Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

discuter le bout de gras [v]

converser amicalement de choses et d'autres ; échanger une conversation ; bavarder

Origine et définition

Voilà une expression qui est populaire depuis les années 1930, mais qui existait probablement auparavant.
Si l'on comprend bien la présence du verbe 'discuter' dans une expression qui a ce sens, on a du mal à imaginer ce que vient faire ici le "bout de gras" ?
Bien sûr, cette locution est synonyme de "tailler une bavette" et, pour peu que le morceau de bavette soit bien gras (même si cette 'bavette' qu'on taille ici n'a en réalité rien à voir avec de la viande), on peut supposer qu'elle est née d'une simple plaisanterie.
En fait, il faut plutôt y voir un emprunt à l'anglais "to chew the fat" (mastiquer la graisse) qui lui est antérieure (XIXe siècle) et qui a exactement la même signification.
Mais l'origine de cette expression en Angleterre est plus qu'incertaine.
Voici quelques-unes des explications proposées :
Une première vient de gens peu aisés qui, lorsqu'ils recevaient des invités, décrochaient le jambon fumé qu'ils conservaient précieusement, et en partageaient quelques tranches, sans rien en perdre. Ainsi ils discutaient avec les invités tout en mangeant (aussi) la graisse.
Une deuxième indique qu'il s'agirait d'une plaisanterie des cokneys () qui auraient 'étendu' le verbe "to chat" (discuter) en "to chew the fat".
Enfin, une troisième vient des marins qui, lorsque les vivres à bord commençaient à manquer, se voyaient octroyer de petites parts de porc salé. Tout en "mastiquant leur graisse" ils pouvaient bien entendu discuter et, surtout, grommeler et se plaindre de leur pauvre condition.
Or, il se trouve que le sens initial de cette expression en Angleterre avant 1880 était justement "grommeler et se plaindre". Alors de là à imaginer que cette explication serait la bonne...

Exemples

« Les Baponot et les Sabotier discutaient le bout de gras à quelques pas de l'entrée en un groupe compact et distant. »
Raymond Queneau - Loin de Rueil

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand quatschen papoter
Allemand schnacken causer, bavarder
Anglais chew the fat mâcher le gras
Anglais to chitchat, babble, gossip parler de la pluie et du beau temps
Anglais to have a natter / chinwag jacasser sans arrêt
Anglais (USA) to chew the fat mâcher la graisse
Anglais (USA) to shoot the breeze tirer la brise
Espagnol (Argentine) hablar de bueyes perdidos parler de boeufs perdus
Espagnol (Espagne) charlar bavarder
Espagnol (Espagne) Darle a la sin hueso Mettre la langue (sin hueso = sans os) en fonctionnement
Espagnol (Espagne) estar de palique être en bavardage
Espagnol (Espagne) hablar de todo un poco parler un peu de tout
Espagnol (Espagne) pegar la hebra coller le brin
Gallois cnoi cil mâcher le coin
Hongrois elbeszélgetni erről, arról converser de choses et d’autres
Hébreu דיברו על דה ועל הה (dibrou al dè veal haha al da veal hé) ils ont parlé de de Veha
Hébreu גלגלו דברים בעלמא nous avons roulé des choses dans le monde
Italien parlare del più e del meno parler du plus et du moins
Italien parlare del vento e della pioggia parler du vent et de la pluie
Néerlandais kletsen / kwebbelen bavarder / papoter
Néerlandais over ditjes en datjes babbelen bavarder de ça en cela
Néerlandais keuvelen - ouwehoeren bavarder légèrement de choses peu importantes - parler comme de vieilles putains
Néerlandais (Belgique) over koetjes en kalfjes praten parler de vaches et de veaux
Néerlandais (Belgique) kouten bavarder
Portugais (Brésil) jogar conversa fora jeter conversation hors
Roumain a pălăvrăgi papoter
Roumain a pune ţara la cale mettre le pays sur le chemin
Roumain a sta de/la poveşti rester à des histoires
Roumain a sta la taclale s'arrêter pour des conversations sans importances
Roumain a sta la taifas s'arrêter pour des conversations sans importances
Roumain a vorbi vrute si nevrute parler des choses qu'on veut ou qu'on veut pas
Vietnamien nói chuyện tào lao parler de choses et d'autres
Ajouter une traduction

Si vous souhaitez savoir comment on dit « discuter le bout de gras » en anglais, en espagnol, en portugais, en italien ou en allemand, cliquez ici.

Ci-dessus vous trouverez des propositions de traduction soumises par notre communauté d'utilisateurs et non vérifiées par notre équipe. En étant enregistré, vous pourrez également en ajouter vous-même. En cas d'erreur, signalez-les nous dans le formulaire de contact.

Voir aussi

Variantes

  • Disputer le bout du bras.
  • Découper le bout de gras
  • Disputer le Bouddha gras
  • Discuter le boudin gras

Commentaires sur l'expression « discuter le bout de gras » Commentaires

  • #1
    Elpepe
    03/04/2008 à 00:21
    La troisième explication est forcément la bonne, God, puisqu’elle vient de la Marine ! Quoiqu’ici, on discute souvent le bout de Rat, hein ? Remarque, dans la Marine aussi, quand le porc salé était épuisé...
  • #2
    cotentine
    03/04/2008 à 01:37
    allez donc faire une petite incursion, en hiver en Mongolie ... et vous n’aurez plus jamais envie de discuter le "bout de gras" ! 🙁
    ce gras de mouton qui nage dans la soupe épaisse + le lait caillé = quel ’délice’ pour un estomac européen ! 😏
    "Les éleveurs finissent donc parfois leur repas en étalant sur des boortsog du beurre ou de la crème de lait (orööm). C’est très nourrissant et il faut posséder un estomac d’éleveur mongol pour parvenir, après plusieurs bols de soupe au gras de mouton, à engouffrer ce supplément de graisse …" mais par - 40 ° ils ont besoin de calories !
    la petite nana de 22 ans qui vient d’y vivre, par choix 1 an, en a eu bien des nausées !
    Je viens de lire ce livre de
  • #3
    <inconnu>
    03/04/2008 à 04:37*
    • En réponse à Elpepe #1 le 03/04/2008 à 00:21 :
    • « La troisième explication est forcément la bonne, God, puisqu’elle vient de la Marine ! Quoiqu’ici, on discute souvent le bout de Rat, hein ?... »
    Mais non, mais non, c’est INOUÏ ’T, de discuter le bout de gras de phoque !
    Un bout de gras gelé est d’ailleurs une friandise pour leurs enfants.
    Là on ne parle pas de -40° qui reste encore ordinaire dans l’hiver québécois à une latitude comparable au nord de la France, mais de -60 à -80.
    J’ai déjà essayé le thé au beurre rance dans un restau thibétain de Toronto, seules les deux premières gorgées ont réussies à passer, mais la friandise "esquimaude" (c’est à dire "des mangeurs de viande crue" en langue algonquine) je n’ai point l’intention d’essayer.
    Les menus printaniers des cabanes à sucre du Québec ne sont pas en reste. Profitant de cette fin d’hiver (qui s’éternise jusqu’à fin avril) et de la montée de la sève des érables, ça mélange à qui mieux mieux graisse et sucre.
    On y discute aussi le bout de gras de porc, grillé cette fois, sous la dénomination d’ "oreille de crisse".
  • #4
    <inconnu>
    03/04/2008 à 05:16
    Certains et certaines d’entre nous se souviennent sûrement de l’époque où l’abattage des bêtes étaient moins réglementées. Plusieurs familles se mettaient ensemble pour acheter un cochon, le tuer et faisaient la cochonaille ensemble. J’étais encore toute jeune et je ne supportais pas les cris de la bête qui savait très bien ce qu’on allait lui faire, alors je me sauvais à bicyclette.
    Quand je rentrais, les femmes taillaient effectivement les bout de gras tout en discutant. Ma mère faisait pâtés, saucisses et boudins. Les hommes nettoyaient les traces de la tuerie, c’était sans soute leur seule et unique corvée de ménage.
  • #5
    PHILO_LOGIS
    03/04/2008 à 07:25*
    • En réponse à Elpepe #1 le 03/04/2008 à 00:21 :
    • « La troisième explication est forcément la bonne, God, puisqu’elle vient de la Marine ! Quoiqu’ici, on discute souvent le bout de Rat, hein ?... »
    Ben oui, mon cochon. C’était ca, à l’époque.
    Quoique, les Bretons, oui, ceux qui ont des chapeaux ronds, les Bretons, disais-je, discuteraient plutôt le bout de Raz, non?
  • #6
    Emeu29
    03/04/2008 à 09:06*
    • En réponse à PHILO_LOGIS #5 le 03/04/2008 à 07:25* :
    • « Ben oui, mon cochon. C’était ca, à l’époque.
      Quoique, les Bretons, oui, ceux qui ont des chapeaux ronds, les Bretons, disais-je, discuteraie... »
    Non ! Non! on se dispute le bout de (raz de) Sein ! Et ce dès le plus jeune âge ! 😉 😏
  • #7
    <inconnu>
    03/04/2008 à 09:06
    Gratter le cul du bouddhiste ! :-II
  • #8
    chirstian
    03/04/2008 à 09:16
    discuter le bout de gras ... du bout des lèvres !
  • #9
    rigolote
    03/04/2008 à 09:17
    • En réponse à <inconnu> #7 le 03/04/2008 à 09:06 :
    • « Gratter le cul du bouddhiste ! :-II »
    Y a un truc... N’aurais-tu pas fini ta phrase... Une subite envie de manger quelque chose de bien gras et bien consistant, puisqu’on nous annonce une chute brutale des températures....
    Bonne journée, Carabin, et aux autres aussi, bien sûr !!!
  • #10
    chirstian
    03/04/2008 à 09:32
    on peut discuter le bout de gras, mais pas celui des goûts ni des couleurs.
    Ergo évitez de discuter des peintures à l’huile , tenez vous en à l’acrylique. En plus vous économiserez vos pinceaux. Surtout si vous évitez de discuter debout le gras.
    Non, qu’est ce que je dis : c’est l’inverse ! Il faut éviter la peinture à l’eau. à l’eau. allo ? Zut, on a été coupé. J’avais pas pris le bout de gras par le bon bout ! Mais comment le reconnaître ? J’avais une explication sur le bout de la langue , mais j’ai oublié. Je me souviens seulement de cette pensée profonde de Gainsbourg :
    " Qui promène son chien est au bout de la laisse" .
    Je vous la laisse. Bonne promenade matutinale.
  • #11
    <inconnu>
    03/04/2008 à 09:32
    Merci... moi personnellement j’aime bien :
    ""Une deuxième indique qu’il s’agirait d’une plaisanterie des cokneys () qui auraient ’étendu’ le verbe "to chat" (discuter) en "to chew the fat".""
    Cela me rassure quelque part que le fait de chatter sur internet n’est pas un terme venu de personnages dont l’humour est exclusivement à orientation sexuelle. Une chatte, un minou... si à petites doses c’est drôle, à la longue c’est lourd et fatiguant. Merci les anglo saxons..
  • #12
    <inconnu>
    03/04/2008 à 09:37
    • En réponse à rigolote #9 le 03/04/2008 à 09:17 :
    • « Y a un truc... N’aurais-tu pas fini ta phrase... Une subite envie de manger quelque chose de bien gras et bien consistant, puisqu’on nous an... »
    Mais non, c’est une contrepèterie ! Un peu capillotractée certes, mais amusante.
  • #13
    chirstian
    03/04/2008 à 09:56
    pour le retour de l’enfant prodigue on décida de tuer le veau gras. Mais avant on en discuta : était-il assez gras ? Par quel bout le prendre ? Bref on perdit tellement de temps à discuter le bout de gras que le veau , pas con, en profita pour se sauver.
    Après quelques années , il revint au logis.
    Pour fêter son retour on fit cuire l’enfant prodigue (qui avait beaucoup engraissé entre temps), sans perdre le temps en discutions.
    Et Jésus mis l’histoire sur sa parabole pour que nous puissions en parler sur le site de God.
    😐
  • #14
    Elpepe
    03/04/2008 à 10:01*
    - Gros désir du culte béat.
    - Rat d’égout : cris de bleus.
    - De grâce, Di, turlute Boss !
    - L’AGIRC : détresse du bout.
    - Strict loubard de Ségué.
    - Testicule du gros barde.
    Anna Gramme
  • #15
    <inconnu>
    03/04/2008 à 10:22
    • En réponse à Elpepe #14 le 03/04/2008 à 10:01* :
    • « - Gros désir du culte béat.
      - Rat d’égout : cris de bleus.
      - De grâce, Di, turlute Boss !
      - L’AGIRC : détresse du bout. »
    L’AGIRC : détresse du bout

    Du bout de gras que nos dirigeants sont en train de discuter sur les systèmes de retraite ? Fectivement c’est un peu la détresse de ce côté-là !
  • #16
    <inconnu>
    03/04/2008 à 10:25
    Bravo l’délirium très mince. Avec vous, on peut tailler dans l’gras sans wait watcher. Y’en a même qui arrivent à essayer de dégraisser l’mammouth sans discuter le bout d’gras et qui se font dégraisser en touche.Dégraisser du maigre, ya que nos politiques pour arriver à ça!! Plaisanteries grasses à affiner.
    Discuter l’bout d’gras en bons marchands d’tapis!
  • #17
    Elpepe
    03/04/2008 à 10:25
    • En réponse à <inconnu> #15 le 03/04/2008 à 10:22 :
    • « L’AGIRC : détresse du bout
      Du bout de gras que nos dirigeants sont en train de discuter sur les systèmes de retraite ? Fectivement c’est un... »
    Au bout du compte, oui.
  • #18
    Elpepe
    03/04/2008 à 10:33
    Elle est grasse, l’expression du jour, kif-kif la rillette. Et patati, et patata...
  • #19
    cotentine
    03/04/2008 à 10:42
    Quand on lit les contes de Maupassant … on s’aperçoit que les gens respectables n’acceptent pas de « tailler le bout de gras » avec n’importe qui, même pas avec celle qui va leur sauver la vie ! quelle un gras ‘ttitude … J’évoque ici cette femme, Elisabeth Rousset, une de celles appelées galantes, qui était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de
  • #20
    cotentine
    03/04/2008 à 10:59
    Je viens de lire quelques articles du