Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

tonneau des Danaïdes [n]

une tâche sans fin ; un travail à recommencer sans cesse ; un compte en banque constamment vidé par quelqu'un de très dépensier

Origine et définition

Non, les Danaïdes n'étaient pas des pochardes, toujours promptes à aller s'abreuver au tonneau de vin placé à proximité !
L'histoire à l'origine de l'expression se passe dans la mythologie grecque aux environs de ce qui est aujourd'hui l'Égypte et la Libye. Nous avons là deux frères, Égyptos et Danaos. Le premier a eu cinquante garçons, le second cinquante filles[1].
À la suite d'une querelle avec son frangin, Danaos fuit avec sa nombreuse progéniture en Argolide, située en Grèce dans la péninsule du Péloponnèse.
Une fois arrivés, ils sont rejoint par les fils d'Égyptos, donc les cousins des filles de Danaos, les Danaïdes, qui sont demandées en mariage par les garçons.
Le père des demoiselles n'est pas favorable à ces unions, mais il fait semblant d'accepter et demande à chacune de ses filles de tuer son époux lors de la nuit de noces.
Toutes acceptent, sauf Hypermnestre mariée à Lyncée qui, plus tard, se chargera de trucider son beau-père et ses quarante-neuf cousines entretemps remariées.
Compte tenu de leur méfait, ces dames ne pouvaient qu'être envoyées en enfer.
Et c'est dans ce charmant lieu de villégiature que, en guise de punition, on leur confia la mission (qu'elles ont dû obligatoirement accepter) de remplir sans fin un tonneau au fond percé.
Cette expression est apparue au XVIIIe siècle.
Si son premier sens est évident, compte tenu de la fin de l'histoire, le deuxième est à comparer à la dénomination de "panier percé" qu'on affecte à une personne trop dépensière qui, comme pour les Danaïdes qui n'arrivent jamais à remplir leur tonneau, ne peut jamais combler son panier avec ce qu'elle achète et passe donc son temps à dépenser sans compter.
Ce genre de tâche inutile et interminable peut se comparer au rocher de Sisyphe (ou au vidage du puits de dérive, pour ceux qui ont pratiqué le dériveur). Mais c'est une autre histoire...
[1] Eh oui, vous savez ce que c'est ! On espère toujours avoir un enfant de l'autre sexe, alors on ressort le mode d'emploi et on remet le couvert. Mais de nos jours, on accepte la fatalité bien avant d'atteindre les cinquante enfants.

Exemples

« Alors face à cela, l'État, les collectivités territoriales dépensent des budgets de plus en plus importants, et malheureusement, c'est un peu le tonneau des Danaïdes. »
Jacques Froget - Pauvreté et politique - 1994

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand Sisyphusarbeit Travail de Sisyphe
Allemand das Danaidenfaß le tonneau des Danaïdes
Allemand ein Fass ohne Boden un tonneau sans fond
Anglais (USA) a money pit un gouffre financier
Anglais (USA) the stone of Sisyphus le rocher de Sisyphe
Arabe (Algérie) yadd maggoôura main percée
Arabe (Tunisie) yahleb fi halleb menkoub traire dans un pot percé
Danois fylde Danaidernes kar remplir le tonneau des Danaïdes
Espagnol (Espagne) el tonel de las Danaides le tonneau des Danaïdes
Espagnol (Espagne) un pozo sin fondo un puits sans fond
Espagnol (Espagne) un saco sin fondo un sac sans fond
Espagnol (Espagne) el cuento de nunca acabar le conte de n'en plus finir
Espagnol (Espagne) el cubell de les Danaides le tonneau des Danaïdes
Espagnol (Argentine) el cuento de la buena pipa le conte de la bonne pipe
Grec ο πίθος των Δαναδων le tonneau des Danaïdes
Hébreu המלך והמלכה (hamèlèkh vehamalka) le roi et la reine
Italien è una cosa che non finisce più c'est une chose qui ne finit plus
Italien il pozzo di San Patrizio le puits de Saint Patrick
Italien un pozzo senza fondo un puits sans fond
Néerlandais een bodemloze put un puits sans fond
Néerlandais (Belgique) het vat der Danaïden le tonneau des Danaïdes
Néerlandais (Belgique) een bodemloos vat un tonneau sans fond
Polonais beczka Danaid le tonneau des Danaïdes
Roumain la un popă a fost un câine... un pope avait un chien...
Roumain mână spartă main percée
Roumain muncă de Sisif travail de Sisyphe
Roumain sac fără fund sac sans fond
Roumain butoiul Danaidelor le tonneau des Danaïdes
Russe бездонная бочка un tonneau sans fond
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Voir aussi

Variantes

  • Le tonneau des femmes avides
  • Le tombeau des dames divines

Commentaires sur l'expression « tonneau des Danaïdes » Commentaires

  • #61
    SagesseFolie
    29/05/2009 à 18:28*
    • En réponse à Elpepe #41 le 29/05/2009 à 11:47 :
    • « Tiens, je te décerne un tonneau de talents d’or. »
    Le mot français tonne est un mot d’origine probablement gauloise. A la fin de l’antiquité, il se présentait sous la forme tunna et désignait une grande cuve.
    Tunna devint tonne en français et désigna une grande cuve faite de douves assemblées par cerclage. Elle devint aussi une unité de poids : mille kilos (poids approximatif d’un liquide - vin rosé, par exemple - contenu dans une tonne).
    Le diminutif tonneau désigne un récipient plus petit que la tonne.
    Verser un liquide dans un tonneau s’appelle entonner. On se sert pour cela d’un entonnoir.
    «Entonner la Marseillaise» n’est, évidemment, pas la mettre en tonneau ; il s’agit d’une homonymie : entonner une chanson c’est en donner le ton (plus facile, sur internet, avec un éditeur de partoche).
    Au quatorzième siècle, le diminutif tonnelle était synonyme de «tonneau». Il désigna par la suite une longue voûte en berceau. L’anglais emprunta le mot, dont il fit tunnel, pour désigner une galerie souterraine. Le mot revint en France sous sa forme anglaise et dans cette acceptation.
    Source : "Les étymologies surprises" de René Garrus
  • #62
    Jonayla
    29/05/2009 à 19:06
    • En réponse à <inconnu> #3 le 29/05/2009 à 01:45 :
    • « Tâches dont après une longue et lourde journée, sublimes vous êtes capables, pour en voir le bout enfin mérité, de l’honorer comme il mérite... »
    qu’en termes bien choisis ces choses-là sont dites ...
  • #63
    mickeylange
    29/05/2009 à 19:12
    • En réponse à Elpepe #60 le 29/05/2009 à 18:27 :
    • « Pffffff ! BB dit que j’ai les attributs d’un âne, mais pas au niveau des oreilles. Et je n’y mets pas de casquette.
      Bon, les gosses : l’Amir... »
    BB dit que j’ai les attributs d’un âne

    Fais gaffe quand même ça fait prise au vent !
    Bonne Nav.
  • #64
    Jonayla
    29/05/2009 à 19:25
    • En réponse à PHILO_LOGIS #52 le 29/05/2009 à 14:42 :
    • « Dans le dernier show aérien auquel elles ont participé, les Danaides 5équipe féminine) ont fait un tabac avec leur nouvelle figure: un tonne... »
    j’aime bien le petit copain Himmel mann 🙂
    C’est du néo-mythique 🙂
  • #65
    Jonayla
    29/05/2009 à 19:28
    • En réponse à SyntaxTerror #54 le 29/05/2009 à 15:37 :
    • « C’est bien ce que je pensais !
      Si c’est attesté par une publication scientifique signée Goscinny et Uderzo ...
      Ch’ti Méo Danaos et Doña Fére... »
    cette page
    Aux armes, 6 troyens 🙂
  • #66
    syanne
    30/05/2009 à 14:38
    • En réponse à Elpepe #26 le 29/05/2009 à 10:09 :
    • « Tu parles pour toi, là ! Pour ma part, j’aurais du mal à me passer des femmes, ayant travaillé, plaisanté, peiné et fêté toute ma vie avec e... »
    Tu as bien raison d’aimer les femmes : les femmes aiment les hommes qui aiment les femmes, et ainsi de suite et vice versa !
  • #67
    <inconnu>
    05/06/2009 à 08:51
    Ahahahaa! J’aime trop cette expression, ça me rappelle les cours de philo en terminale de l’an dernier! Nous on en avait parler dans la leçon sur le "désir". Alors en fait on disait que le désir était une quête sans fin, qu’il était insatiable. Lorsque l’on désire une chose, on s’imagine en sa possession, on miroite; et ce moment est un instant de douleur dû à l’absence de l’objet en question. Une fois un désir satisfait, un moment de plaisir apparaît du fait d’un désir assouvi. Mais, ensuite, un nouveau désir apparaît...etc...Finalement, la quête du désir est assez complexe, d’une part elle provoque une souffrance (par l’absence de sa réalisation), de l’autre elle provoque un sentiment de joie une fois que l’on a réalisé l’objet de son désir...La situation est interminable...C’est un véritable supplice des Danaïdes, qui remplissent sans fin leur tonneau. Tout comme elles, l’Homme remplit sans fin "son tonneau" en recherchant l’accomplissement de toutes ses envies! J’aime trop cette leçon; là ça a l’air simple mais bn c’est plus complexe en fait! Et en plus, la philo adore emprunter des expressions "métaphoriques" ^^
  • #68
    momolala
    06/06/2009 à 08:11
    • En réponse à <inconnu> #67 le 05/06/2009 à 08:51 :
    • « Ahahahaa! J’aime trop cette expression, ça me rappelle les cours de philo en terminale de l’an dernier! Nous on en avait parler dans la leço... »
    Bonjour Fanny jeunette ! C’est le génie d’Expressio d’intéresser avec le même plaisir toutes les générations. Tu as tout compris : les anciens Grecs ont tout inventé : la métaphore, les dieux et la philosophie ! Nous ne faisons que tricoter et détricoter tout ça depuis ; enfin, ici, on s’autorise aussi à broder un peu pour faire joli et drôle. Bienvenue à toi et reviens rire ici souvent !
  • #69
    lorangoutan
    06/06/2009 à 22:08
    • En réponse à momolala #68 le 06/06/2009 à 08:11 :
    • « Bonjour Fanny jeunette ! C’est le génie d’Expressio d’intéresser avec le même plaisir toutes les générations. Tu as tout compris : les ancie... »
    Pour le cycle infernal du désir et de la frustration, etc., il me semble que Bouddha a légèrement devancé les Grecs, ou du moins l’a inventé aussi de son côté... 😉
  • #70
    momolala
    07/06/2009 à 07:25
    • En réponse à lorangoutan #69 le 06/06/2009 à 22:08 :
    • « Pour le cycle infernal du désir et de la frustration, etc., il me semble que Bouddha a légèrement devancé les Grecs, ou du moins l’a inventé... »
    C’est vrai mais on ne va pas perturber notre jeune amie par l’étendue de nos connaissances collectives dès sa première contribution ! J’aurais dû écrire que les anciens Grecs avaient inventé la métaphore, la philosophie et les dieux qui allaient avec. C’eût été plus exact. Tu interviens bien rarement, toi, et bien tard pour qu’on puisse échanger davantage, c’est dommage.
  • #71
    lorangoutan
    07/06/2009 à 18:21
    • En réponse à momolala #70 le 07/06/2009 à 07:25 :
    • « C’est vrai mais on ne va pas perturber notre jeune amie par l’étendue de nos connaissances collectives dès sa première contribution ! J’aura... »
    Certes, mais que veux-tu ?
    J’aime bien https://www.expressio.fr/edj?| couper les cheveux en quatre... 😉
    Désolé, mais le reste du temps, je fais le singe... 🤡
  • #72
    <inconnu>
    11/09/2012 à 04:50
    • En réponse à SyntaxTerror #54 le 29/05/2009 à 15:37 :
    • « C’est bien ce que je pensais !
      Si c’est attesté par une publication scientifique signée Goscinny et Uderzo ...
      Ch’ti Méo Danaos et Doña Fére... »
    il est trop, Jean.

    Je pensais qu’ils étaient trois... ?
  • #73
    PHILO_LOGIS
    11/09/2012 à 07:32
    [1] Eh oui, vous savez ce que c’est ! On espère toujours avoir un enfant de l’autre sexe, alors on ressort le mode d’emploi et on remet le couvert. Mais de nos jours, on accepte la fatalité bien avant d’atteindre les cinquante enfants.

    Cela n’est pas toujours ainsi. Je me souviens d’un couple de copains, en Belle Gique, qui avait décidé - si l’on veut - d’avoir trois enfants, dont au moins un de chaque sexe.
    Ils ont donc mis le couvert, et eurent une fille. Ils furent enchantés, cela tombait pile poil dans leurs souhaits et leur programme.
    Contents, contents, ils remirent le couvert. Et vlan: deux d’un coup. Le problème: des jumelles (mais sans la courroie ni l’étui).
    Ils se dirent alors: on voulait trois enfants, ce qui veut dire aussi procréer trois fois, allez, zou, on remet cela, pour la dernière fois. Eh oui, il leur manquait encore toujours le mâle!
    Et ce fut donc reparti pour un tour. Et alors là, je vous passe les détails, bande de cochons, mais bon, résultat imparable: un garçon ET TROIS FILLES! Oui, oui, oui, des quadruplés!
    Heureusement qu’ils travaillaient tous les deux dans la même banque (non, pas la banque du sperme!), ils ont eu des facilités de crédit. De même, grâce au fait que ces dernières naissances se passèrent l’année où Renault sortit l’Espace, ils en reçurent une (geste publicitaire, moyennant photo et tout le toutim). Pampers et Nestlé les aidèrent aussi (moyennant photos et publicité et tout le toutim).
    Comme quoi, fête faites des enfants, vous en aurez toujours quelque chose!
    Comme ces copains le sont toujours (mes copains), je tairai leur nom!
  • #74
    PHILO_LOGIS
    11/09/2012 à 07:36
    • En réponse à momolala #68 le 06/06/2009 à 08:11 :
    • « Bonjour Fanny jeunette ! C’est le génie d’Expressio d’intéresser avec le même plaisir toutes les générations. Tu as tout compris : les ancie... »
    Tu as tout compris : les anciens Grecs ont tout inventé : la métaphore, les dieux et la philosophie !

    Tu as raison, Momo, mais ils ont inventé plus que cela: la démocratie et le tonneau des Danaides de la dette!
  • #75
    <inconnu>
    11/09/2012 à 07:45
    Au lieu de rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline son putain de rocher qui n’arrêtait pas de dégringoler, Sisyphe aurait mieux fait de rouler le tonneau des Danaïdes beaucoup plus léger ! Évidemment, remplir le rocher d’eau aurait posé problème, mais à la réflexion, pas plus que de remplir cette saloperie de tonneau troué !
    Décidément, les dieux grecs aimaient à perdre leur temps en futilités ; heureusement, le nôtre agit avec infiniment plus de sagesse, comme nous pouvons le constater quotidiennement. 😄
  • #76
    saharaa
    11/09/2012 à 09:19
    • En réponse à chirstian #11 le 29/05/2009 à 08:50 :
    • « Le père des demoiselles n’est pas favorable à ces unions
      précisons qu’un oracle avait révélé à Danaos que l’intention des fils de son frèr... »
    Il décide donc de s’enfuir avec elles et parvient jusqu’à Argos

    il a dû baliser pour en arriver là 😄
  • #77
    saharaa
    11/09/2012 à 09:22
    • En réponse à chirstian #11 le 29/05/2009 à 08:50 :
    • « Le père des demoiselles n’est pas favorable à ces unions
      précisons qu’un oracle avait révélé à Danaos que l’intention des fils de son frèr... »
    les Danaïdes sont finalement libérées de leur tâche ingrate par l’invention du bouchon.

    mais non, pas seulement du bouchon, du joint!
  • #78
    DiwanC
    11/09/2012 à 09:37
    Le tonneau des Danaïdes ? C’est Expressio !
    Quotidiennement, on reçoit une jarre de culture certifiée Kelyos et on passe la journée à la vider de sa substantifique moelle, joignant nos efforts à ceux des voisins du d’ssus.
    De temps en temps, ni vu ni connu, on subtilise un ou deux tonneaux qu’on fait livrer chez Marcel et qu’on vide tous ensemble au Bar du Phare, parce que faut c’qui faut, mais faut de l’ordre, nom de God !
    😛
  • #79
    joseta
    11/09/2012 à 09:49
    La Fontaine à un contemporain
    - On m’a dit que tu bois comme un tonneau...
    - Oui, mais La Fontaine je ne boirai pas de tonneau.
    Source: La Fontaine
  • #80
    saharaa
    11/09/2012 à 09:50
    • En réponse à SagesseFolie #61 le 29/05/2009 à 18:28* :
    • « Le mot français tonne est un mot d’origine probablement gauloise. A la fin de l’antiquité, il se présentait sous la forme tunna et désignait... »
    L’anglais emprunta le mot, dont il fit tunnel, pour désigner une galerie souterraine. Le mot revint en France

    par eurotunnel? 🙂