Les expressions françaises décortiquées
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entre deux eaux [adv]

en manoeuvant entre deux partis sans se compromettre ; en refusant de s'engager ; sur une ligne de crète ; en évitant de se compromettre

Origine et définition

Bien sûr, à notre époque, on imagine de suite la personne qui réussit à nager à mi-profondeur sans se laisser entraîner vers une direction non souhaitée par le courant de surface ou celui plus profond.
Il suffit qu'il descende un peu plus profondément ou bien remonte en surface pour se laisser entraîner par l'un ou l'autre.
Métaphoriquement, cette nage s'applique à la personne qui ne veut pas s'engager (que ce soit par indécision ou pour ne pas prendre parti, histoire de ménager la chèvre et le chou) et qui ne ne fait donc aucun choix.
Mais cette expression apparue au XIVe siècle vient en réalité de la marine. En effet, à cette époque (et depuis le XIIe siècle), 'nager' voulait dire "conduire un bateau".
Et l'équipage qui savait "nager entre deux eaux", était celui qui arrivait à garder le cap malgré les courants (les 'eaux', à l'époque) qui pouvaient l'entraîner dans une mauvaise direction.

Exemples

« Mais le comte d'Egmont, tout en continuant sa résistance au despotisme politique et à l'oppression religieuse, ne voulait point violer les serments qu'il avait prêtés à Philippe II, son suzerain. Fermement attaché a l'indépendance des Pays-Bas, qu'il avait défendue avec une vaillance admirable, il craignait et repoussait l'intervention des Français dans les troubles de ces provinces. De là les irrésolutions et les incertitudes qui donnaient à sa conduite les apparences de la faiblesse. De là le reproche adressé au vainqueur de Gravelines de nager entre deux eaux. »
Théodore Juste - Les Pays-Bas au XVIe siècle - 1862

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand zwischen allen Stühlen sitzen être assis entre toutes les chaises
Allemand zwischen zwei Stühlen sitzen s'assoir entre deux chaises
Anglais to swim between two waters nager entre deux eaux
Anglais to run with the hare and hunt with the hounds courir avec le lièvre et chasser avec les chiens
Anglais (USA) to straddle the fence se mettre à califourchon sur la clôture
Anglais (USA) to steer the middle course suivre le cap du milieu
Anglais between two waters entre deux eaux
Anglais in midwater en milieu de travail
Anglais to be a fence-sitter s'asseoir sur la clôture
Catalan ballar segons el so danser selon le son
Catalan fer cara a tots els vents faire face à tous les vents
Catalan no ésser ni carn ni peix ne pas être ni viande ni poisson
Espagnol (Argentine) quedar bien con Dios y con el Diablo bien se conduire avec Dieu et avec le Diable
Espagnol (Espagne) Cazar con los perros y correr con las liebres ! Chasser avec les chiens et courir avec les lièvres !
Espagnol (Espagne) En tierra de nadie En no man's land
Espagnol (Espagne) entre dos aguas entre deux eaux
Espagnol (Espagne) nadar entre dos aguas nager entre deux eaux
Espagnol (Espagne) nadar entre dues aigues nager entre deux eaux
Espagnol (Espagne) nadar y guardar la ropa nager et surveiller les vêtements
Gallois eistedd ar ben y clawdd être assis sur la digue
Hongrois lavíroz louvoyer
Hébreu בין מים למים (bénn mayim lamayim) eau-eau entre les eaux
Italien nuotare tra due acque nager entre deux eaux
Italien tenere il piede in due staffe garder le pied entre deux supports
Italien salvare capra e cavoli sauver la chèvre et les choux
Néerlandais (Belgique) van twee walletjes eten manger des deux rivages
Néerlandais de kool en de geit sparen vouloir ménager la chèvre et le chou
Néerlandais het mes snijdt aan twee kanten le couteau est aiguisé des deux côtés
Néerlandais schipperen louvoyer
Néerlandais tussen entre
Néerlandais tussen de klippen doorzeilen naviguer à la voile en évitant les falaises
Portugais (Brésil) um pé em cada canoa un pied sur chaque canoë
Portugais (Portugal) com os pés em duas canoas avec les pieds dans deux canoës
Portugais (Brésil) estar entre a cruz e a caldeirinha être entre la croix et le chaudron
Portugais (Brésil) ficar em cima do muro rester sur le mur
Portugais (Brésil) ficar em cima do muro rester sur le mur
Roumain a împăca și capra și varza sauver et la chèvre et le chou
Roumain a sta cu curul în două luntri être assis le cul dans deux canots
Roumain nici în căruță, nici în teleguță ni dans la charette, ni dans la brouette
Roumain a se scălda între două ape baigner entre deux eaux
Roumain nici in car, nici in caruta ni dans le char, ni dans la charrette
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Commentaires sur l'expression « entre deux eaux » Commentaires

  • #1
    Elpepe
    26/05/2009 à 00:06
    cette expression apparue au XIVe siècle vient en réalité de la marine

    TOUT EST DIT.
  • #2
    Elpepe
    26/05/2009 à 00:07
    RÉSUMÉ DE L’ÉPISODE DU JOUR

    cette expression vient de la marine.
  • #3
    jotape
    26/05/2009 à 00:29*
    • En réponse à Elpepe #2 le 26/05/2009 à 00:07 :
    • « RÉSUMÉ DE L’ÉPISODE DU JOUR
      cette expression vient de la marine. »
    à noter tout de même le sibyllin "en réalité" qui sous-entend ....bien des choses!
    J’attends un communiqué du loup(-voyeur) de mer de l’Amirauté....et lui recidive ma proposition de lui léguer quelques bouquins de marine,dans la famille depuis trois générations.
  • #4
    Elpepe
    26/05/2009 à 00:40
    Bon, je vais quand même étayer un peu mon argumentaire :
    malgré les courants (les ’eaux’, à l’époque) qui pouvaient l’entraîner dans une mauvaise direction

    Il y a quasiment 359 chances sur 360 que le courant, aujourd’hui comme hier, entraîne le bateau dans une mauvaise direction. C’est bien pourquoi un cap, à la surface de l’eau, se calcule, en fonction de plusieurs paramètres comme la déclinaison magnétique du lieu à l’instant T, la déviation du compas de route, la dérive dûe au vent et, bien entendu, celle dûe au courant, dans l’heure-marée dans laquelle on navigue en un lieu donné, en se référant à des tables de courants de marée, le tout pour obtenir une route-fond (projection de la trajectoire du bateau sur le fond) conforme à celle qu’on a tracée sur la carte (une ligne droite, plus court chemin d’un point A à un point B), comme s’il n’y avait pas d’eau et des roulettes sous le bateau. Tu mords, là ?
    Si tu procèdes de la sorte, tu PRÉVOIS ta route et ton cap, et tu arriveras à bon port. Dans le cas contraire, tu SUBIS, et tu te retrouves à pétaouchnock, voire, pire, à Trifouilly-les-oies, quand tu voulais aller au Mans.
    Comment ? la mer ne vient pas jusqu’au Mans ? Si, môssieur, par la Loire, la Maine et la Sarthe. Ah, tu vois !
  • #5
    Elpepe
    26/05/2009 à 00:48
    • En réponse à jotape #3 le 26/05/2009 à 00:29* :
    • « à noter tout de même le sibyllin "en réalité" qui sous-entend ....bien des choses!
      J’attends un communiqué du loup(-voyeur) de mer de l’Amir... »
    Ah ben, tes bouquins, je suis preneur, bien sûr, s’ils ne te manquent pas sitôt cédés ! Bon, écoute : en attendant qu’on se rencontre, tu demandes mon canal 12 à God en te référant à cette contrib, ce qui fera que j’aurai aussi le tien. Et là, je te filerai les instructions qui font bien pour que tu me les fasses parvenir, à mes frais bien entendu. Ça joue ?
  • #6
    jotape
    26/05/2009 à 01:12*
    • En réponse à Elpepe #5 le 26/05/2009 à 00:48 :
    • « Ah ben, tes bouquins, je suis preneur, bien sûr, s’ils ne te manquent pas sitôt cédés ! Bon, écoute : en attendant qu’on se rencontre, tu de... »
    ça le fait! je vais tenter de pas cafouiller pour le canal 12,suis pas vraiment doué pour ces machins là...
    les courants du golfe du Morbihan (mor bihan = petite mer,comme Jo Staline était petit père) ne portent jamais sur les dangers(sauf une exception,qui confirme la régle comme disaient les instit’ de mon enfance-ce qui est,il me semble trés français-)
  • #7
    Elpepe
    26/05/2009 à 01:38
    • En réponse à jotape #6 le 26/05/2009 à 01:12* :
    • « ça le fait! je vais tenter de pas cafouiller pour le canal 12,suis pas vraiment doué pour ces machins là...
      les courants du golfe du Morbiha... »
    en vives eaux, au jusant, les courants atteignent 8 nœuds entre le Grand et le Petit Mouton, ou entre les îles Berder et de la Jument. Mais, heureusement, il suit les chenaux. Mieux : c’est lui qui les façonne !
  • #8
    <inconnu>
    26/05/2009 à 04:46*
    • En réponse à Elpepe #7 le 26/05/2009 à 01:38 :
    • « en vives eaux, au jusant, les courants atteignent 8 nœuds entre le Grand et le Petit Mouton, ou entre les îles Berder et de la Jument. Mais,... »
    oui ; de Locmariaquer, à la pointe de Kerpenhir, le spectacle de la marée descendante qui sort du le golfe est magnifique : il y a les marins prévoyants qui ont bien regardé l’almanach et qui sortent du golfe vers Méaban et le large au bon moment, portés par le jusant.
    Et il y a toujours un ou deux marins d’eau douce, improbables impies imprévoyants, qui essaient d’entrer dans le golfe, contre vents et marées. On les voit, toutes voiles dehors et bourin à fond les manettes, qui font du sur place ou même qui reculent. Ceux là ne toucheront pas la jument !
    Pour en revenir à notre expression, merci pour la belle explication. On comprend que l’expression qui se visualisait autrefois de manière horizontale (sur le "plan" d’eau) a changé, depuis l’apparition des bouteilles de plongée et la diffusion du PADI, pour se voir verticalement, comme si nous étions des poissons. Amusante évolution !
    J’ai une question sur le sens ancien (XIVe S) du verbe Nager. Poséidon nous explique qu’il signifiait "conduire un bateau".
    Aujourd’hui encore chez les marins nager veut dire "ramer". On parle des "dames de nage" dans lesquelles on fait passer les avirons (certains savent godiller sans dame de nage ; mais c’est costaud!).
    Etait ce donc "ramer" ou bien "conduire un bateau" (qu’on peut exprimer par "gouverner" ou bien "barrer") ?
    Merci
  • #9
    syanne
    26/05/2009 à 07:15
    C’est pour moi, en tout cas, la bonne expression pour la bonne journée. Non que je navigue entre deux eaux, je serais plutôt du genre inverse, qui plonge, ou fonce, avant d’avoir sondé les profondeurs ou évalué les distances... Mais nous sommes bel et bien, ce matin, entre deux eaux : celle qui tombe du ciel, inlassable et ventée, celle de la mer, qui se trouble à l’horizon, et hésite, vraiment, entre le vert et le gris.
    A tous les marins, ceux qui naviguent entre deux eaux, balancent entre deux âges (comme chante notre poète), entre deux ports, entre deux femmes... et aux autres, aussi, je souhaite une bonne journée. Normands, Bretons, sortez couverts !
  • #10
    PHILO_LOGIS
    26/05/2009 à 07:30
    • En réponse à Elpepe #4 le 26/05/2009 à 00:40 :
    • « Bon, je vais quand même étayer un peu mon argumentaire :
      malgré les courants (les ’eaux’, à l’époque) qui pouvaient l’entraîner dans une mau... »
    VIVE LA MAREE!!!
  • #11
    PHILO_LOGIS
    26/05/2009 à 07:30
    Dans un cimetière marin, peut-on nager entre deux os?
  • #12
    PHILO_LOGIS
    26/05/2009 à 07:33
    Quand je transpire les grandes eaux sous l’effort, et que je ne réussis pas à résoudre mon problème, je rame et je suis en nage.
    Ai-je bien fait avancer le Schmilblick?
  • #13
    momolala
    26/05/2009 à 08:21
    • En réponse à <inconnu> #8 le 26/05/2009 à 04:46* :
    • « oui ; de Locmariaquer, à la pointe de Kerpenhir, le spectacle de la marée descendante qui sort du le golfe est magnifique : il y a les marin... »
    En aviron, nager, c’est précisément plonger les avirons dans l’eau et tirer : en fait on n’a pas intérêt à ramer mais à tirer fort, ferme et équilibré pour faire glisser son embarcation sans "plumer". On fait travailler tout ses muscles, et on s’en découvre dont on ne soupçonnait même pas l’existence dans les courbatures qui suivent, mais quel plaisir de l’effort complet et de la beauté du ras de l’eau ! On nage le plus souvent à contre-courant, ce qui m’allait bien car, comme Syanne, l’entre deux eaux n’est pas dans mon caractère et le fil de l’eau guère non plus ! J’ai dû renoncer à l’aviron avec regrets et je n’en ai que de bons et beaux souvenirs.
  • #14
    <inconnu>
    26/05/2009 à 09:04
    • En réponse à PHILO_LOGIS #12 le 26/05/2009 à 07:33 :
    • « Quand je transpire les grandes eaux sous l’effort, et que je ne réussis pas à résoudre mon problème, je rame et je suis en nage.
      Ai-je bien... »
    En grande admiration je suis devant ces nageurs qui suent et qui rament !!
    car capable de me noyer dans un verre d’eau !!
    Au secours la marine , je ne sais pas nager , mon papa ayant peur de l’eau , trouvait que le seul fait d’en approcher était dangereux
    car seuls les gens qui savent nager se noient !!!
    Ainsi donc je me douche !!!!
  • #15
    chirstian
    26/05/2009 à 09:14
    rouler carrosse entre deux eaux signifie donc : être riche, et le montrer sans se compromettre.
    quant à : mener en bateau entre deux eaux, cela signifie tromper, abuser, sasn se compromettre.
    Ces vieilles expressions viennent de la marine de haute montagne, et sont peu usitées.
  • #16
    mickeylange
    26/05/2009 à 09:22
    • En réponse à Elpepe #1 le 26/05/2009 à 00:06 :
    • « cette expression apparue au XIVe siècle vient en réalité de la marine
      TOUT EST DIT. »
    TOUT EST DIT

    Nan nan tout n’est pas dit. Si le marin est entre deux eaux, de deux choses l’une, soit il est dans un sous-marin, soit il est dans le Titanic. Quand au saoul-marin lui c’est pas entre deux eaux qu’il est. J’en connais même (des marins) qui sont entre deux mers. Je connais aussi un phare au bord d’une rivière, mais on dit qu’il est un peu à l’ouest.
    Neptune.
  • #17
    chirstian
    26/05/2009 à 09:24
    il n’y a aucune allusion grivoise dans le fait de constater que la paire de "c" de Rocco nage entre deux "o".
  • #18
    charlesattend
    26/05/2009 à 09:31
    sécheresse et catastrophe écologique ont fait qu’en mer d’Aral on ne nage plus qu’entre deux eaux taries....Phoque ça cesse !!
  • #19
    Tonton56
    26/05/2009 à 10:24
    • En réponse à Elpepe #7 le 26/05/2009 à 01:38 :
    • « en vives eaux, au jusant, les courants atteignent 8 nœuds entre le Grand et le Petit Mouton, ou entre les îles Berder et de la Jument. Mais,... »
    Je suis d’accord pour la Jument, mais pour les Moutons... il est préférable de prendre large.
  • #20
    Tonton56
    26/05/2009 à 10:51
    • En réponse à <inconnu> #8 le 26/05/2009 à 04:46* :
    • « oui ; de Locmariaquer, à la pointe de Kerpenhir, le spectacle de la marée descendante qui sort du le golfe est magnifique : il y a les marin... »
    Pour rentrer dans le Golfe contre vent et marée, utiliser les contre-courants :
    - Raser la rive de Port-Navalo (abords francs)
    - Lorsque la quille est prête à toucher et que les crabes commencent à s’inquiéter, tirer un petit bord jusqu’à la limite courant/contre-courant (entre deux eaux si j’en crois l’expression du jour)
    - Passer devant Port-Navalo... et parer les Moutons !
    Pour passer la Jument vers la mer, serrer l’ile de la Jument (et les fesses) le plus loin possible, puis virer (rapidement) en direction de Larmor-Baden en privilégiant la vitesse. Le contre-courant de Berder aide à passer.
    Éviter ce genre de manœuvre par fort coefficient de marée.
    Je pense que les chantiers navals locaux vont apprécier mon intervention.