Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

Chanter pouilles (à quelqu'un)

Injurier, faire des reproches injurieux

Origine

En général, quand on chante, on n'est pas d'humeur à injurier autrui. Mais là, oui ! Surtout quand l'autre est couvert de poux et risque de nous en transmettre.
C'est en effet du très sympathique pou que cette expression semble nous venir au XVIIe siècle, même si certains ne sont pas d'accord[1].
Car il ne faut pas oublier que ce mot s'orthographiait 'pouil' autrefois, et qu'il a donné des dérivés comme 'pouilleux', par exemple, mais aussi le verbe 'pouiller', qui voulait dire "enlever les poux" (notre 'épouiller' d'aujourdhui), et qui, au sens figuré, voulait également dire 'injurier', tant il vrai qu'à l'époque, accuser quelqu'un d'avoir des poux ou lui dire "va te faire pouiller" ne devait probablement pas être considéré comme un compliment.
Quant à 'chanter', au XVIIe siècle, il signifiait aussi simplement 'dire'. Donc chanter pouilles, ne voulait pas dire "chanter (des) injures", au sens actuel de 'chanter', mais "dire (des) injures".
Parallèlement à notre expression, on trouvait aussi, avec le même sens, "chanter injures" ou bien "chanter goguettes".
[1] Pierre Guiraud, par exemple, suppose en effet que cette expression est un dérivé de "chanter le coq", ancienne expression qui voulait dire, à propos d'une femme, "vouloir dominer le ménage". Or, de coq à poule, il n 'y a qu'une simple différence de sexe, et c'est cette 'poule' qui aurait été tranformé en 'pouille'.
Cette explication semble toutefois un peu capillotractée, d'autant plus que le lien entre celle qui veut porter la culotte et les injures n'est pas très facile à établir.
Mais on trouve également d'autres explications, comme celle liée à la poulie (les injures étant prononcées d'une voix aussi criarde et désagréable que la poulie qui grince) ou bien aux chevaux, la poulie étant aussi autrefois "l'étable à loger les chevaux" et "chanter écurie" rappelant le langage très peu châtié des palefreniers.

Exemple

« (…) je me fis chanter pouilles par les deux autres : ils m'avaient demandé si j'étais royaliste ou républicain, et j'avais répondu : - Républicain parbleu ! »
André Gide - Si le grain ne meurt

Ailleurs

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Jemanden beschimpfen Injurier qn
Angleterre Anglais To give someone a telling off Donner à quelqu'un des réprimandes
Angleterre Anglais To give someone a telling off Donner à quelqu'un des réprimandes
Angleterre Anglais To shout the odds at someone Crier la cote envers quelqu'un
États-Unis Anglais To call someone names Appeler quelqu'un des noms
États-Unis Anglais To cut someone (real) deep Couper quelqu'un (vraiment) profondément
États-Unis Anglais To cut someone to the quick Couper quelqu'un jusqu'au vif
États-Unis Anglais To give someone a piece of one's mind Donner à quelqu'un un morceau de son esprit
États-Unis Anglais To give someone the dickins Faire des réprimandes à quelqu'un
Espéranto Espéranto Superŝuti iun per insultoj Couvrir quelqu'un d'insultes
Argentine Espagnol Cantarle las cuarenta a alguien Chanter les quarante à quelqu'un
Espagne Espagnol Cantar las cuarenta Chanter les 'quarante' (en faisant allusion à un déterminé jeu de cartes)
Espagne Espagnol Cantar les veritats Chanter les vérités
Espagne Espagnol Cantarle las cuarenta a alguien Chanter les quarante à quelqu'un
Espagne Espagnol Echar la caballería encima Jeter la cavalerie dessus (sur quelqu'un)
Espagne Espagnol Poner (a alguien) como un trapo Traiter (quelqu'un) comme un chiffon
Espagne Espagnol Poner a caldo a alguien Mettre quelqu'un à bouillon
Canada Français Chanter une poignée de bêtises
Canada Français Engueuler comme du poisson pourri Engueuler comme du poisson pourri
Hongrie Hongrois Kígyót, békát kiált valakire Crier grenouille et serpent contre quelqu'un
Italie Italien Cantarne di tutti i colori En chanter de toutes les couleurs
Italie Italien Cantarne quattro a qualcuno En chanter quatre à quelqu'un
Italie Italien Diriccìnni quàttru Lui en dire quatre
Pays-Bas Néerlandais Iemand de huid vol schelden Jurer le peau plein contre quelqu'un
Pays-Bas Néerlandais Iemand stijf vloeken Injurier quelqu'un à s'en raidir
Brésil Portugais Meter a boca (em alguém) Mettre la bouche (sur quelqu'un)
Roumanie Roumain A turna zoaie în capul cuiva Verser de l’eau souillée sur la tête de quelqu’un
Roumanie Roumain A-i zice vreo două (vorbe) Lui en dire quelque deux (mots)
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Commentaires sur l'expression « Chanter pouilles (à quelqu'un) » Commentaires

  • #1
    • Elpepe
    • 08/01/2009 à 00:19
    Chanter poulie... Je savais bien que l’expression vient de la Marine !
  • #2
    • Elhouu
    • 08/01/2009 à 00:44
    Dans ma région,il y a une expression dérivée :"Dépouille -té don."
    qui signifie "Déshabille-toi."Nous sommes loin de notre chère Gréco...
  • #3
    • mickeylange
    • 08/01/2009 à 01:04
    Chanter pouilles, ou chanter goguette, sans éditeur de...
    non j’ai rien dit.
  • #4
    • cotentine
    • 08/01/2009 à 01:51
    • En réponse à mickeylange #3 le 08/01/2009 à 01:04 :
    • « Chanter pouilles, ou chanter goguette, sans éditeur de...
      non j’ai rien dit. »
    hé ! si tu veux "chanter Pouilles", vas donc dans le "talon de la botte" cette page où Elpépé peut trouver sa joie dans la Mare Nestrum car les 2 ports de Bari et Brindisi sont animés et importants de cette région et il peut même rejoindre la Grèce avec son bateau. (enfin c’est ce que décrit ce site de voyage : cette page 😉
  • #5
    • Elpepe
    • 08/01/2009 à 01:52
    • En réponse à mickeylange #3 le 08/01/2009 à 01:04 :
    • « Chanter pouilles, ou chanter goguette, sans éditeur de...
      non j’ai rien dit. »
    C’est dans les Pouilles qu’on chante le bel canto ?
  • #6
    • HoubaHOBBES
    • 08/01/2009 à 07:13
    Ne confondons pas :
    "Chanter pouilles"
    et
    "Planter des chouilles" !
    Ouille-Hobbes
  • #7
    • PtiPat
    • 08/01/2009 à 07:22
    • En réponse à HoubaHOBBES #6 le 08/01/2009 à 07:13 :
    • « Ne confondons pas :
      "Chanter pouilles"
      et
      "Planter des chouilles" !
      Ouille-Hobbes »
    Ne confondons pas non plus avec :
    Chanter couilles à quel pain ? 😕
  • #8
    • PtiPat
    • 08/01/2009 à 07:38
    • En réponse à Elpepe #1 le 08/01/2009 à 00:19 :
    • « Chanter poulie... Je savais bien que l’expression vient de la Marine ! »
    Sur ce coup là, je te l’accorde. Les Pouilles sont une "région au relief peu important", comme ils disent sur le site mentionné par Cotentine. Donc pas de lien apparent avec la montagne ... Vu les côtes de Pouilles, longues et entourées de mers (Adriatique et Ionienne), c’est bien une expression marine !
  • #9
    • OSCARELLI
    • 08/01/2009 à 07:45
    Venez, mes petits chouilles,
    Venez sur mes genouilles,
    Venez avec vos joujouilles,
    Pour que je vous cherche les pouilles.
    Papa avec ses grands yeux de hibouille
    Vous offrira beaucoup de bijouilles
    Avec des pierres grosses comme des caillouilles.
    En voilà, des carabistouilles!
  • #10
    • <inconnu>
    • 08/01/2009 à 08:15
    J’accours!
    J’accoui...lle!
    8 Expressio ce matin...qui tombaient comme de la grenaille!
    Mais je ne le prends pas comme une injure! A que non!
    Je dirai que ça me rabistouille!!! de bon matin. 😄
  • #11
    • PtiPat
    • 08/01/2009 à 08:22
    • En réponse à OSCARELLI #9 le 08/01/2009 à 07:45 :
    • « Venez, mes petits chouilles,
      Venez sur mes genouilles,
      Venez avec vos joujouilles,
      Pour que je vous cherche les pouilles.
      Papa avec ses gran... »
    J’ai bien aimé ta petite bafouille,
    Au sujet de l’épouille.
    Sa douce mélodie gargouille,
    Comme le fait la grenouille.
    Si on la mâchouille,
    On voit que point elle ne cafouille,
    Comme de la pattemouille,
    Que l’on tripatouille.
    Au contraire, elles comme une nouille,
    Fabriquée par une quenouille,
    Que l’on embarbouille,
    Et devant laquelle on s’agenouille.
    Quand je farfouille,
    Que je continue ma fouille,
    Je ne trouve que de la ratatouille,
    Que l’on écrabouille.
    Même une fripouille,
    Même une patrouille
    D’hommes-grenouille
    En vadrouille,
    Ne trouveraient mieux que ta bafouille. 😉
  • #12
    • momolala
    • 08/01/2009 à 08:34
    Eh bé, les rimes en -ouille inspirent les poétouilles de ce merrrveilleux site ! Quels talents ! 😄
    Il me semble quand même que "chanter" était davantage "crier" que "dire". J’ai cru longtemps, ignare que je suis encore de la liturgie, que ces "pouilles" étaient une sorte de chant religieux marquant le reproche ou la colère divine aux vilains pécheurs (ou vilains, ou pêcheurs...), enfin aux pouilleux.
  • #13
    • <inconnu>
    • 08/01/2009 à 09:32
    ACTE I
    scène1
    PETU, entrant en scène
    Salut à vous, ô, nobles fripouilles !
    MOMO, en apparté
    Arrg, encore des rimouilles !
    PETU
    je vous souhaite pour cette nouvelle année:
    de ne pas avoir à manger trop de nouilles
    que vos articulations point trop ne rouillent
    de ne pas attraper la chtouille
    d’avoir du pognon plein les fouilles
    et toujours un sourire sur la bouille !
    Fin de la scène, fin de l’acte, fin de la pièce (ouf !)
    Pétul-Anouilh (enfin, plutôt "la nouille", mais bon....)
  • #14
    • momolala
    • 08/01/2009 à 09:44
    • En réponse à <inconnu> #13 le 08/01/2009 à 09:32 :
    • « ACTE I
      scène1
      PETU, entrant en scène
      Salut à vous, ô, nobles fripouilles !
      MOMO, en apparté
      Arrg, encore des rimouilles !
      PETU
      je vous souha... »
    Ah
    Tu es là
    Petula !
    Grande est ma joie !
    Manque Eureka
    Belle Falbala
    Reine de mots va-
    lises et de la goua-
    ille pour qu’ici bas
    Tout ce site-là
    Chante ah ! ah ! ah !
  • #15
    • <inconnu>
    • 08/01/2009 à 10:24
    Y a pas de quoi chanter quand y a des pouilles dans le cottage.
  • #16
    • momolala
    • 08/01/2009 à 10:26
    • En réponse à <inconnu> #15 le 08/01/2009 à 10:24 :
    • « Y a pas de quoi chanter quand y a des pouilles dans le cottage. »
    Réservé aux messieurs, les dames ne pouvant connaître l’inconfort de la situation que tu contrepétrisdécris.
  • #17
    • cotentine
    • 08/01/2009 à 10:33
    Mathieu aurait pu chanter pouilles à sa maman ! cette page
  • #18
    • horizondelle
    • 08/01/2009 à 10:39
    • En réponse à OSCARELLI #9 le 08/01/2009 à 07:45 :
    • « Venez, mes petits chouilles,
      Venez sur mes genouilles,
      Venez avec vos joujouilles,
      Pour que je vous cherche les pouilles.
      Papa avec ses gran... »
    Ah, alors là je peux te traiter de zwanseur sans faire d’erreur? 😉
  • #19
    • horizondelle
    • 08/01/2009 à 10:41*
    • En réponse à PtiPat #11 le 08/01/2009 à 08:22 :
    • « J’ai bien aimé ta petite bafouille,
      Au sujet de l’épouille.
      Sa douce mélodie gargouille,
      Comme le fait la grenouille.
      Si on la mâchouille,
      O... »
    Hum, je vois que les ...ouilles en inspirent plus d’un(e) 😄
    @ Momo: Excuse-moi, je n’avais pas encore lu plus loin, "je te répète".🙂
  • #20
    • momolala
    • 08/01/2009 à 10:45*
    J’ai cherché un peu de littérature qui donne du souffle à cette expression et j’ai découvert Jean-François Grégoire (voir le lien de Cotentine plus bas))qui pourrait bien plaire à quelques-unes ou uns d’ailleurs sur ce merrrveilleux site car il a écrit ceci que vous me pardonnerez de vous livrer in extenso, l’ergonomie de la page où je l’ai déniché n’étant pas des plus faciles !
    Très chère audacieuse,
    J’avale doux comme lait la caresse de vos mots et pourtant il appert que vous jetez votre bonnet par-dessus les moulins. Pour tenir le dé dans notre société, je ne peux rôtir le balai avec le demi-monde faute de loger le diable dans ma bourse et d’en payer les violons. Ainsi et vous l’avez remarqué, conter fleurette je le puis encore mais sans sou ni maille et sans chanter pouilles aux mies compassées qui courent la prétentaine et donnent dans le phébus.
    Ne faites pas flèche de tout bois, ne mettez pas flamberge au vent et ne vous battez pas les flancs pour récupérer un amour qui n’est pas présent. N’ayez pas l’air de revenir de Pontoise ou d’être prise sans vert car chacun sait ici bas que je ne tourne jamais autour du pot et que je ne suis jamais entre zist et le zest pour dévoiler ce qui me semble sot.
    Voyez-vous, je pense qu’à mon égard vous faites la mouche du coche et dans vos intentions vous ne vous mouchez pas du pied pour me jeter de la poudre aux yeux. Enfin, et j’ose vous le dire, je ne fréquente jamais les moutons de Panurge de la rue vison-visu qui jouent dans une société de momeries et ne connaissent pas le vrai amour celui qui dit toujours.
    Alors, très chère audacieuse, vous me voyez désolé de ne pas succomber à vos soyeux atours , à vos yeux de velours et de ne pouvoir accepter vos avances minaudières que je connais trop bien et qui voguent ce jourd’hui sur un océan de coeurs en galère.
    Mes hommages Madame,
    Jean-François Grégoire au masculin.
    Ouf ! Je vous l’avais dit !