Les expressions françaises décortiquées
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tomber en carafe [v]

être frustré ; être abandonné ; être oublié ; tomber en panne ; tomber en rade

Origine et définition

Notre langue imagée aime bien les récipients divers. La preuve ?
« Dans un groupe, il est fréquent que la gourde ou la cruche reste en carafe, surtout si, en plus, elle traîne des casseroles. »
Mais pourquoi une carafe, ici ?

Cette expression est née à la fin du XIXe siècle.
On peut penser que celui qui reste en carafe, abandonné, se retrouve comme une cruche, comme un imbécile, le sens ayant alors glissé d'un récipient ventru à un autre.

Mais il faut aussi savoir qu'en argot, apparu un peu avant notre locution, le mot 'carafe' a désigné la bouche ("fouetter de la carafe", c'était avoir mauvaise haleine), celle-ci étant un récipient également destiné à contenir -même si c'est très temporairement- des liquides divers.
Or, le premier sens de l'expression s'appliquait à l'orateur, qui ne trouvant plus ses mots, restait bouche bée. Et c'est ensuite, par extension, qu'on serait passé de l'orateur qui reste en plan, à une personne quelconque dans le même état, puis à celle qui est abandonnée, oubliée.

Compléments

Au début du XXe siècle, chez les aviateurs, "tomber en carafe", c'était tomber en panne.

Exemples

« Ribouldingue était navré de laisser sa boule-de-neige [son épouse de couleur] en carafe, mais l'intérêt de l'association nécessitant le sacrifice, il s'y résigne. »L'épatant - 1909« − Oui, fait le petit gros [à ses camarades] (...) fallait nous avertir...− Si je l'avais fait, dit La Commande (...) vous vous seriez dégonflés. Et je ne voulais pas être seul dans le bain (...) on serait restés en carafe dans le bois de Saint-Cloud, avec la bagnole ! »Paul Vialar - Clara et les méchants

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand bestellt und nicht abgeholt on a été commandé, mais pas réceptionné
Anglais flabergasted rester sans mots, sans paroles
Anglais to be flabbergasted être sidéré
Arabe (Algérie) tahhatt bihh lui et sa belle vie sont tombés
Espagnol (Espagne) quedarse en blanco rester blanc
Espagnol (Espagne) quedarse en la estacada rester sur la palissade
Espagnol (Argentine) quedar plantado en un lugar rester planté quelque part
Espagnol (Argentine) se le hizo una laguna avoir en lac dans la mémoire
Espagnol (Espagne) dejar a uno más plantado que un árbol laisser quelqu'un plus planté qu'un arbre
Espagnol (Espagne) quedarse atrancado rester bloqué
Espagnol (Espagne) quedarse colgado rester accroché
Espagnol (Espagne) quedarse cortado rester coupé
Français (Belgique) rester en raque rester planté, en panne
Gallois cael cawell recevoir un panier
Grec μένω μπουκάλα rester carafe
Hongrois elakad rester en carafe
Italien essere piantato in asso être abandonné
Néerlandais in de kou blijven staan rester dans le froid
Néerlandais met zijn mond vol tanden staan rester avec sa bouche plein de dents
Néerlandais paf staan rester en carafe, être désorienté
Portugais (Brésil) dar um branco donner un blanc
Portugais (Brésil) ficar no caritó #NOM?
Roumain a cădea în dizgraţie tomber en disgrâce
Roumain A rămâne cu curu-n baltă Rester le cul dans la flaque
Roumain A rămâne cu ochii-n soare Rester les yeux au soleil
Roumain a ramane balta rester flaque
Roumain a ramane de izbeliste rester sans surveillance
Slovaque ma? okno avoir une fenêtre
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Voir aussi

Variantes

  • Rester en carade

Commentaires sur l'expression « tomber en carafe » Commentaires

  • #1
    <inconnu>
    28/08/2007 à 01:05*
    Comme syl qui était restée en carafe avec sa batterie.
    Heureusement que les amis sont là pour rétablir le courant 😄
    Des hommes au service des femmes😉
  • #2
    <inconnu>
    28/08/2007 à 01:52*
    • En réponse à <inconnu> #1 le 28/08/2007 à 01:05* :
    • « Comme syl qui était restée en carafe avec sa batterie.
      Heureusement que les amis sont là pour rétablir le courant 😄
      Des hommes au service de... »
    Étymologie selon le Littré
    Espagn. et portug. garrafa ; ital. caraffa ; napolit. carrafa, sorte de mesure des liquides ; sicil. carrabba ; on le tire de l’arabe gerât, mesure pour les substances sèches, garafa, puiser

    De puisée à épuisée, ce fut bien là le lot de la fille du puisatier laissée en carafe par son bel aviateur (pour les nouveau-nés : film de Pagnol sorti pour Noël 1940 à Marseille)
  • #3
    cotentine
    28/08/2007 à 01:56
    • En réponse à <inconnu> #1 le 28/08/2007 à 01:05* :
    • « Comme syl qui était restée en carafe avec sa batterie.
      Heureusement que les amis sont là pour rétablir le courant 😄
      Des hommes au service de... »
    et quelques autres qui ont maudit leur ordi de les laisser "en carafe" !!! oui, j’en connais ! hein Filo ? hein Elpépé ? et Louisann ?, etc. ... et même moi, il y a peu ...
    Sur un site des + de 50 ans ... j’avais lu y’a quelques jours un commentaire qui résume ce que je pense : "... On se demande pourquoi certains ustensiles de ménage entrent traditionnellement dans des comparaison malveillantes et sont l’objet d’éternels quolibets. On dit : "Vous raisonnez comme une casserole", ce qui est désobligeant, mais se comprend à cause du jeu de mots avec "résonner". Mais vous êtes une outre, gonflée de vent ? Une cruche, une gourde ?...
    A part la bouteille, dont nul ne médit, pour laquelle on a inventé un adjectif unique, la dive bouteille - c’est-à-dire la divine - sauvée probablement par son contenu, tout semble attire la vindicte, jusqu’à la malheureuse potiche qui irrite par sa placidité, pourtant bien naturelle ! Pour la gourde encore, qui vient de la "courge", citrouille séchée servant de calebasse, on peut comprendre à la rigueur qu’elle puisse souffrir de ses origines de potiron. Mais la pauvre cruche, celle qui "tant va à la fontaine qu’elle y perd le cul" ?
    Pourquoi tant de dédain ? Peut-être précisément parce que ces récipients sont destinés à ne recueillir que de l’eau, la boisson des femmes, des enfants et des pauvres en général !...
    Il semble aussi que la raillerie s’adresse de préférence à des formes pansues : on se moque de la tête en la traitant de cafetière. Faut-il y voir une assimilation inconsciente avec un stéréotype des formes féminines et l’expression larvée de la misogynie séculaire ? "Outre" vient de uter, ventre, comme utérus...
    En tout cas la carafe (de l’arabe gharrâfa, pot à boire) n’échappe pas à la malédiction commune des formes rebondies. "C’est une vraie carafe d’orgeat, pour dire un homme que rien n’excite, froid jusqu’à l’apathie". Il s’ensuit naturellement que l’on reste en carafe, en plant (planté là) comme un imbécile ! Un empoté en quelque sorte ! C’est le sort d’un orateur qui a un trou de mémoire, les bras ballants... C’était aussi l’infortune des premiers automobilistes dont le glorieux véhicule tombait en panne dans le paysage..." et ça arrive encore bien souvent, quoique qu’on en dise ! malgré le dépann’ touriste ... Ces orgueilleux devaient être secourus en rase campagne par un paisible attelage de boeufs. Quelles carafes ! sans oublier les planeurs qui parfois se "vachent" et restent en carafe un bon moment ! 😉
  • #4
    PHILO_LOGIS
    28/08/2007 à 07:18*
    Je crois que vous avez tous tout faux.
    C’est pourtant mais bon sang, mais c’est bien sûr, évident...
    Tout cela vient d’un certain Raphael, qui fut canonisé dans le midi de la France. (Et pourtant, personne n’a jamais osé tirer à boulets rouges sur lui!)
    Il fut canonisé, grâce au petit canon qu’il s’enfilait tous les mâtins, quel site, cet Expressio!
    C’était un petit buveur: il ne buvait que son apéritif, et travaillait Dubonnet.
    Dès lors qu’il fut canonisé, les gens de la région se mirent à dire, en connaisseurs:
    C’est un cas, Raph’!"
    Et cette expression est restée..
  • #5
    sylphide
    28/08/2007 à 07:37
    Bonjour en ce petit matin !
    Allez, j’ouvre le phare et je filoche, j’ai rendez-vous au ga-raf! et enfuite chez dentiste!!!!à ce soir, soyez sages,comme d’ordinaire, bises à vous tous!
  • #6
    tytoalba
    28/08/2007 à 08:38
    "fouetter de la carafe", c’était avoir mauvaise haleine

    Les pêcheurs utilisaient eux aussi une carafe pour la capture de petits poissons ( goujons, vairons, ...) qui servaient ensuite d’amorce à la pêche de poissons carnassiers plus grands ( brochet, perche,...). Le cul de la bouteille était percé et le petit poisson une fois entré dans la carafe ne pouvait plus en sortir. J’ai déjà vu aussi ce genre de carafe qui sert à piéger les guêpes. On peut donc penser que ces carafes ne sentent pas très bon et refluent donc du goulot.
    Bien le bonjour à tous les Expressionautes. Et aussi à tous ceux qui nous lisent sans oser participer.
  • #7
    chirstian
    28/08/2007 à 08:55
    J’en reste en gargoulette !
  • #8
    chirstian
    28/08/2007 à 09:01
    • En réponse à tytoalba #6 le 28/08/2007 à 08:38 :
    • « "fouetter de la carafe", c’était avoir mauvaise haleine
      Les pêcheurs utilisaient eux aussi une carafe pour la capture de petits poissons (... »
    plus on prend de la bouteille, plus on reste en carafe !
  • #9
    syanne
    28/08/2007 à 09:07*
    • En réponse à cotentine #3 le 28/08/2007 à 01:56 :
    • « et quelques autres qui ont maudit leur ordi de les laisser "en carafe" !!! oui, j’en connais ! hein Filo ? hein Elpépé ? et Louisann ?, etc.... »
    On se demande pourquoi certains ustensiles de ménage entrent traditionnellement dans des comparaison malveillantes et sont l’objet d’éternels quolibets.

    Je ne suis pas sûre qu’il faille chercher ici de la malveillance, mais seulement un penchant linguistique très naturel.
    Ce recours si fréquent aux métaphores s’explique par la préférence que nous avons pour les images, le concret : la perception est en effet immédiate et facile, alors que l’abstraction, la conceptualisation est secondaire et demande un effort intellectuel.
    Le mot « tête », par exemple, qui n’a aucune connotation familière ou péjorative, provient du latin testa, qui désigne la brique (nous y revoilà !) et (par métonymie, sans doute) un pot en terre, une cruche. Testa, c’est le mot que les soldats romains (occupants de la Gaule) employaient familièrement, plus souvent probablement que capu (forme populaire bas-latine de caput, itis qui est le terme littéraire et a donné, par transmission populaire et formation savante des mots aussi différents que "chef" et "capitale").
    Autrement dit, la « tête », si on se rapporte à son lointain étymon testa, équivaut à une cruche. Les soldats romains voulaient-ils évoquer par là la vacuité de notre esprit, ou sa faculté à recevoir toutes sortes de contenus ? Ou bien tout simplement, peut-être, la testa renvoyait-elle à la rondeur et la dureté du crâne… En tout cas, comme carafe l’est dans notre français moderne pour la bouche, c’était un avatar argotique de caput.
  • #10
    momolala
    28/08/2007 à 09:09
    Je croyais que l’expression venait du vin qu’on laisse reposer en carafe avant de le servir à table. Je m’étais imaginé que des résidus en suspension restaient au fond de la carafe dont le fond n’était pas consommé. Comme "boire le calice jusqu’à la lie", puisque "quand le vin est tiré, il faut le boire". Marceeeeeeeel !
  • #11
    tytoalba
    28/08/2007 à 09:11
    • En réponse à chirstian #8 le 28/08/2007 à 09:01 :
    • « plus on prend de la bouteille, plus on reste en carafe ! »
    peu importe la bouteille si la carafe est jolie. Je propose en ce jour que nous organisions une carafe-fan en ton honneur.
  • #12
    flexique
    28/08/2007 à 09:12*
    Tomber en carafe implique-t-il d’avoir des verres ? Sarkosy au dernier G8 pourrait le laisser penser. Merci à nos amis belges de nous avoir transmis les images (voir cette page).
  • #13
    manata
    28/08/2007 à 09:29
    • En réponse à flexique #12 le 28/08/2007 à 09:12* :
    • « Tomber en carafe implique-t-il d’avoir des verres ? Sarkosy au dernier G8 pourrait le laisser penser. Merci à nos amis belges de nous avoir... »
    ah bien ça fait deux jours que mon ordi me laisse en carafe
    je le secoue : et tout va bien pour une heure, si ça continue : "il va péter un câble" et moi aussi je retourne à mes moutons
    mais je positive je vois toujours la carafe pleine
  • #14
    chirstian
    28/08/2007 à 09:51
    • En réponse à syanne #9 le 28/08/2007 à 09:07* :
    • « On se demande pourquoi certains ustensiles de ménage entrent traditionnellement dans des comparaison malveillantes et sont l’objet d’éternel... »
    bravo, belle réflexion aussi étymo que logique !
  • #15
    chirstian
    28/08/2007 à 10:02
    • En réponse à syanne #9 le 28/08/2007 à 09:07* :
    • « On se demande pourquoi certains ustensiles de ménage entrent traditionnellement dans des comparaison malveillantes et sont l’objet d’éternel... »
    Le mot « tête », par exemple, qui n’a aucune connotation familière ou péjorative, provient du latin testa, qui désigne la brique
    le vieux français "test" ( ou "tes" ) désignait effectivement à la fois le pot de terre, l’argile, et le crâne (on le retrouve dans "tesson" : débris de pot), mais on trouvait alors aussi (dico Larousse de l’ancien français) les verbes :
    teser : tendre, étendre (de tendere, tensare)
    tesir : être gonflé
    taisir : taire
    teseiller : ouvrir la bouche
    Me semble qu’on tourne autour du pot, là ? Pardon, autour de la carafe !
  • #16
    PHILO_LOGIS
    28/08/2007 à 10:02
    • En réponse à syanne #9 le 28/08/2007 à 09:07* :
    • « On se demande pourquoi certains ustensiles de ménage entrent traditionnellement dans des comparaison malveillantes et sont l’objet d’éternel... »
    le latin caput n’a pas donné l’allemand kaputt.
    Et pourtant, le francais singe se traduit en allemand par Affe.
    Peut-on dire pour autant qu’un petit singe est un quart-Affe?
    Oui, bon, ma grosse cabessa est peut-être un peu fêlée, mais ce n’est pas d’avoir vidé des tas de carafes! Elle sonne peut-être un peu comme une cale basse. Et youpie, ainsi soit-il: je viens ainsi de démontrer que cette expression ne peut venir que de la Marine!
  • #17
    syanne
    28/08/2007 à 10:31
    • En réponse à chirstian #14 le 28/08/2007 à 09:51 :
    • « bravo, belle réflexion aussi étymo que logique ! »
    réflexion aussi étymo que logique

    J’avoue que, vu l’expressio du jour, j’ai été tentée par une réflexion éthylo-logique, mais il est encore un peu tôt.
  • #18
    momolala
    28/08/2007 à 10:31
    • En réponse à momolala #10 le 28/08/2007 à 09:09 :
    • « Je croyais que l’expression venait du vin qu’on laisse reposer en carafe avant de le servir à table. Je m’étais imaginé que des résidus en s... »
    Gougueule m’emboîtant la carafe, je vous propose tout sur l’art de "carafer" le vin sur cette page. De quoi se mettre les papilles en éveil.
  • #19
    momolala
    28/08/2007 à 10:31
    • En réponse à syanne #17 le 28/08/2007 à 10:31 :
    • « réflexion aussi étymo que logique
      J’avoue que, vu l’expressio du jour, j’ai été tentée par une réflexion éthylo-logique, mais il est encore... »
    Ah, toi aussi alors !
  • #20
    syanne
    28/08/2007 à 10:39
    • En réponse à momolala #19 le 28/08/2007 à 10:31 :
    • « Ah, toi aussi alors ! »
    Ah, le bon vin, que d’abord l’on goûte de tous ses sens quand il est carafé : que la carafe soit de fin cristal ciselé ou de verre bosselé, la couleur, la lumière, le nez du vin attisent si bien nos papilles ! N’en déplaise à Musset, c’est bien au flacon que commence l’ivresse...