler l'histoire, cornes, peau et sabots
Grec όλα τα καταπίνει (òla ta katapìni) avaler tout
Hongrois lenyeli a békát avaler le crapeau
Hébreu בלע את הלוקש (bala ètt halivakèch) avalé l’appât
Hébreu בלע את הצפרדע (bala ètt hatsfardéa) a avalé sa grenouille
Hébreu נאלץ להבליג ולא להגיב על דברים קשים ביותר il doit être reposé sans répondre à des choses très difficiles
Hébreu ספג עלבון (safag èlbonn) absorber une insulte
Italien mandar giù un boccone amaro avaler un morceau amer
Italien mangiare rospi a colazione manger des crapauds au petit déjeuner
Italien buttar giù un boccone amaro avaler un morceau amer
Italien ingoiare il rospo avaler, engloutir un crapaud
Latin deglutiens serpentes déglutir des serpents
Néerlandais iets ingepeperd krijgen être forcé à avaler du poivre
Néerlandais de bittere pil slikken avaler la pilule amère
Néerlandais een harde noot moeten kraken ....... devoir casser une noix dure
Néerlandais door de zure appel heen bijten mordre dans la pomme acidulée
Néerlandais tegen heug en meug (iets opeten) manger quelque chose à contrecœur (peut-être le crapaud ?)
Néerlandais beledigingen slikken avaler des insultes
Néerlandais (Belgique) op zijn hoofd laten schijten laisser chier sur sa tête
Néerlandais slikken of stikken avaler ou s'étouffer
Néerlandais moeilijk door de strot te krijgen, qque chose de difficile à avaler et digérer
Portugais (Brésil) engolir sapo avaler crapaud
Portugais (Brésil) engolir sapos avaler des crapauds
Roumain a o înghiți l'avaler
Roumain a înghiţi broaşte avaler des crapauds
Roumain a inghiti hapul /galusca avaler la pilule/la boulette
Slovaque prežrieť horkú pilulku avaler une pilule amère = avaler la pilule
Tchèque nechat si nasrat na hlavu se faire chier sur la tete
Tchèque spolknout hořkou pilulku avaler une pilule amere
Wallon (Belgique) absorber des carabistouilles
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « avaler des couleuvres » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « avaler des couleuvres » Commentaires

  • PHILO_LOGIS
    17/01/2009 à 08:15
    • En réponse à cotentine #100 le 17/01/2009 à 01:07* :
    • « et si l’on décidait du contraire ?
      au lieu que ce soit nous qui les avalions, nous tendions la perche, pour que ce soit la couleuvre qui ava... »
    Quand on voit l’espace de temps entre les interventions 99 et 100, on doit se demander ce qu’Elpépé a voulu dire dans son PS...
    PS: parti socialiste?
  • PHILO_LOGIS
    17/01/2009 à 08:19*
    Vous dites: "Avaler des couleuvres"
    God!, que voilà une belle manoeuvre!
    Intéressant peut-être, en hors d’oeuvre,
    Mais sûrement pas pour parachever le gros oeuvre.
  • syanne
    17/01/2009 à 08:25
    Petite fable du samedi, où l’on voit que l’homme n’avale pas la couleuvre...
    cette page
    Bonne journée !
  • Lovendric
    17/01/2009 à 10:00
    • En réponse à syanne #103 le 17/01/2009 à 08:25 :
    • « Petite fable du samedi, où l’on voit que l’homme n’avale pas la couleuvre...
      cette page
      Bonne journée ! »
    Un régal que ta fable. Merci, Syanne !
  • horizondelle
    17/01/2009 à 10:07*
    "...Or, un beau jour...un de ces jours où la prairie était verte mur à mur... et que le soleil prenait un bain chimérique dans l’étang...
    Le premier venu préambuait dans le paradoxe, en croquant une pomme… et marche et marche…
    Quand tout à coup qu’est-ce qu’il entrevise devant lui ? Un serpent. Et pas un petit serpiton de rien du tout…
    Un gros un grand serpendiculaire…dressé devant lui !...
    Ah ! Bon, qu’il se dit, s’il est déjà tout dressé, il doit pas être dangereux…
    Le pôvre ! Il savait pas qu’il avait affaire à un serpendicapé, un qui voyait pas plus loin que le bout de sa lancette…d’approche pas commode !...
    -Ah ah ! que se dit le serpent en lui voyant la pomme, ça doit être lui le pommier !
    Et sans lui laisser le temps de se détendre, il lui grimpigne sur le premier venu, qui osait pas bouger, très complètement vitrifié d’horreur.
    Heureusement, sa première femme, qu’était pas loin, et qui avait du blair, s’approche et se met à flatter le serpent :
    -Tiens, un serpent…ça me rappelle une antidote… Ah…quel vermouilleux subreptile !
    Laissez-moi toucher du boa, il parait que ça porte bonheur…
    Et flatte et flatte…si bien que le grand versatile flatté d’être flatté, se met à s’amollir…s’amollir… et elle, en le voyant tout mou, comme une vraie serpillère, saute sur la pomme d’adam et la donne au serpent :
    -Vous prendrez bien un ver ?
    -C’est gentil, je dis pas non, mais d’habitude je bois que dans le mien.
    Et elle, pendant que le serpent s’amuse à changer de pot, elle, très vipéreuse, qu’est-ce qu’elle fait tu penses ?
    Elle lui pique ses lunettes et les refile à l’homme :
    -Prends ça, prends ça, c’est mieux que rien… Plus tard, quand tu seras nombreux, tu auras des contacts….
    (Extrait du premier venu. Sol)
    PS: désolée pour la place, mais je ne l’ai pas trouvé sur le net 🙂
  • chirstian
    17/01/2009 à 10:41
    • En réponse à horizondelle #105 le 17/01/2009 à 10:07* :
    • « "...Or, un beau jour...un de ces jours où la prairie était verte mur à mur... et que le soleil prenait un bain chimérique dans l’étang...
      Le... »
    Et flatte et flatte…si bien que le grand versatile flatté d’être flatté, se met à s’amollir…s’amollir…
    Autres temps, autres moeurs ! Aujourd’hui, quand une femme nous le flatte, c’est plutôt pour qu’il se mette à durcir... durcir...
  • horizondelle
    17/01/2009 à 10:59*
    • En réponse à chirstian #106 le 17/01/2009 à 10:41 :
    • « Et flatte et flatte…si bien que le grand versatile flatté d’être flatté, se met à s’amollir…s’amollir…
      Autres temps, autres moeurs ! Aujour... »
    Autres temps autres grandeurs. Tu as écrit en 2006:
    il s’agit de proies qui ont rarement plus de 70 cm, alors qu’une couleuvre peut atteindre les 2M.

    Sacrées flatteries qu’il faut pour ces proies prétentieuses 😮
  • <inconnu>
    17/01/2009 à 11:36
    Avaler des couleuvres, c’est être un peu : "Le Saigneur des Anneaux", non ?
  • <inconnu>
    17/01/2009 à 12:00
    • En réponse à chirstian #106 le 17/01/2009 à 10:41 :
    • « Et flatte et flatte…si bien que le grand versatile flatté d’être flatté, se met à s’amollir…s’amollir…
      Autres temps, autres moeurs ! Aujour... »
    Le Gland blond avec une Godasse noire*, tu as raison de le mettre en avant même si la première avaleuse de sabre venue vitupére contre. Cool l’œuvre ainsi dépeinte…
    * Une Godasse noire peut être aussi la résultante imprévue mais heureuse d’une probable aventure africaine d’un homme sans pareil. Evidemment, je n’ai pas d’exemple sous la main… 😄
  • horizondelle
    17/01/2009 à 12:04
    se porte généralement sur le Nez cette page Il n’est précisé nulle part: Ne pas avaler! 😄
  • horizondelle
    17/01/2009 à 12:09
    Et là, qui c’est qui va avaler le serpent??? cette page
  • <inconnu>
    17/01/2009 à 12:23
    • En réponse à horizondelle #111 le 17/01/2009 à 12:09 :
    • « Et là, qui c’est qui va avaler le serpent??? cette page »
    La femme et le serpent s’associent sans souci ? Pour l’homme attiré, le lolo auréolé d’un serpent = suicide ma mère !
  • <inconnu>
    17/01/2009 à 12:28
    Albert Schweitzer au Pygmée : Meilleurs Vœux Nain !
  • chirstian
    17/01/2009 à 12:30
    • En réponse à horizondelle #107 le 17/01/2009 à 10:59* :
    • « Autres temps autres grandeurs. Tu as écrit en 2006:
      il s’agit de proies qui ont rarement plus de 70 cm, alors qu’une couleuvre peut atteindr... »
    Tu as écris en 2006
    à cette époque j’écrivais n’importe quoi pour me faire bien voir des couleuvres.Mais la période des élections est passée et comme je n’ai pas été élu, je le dis sans phare (d’Expressio) : les couleuvres c’est rien que des pétasses qui font rien que dire des c...
  • <inconnu>
    17/01/2009 à 12:47
    • En réponse à chirstian #114 le 17/01/2009 à 12:30 :
    • « Tu as écris en 2006
      à cette époque j’écrivais n’importe quoi pour me faire bien voir des couleuvres.Mais la période des élections est pass... »
    Paix tasse et grandes gamelles ou chronique laconique d’une fesse-tive ordinaire… mais "des œufs vrais."
    Mort sûre et mort subite > même con bas !
    Moralité : Vérifiez la date de ponte chez toute poule même de luxe.
  • horizondelle
    17/01/2009 à 12:49
    • En réponse à chirstian #114 le 17/01/2009 à 12:30 :
    • « Tu as écris en 2006
      à cette époque j’écrivais n’importe quoi pour me faire bien voir des couleuvres.Mais la période des élections est pass... »
    Alors, ne les avalons pas!
    Et moi, j’ai fait une fote d’ortografe 😕 J’ai pu corriger dans mon commentaire, mais pas dans ta "collure".
  • Hellem
    17/01/2009 à 13:13
    • En réponse à cotentine #100 le 17/01/2009 à 01:07* :
    • « et si l’on décidait du contraire ?
      au lieu que ce soit nous qui les avalions, nous tendions la perche, pour que ce soit la couleuvre qui ava... »
    A rapprocher, cher Contentine, à cette grande couleuvre (en réalité boa) qui avale Milou tout entier, dans Tintin au Congo! Il finit par avoir le ventre tellement distendu... qu’il en a des pattes!
    Sur ce, bonne journée!
  • SagesseFolie
    17/01/2009 à 14:37*
    • En réponse à horizondelle #105 le 17/01/2009 à 10:07* :
    • « "...Or, un beau jour...un de ces jours où la prairie était verte mur à mur... et que le soleil prenait un bain chimérique dans l’étang...
      Le... »
    Merci pour ce texte. J’aime beaucoup cette forme d’écriture et d’humour que tu nous a fait découvrir. Après quelques recherches j’ai appris que son auteur est un Canadien qui se nommait Marc Favreau (Il est mort en 2005).
  • SagesseFolie
    17/01/2009 à 14:41*
    • En réponse à SagesseFolie #118 le 17/01/2009 à 14:37* :
    • « Merci pour ce texte. J’aime beaucoup cette forme d’écriture et d’humour que tu nous a fait découvrir. Après quelques recherches j’ai appris... »
    Je ne le connaissais pas et je suis sans doute le sol dans ce cas et j’en suis des sol haies. Me retrouvant seulitaire dans ce style de "lis tes ratures", j’ai une sens à Sion de vide, l’impression de m’essouffler en courant partouche sur place.
    C’est fatiguant de remplir du vide ... c’est vidant!
    J’espère que les Jean m’excuseront de sept mes connaissances. 😉
  • SagesseFolie
    17/01/2009 à 16:09*
    Sagesses – Folies : suite 4 de mes pansements (avec la tête).
    --Je pense au cache-nez que demanda Tristan Bernard à Sacha Guitry, juste avant que la Gestapo ne l’embarque. Ce pansement me fait un peu de bien quand j’ai mal à mon humanité.
    --Je pense que certains chauves sont repoussants, alors que leurs cheveux ne le sont pas.
    -- Je pense qu’un chirurgien esthétique est un marchand d’âge.
    -- Je pense qu’un nanti est un paradoxe vivant, car un nanti est rarement un opposant.
    -- Je pense que certaines demi - sœurs sont considérées comme des tiers ... et pas seulement dans le quart-monde...
    -- Je pense à l’encornet, ce mollusque à la chair délicieuse, particulièrement le mâle, l’encornet à deux boules.
    -- Je pense au cuisinier de ma cantine qui m’a adressé ses vœux ... sur le plat !
    -- Je pense avoir trouvé une image illustrant pas mal le post 105 d’Horizondelle à cette page.
    -- Je pense, comme Desproges, que si les hommes feront moins de conneries le mois prochain, c’est parce qu’ils n’auront que 28 jours à leur disposition.