Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

C'est de la daube !

C'est un objet ou un spectacle de mauvaise qualité, bon à jeter.

Origine

Humez-moi l'odeur appétissante de cette excellente daube de boeuf qui mijote depuis un bon moment sur un feu de la cuisinière.
Soulevez le couvercle et sentez-la ! Ca fait envie, non ?
Alors comment peut-on assimiler ce plat régalatif (qu'on peut accompagner sans crainte de quelques spätzle --, par exemple) à quelque chose de nul, sans aucun intérêt ?
Eh bien malheureusement, ce n'est pas très clair.
Une chose est sûre, c'est que la daube dont il s'agit ici est un mot d'argot désignant une chose ou une personne sans valeur. Il est attesté dès 1881 pour désigner d'abord une "souillon de cuisine", mais sans que rien ne semble indiquer l'origine de ce substantif.
On peut quand même préciser que, selon Gaston Esnault dans son "dictionnaire des argots", 'daube' serait ici un mot d'origine lyonnaise pour dire 'gâté', appliqué à des fruits et des viandes, ce qui pourrait très bien expliquer l'origine[1].
[1] Alors que le nom du bon plat, qui s'orthographiait 'dobe' auparavant, vient de l'italien 'dobba' pour 'marinade'.

Compléments

La Secte des Adorateurs de Linux (excellent système au demeurant), a pour habitude d'appeler 'Windaube' le système d'exploitation Windows.
Ce qui veut tout dire sur leur opinion à propos de ce système (excellent au demeurant).
Le quotidien 'le Dauphiné Libéré' est appelé 'le Daubé', aussi bien par ses détracteurs que par ses lecteurs. Faut-il y voir un lien fort avec l'expression d'aujourd'hui ou un simple clin d'oeil ?

Ailleurs

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Pays Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemagne Allemand Das ist Scheisze C'est merdique (de la merde)
Angleterre Anglais It stinks / It's stinky Ça pue
Angleterre Anglais It's a crap C'est de la merde / de la foutaise / de la crotte
Angleterre Anglais It's rubbish Ce sont des déchets / des ordures
États-Unis Anglais That's bullshit ! C'est de la connerie / de la foutaise / de la merde !
Argentine Espagnol Es un bodrio C'est de la daube
Espagne Espagnol Es papel mojado C´est du papier mouillé
Espagne Espagnol No vale nada Ça ne vaut rien
Espagne Espagnol Vale menos que el papel mojado Ça vaut moins que le papier mouillé
Canada Français C'est pourri C'est très mauvais
Hongrie Hongrois Lyukas garast sem ér Cela ne vaut pas une monnaie trouée
Italie Italien È 'na purcarìa C'est une porcherie
Italie Italien È una pizza C'est une pizza
Belgique Néerlandais Boecht van den Aldi Bric-à-brac de l'Aldi
Belgique Néerlandais Brol van den Aldi Ordure de l'Aldi (grande surface)
Belgique Néerlandais Bucht Bric-à-brac
Belgique Néerlandais Van de hond zijn kloten Des couilles du chien
Pays-Bas Néerlandais Dat is bocht (expr. origine moyen age : bacht, becht, drek) Un produit merdique
Pays-Bas Néerlandais Dat is ramsj (origine Yiddish, typiquement Amsterdam) Se dit d'un produit bon marché et de (très) mauvaise qualité
Pays-Bas Néerlandais Dat is rotzooi C'est de la merde, foutaise, etc
Pays-Bas Néerlandais Dat is tinnef (argot d'Amsterdam, mot d'origine hébraique) C'est de la très mauvaise qualité (merdique!)
Brésil Portugais Não presta pra nada ! Il n'y a aucune valeur !
Portugal Portugais Uma merda Une merde
Roumanie Roumain E o porc?rie! C'est une porcherie!
Serbie Serbe Ne vredeti ni po lule duvana Ne vaut pas la moitié d'une pipe de tabac
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Commentaires sur l'expression « C'est de la daube ! » Commentaires

  • #1
    • linguistiques
    • 11/01/2006 à 09:27
    Bonjour,
    l’étymologie possède une faiblesse : expliquer le sens actuel par des références sémantiques quasi exclusivement.
    Dans l’expression "C’est de la daube !", l’étymologie montre cette faiblesse.
    Peut-être faudrait-il ajouter, avec prudence il est vrai, une interprétation discursive, c’est-à-dire la prise en compte de la situation de communication. En effet, hors de toute considération étymologique, on emploie parfois des expressions dans leur sens contraire ("Qu’il est joli !" pour signifier qu’il ne l’est vraiment pas). Dans ce cas, on parle d’antiphrase. Le sens de "C’est de la daube !" ne serait-il pas compréhensible à travers cette approche ?
  • #2
    • PauleN
    • 11/01/2006 à 10:10
    Les cuisiniers (professionnels) disent pour un plat ou un produit qui a fermenté, qui est passé, que celui-ci est "daubé".
  • #3
    • God
    • 11/01/2006 à 21:57
    • En réponse à linguistiques #1 le 11/01/2006 à 09:27 :
    • « Bonjour,
      l’étymologie possède une faiblesse : expliquer le sens actuel par des références sémantiques quasi exclusivement.
      Dans l’expression... »
    Sur le fond, vous avez on ne peut plus raison.
    Mais je me garde d’inventer. Je ne fais que transcrire à ma manière ce que des auteurs autrement plus érudits que moi ont trouvé ou imaginé, en se basant sur leurs connaissances.
    Et sur cette expression, parmi d’autres, ils sont restés secs.
  • #4
    • God
    • 11/01/2006 à 21:58
    • En réponse à PauleN #2 le 11/01/2006 à 10:10 :
    • « Les cuisiniers (professionnels) disent pour un plat ou un produit qui a fermenté, qui est passé, que celui-ci est "daubé". »
    C’est justement parce que le produit est devenu de mauvaise qualité, donc bon à jeter, ce qui ne fait que confirmer cet usage de la ’daube’, même si ce sont des cuisiniers.
  • #5
    • mamimo42
    • 12/01/2006 à 10:44
    Deux commentaires :
    Cette bonne daube dont le fumet nous fait saliver, était un "plat du pauvre" autrefois et on utilisait pour cela des morceaux beuf plutôt tendineux, probablement aussi parfois avancés. Comme le plat en question était destiné à mijoter au moins 4h sur le coin du foyer, peu importait d’autant que le vin coupait le goût avancé... voilà peut-être aussi l’origine, qualificatif de la viande bonne pour la daube ... Et la "petite servante", elle, prépare la daube...
    Quant au "Daubé" sus-cité, son information est tellement tendencieuse, les articles qui ne sont pas de sa couleur politique si souvent omis ou chargés de coquilles, qu’elle est effectivement plus daubée... que libérée, ce qui a introduit le jeu de mot.
    [ Commentaire transféré par le maître des lieux depuis l’expression du lendemain où il n’était pas à sa place ]
  • #6
    • God
    • 12/01/2006 à 14:40
    • En réponse à mamimo42 #5 le 12/01/2006 à 10:44 :
    • « Deux commentaires :
      Cette bonne daube dont le fumet nous fait saliver, était un "plat du pauvre" autrefois et on utilisait pour cela des mor... »
    Voilà une précision intéressante.
    Si c’était bien de la viande qu’on dirait maintenant ’daubée’ qui servait à préparer la daube, le lien devient évident.
  • #7
    • <inconnu>
    • 16/12/2007 à 01:34*
    La daube en Provence c’est une spécialité culinaire savoureuse, et comme le dit God comment peut-on assimiler ce plat régalatif à quelque chose de nul.
    Peut-être simplement par confusion avec son quasi homophone « dope » qui en argot désigne la drogue, qui elle, est effectivement mauvaise. La Rousse argotique donne d’ailleurs les deux orthographes avec la même définition.
    Nous pouvons donc continuer à manger de la daube, sans risquer le dopage.
    Bonne digestion, et bonne nuit a tous et toutes, les mains....
    quasicuisto
  • #8
    • hedgehog
    • 16/12/2007 à 07:14*
    Et pour réchauffer le coeur de Don Quichotte, encore un exemple de la daube d’un tricheur cette page
    bon dimanche à tou(te)s 😄
  • #9
    • momolala
    • 16/12/2007 à 07:40
    • En réponse à hedgehog #8 le 16/12/2007 à 07:14* :
    • « Et pour réchauffer le coeur de Don Quichotte, encore un exemple de la daube d’un tricheur cette page
      bon dimanche à tou(te)s 😄 »
    Bonjour à tous ! Erreur 404 au bout de ton lien, doux hérisson !
    Il est vrai que la daube était réalisée avec les morceaux de viande restant de la semaine que l’on mettait à macérer pour les attendrir ou en cacher le fumet peut-être un peu faisandé dans les maisons les plus pauvres avant de les faire cuire longuement. Ensuite, à Nice par exemple, on hâchait cette viande et on la mélangeait avec des feuilles de blettes, là aussi des restes puisqu’on mange les côtes en premier, et on en farcissait les pâtes du dimanche, les ravioli à la niçoise. C’est fameux, délicieux et pas daubé du tout aujourd’hui si on en trouve de vrais. Cependant c’était la coutume chez nos ancêtres (jusqu’à Pasteur ?) de laisser faisander, dauber les pièces de viande qui devaient être apprêtées avant de cuire longuement avec moultes épices et du vin censé sans doute supprimer les conséquences de cette préparation.
  • #10
    • momolala
    • 16/12/2007 à 08:01
    Avant que notre Terre ne devienne de la daube, je vous invite à regarder le diaporama qui se trouve sur cette page.
  • #11
    • syanne
    • 16/12/2007 à 08:10
    Il existe bien un vieux verbe dauber (attesté en 1220, mais sans aucun doute plus ancien), provenant du latin dealbo = blanchir, crépir, et, au sens figuré, rendre pur (< albus, a, um = blanc ; albor = blancheur, blanc d’œuf ; alors, Albator= le purificateur ?).
    Seulement voilà : dauber signifiait en ancien français « enduire », « garnir », « frapper »… Aucun rapport apparent, donc, avec notre Expressio du jour, et retour à la case départ. Gageure : trouver un lien entre les deux…
    Bon dimanche !
    PS. Spectaculaire, Momo !
  • #12
    • momolala
    • 16/12/2007 à 08:38
    • En réponse à syanne #11 le 16/12/2007 à 08:10 :
    • « Il existe bien un vieux verbe dauber (attesté en 1220, mais sans aucun doute plus ancien), provenant du latin dealbo = blanchir, crépir, et,... »
    dauber signifiait en ancien français « enduire », « garnir », « frapper »…

    C’est ainsi qu’on apprêtait les viandes dures, le gibier qui avait couru, les vieilles carnes aussi : on les enduisait de gras (chez nous d’huile d’olive) et de vin mêlé d’épices dont nous avons perdu le goût puissant pour les faire mariner, on les frappait pour les attendrir, ce que fait toujours le boucher pour les morceaux trop "fermes", et je reste persuadée que l’usage du vin était destiné non seulement à parfumer à la viande mais aussi à la purifier : tu vois, on est en plein dedans, puisqu’il s’agit toujours de viande "de pauvre", immangeable sans cette préparation, contrairement aux viandes grillées, privilège de ceux qui pouvaient manger de la viande fraîche.
  • #13
    • God
    • 16/12/2007 à 09:01*
    • En réponse à syanne #11 le 16/12/2007 à 08:10 :
    • « Il existe bien un vieux verbe dauber (attesté en 1220, mais sans aucun doute plus ancien), provenant du latin dealbo = blanchir, crépir, et,... »
    J’ai fait un p’tit ragoût rajout à l’origine de l’expression, histoire d’apporter un peu de vin à la marinade.
  • #14
    • tytoalba
    • 16/12/2007 à 09:05*
    Selon Larousse qui propose aussi la version de Syanne, dauber pourrait venir du germanique "dubban" qui signifie frapper et donne au figuré : se moquer de quelqu’un de la belle façon. On le retrouve d’ailleurs chez Molière cette page
    Lorsqu’on se moque de quelque chose ou quelqu’un, c’est qu’on ne le trouve pas à son goût.
    Le dimanche étant le jour du seigneur, God se repose et l’expression du jour n’est pas encore arrivée. Le chemin d’hier m’a donc conduite jusqu’à vous aujourd’hui. Bonne journée à tous et toutes.
    Me suis trompée, God est bien là 😄 mais d’expression du jour dans ma boîte, point.
  • #15
    • brasil
    • 16/12/2007 à 09:13
    La daube, c’est excellent ! Pendant longtemps, elle fut un "plat de pauvre". Alors, si c’est dérivé de l’argot, sans doute peut-on y voir une allusion à quelque chose de banal, de pas cher, qui ne vaut presque rien...
  • #16
    • syanne
    • 16/12/2007 à 09:32*
    • En réponse à momolala #12 le 16/12/2007 à 08:38 :
    • « dauber signifiait en ancien français « enduire », « garnir », « frapper »…
      C’est ainsi qu’on apprêtait les viandes dures, le gibier qui ava... »
    Comme tous les ans à cette époque (et comme beaucoup de gens, j’imagine), je me plonge dans la saine littérature des recettes de fêtes, et m’amuse, en feuilletant mes vieilles collections de magazines culinaires, d’y retrouver ici un peu de farine séchée, là une trace de chocolat, beaucoup de pages cornées voire déchirées, un vide entre deux numéros (l’ouvrage ayant sans doute élu domicile chez l’ami(e) à qui je l’avais prêté), bref, tout une petite histoire de nos plats favoris…
    Hier, je me suis laissé tenter par deux revues alléchantes, et j’ai pu constater, en tournant les pages, le retour en grâce (ou en vogue ?) des plats mijotés (daubes, potées, bourguignons…). Mais la mise en page très stylisée des photos (fonds blancs, couleurs froides, lignes droites …) m’a plutôt évoqué un magazine de design que donné envie de me mettre aux fourneaux. Le « plat du pauvre », oui, mais à condition qu’il soit « réhabilité » par une mise en scène branchée !
    Je lis, par ailleurs, dans la rubrique du sommelier, que « le Bordeaux n’est plus fashion (sic !). Ce qui explique, peut-être, les nouveaux « concepts étiquettes », épurés, « déclassicisés », en un mot, mondialisés.
  • #17
    • chirstian
    • 16/12/2007 à 10:10
    Troyes est d’Aube.
  • #18
    • chirstian
    • 16/12/2007 à 10:30
    on commence une journée de ripailles par les plats et les vins médiocres, pour terminer en apothéose par les meilleurs. Les artistes jouent mieux en soirée qu’en matinée. Et le sermon de la première messe ne sert au curé qu’à se chauffer la voix.
    Oui, c’est clair (de lune) : rien de ce qui est d’aube ne vaut ce qui est de crépuscule ...
  • #19
    • chirstian
    • 16/12/2007 à 10:34
    • En réponse à syanne #16 le 16/12/2007 à 09:32* :
    • « Comme tous les ans à cette époque (et comme beaucoup de gens, j’imagine), je me plonge dans la saine littérature des recettes de fêtes, et m... »
    Le « plat du pauvre », oui, mais à condition qu’il soit « réhabilité » par une mise en scène branchée !
    le plat du pauvre ,en Allemagne, c’était la daube in Hambourg.
  • #20
    • cotentine
    • 16/12/2007 à 10:49
    une autre piste ... qui s’approche de celle de Syanne tout en différant un peu.
    de l’italien ’dobba’= marinade, attesté en 1549. Ce mot est aujourd’hui rare en Italie, mais encore courant en Sicile. Il viendrait du catalan adobar = mariner.
    vous avez tous écrit qu’on peut anoblir une viande (exemple : baron d’agneau) ... on peut donc l’élever aurang de Chevalier / adobar (XIIIème s.)vient de adouberdans le sens cité plus haut "d’armer, préparer, équiper un chevalier" ... ce dernier de toutes façons, "marinait" en priant, en méditant pendant sa veillée d’armes ... 😉