Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions
Le contenu présenté peut contenir des termes inappropriés liés à votre recherche.

bayer aux corneilles [v]

regarder en l'air ; rester sans rien faire ; se pogner le cul ; perdre son temps en regardant en l’air niaisement ; rêvasser

Origine et définition

Le verbe bayer qui signifie "avoir la bouche ouverte" ne doit pas être confondu avec bâiller.
Quant aux corneilles, au XVIe siècle, elles désignaient des objets insignifiants, sans importance. Ce terme pouvait aussi bien désigner l'oiseau (), présent en grande quantité à cette époque, que le fruit du cornouiller ().
Bayer aux corneilles voulait donc dire "rester bouche ouverte à regarder en l'air, contempler ou désirer des choses sans intérêts".

Exemples

; Qu'est-ce que vous faites à bayer aux corneilles ?
Sortez-moi de là, au lieu de bayer aux corneilles !
Je commençais à penser que vous ne viendriez pas, que peut-être vous bayiez aux corneilles.
Pas le temps de bayer aux corneilles, Moneypenny.

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand löcher in die Luft starren regarder fixement des trous dans l'air
Allemand maulaffen feilhalten mettre en vente des singes de gueule
Allemand in's Nachtkastel schauen regarder la table de chevet
Anglais to have one's head in the clouds avoir la tête dans les nuages
Arabe (Maroc) chiych addabbane chasse les mouches
Espagnol (Argentine) andar por las nubes marcher entre les nuages
Espagnol (Argentine) estar paspando moscas rester en chassant des mouches
Espagnol (Espagne) estar a la lluna de València être dans la lune de Valence
Espagnol (Espagne) estar en Babia être à Babia
Espagnol (Espagne) estar en el limbo être dans les limbes
Espagnol (Espagne) estar en las nubes être dans les nuages
Espagnol (Espagne) estar pensando en las mÉtats-Unisrañas penser aux mÉtats-Unisraignes
Espagnol (Espagne) quedarse embobado rester bouche bée
Français (Canada) compter les mouches
Hongrois bámul a fejéből regarder depuis sa tête
Hébreu תהה ובהה (taha ouvahaho) curieux et direct
Hébreu חבק את ידיו זמן embrasse ses mains pour le temps
Hébreu מרחף באוויר (merakhèf baavir) vol stationnaire dans les airs
Hébreu חימם את הכיסא réchauffé la chaise
Hébreu הרג זמן (harag zmann) temps mort
Italien avere la testa fra le nuvole avoir la tête dans les nuages
Italien stare con il naso per aria rester avec le nez en l'air
Néerlandais kringetjes spugen cracher des ronds
Néerlandais naar de hemel staren avoir les yeux fixés vers le ciel
Néerlandais voor zich uit staren fixer le vide devant soi
Portugais (Brésil) estar nas nuvens être dans les nuages
Portugais (Brésil) estar viajando être en train de voyager
Roumain a avea capul in nori avoir la tête dans les nuages
Roumain a căsca gura la bayer à
Russe витать в облаках planer dans les nuages
Russe считать ворон compter les corneilles
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « bayer aux corneilles » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « bayer aux corneilles » Commentaires

  • #1
    HoubaHOBBES
    24/05/2006 à 16:38
    Bayer, d’où nous est resté "bée" dans "rester bouche bée"
  • #2
    God
    24/05/2006 à 16:51
    • En réponse à HoubaHOBBES #1 le 24/05/2006 à 16:38 :
    • « Bayer, d’où nous est resté "bée" dans "rester bouche bée" »
    C’est pas tout-à-fait ça !
    Dans l’ordre chronologique :
    1120 : ’baer’, variation de ’beer’ qui a donné ’béer’ d’où vient réellement la bouche bée
    1190 : ’baier’, puis ’bayer’, plus tard
    ’bayer aux corneilles’ date de 1662.
  • #3
    <inconnu>
    25/05/2006 à 10:17
    Béer d’où vient aussi "béant". Béant tel le trou dans notre culture(*) si nous n’avions pas expressio.fr pour le combler.
    (*)Le premier qui enlève "ture" reçoit ma main dans la figure !
  • #4
    mident
    26/05/2006 à 13:16
    • En réponse à <inconnu> #3 le 25/05/2006 à 10:17 :
    • « Béer d’où vient aussi "béant". Béant tel le trou dans notre culture(*) si nous n’avions pas expressio.fr pour le combler.
      (*)Le premier qui... »
    Merci les gars (les filles aussi j’espère) pour tous vos commentaires. Je passe un temps fou à vous lire. J’m’amuuuuse !
    Et aussi, merci les Brusseleirs. ça est une fois tof tiens!
  • #5
    HoubaHOBBES
    29/05/2006 à 12:45
    • En réponse à <inconnu> #3 le 25/05/2006 à 10:17 :
    • « Béer d’où vient aussi "béant". Béant tel le trou dans notre culture(*) si nous n’avions pas expressio.fr pour le combler.
      (*)Le premier qui... »
    Ah, ben, j’en suis béat : le trou de ma culture bée moins !
  • #6
    amapola
    16/07/2006 à 11:55
    J’ai fait une découverte aujourd’hui : j’ai toujours cru, pour ne l’avoir jamais vu écrit, que l’on écrivait "bailler" aux corneilles. Mais comme quand on baille, on ouvre la bouche (même en essayant d’étouffer le baillement) ça revient à peu près au même . On apprend tous les jours, eh oui !
  • #7
    <inconnu>
    10/08/2006 à 16:52
    Selon l’Office québécois de la Langue française, qui consacre une page en ligne aux homophones du verbe bailler (bâiller, bayer), l’expression fait aussi référence au fruit du cornouiller :
    « Littéralement, la locution pourrait signifier « perdre son temps en regardant une chose aussi insignifiante que l’est la corneille pour le chasseur » (cet oiseau représentant une petite proie immangeable) ou « le fruit du cornouiller pour l’amateur de fruits » (la saveur aigrelette de ce fruit étant peu appréciée). »
    (voir l’original via BDL depuis http://www.oqlf.gouv.qc.ca/index.html)
  • #8
    <inconnu>
    12/08/2006 à 05:45
    On dirait que cette expression vous a cloué le bec... Me goure-je? (On apprends le bon français sur expressiopoint effère
  • #9
    cotentine
    17/12/2006 à 00:16*
    pour le bon cancre, au fond de la classe, assis près du radiateur ; "Bayer aux corneilles" ou "regarder les mouches voler" ... c’st du pareil au même ... ça revient à "peigner la girafe" !!! ... en 2 mots, ça revient à s’emm... !!!
  • #10
    <inconnu>
    17/12/2006 à 01:36
    • En réponse à cotentine #9 le 17/12/2006 à 00:16* :
    • « pour le bon cancre, au fond de la classe, assis près du radiateur ; "Bayer aux corneilles" ou "regarder les mouches voler" ... c’st du parei... »
    A Rouen, les éléves baillent devant Corneille, le lycée qui porte le nom d’un enfant du pays...Mais peut-être se reveillent-ils au son de la musique de Corneille l’enfant du Rwanda ?
  • #11
    momolala
    17/12/2006 à 07:24*
    Il me semble que "bayer" en vieux françois signifiait "donner" : donner (du grain) aux corneilles était chose inutile. "Bayer aux corneilles" signifierait donc faire quelque chose qui ne sert à rien, puis ne rien faire.
    Je crois qu’il y a un expressionaute qui possède encore son Lagarde et Michard du Moyen Âge. S’il est présent sur le site, il nous éclairera peut-être de son phare dans la journée.
  • #12
    momolala
    17/12/2006 à 07:30*
    "... et en donnèrent une grand(somme d’argent). Pour laquelle bayer et payer, baillèrent plusieurs otages, tant hommes comme femmes, qui depuis furent longtemps prisonniers, à rouen et ailleurs, pour la finance dessusdite"
    Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet, éd. par AC Buchon, Paris. A. Desprez libraire-éditeur 1836 p.791-792
    recherche de Pierre Michelin, maire de Folleville et président de la Société des Antiquaires de Picardie
    Pour la donner (porter) et payer, ils envoyèrent (missionnèrent) plusieurs otages.....
  • #13
    God
    17/12/2006 à 08:26
    • En réponse à momolala #11 le 17/12/2006 à 07:24* :
    • « Il me semble que "bayer" en vieux françois signifiait "donner" : donner (du grain) aux corneilles était chose inutile. "Bayer aux corneille... »
    Aucun dictionnaire ancien (en remontant au XVIIe), ni le DHLF n’indiquent que ’bayer’ pouvait signifier ’donner’.
    Par contre c’est bien le cas pour ’bailler’ qui n’a ni la même origine, ni la même signification.
    Confondaison ou confondage ?
  • #14
    borikito
    17/12/2006 à 08:27*
    • En réponse à cotentine #9 le 17/12/2006 à 00:16* :
    • « pour le bon cancre, au fond de la classe, assis près du radiateur ; "Bayer aux corneilles" ou "regarder les mouches voler" ... c’st du parei... »
    "regarder les mocuhes voler"

    Le cancre en question, qui baye aux corneilles, n’aura donc même pas l’occasion de "sodomiser les brachycères" qui sont devenus méconnaissables (très prudemment travestis) ?
  • #15
    momolala
    17/12/2006 à 08:47
    • En réponse à God #13 le 17/12/2006 à 08:26 :
    • « Aucun dictionnaire ancien (en remontant au XVIIe), ni le DHLF n’indiquent que ’bayer’ pouvait signifier ’donner’.
      Par contre c’est bien le c... »
    C’est probable, mais tenace : j’entends encore mon professeur de français de 5ème qui me fit découvrir avec émerveillement notre langue au Moyen Âge. Mais il est vrai que les "traductions" en français moderne sont ultérieures et forcément approximatives, chaque dictionnaire relevant des connaissances du moment de l’histoire de la langue et de la subjectivité de son auteur. Cf l’exemple que je cite plus haut !
  • #16
    God
    17/12/2006 à 08:49
    • En réponse à borikito #14 le 17/12/2006 à 08:27* :
    • « "regarder les mocuhes voler"
      Le cancre en question, qui baye aux corneilles, n’aura donc même pas l’occasion de "sodomiser les brachycères"... »
    C’était une tribu d’indiens réputés pour voler, mais dans les magasins... Le dernier des Mocuhes s’est éteint, il n’y a pas longtemps, écrasé par une tapette.
  • #17
    God
    17/12/2006 à 09:01
    • En réponse à momolala #15 le 17/12/2006 à 08:47 :
    • « C’est probable, mais tenace : j’entends encore mon professeur de français de 5ème qui me fit découvrir avec émerveillement notre langue au M... »
    Tenace aussi. Sur le fond, tu as raison, mais :
    1. Les profs qui font des erreurs, assurés de leur savoir, il y en a un certain nombre.
    2. Les fôtes d’orthographe avaient déjà été inventées au temps de Charles VI (celle d’Enguerrand ou Enguerand).
    Alors qu’on sait remonter très loin sur l’étymologie de nombreux mots, je trouve très étonnant que ’bayer’ ne soit jamais, mais alors jamais, depuis 1606, associé à ’donner’.
    Alors qu’on me procure des références de sources dignes de foi qui cite cette signification et je me laisserai convaincre.
  • #18
    momolala
    17/12/2006 à 09:16
    • En réponse à God #17 le 17/12/2006 à 09:01 :
    • « Tenace aussi. Sur le fond, tu as raison, mais :
      1. Les profs qui font des erreurs, assurés de leur savoir, il y en a un certain nombre.
      2. L... »
    Pierre Michelin et moi avons dû avoir des professeurs formés à la même école par une professeur lui-même convaincu de sa science. Je ne me suis jamais posé la question et n’ai donc pas croisé mes informations. Le DHLF est un projet de cadeau perso pour le moment ! En toute humilité, j’apprends et j’en suis fort aise.
    Je vais m’aérer pendant que le soleil lui, luit (plus que ma science !). A tout à l’heure sans doute quand tout le monde sera éveillé.
  • #19
    PHILO_LOGIS
    17/12/2006 à 10:09
    @Co, la Tantine,
    @Petula, la Pétulante,
    @Momo, qu’est toujours là là,
    dites-moi, mesdames, n’avez vous donc rien de mieux à faire, la nuit, que de vous trouver les pieds dans les "blogs" de départ, le doigt sur la gâchette, à ne pas encore bailler pour nous la bailler belle en bayant aux corneilles? Faites la course, ou quoi?
    Seriez-vous donc des enfants de la baille, que vous rebondissez ainsi sur tous les sujets, ou est-ce plutôt pour éviter que notre LPP national ne vous foute à la baille? C’est vrai que pour cela, la Baie du Cotentin deviendrait pour l’heure la Baie des Anges, si vous y étiez.
  • #20
    chirstian
    17/12/2006 à 10:35*
    • En réponse à God #17 le 17/12/2006 à 09:01 :
    • « Tenace aussi. Sur le fond, tu as raison, mais :
      1. Les profs qui font des erreurs, assurés de leur savoir, il y en a un certain nombre.
      2. L... »
    bailler et bâiller
    bailler vient du latin "bajulare" : porter a pris un sens de "donner" au XII comme extension de porter, qui n’existait pas en latin. Il en reste les termes juridiuques actuels de bail (location) ,bailler (donner en location etc... Le "bajulus" (portefaix) a pris du galon, puisque la charge publique a été donnée au "bailli" ...
    rien à voir donc avec la famille de "bâiller" (bâillement, bâillon, enrebailler etc...) du latin "batare" : ouvrir involontairement la bouche sous l’action de la faim, de la fatigue, de l’ennui etc... C’est aussi de "batare" que sont venus bayer ou béer.
    l’accent circonflexe de bâiller vient-il évoquer la bouche ouverte ?
    Il est en tous cas tout à fait possible de dire :
    je baye (ou bâille) au corneilles (rien à foutre ce matin !)
    et je baille aux Corneilles ( je loue un appartement à la famille Corneille)