Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

ne pas y aller de main morte [v]

frapper violemment ; intervenir brutalement ; agir sans retenue ; ne pas faire dans la dentelle ; ne pas y aller avec le dos de la cuillère

Origine et définition

Si le deuxième sens n'est qu'une métaphore issue du premier, ce dernier (le premier, donc !) est aisément compréhensible.
Prenez une main qui, pour une raison ou pour autre (malencontreux coup de katana , accident du travail...) est détachée du bras auquel elle appartenait. Vous constatez que cette main devient totalement inactive, incapable du moindre mouvement. C'est ce qu'on peut, sans crainte de se tromper, appeler une main morte.
Prenez maintenant une main normale, située au bout du bras d'un bonhomme un peu bestial, capable d'asséner des coups très forts à quelqu'un d'autre.
Par opposition à la main précédente complètement inerte, celle de notre bonhomme, lorsqu'elle frappe, est bien vivante et elle peut faire très mal.
Cette simple comparaison a suffi pour que, dès le XVIIe siècle, on ait pu dire d'un tel type que, lorsqu'il frappait, il n'y allait pas du tout de main morte.

Exemples

« Diable, Messieurs ! dit le cardinal, trois hommes hors de combat pour une dispute de cabaret, vous n'y allez pas de main morte (...) »
Alexandre Dumas - Les trois mousquetaires

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand ins Haus fallen tomber dans la maison
Anglais not pull one's punches de ne pas tirer ses coups
Anglais not to do things by halves ne pas faire les choses à moitié
Anglais (USA) not to pull one's punches ne pas tirer ses coups de poing
Anglais (USA) to go whole hog aller comme plein cochon
Anglais (USA) to take off the kid gloves enlever les gants blancs (de chevreau)
Espagnol (Espagne) Golpear sin piedad Frapper sans pitié
Espagnol (Espagne) no andarse con chiquitas ne pas user de petites choses
Espagnol (Espagne) no tenir miraments /contemplacions ne pas avoir d'égards
Hébreu אינו טומן ידו בצלחת (éno tomènn yado batsalakhatt) n’a pas de main dans une assiette
Hébreu הלך במלוא הכוח (halakh bimlo hakoakh) il marchait à pleine force
Hébreu התקיף במלוא המרץ (hitkif bimlo hamèrèts) il battait son plein
Hébreu לא נקט בכפפות משי nous n’utiliserons pas de soies
Hébreu פעל בכל הכוח travaillez de toutes vos forces
Italien non andar per il sottile ne pas aller pour le fin
Italien andarci giù di brutto y aller par dessous mauvaisement
Néerlandais géén halve maatregelen nemen ne pas prendre des demi-mesures
Néerlandais met de botte bijl hakken hacher avec la hache émoussée
Néerlandais met grof geschut komen venir avec de l'artillerie lourde
Néerlandais rake klappen uitdelen servir des claques bien visées
Néerlandais flink doorpakken continuer fermément à réaliser ce qu'on vient d'entreprendre
Néerlandais met harde hand aanpakken s'attaquer avec la main dure
Néerlandais niet met fluwelen handschoenen aanpakken ne pas prendre avec des gants de velours
Polonais walić prosto z mostu frapper directement depuis le pont
Portugais (Brésil) chutar o pau da barraca donner un coup de pied dans le mât du tente
Portugais (Brésil) descer o braço descendre le bras
Portugais (Portugal) pegar pesado lourd
Roumain fără jumătăţi de măsură sans demi-mesures
Roumain fără mănuşi sans gants
Roumain fără menajamente sans égards
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Voir aussi

Variantes

  • Ne pas y aller avec le dos de la main morte

Commentaires sur l'expression « ne pas y aller de main morte » Commentaires

  • #41
    AnimalDan
    11/11/2008 à 12:00*
    • En réponse à <inconnu> #40 le 11/11/2008 à 11:54 :
    • « Il y a aussi les mains d’or, et l’acier rouge de la
      chanson de Bernard Lavilliers.
      Je suis trop nulle pour insérer une page dans
      mon message... »
    Pas d’accord... mais c’est perso. "Travail" ça signifie "souffrance".
    Ca fait 27 ans que j’ai décidé de plus perdre ma vie à la gagner, et de pas utiliser mes mains pour souffrir... le "truc" c’est de changer d’occupation dès que ça sent un-peu-trop plus le "travail" que le plaisir. 😉
    Et puis, Lavilliers, comme bosseur manuel, hein... Alors forcément, ça lui rapporte plus que ça lui coûte des "chefs d’oeuvre" pareils
    "J’voudrais travailler encore - j’suis pas encore mort
    Nourrir les rentiers avec mes mains d’or
    Travailler encore - pour les droits d’auteur
    Des démago à la bouche d’or" 😄
  • #42
    subbuteo
    11/11/2008 à 12:02
    Le bandit manchot n’y est pas allé avec le dos -vil- de la cuillère pour déposer une main courante sur laquelle on pouvait lire : Partouche à mon casino !!!
  • #43
    syanne
    11/11/2008 à 12:08
    • En réponse à <inconnu> #38 le 11/11/2008 à 11:44 :
    • « Cette explication me semble assez capillotractée.
      La main vivante, lorsqu’elle frappe fort, peut aussi ressentir une douleur qui modérera se... »
    Une autre explication : le droit de main-morte, impôt qui taxait durement les mutations immobilières (aboli en 1790)

    Il me semble très improbable d’établir un rapport entre notre expressio du jour et la signification médiévale de la mainmorte (= état de serfs privés du droit de disposer de leurs biens en l’absence de descendants – source : Greimas) ou celle que tu proposes (et que je ne connaissais pas) d’« impôt qui taxait durement ». Car alors, pour qualifier un comportement brutal, il faudrait dire « y aller de main morte », et non l’inverse !
  • #44
    <inconnu>
    11/11/2008 à 12:13
    • En réponse à AnimalDan #41 le 11/11/2008 à 12:00* :
    • « Pas d’accord... mais c’est perso. "Travail" ça signifie "souffrance".
      Ca fait 27 ans que j’ai décidé de plus perdre ma vie à la gagner, et d... »
    C’est vrai que le travail rime souvent avec
    souffrance, et qu’éthymologiquement je crois
    que cela veut dire "instrument de torture" !
    Ceci dit, il a écrit cette chanson lorsque lors
    du licenciement de son père.
    On peut aimer l’ouvrage dur physiquement et
    ne pas pour autant être masochiste. Pour le
    plaisir du résultat qu’il procure.
    Bon c’est mon idée à moi.
    Moi, j’écris, mais comme je vis en milieu
    rural, je m’éclate bien au "travail" des champs...
    On ne peut pas dire que ce soit un loisir à
    part entière puisque ces travaux là me nourrissent aussi...
  • #45
    <inconnu>
    11/11/2008 à 12:18
    Ceci dit, bien que ma littérature ne me fasse pas manger,
    j’ai moi aussi choisi, depuis... moins longtemps,
    mais ce n’est pas prés de changer, de ne plus
    perdre ma vie à la gagner... C’est mieux quand
    on se regarde dans la glace le matin.
    Lavilliers se démerde mieux que moi !!!!!
  • #46
    AnimalDan
    11/11/2008 à 12:27
    • En réponse à <inconnu> #44 le 11/11/2008 à 12:13 :
    • « C’est vrai que le travail rime souvent avec
      souffrance, et qu’éthymologiquement je crois
      que cela veut dire "instrument de torture" !
      Ceci d... »
    je m’éclate bien au "travail" des champs...
    On ne peut pas dire que ce soit un loisir à
    part entière puisque ces travaux là me nourrissent aussi...

    Voilà ce que j’appelle l’idéal... et un heureux homme ..! 😉
  • #47
    Chouettemania
    11/11/2008 à 12:55
    • En réponse à <inconnu> #40 le 11/11/2008 à 11:54 :
    • « Il y a aussi les mains d’or, et l’acier rouge de la
      chanson de Bernard Lavilliers.
      Je suis trop nulle pour insérer une page dans
      mon message... »
    Voir vos commentaires - Mode d’emploi !
  • #48
    <inconnu>
    11/11/2008 à 13:04*
    Un mien cousin,
    Un rescapé de la guerre de quatorze, un jour, en coupant à la hâche son petit bois, se coupa les tendons de la main gauche.
    C’est que la chêvre était bancale...
    Le docteur, le bon docteur du coin, enveloppa le tout en disant,
    -Il ne faut surtout pas y toucher!
    Quinze jours plus tard, la main n’ayant pas gonflé...on défit le pansement.
    A la place de la main, il avait une espéce de pelote de doigts racornis...repliés sur eux et plus aucune sensibilité...
    Ah! Oui, il s’appelait Julou.
    Julou qui devait jusque là, piocher, caresser ses brebis, bref, se servir de sa main!
    pour cacher sa "misère" s’inventa une espèce de moufle de cuir rouge dans laquelle il coinçait, comme il pouvait, en l’attachant avec une ficelle , sa canne.
    Ne pouvant pas coincer la menotte de sa fille qui apprenait à marcher...elle se tenait au baton.
    On ne parlait pas à l’époque de chirurgie réparatrice, de rééducation...
    On disait de Julou: Il a la main morte.
    Ah Oui ! Bon et doux anniversaire à.? Jeanlelion...suis-je bête!
    Et ººººººººº mon sachet de smarties pour décorer son gâteau avec des ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~..plein de ~~~~~~~~~~ copeaux de chocolat! 🙂
  • #49
    AnimalDan
    11/11/2008 à 13:05
    • En réponse à <inconnu> #44 le 11/11/2008 à 12:13 :
    • « C’est vrai que le travail rime souvent avec
      souffrance, et qu’éthymologiquement je crois
      que cela veut dire "instrument de torture" !
      Ceci d... »
    Ceci dit, il a écrit cette chanson lorsque lors
    du licenciement de son père.

    Il a été licencié quand, Lavilliers père..? avant 1976 ..?
    Parce que sinon... à moins que son fils ne soit un sacré salaud, je me fais pas vraiment de souci pour sa survie, à Popa... 😉
    Lavilliers se démerde mieux que moi !!!!!

    Si ma solidarité peut te réchauffer: idem ! :’-))
  • #50
    tytoalba
    11/11/2008 à 13:10*
    • En réponse à <inconnu> #40 le 11/11/2008 à 11:54 :
    • « Il y a aussi les mains d’or, et l’acier rouge de la
      chanson de Bernard Lavilliers.
      Je suis trop nulle pour insérer une page dans
      mon message... »
    Y a qu’à demander, voir à cette page. Contrairement à certains, j’aime Lavilliers. Il n’a pas toujours eu du succès, il a ramé. 🙂
    La preuve, on l’invite maintenant sur les plateaux télé, mais il fut un temps où il fallait regarder Taratata pour le voir. Comme bien d’autres chanteurs d’ailleurs.
    Heureusement qu’ici comme ailleurs, la diversité est encore permise.
    Je l’ai aussi entendu dire qu’il avait écrit cette chanson au moment où son père a été licencié de son usine à Saint-Etienne (si mes souvenirs sont exacts). La date ? Peu importe, un licenciement est toujours douloureux.
    Petit 😉 à AnimalDan.
  • #51
    AnimalDan
    11/11/2008 à 13:14
    • En réponse à <inconnu> #48 le 11/11/2008 à 13:04* :
    • « Un mien cousin,
      Un rescapé de la guerre de quatorze, un jour, en coupant à la hâche son petit bois, se coupa les tendons de la main gauche.... »
    Beau talent de conteuse, Lulette..!! Wow...
  • #52
    AnimalDan
    11/11/2008 à 13:19*
    • En réponse à tytoalba #50 le 11/11/2008 à 13:10* :
    • « Y a qu’à demander, voir à cette page. Contrairement à certains, j’aime Lavilliers. Il n’a pas toujours eu du succès, il a ramé. 🙂
      La preuve,... »
    Bien d’accord avec les bienfaits de la diversité..! 😉
    Cela étant, peux pas être objectif sur l’artiste Lavilliers (qui en a en fait très peu "bavé" pour autant que je sache...), que j’ai apprécié à ce titre jusqu’à "O Gringo", début de sa saga commerciale. C’est que j’ai le souvenir d’un grand hâbleur déjà pas mal mytho (*) (ce qui s’appelle ne pas y aller de main morte...) qui jouait les mouches du coche et les provos d’un certain "groupe L... M..." d’une certaine fédé à une certaine époque...
    il fut un temps où il fallait regarder Taratata pour le voir.

    Evidemment, si tu appelles ça "en baver"... 😄
    Last but not least et à titre "anecdotique", j’ai aussi le souvenir d’une Fête de l’Huma où la pas-encore-très grosse star chantait encadré de gorilles à ray-ban, qui écrasaient -et pas de pied-mort...- les doigts des djeun’s osant, crime de lèse-Nanard, les accrocher au bord de la scène... Bonjour la fraternité.
    _____
    (*)
    Je l’ai aussi entendu dire
  • #53
    God
    11/11/2008 à 13:34*
    • En réponse à <inconnu> #38 le 11/11/2008 à 11:44 :
    • « Cette explication me semble assez capillotractée.
      La main vivante, lorsqu’elle frappe fort, peut aussi ressentir une douleur qui modérera se... »
    Bienvenue en tant que nouvel intervenant ici.
    Avoir des convictions, c’est bien, mais encore faudrait-il les étayer un peu.
    Je te suggère deux choses :
    1. Lire la réponse à la question 21 de ma page ’Foire Aux Questions’. Elle te fera comprendre que cette explication tirée par les cheveux n’est, sur le fond, pas de moi mais de lexicographes reconnus (voir ma page ’Bibliographie’). Et elle me semble quand même un peu moins imaginaire que l’histoire de la main morte qui frappe (sauf, peut-être, dans "le retour de la revanche des morts-vivants VI").
    2. Nous expliquer quel lien tu vois entre ta main-morte et la main morte du jour pouvant expliquer (et pas de manière capillotractée) sa signification. La taxe qui frappe durement me semble d’autant moins suffisante que, comme le fait justement remarquer Syanne en 43, l’expression ne devrait pas être négative.
  • #54
    AnimalDan
    11/11/2008 à 13:52*
    • En réponse à <inconnu> #40 le 11/11/2008 à 11:54 :
    • « Il y a aussi les mains d’or, et l’acier rouge de la
      chanson de Bernard Lavilliers.
      Je suis trop nulle pour insérer une page dans
      mon message... »
    Le travail qui animait l’esprit des ouvriers est
    bien mort

    Allez, une dernière pi je vais piquer mon boudin aux oignons...
    Je suis pas sûr que le travail ait jamais "animé l’esprit des ouvriers", j’inclinerais même à penser qu’il a été l’outil de leur abrutissement. Leur révolte contre l’exploitation salariale, ça, oui. Et ça, oui, c’est bien mort. Comme pour la main du cousin de Lulette, on leur a collé dessus un bon pansement de crédits à la consommation et de sécurité sociale "miminale". Ca calme.
  • #55
    tytoalba
    11/11/2008 à 13:58*
    • En réponse à AnimalDan #52 le 11/11/2008 à 13:19* :
    • « Bien d’accord avec les bienfaits de la diversité..! 😉
      Cela étant, peux pas être objectif sur l’artiste Lavilliers (qui en a en fait très peu... »
    Tu remarqueras que je n’ai pas écrit "en baver" mais ramer. 😄
    Mais laissons tout cela, ce n’est pas l’endroit pour discuter des vedettes de tous bords et tous poils.
    Fin des propos à ce sujet en ce qui me concerne. 😉
  • #56
    chirstian
    11/11/2008 à 13:58
    expression alpine : ne pas dormir de marmotte.
  • #57
    momolala
    11/11/2008 à 14:08
    • En réponse à AnimalDan #54 le 11/11/2008 à 13:52* :
    • « Le travail qui animait l’esprit des ouvriers est
      bien mort
      Allez, une dernière pi je vais piquer mon boudin aux oignons... »
    Après toutes ces considérations philosophicosociales et le déjeuner, on en est arrivé à l’heure du café... du pauvre parfois, où je préfère jouer à la main chaude qu’à la main morte. Pas toi ? 😉
  • #58
    momolala
    11/11/2008 à 14:10
    • En réponse à chirstian #56 le 11/11/2008 à 13:58 :
    • « expression alpine : ne pas dormir de marmotte. »
    Je connaissais : ne pas dormir en marmotte. Ah, mâtin quel site où l’on apprend sans trêve, même le jour de la commémoration de l’armistice !
  • #59
    momolala
    11/11/2008 à 14:12
    En Israël on dit : ne pas y aller de Mer Morte...
  • #60
    AnimalDan
    11/11/2008 à 14:17
    • En réponse à tytoalba #50 le 11/11/2008 à 13:10* :
    • « Y a qu’à demander, voir à cette page. Contrairement à certains, j’aime Lavilliers. Il n’a pas toujours eu du succès, il a ramé. 🙂
      La preuve,... »
    un licenciement est toujours douloureux.

    Se méfier des "toujours" comme des "jamais"... ça n’existe pas dans l’absolu.
    Pour moi, un licenciement collectif "économique" a été l’incroyable révélation
    que je "bénis" encore. Un tournant positif. 😉