Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

mieux vaut faire envie que pitié [exp]

mieux vaut susciter la jalousie que la compassion ; mieux vaut être bien en chair que maigre ; il vaut mieux être riche et faire des envieux que pauvre et inspirer la pitié

Origine et définition

La nature humaine fait que celui qui est riche et en bonne santé est généralement jalousé, envié par ceux qui ne le sont pas[1], alors que ceux qui semblent pauvres, misérables, mal en point inspirent souvent la pitié.
Notre expression n'est jamais qu'une forme proverbiale de cette constatation comme quoi il vaut mieux être aisé (car s'il est certain que l'argent ne fait pas le bonheur, il est aussi incontestable qu'il peut grandement y contribuer) et bien portant, et inévitablement faire des jaloux au lieu d'être pauvre ou malade et inspirer la compassion.
Lorsque l'expression est apparue, quelque part entre XIIe et le XVe siècle, le mot 'envie' avait alors un sens plus fort que dans son usage habituel d'aujourd'hui, hérité de son origine latine, puisqu'il désignait une jalousie carrément haineuse devant les avantages d'autrui.
[1] À ce propos de ce sentiment, Numa Denys Fustel de Coulanges, au XIXe siècle, a écrit "Devant la richesse le sentiment le plus ordinaire n'est pas le respect, c'est l'envie" et Ronsard dans son fameux "de l'envie" a dit "l'envie est le plus méchant et le plus vilain vice de tous"

Exemples

« J'aime mieux faire envie que pitié... L'argent est l'argent, et lorsque j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante. »
Émile Zola - Pot-Bouille

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand besser beneidet als bemitleidet il vaut mieux faire envie que pitié
Anglais better be envied than pitied il vaut mieux faire envie que pitié
Espagnol (Espagne) más vale tener que desear il vaut mieux avoir que désirer
Hongrois inkább irigyeljenek, mint sajnáljanak mieux vaut faire envie que pitié
Hébreu הוא מכחיש את אחריותו לתאונה il nie sa responsabilité dans l’accident
Hébreu עדיף לעורר קנאה ולא רחמים Il vaut mieux provoquer l'envie que la pitié
Italien meglio fare invidia che pietà il vaut mieux faire envie que pitié
Néerlandais beter benijd dan beklaagd mieux envié que plaint
Portugais (Brésil) É melhor causar inveja do que dó Mieux vaut faire envie que pitié
Roumain decat urat si sarac, mai bine frumos si bogat que laid et pauvre, plutôt beau et riche
Roumain mai bine bogat și sănătos decât sărac și bolnav mieux riche et en bonne santé que pauvre et malade
Russe лучше быть здоровым и богатым, чем бедным и il vaut mieux être sain et riche que pauvre et malade
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Commentaires sur l'expression « mieux vaut faire envie que pitié » Commentaires

  • #1
    Elpepe
    24/03/2009 à 00:05
    Il vaut mieux faire entier que Pi. Vi vi...
  • #2
    <inconnu>
    24/03/2009 à 04:30*
    """
    Lorsque l’expression est apparue, quelque part entre XIIe et le XVe siècle, le mot ’envie’ avait alors un sens plus fort que dans son usage habituel d’aujourd’hui, hérité de son origine latine, puisqu’il désignait une jalousie carrément haineuse devant les avantages d’autrui.
    """
    Oui, "envie" était alors un peu "jalousie". Et inversement, "jalousie" au début du moyen âge désignait un attachement fort mais pas nécessairement exclusif ni hargneux.
    Ce n’est que très lentement que le mot jalousie est devenu ce qu’il est aujourd’hui.
    En bas latin, zelosus signifiait « plein d’amour et de prévenance » (peut être en lien avec le mot "zélé"?)
    Puis, vers le XIIIe siècle, gelosie désigne un « attachement farouche à un bien, à un avantage »
    C’est amusant car en chinois un mot pour dire jalousie, c’est 醋 cu4, le vinaigre.
    Un sentiment d’amour bon comme le vin, qui lentement se gâte et tourne aigre...
    n’est ce pas une jolie définition de la jalousie ?
    (voir plus de détails à cette page )
  • #3
    <inconnu>
    24/03/2009 à 04:34
    • En réponse à <inconnu> #2 le 24/03/2009 à 04:30* :
    • « """
      Lorsque l’expression est apparue, quelque part entre XIIe et le XVe siècle, le mot ’envie’ avait alors un sens plus fort que dans son us... »
    Voici l’histoire à l’origine de l’image chinoise du vinaigre pour désigner la jalousie
    Sous les Song (an mil après jc), l’empereur avait un premier ministre appelé fanyi, homme très intègre et qui n’avait qu’une femme ; fait rare à l’époque.
    Une année, comme c’était la tradition, les vassaux de l’ouest de la chine (les 西域 xiyu) offrirent à l’empereur leur tribut de cadeaux variés , dont de belles femmes pour concubines.
    L’empereur fit appeler son ministre et lui dit : "sujet, comment se fait il que tu n’aies qu’une femme ? Tu dois en être fort marri ! Je vais te donner en cadeau une de ces concubines que je viens de recevoir des contrées de l’ouest.
    - Impossible, répond le ministre.
    - Comment cela impossible ? demande l’empereur
    - Impossible car ma femme ne l’accepterait pas.
    - Comment ? Tu es dominé par ta femme et tu ne tiens qu’à elle ?
    L’entretien s’arrêta là, mais l’empereur n’en croyait pas ses oreilles. Il voulait vérifier si c’était bien vrai.
    Il envoya donc son chef des oenuques en grande tenue chez le ministre, un jour où il n’était pas là. L’oenuque fit appeler la maîtresse de maison et lui lut solennellement la bulle de l’empereur selon laquelle un cadeau de plusieurs concubines avait été attribué à son mari.
    - Impossible dit la femme ; c’est impossible.
    - Mais noble dame, répondit l’oenuque, savez vous que refuser un cadeau de l’empereur est passible de la mort ?
    - Oui je sais , mais je préfère mourir que partager mon mari avec d’autres.
    - Bien ; vous allez donc devoir boire ce poison ; (et l’oenuque sortit une flasque et un verre)
    - D’accord dit la femme qui prit la bouteille et siffla d’un trait au goulot, sans hésiter.
    Elle n’en mourut pas car c’était du vinaigre, selon la volonté de l’empereur joueur.
    L’oenuque rapporta la scène à l’empereur qui en rit et laissa son ministre monogamme tranquille.
  • #4
    PHILO_LOGIS
    24/03/2009 à 07:01
    • En réponse à <inconnu> #3 le 24/03/2009 à 04:34 :
    • « Voici l’histoire à l’origine de l’image chinoise du vinaigre pour désigner la jalousie
      Sous les Song (an mil après jc), l’empereur avait un... »
    Jolie histoire chinoise! Merci de nous apporter un peu de ta culture d’Orient.
  • #5
    PHILO_LOGIS
    24/03/2009 à 07:02*
    Comme le disaient certaines devineresses de l’Antiquité, mieux vaut être en vie que Pythie!, métier à risques à l’époque...
    NB: la pythie qui, bien entendu, est la femelle du python, mais vous le saviez, bien sûr... Le python étant bien sûr ce serpent qui se cramponne à ses proies, sans parler de celui qui siffle sur vos têtes...
  • #6
    thibat
    24/03/2009 à 07:16
    Pour ma part, je préfère faire pitié qu’envie, de ce fait personne ne s’intéresse à mes biens (ce que je m’évertue à expliquer à mon assureur !).
    Qui plus est, la relation avec autrui n’est pas faussée !
  • #7
    momolala
    24/03/2009 à 08:10
    • En réponse à <inconnu> #3 le 24/03/2009 à 04:34 :
    • « Voici l’histoire à l’origine de l’image chinoise du vinaigre pour désigner la jalousie
      Sous les Song (an mil après jc), l’empereur avait un... »
    Belle histoire d’amour conjugal ou réciproque, où je ne reconnais pour ma part pas de jalousie.
    Au temps de la ligne "haricot vert", il fallait ressembler à Audrey Hepburn, divinement belle mais maigre comme un clou et porter des sweet-shirts, ensembles pull et gilet, sur des jupes droites qui effaçaient les hanches et les fesses. Pour moi, plus du genre Sophia Loren, "avec tout ce qu’il faut où il faut" en abondance, c’était impossible. Combien de fois ai-je servi l’expression du jour à mes "copines" de lycée qui se moquaient de mes jupes amples juponnées de crin et de mes pulls rentrés à la taille, à la Brigitte Bardot (sans la choucroute sur la tête, mais j’aurais bien voulu à cette époque !). Qu’est-ce qu’on est bête à 14 ans !
  • #8
    chirstian
    24/03/2009 à 08:17
    c’est évident : il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade !
  • #9
    tytoalba
    24/03/2009 à 08:35*
    • En réponse à <inconnu> #3 le 24/03/2009 à 04:34 :
    • « Voici l’histoire à l’origine de l’image chinoise du vinaigre pour désigner la jalousie
      Sous les Song (an mil après jc), l’empereur avait un... »
    Jolie histoire que celle que tu nous contes. Et qui finit bien. Craignais-tu que l’on ne clique pas sur ton lien que tu nous l’a resservie. 😉
    J’ai une hésitation sur l’orthographe d’oenuque, je l’ai toujours écrit eunuque, et Larousse aussi. Mais tout le monde peut se tromper.
  • #10
    saintex
    24/03/2009 à 08:50
    Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés capitaux, je suis allé voir sur un site de psychanalyse. Et bien, la différence entre jalousie et envie est restée intacte.
    L’expression du jour ne parle pas, mais alors absolument pas de jalousie. Et voici l’extrait;
    L’envie est le sentiment de colère qu’éprouve un sujet quand il craint qu’un autre ne possède quelque chose de désirable et n’en jouisse ; l’impulsion envieuse tend à s’emparer de cet objet ou à l’endommager.
    La jalousie se fonde sur l’envie, mais alors que l’envie implique une relation du sujet à une seule personne et remonte à la toute première relation exclusive à la mère, la jalousie comporte une relation avec deux personnes au moins et concerne principalement l’amour que le sujet sent comme lui étant dû, amour qui lui a été ravi - ou pourrait l’être - par un rival. Selon l’idée commune, la jalousie est le sentiment qu’éprouve l’homme ou la femme d’être privé de la personne aimée par quelqu’un d’autre.
  • #11
    syanne
    24/03/2009 à 08:51
    Deux petites remarques sur pitié et compassion :
    1) Les deux mots ne me semblent avoir ni tout à fait le même sens, ni tout à fait la même portée. Pitié (qui n’est à l’origine qu’une altération de « piété » - et garde d’ailleurs jusqu’au moyen-âge, à côté de celui de « miséricorde », le sens propre de « piété »), pitié, donc, désigne un sentiment qui relève du devoir, de la charité chrétienne. Compassion renvoie à une émotion plus spontanée, plus empathique, à un « partage de la souffrance », comme l’indique son étymologie.
    2) Compassion et sympathie sont, étymologiquement parlant, exactement parallèles : le premier (d’origine latine) et le second (de "facture" grecque) évoquent la souffrance partagée (cum- ou syn- = avec ; -passion, -pathie = souffrance). La divergence d’évolution sémantique des deux mots est révélatrice de la souplesse de la langue. Encore que sympathie retrouve le sens de compassion lorsqu’on l’emploie pour exprimer des condéolances (synonyme, lui aussi, en ce cas !)
    @Momo : ma grand-mère, qui était rondelette, disait souvent, elle aussi, en reprenant du dessert avec gourmandise : « Il vaut mieux faire envie que pitié » !
  • #12
    chirstian
    24/03/2009 à 08:59
    • En réponse à saintex #10 le 24/03/2009 à 08:50 :
    • « Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés... »
    sans aller aussi loin que les sens donnés par la psychanalyse, je peux envier n’importe qui, dont je pense qu’il est plus heureux que moi : celui qui sort avec une actrice par exemple... Mais me prétendre jaloux de cette actrice, signifierait -je pense - que mon admiration ou mon amour pour elle me donne le sentiment que j’ai des droits sur elle.
    L’objet de mon envie et de ma jalousie n’est alors, pas le même : j’envie mon rival, je suis jaloux de la femme.
  • #13
    syanne
    24/03/2009 à 09:00*
    • En réponse à saintex #10 le 24/03/2009 à 08:50 :
    • « Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés... »
    Bienvenue à toi Saintex ! Permets-moi une rapide réflexion quant à ta contribution.
    L’expression « intégristes de la laïcité » est, à mon sens, un oxymore. Les deux termes sont incompatibles, puisque justement la laïcité exclut tout dogme, toute dominance d’une religion sur les autres ou sur l’absence de religion, puisqu’elle défend l’absolue liberté de conscience et donc de culte, à la seule condition que cette liberté soit exercée sans empiéter sur la sphère de l’état.
    Sur ce, sans envie ni pitié, mais avec bonne humeur, je m’en vais travailler et vous souhaite une très bonne journée.
  • #14
    chirstian
    24/03/2009 à 09:03
    Faut-il pleurer, faut-il en rire.
    Fait-elle envie ou bien pitié.
    Je n’ai pas le cœur à le dire.
    On ne voit pas le temps passer... Ferrat-Aragon 🙂
  • #15
    SagesseFolie
    24/03/2009 à 09:12*
    • En réponse à <inconnu> #2 le 24/03/2009 à 04:30* :
    • « """
      Lorsque l’expression est apparue, quelque part entre XIIe et le XVe siècle, le mot ’envie’ avait alors un sens plus fort que dans son us... »
    peut être en lien avec le mot "zélé"?

    Je cite René Garrus : «zèle (synonyme d’ardeur, d’empressement) est tiré du grec zêlos. l’adjectif dérivé est zélé. Zêlos passa en latin sous la forme zelus. En latin vulgaire, l’adjectif dérivé zelosus signifiait "envieux". De zelosus est issu le français jaloux.» Fin de citation.
    Pour le mot envie, c’est un peu plus complexe.
    Le mot envi (sans "e" final !) découle du vieux verbe "envier" issu du latin invitare, "inviter" et qui eut le sens de "défi", "provocation","rivalité".
    Comme, par exemple, dans boire à l’envi, c’est-à-dire jusqu’à plus soif.
    On invitait l’autre (ou les autres) à une compétition, une surenchère ou le gagnant était celui qui tenait le mieux la bouteille, qui était le plus "fort en gueule", le plus prodigue... etc :
    Des renommés vieux poètes (...)
    Chantant à l’envi maint beaux vers.

    Clément Marot, Complainte de G. Preud’homme.
    Envie, avec un e final, vient d’un mot latin d’une toute autre famille : invidia, jalousie.
    Notons que parmi les nombreux sens actuels du mot "envie", il y a :
    - Petites portions de peaux qui se détachent autour des ongles (mot utilisé, en principe, au pluriel).
    - Taches sur la peau des enfants.
  • #16
    chirstian
    24/03/2009 à 09:12
    • En réponse à syanne #13 le 24/03/2009 à 09:00* :
    • « Bienvenue à toi Saintex ! Permets-moi une rapide réflexion quant à ta contribution.
      L’expression « intégristes de la laïcité » est, à mon se... »
    je rassure Saintex, il vaut mieux être traité d’oxymore que faire pitié ! 🙂
    Le sens d’intégriste ayant quitté le domaine strictement catholique pour devenir " Celui qui s’attache à maintenir l’essentiel et l’accessoire d’une doctrine, d’un mouvement, en refusant toute concession, toute évolution dans l’essentiel comme dans l’accessoire." (TLFI) est-il faux de dire que certains partisans de la laïcité la défendent avec une telle rigueur intransigeante qu’il méritent bien le nom d’intégriste ?
  • #17
    chirstian
    24/03/2009 à 09:18
    • En réponse à SagesseFolie #15 le 24/03/2009 à 09:12* :
    • « peut être en lien avec le mot "zélé"?
      Je cite René Garrus : «zèle (synonyme d’ardeur, d’empressement) est tiré du grec zêlos. l’adjectif dé... »
    Envie, avec un e final, vient d’un mot latin d’une toute autre famille : invidia, jalousie.
    racine latine "vid"= voir, parce que "invidia" c’était littéralement : "voir d’un mauvais oeil" .
  • #18
    tytoalba
    24/03/2009 à 09:21
    • En réponse à saintex #10 le 24/03/2009 à 08:50 :
    • « Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés... »
    Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés capitaux, je suis allé voir sur un site de psychanalyse.

    Il ne me semble pas que l’on ait interdit sur ce site de faire référence à quelque religion que ce soit. Voir à cette page. Je le fais parfois, cela vient de ma culture. Mais je ne cherche pas à convaincre du bien fondé de ma foi. Personne ne m’a dit que je risquais d’être exclue du site pour autant. 🙂
  • #19
    chirstian
    24/03/2009 à 09:44
    • En réponse à tytoalba #18 le 24/03/2009 à 09:21 :
    • « Comme les intégristes de la laïcité interdisent de faire référence à notre culture chrétienne, et donc à la lumineuse définition des péchés... »
    mais tu es déjà exclue, Tyto ! On avait juste oublié de te le dire ... 🙂
  • #20
    tytoalba
    24/03/2009 à 09:45
    "L’envie se glisse dans l’âme; elle aveugle les esprits, et endurcit les coeurs" Bourdaloue
    Et pourquoi pas une petite visite à Envie sur cette page. Dans la province de Coni,sur le Giandone, affluent du Pô.