Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

qui trop embrasse mal étreint [exp]

qui entreprend trop de choses à la fois court à l'échec

Origine et définition

Comme chacun sait, on ne peut être au four et au moulin. Alors à vouloir entamer une tâche par-ci, une autre par là et une troisième à côté, le tout en même temps, risque de conduire à un échec généralisé, sauf si on dispose d'un peu plus de bras que le commun des mortels, du don d'ubiquité et d'un cerveau multitâche.
Et comme ils n'étaient pas totalement idiots, cela, nos ancêtres du XVe siècle s'en étaient déjà rendu compte, puisqu'à la fin du XIVe, on écrivait déjà : "qui trop embrasse, peu étreint", le 'peu' ayant vite été remplacé par 'mal'.
On peut toutefois se demander pourquoi c'est l'image des embrassades qui a été retenue pour cette métaphore alors que bien d'autres formes de l'expression auraient pu faire l'affaire.
Une première raison assez claire est que le verbe 'embrasser' qui, au XIVe, voulait dire "serrer dans ses bras", a aussi un autre sens qui est : "vouloir entreprendre, s'engager dans, se lancer dans quelque chose" ("Il embrasse toutes les affaires qu'on lui propose") ; ce qui colle très bien à la signification de notre expression.
L'autre probable raison viendrait d'une allusion au jeune mâle en rut qui, parce qu'il se disperse en s'attaquant à plusieurs cibles féminines à la fois, finit par ne jamais rien accrocher à son tableau de chasse.
Montaigne, au XVIe siècle, formulait la chose différemment : "Nous embrassons tout, mais nous n'estreignons que du vent".

Compléments

De cette expression, on trouve quelques variantes modernes comme "qui trop embrasse manque le train", souvent vérifiée, ou bien "qui trop embrase mal éteint", spécialement destinée aux pompiers pyromanes.

Exemples

« Je sais bien que j'ai tort, qu'il y a des limites à se donner. À cette condition, l'on crée. Mais il n'y a pas de limites pour aimer et que m'importe de mal étreindre si je peux tout embrasser. »
Albert Camus - L'Envers et l'endroit

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Anglais all covet, all lose tout convoiter, tout perdre
Anglais he who grasps at too much loses everything celui qui saisit trop / s'accroche à trop perd tout
Anglais jack of all trades, master of none homme de tous les métiers, maître d'aucun
Anglais (USA) to bite off more than one can chew mordre plus qu'on ne peut mâcher
Espagnol (Argentine) quien mucho abarca poco aprieta qui trop embrasse mal étreint
Espagnol (Espagne) aprendiz de todo, maestro de nada apprenti de tout, maître de rien
Espagnol (Espagne) el que mucho abarca poco aprieta celui qui embrasse beaucoup peu étreint
Espagnol (Espagne) el que todo lo quiere, todo lo pierde celui qui veut tout, perd tout
Espagnol (Espagne) la avaricia rompe el saco l'avarice casse le sac
Espagnol (Espagne) mil oficios, mil miserias mille métiers, mille misères
Espagnol (Espagne) quien mucho abarca, poco aprieta qui trop embrasse, peu étreint
Français (France) grand dijeux, p'tit faijeux qui parle beaucoup agit peu
Français (Canada) grand parleur, petit faiseur qui parle de ses projets et qu'il ne les réalise pas
Hébreu tafasta Merubeh - Lo Tafasta tu as beaucoup attrapé - riien obtenu
Italien chi troppo vuole nulla stringe qui trop veut rien serre
Néerlandais (Belgique) te veel hooi op zijn vork nemen prendre trop de haie sur la fourche
Néerlandais je moet niet te veel hooi op je vork nemen on ne doit pas prendre trop de foin sur sa fourche
Néerlandais teveel hooi op zijn vork nemen prendre trop de foin sur sa fourche
Néerlandais twaalf ambachten, dertien ongelukken douze métiers, treize malheurs
Néerlandais wie veel begeert, veel ontbeert celui qui désire beaucoup, se passe beaucoup
Portugais (Brésil) quem muito quer nada tem qui beaucoup veut n'a rien
Portugais (Portugal) quem muitos burros toca, algum deixa para tras celui qui a beaucoup d'ânes quelq'un laisse en arrière
Portugais (Portugal) quem tudo quer, tudo perde celui qui veut tout, perd tout
Roumain a muşca mai mult decât poţi mesteca mordre plus qu'on ne peut mâcher
Roumain cine aleargă după doi iepuri, nu prinde niciunul qui court après deux lièvres, n'en attrape aucun
Russe за двумя зайцами погонишься-ни одного не п si tu cours après deux lièvres tu n'en prendras aucun
Tchèque devatero remesel, desata zebrota neuf métiers et la mendicité comme dixième
Wallon (Belgique) qui trop abresse, mâ streind qui trop embrasse mal étreint
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « qui trop embrasse mal étreint » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi


Commentaires sur l'expression « qui trop embrasse mal étreint » Commentaires

  • #41
    eureka
    22/01/2007 à 18:36
    • En réponse à <inconnu> #37 le 22/01/2007 à 18:09 :
    • « "avoir les yeux plus gros que le ventre" et "qui trop embrasse mal étreint" ; les deux expressions ne me semblent pas éloignées .
      dans la p... »
    Objection Empereur Zhao
    sauf qu’il faut pas oublier cette notion de "surestime de soi" dans la seconde, où
    il est question de qualité, tandis que dans la première, c’est une question de quantité. Tu vois la nuance ?
  • #42
    <inconnu>
    22/01/2007 à 18:49
    • En réponse à Elpepe #30 le 22/01/2007 à 17:35 :
    • « Et pourtant, hein ? C’est pas faute de leur tendre des perches !
      Tiens, encore un peu ?
      Qui trop d’schkoumoune mal chanceux...
      Qui trop atta... »
    Qui trop safrane, malabar !
    Ça, cest pour le marin !
    qui trop s’tait, fâne mal armé
    c’est pour le poète 😉
  • #43
    chirstian
    22/01/2007 à 18:59
    • En réponse à <inconnu> #37 le 22/01/2007 à 18:09 :
    • « "avoir les yeux plus gros que le ventre" et "qui trop embrasse mal étreint" ; les deux expressions ne me semblent pas éloignées .
      dans la p... »
    "avoir les yeux plus gros que le ventre" et "qui trop embrasse mal étreint" ; les deux expressions ne me semblent pas éloignées .
    pas éloignées parce qu’elles expriment toutes deux un résultat décevant - limite échec.
    Mais chacune exprime une nuance bien différente : dans le premier cas , l’impossibilité d’aller jusqu’au bout n’exclut pas un résultat positif : je pensais manger entièrement ce gateau, je cale à la moitié , mais j’en ai quand même mangé une bonne part !
    Dans le second cas , à vouloir en manger cinq en même temps, j’en fais un mélange indigeste...
    Bon, mais de toutes façons, j’aime pas les gateaux !
  • #44
    Elpepe
    22/01/2007 à 19:17*
    • En réponse à <inconnu> #42 le 22/01/2007 à 18:49 :
    • « Qui trop safrane, malabar !
      Ça, cest pour le marin !
      qui trop s’tait, fâne mal armé
      c’est pour le poète 😉 »
    Ah ben tu vois, quand tu veux... 😄
    Qui trop écrit malle-poste !
    Qui trop peu saynète maltraite des blanches (phonocapillotractée).
  • #45
    <inconnu>
    22/01/2007 à 19:18
    Qui peu embrasse bien étreint ?
    Beuh ! trop c’est trop ; mais peu c’est peu !
  • #46
    Elpepe
    22/01/2007 à 20:29*
    Oh, hé, God ! Ça fait pas recette, aujourd’hui ! D’autant que j’ai toujours les mêmes pubs surannées, et les autres aussi. Donc, nib de kliks.
    Bon, les Bushmen père et fils, eux, ils disent : qui trop émeu mal autruche ! Tu peux la rajouter dans ta rubrique à braque, si t’es pas trop chien...
    Kleddouz Fakohm (c’est mon nouveau faux-nez, pas qu’on me reconnaisse...)
  • #47
    cotentine
    22/01/2007 à 21:04
    • En réponse à Elpepe #46 le 22/01/2007 à 20:29* :
    • « Oh, hé, God ! Ça fait pas recette, aujourd’hui ! D’autant que j’ai toujours les mêmes pubs surannées, et les autres aussi. Donc, nib de klik... »
    ton autographe est reconnu, même par gougole ! à cette page
    tu vas trouver ton bonheur ! (même si c’est pas Facom !)
  • #48
    Elpepe
    22/01/2007 à 21:53
    • En réponse à cotentine #47 le 22/01/2007 à 21:04 :
    • « ton autographe est reconnu, même par gougole ! à cette page
      tu vas trouver ton bonheur ! (même si c’est pas Facom !) »
    Peut-être chez toi, mais chez moi, le bandeau est quasi-invariant, et Gogole semble se foutre du contenu textuel comme de sa première chaussette.
    Est-ce bien normal ?
  • #49
    <inconnu>
    23/01/2007 à 02:26
    • En réponse à eureka #22 le 22/01/2007 à 14:07* :
    • « J’ai vu que Hermes a proposé la version en anglais (d’où?) , mais je crois qu’en anglais des angliches on dirait plutôt :
      "He who grasps at... »
    Tout à fait d’accord.
    L’embrassade et l’étreinte ne figurent pas dans les métaphores familières des Anglais, alors que l’absorption bucale et le ventre, si.
    Je n’ai pas vérifié, mais je ne serais pas étonné si Chirstian nous dévoilait une origine latine, et non insulaire, à l’expression d’hier.
  • #50
    <inconnu>
    23/01/2007 à 10:56
    • En réponse à chirstian #43 le 22/01/2007 à 18:59 :
    • « "avoir les yeux plus gros que le ventre" et "qui trop embrasse mal étreint" ; les deux expressions ne me semblent pas éloignées .
      pas éloi... »
    bien noté sérénissime Eureka et grandissime Chirstian*
    la nuance est subtile, mais perçue sans fard maintenant
    *une faute de frappe qui vous colle à la peau ? 😉
  • #51
    deLassus
    03/01/2010 à 00:00*
    AH ! 00:00:33, pas mal !
    Ca y est, je crois que l’horloge de God a rejoint celle de Windows. Peut-être God omettait-il de payer la petite assurance contre tout ce qui peut arriver quand on ne paye pas l’assurance ?
    Nouvelle expression, mais dans l’immédiat mon attention (purement ex-professionnelle bien sûr) a été terriblement attirée par une nouvelle publicité à droite :
    "Comment parler aux femmes
    Pour la première fois, les femmes expliquent aux hommes comment leur parler et les séduire
    >>> www comment aborder les femmes info"
    J’ai bien fait de tout noter, parce que maintenant cette pub a disparu, pour laisser la place à un fabricant de matelas (un rapport de cause à effet immédiat ?)
  • #52
    deLassus
    03/01/2010 à 00:14
    • En réponse à deLassus #51 le 03/01/2010 à 00:00* :
    • « AH ! 00:00:33, pas mal !
      Ca y est, je crois que l’horloge de God a rejoint celle de Windows. Peut-être God omettait-il de payer la petite as... »
    Oh là là ! Mon pote Duneton, qui d’habitude m’aide bien au démarrage, case cette expression à des tas d’endroits dans son grand livre !
    Je me demande si je ne vais pas remettre le tout à demain matin, car rien que pour les travaux d’approche j’en ai pour une heure ...
    C’est ça de se laisser distraire par une pub pour dragueurs.
    A mon âge !
  • #53
    cotentine
    03/01/2010 à 02:07
    • En réponse à <inconnu> #49 le 23/01/2007 à 02:26 :
    • « Tout à fait d’accord.
      L’embrassade et l’étreinte ne figurent pas dans les métaphores familières des Anglais, alors que l’absorption bucale e... »
    Enlacer, c’est plus doux qu’étreindre …
    Un lendemain de pleine lune … que faire ?
    Evidemment, enlacer toutes les brunes © 😉
  • #54
    <inconnu>
    03/01/2010 à 03:10*
    • En réponse à cotentine #53 le 03/01/2010 à 02:07 :
    • « Enlacer, c’est plus doux qu’étreindre …
      Un lendemain de pleine lune … que faire ?
      Evidemment, enlacer toutes les brunes © 😉 »
    Si j’ai bien compris ton ©
    embrasser toutes les lunes :’-))
    C’est notre sélénite qui va être content.
    Mais ça aurait marché aussi avec les blondes.
  • #55
    cotentine
    03/01/2010 à 03:16
    • En réponse à <inconnu> #54 le 03/01/2010 à 03:10* :
    • « Si j’ai bien compris ton ©
      embrasser toutes les lunes :’-))
      C’est notre sélénite qui va être content.
      Mais ça aurait marché aussi avec les b... »
    mais non, ça ne pouvait pas marcher, car l’art du contrepet est de décaler les sons © ... et je ne suis pas le p’tit Titi qui remplace les ’r’ par des ’l’ ...
    emblasser des londes ??? 😛
  • #56
    <inconnu>
    03/01/2010 à 03:26*
    • En réponse à cotentine #55 le 03/01/2010 à 03:16 :
    • « mais non, ça ne pouvait pas marcher, car l’art du contrepet est de décaler les sons © ... et je ne suis pas le p’tit Titi qui remplace les ’... »
    Effectivement, je ne suis pas plus doué qu’avant pour déchiffrer les contrepets.😢
    C’est comme les rébus, j’en trouve pas un sur dix.
  • #57
    deLassus
    03/01/2010 à 06:36*
    Voici le texte d’une danse macabre du 15ème siècle.
    cette page
    Impossible de comprendre comment on trouve un point de repère dans ce texte ! On verra ça dans la journée.
    Dans cette Danse Macabre, on trouve l’expression "Qui trop embrasse peu estraint", origine de l’expression du jour, à la fin de ce couplet : (colonne de droite, environ 1er tiers du texte total)
    Par long temps : a pie : a cheval
    Mais maintenant pers toute joye
    De tout mon pouvoir acqueroye
    Or ay je assez mort me contraint
    Bon fait aler moyenne voye
    Qui trop embrasse peu estraint
  • #58
    Paracas
    03/01/2010 à 07:31
    Qui trop s’embrase, mal s’éteint...........
  • #59
    momolala
    03/01/2010 à 07:42
    • En réponse à <inconnu> #56 le 03/01/2010 à 03:26* :
    • « Effectivement, je ne suis pas plus doué qu’avant pour déchiffrer les contrepets.😢
      C’est comme les rébus, j’en trouve pas un sur dix.... »
    On est au moins deux à l’avouer !
  • #60
    deLassus
    03/01/2010 à 07:43*
    Voici des extraits d’une présentation de cette Danse macabre de Troyes (exemplaire unique à Grenoble), qui contient l’ancêtre de notre expression.
    Je suis obligé de couper 99%, mais je vous donne la référence du site. Ca marche, et c’est une introduction très intéressante.
    www.portail-rennes-le-chateau.com/danse_macabre.doc

    LA DANSE MACABRE
    &
    LE DIT DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS.
    INTRODUCTION.
    La Dance macabre de Guyot Marchant (1485) n’existe plus qu’en un seul exemplaire déposé à la bibliothèque de Grenoble.
    Le Moyen Age, qui subit le pire des fléaux que fut la peste noire, va s’attacher plus encore à l’idée de la mort. Pour cela il va développer trois thèmes : le premier concerne la Vanité de la gloire terrestre qu’il puisera dans l’Antiquité ; le second insistera sur la vanité de la beauté humaine en s’étalant sur les horreurs de la décomposition des corps ; le troisième rappellera que la Mort nivelle toutes les conditions sociales et de ce fait introduira l’égalité des hommes. Ce dernier thème est celui qui nous intéresse aujourd’hui, il trouvera son expression dans le Triomphe de la Mort et dans la Dance Macabre ou Dance des Morts.
    ... .
    On remarquera que chaque huitain se termine également par une maxime mémorable (apophtegme) qui est passée dans le langage sous forme de proverbe:

    Qui trop embrasse peu estraint” dit le marchand.

    “Petite pluie abat grand vent” dit l’amoureux

    “A toute peine est deu salaire” disent le curé et le laboureur.

    ...
    En conclusion:

    “Si l’idée exprimée par la Dance Macabre n’eut pas répondu à un besoin de l’époque, à un sentiment naturel, comment expliquer l’immense vogue de cette composition, sa reproduction dans les pays voisins de la France, surtout sa vulgarisation par l’imprimerie qui en vomit des milliers d’exemplaires et permit de mettre entre les mains de tous, de l’enfant pour lequel il était un enseignement, du vieillard auquel il servait d’avertissement, de consolation à tous les hommes auxquels il disait d’espérer une vie meilleure.” ( La Dance Macabre. Valentin Dufour.)