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ne pas se moucher du pied [v]

se croire quelqu'un d'important ; avoir de grandes prétentions ; être prétentieux ; se croire important ; être plein d’outrecuidance

Origine et définition

Au XVIe siècle, quelqu'un qu'on "mouchait du pied" était quelqu'un qu'on bernait facilement. Donc un niais, assimilé à une chandelle qu'on aurait pu 'moucher' (ou éteindre) sans même avoir besoin d'y mettre la main.
Le verbe 'moucher' y avait d'ailleurs aussi le sens de 'tromper' ou 'séduire avec des arguments trompeurs'.
C'est à partir du XVIIe siècle que la signification a évolué.
A cette époque, les saltimbanques (donc des gens de basse classe) pouvaient, dans la rue et grâce à leur souplesse, se contorsionner et se passer le pied sous le nez, comme s'ils se mouchaient avec.
Par comparaison, les gens de la haute ne risquaient pas de se moucher du pied.
A cette époque également, beaucoup de personnes de condition modeste avaient l'habitude de se moucher sur leur manche et quelqu'un qui se mouchait de la manche ou du coude était un malappris, aisément reperé par les taches vertes et gluantes sur son bras.
Par contre l'élite de la société utilisait un mouchoir et n'avait donc aucun besoin de se moucher du coude.
Ces deux variantes de l'expression permettaient de bien différencier la piétaille de l'aristocratie.
Cette locution, dans sa forme négative, est petit à petit devenue ironique, pour désigner des gens imbus d'eux-mêmes, prétentieux, qui affichent de grands airs ou qui tentent de se faire passer pour des personnes raffinées, aisées ou intelligentes.

Compléments

Peut aussi se dire, en termes moins élégants : "péter plus haut que son cul".

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Albanais me ja rreh ku vjerren qepët prétendre où on accroche les oignons /haut/!
Albanais me ja rreh nalt prétendre très haut
Allemand Herr wichtig sein être 'monsieur-important
Anglais (UK) To show off Frimer / Faire le prétentieux
Anglais think you're the bee's knees/ the cat's whiskers penser que l'on est les genoux de l'abeille/ les moustaches du chat
Anglais to think you're hot stuff. To think you're all that penser que l'on est des trucs chauds. Penser que l'on est tout cela
Anglais a weisenheimer/wisenheimer se dit d'une personne arrogante et prétentieuse
Anglais to be [rather/pretty] full of oneself être [plutôt/assez] plein de soi-même
Espagnol (Espagne) creerse el ombligo del mundo se croire le nombril du monde
Espagnol (Espagne) tener muchos humos avoir beaucoup de fumées
Espagnol (Espagne) Alardear Frimer / Faire le prétentieux
Espagnol (Argentine) no es un piguyi ce n'est pas un petit pou / un pou
Espagnol (Argentine) creerse Gardel se prendre pour Gardel
Espagnol (Espagne) Darse al postureo / Posturear (terme très moderne en politique) S'adonner à la frime / Frimer / Être prétentieux / Vouloir épater
Français (Belgique) vouloir péter plus haut que son cul ! vouloir péter plus haut que son cul !
Français (Canada) marcher le nez en l'air regarder les gens d'en haut
Français (Canada) péter plus haut que le trou
Français (Canada) péter plus que le trou se montrer snob
Français (Canada) se prendre pour la Reine de Saba
Français (Suisse) ne pas se prendre pour la queue d'une poire
Français (France) ne pas se moucher avec un dail ne pas se moucher avec une faux
Hébreu חושב את עצמו מרכז העולם (khochèv ètt atsmo mèrkaz haolam) se considérer comme un centre du monde
Italien credersi chissà chi se croire n'importe qui
Italien avere la puzza sotto il naso sentir mauvais au dessous du nez
Latin nasum tuum in cubito succendam se moucher du sabot
Néerlandais (Belgique) dikkenek zijn être un gros-cou
Néerlandais ee betweter zijn un monsieur je-sais-tout
Néerlandais een opgeblazen kikker zijn être une grenouille gonflée
Néerlandais een pedante figuur un individu arrogant qui prétend savoir mieux que les autres
Néerlandais hoog van de toren blazen soufler depuis la tour élevé
Néerlandais een dikdoener zijn être un faisant gros
Portugais (Brésil) ter o rei na barriga avoir le roi dans le ventre
Portugais (Brésil) por cima da carne seca sur la viande séchée
Portugais (Brésil) cheio de si imbu de soi-même
Portugais (Brésil) cagar cheiroso chier parfumé
Portugais (Brésil) ser metido être prétentieux
Roumain a se băga în seamă se prendre au sérieux
Roumain a se crede buricul pământului se croire le nombril du monde
Roumain a se da rotund se donner rond
Roumain a se da/crede mare şi tare se donner/croire grand et fort
Roumain a umbla cu nasul pe sus marcher le nez en haut
Roumain a-şi da aere se donner des airs
Roumain a-şi lua nasul la purtare prendre son nez à porter
Roumain nu-i ajungi nici cu prăjina la nas tu ne réussis pas à lui atteindre le bout du nez; même avec une perche
Tchèque chodit s nosem nahoru marcher le nez en haut
Turc Burnu havada olmak Avoir le nez en haut
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Voir aussi

Variantes

  • Ne pas se moucher avec le dos de la cuiller

Commentaires sur l'expression « ne pas se moucher du pied » Commentaires

  • #1
    cotentine
    12/06/2006 à 00:22
    à propos de coude, je ne sais si on peut se moucher du coude ? mais je sais qu’on ne peut pas se lécher le coude, c’est une impossibilité physique ... essayez donc pour voir ! j’en connais qui essaient (en lisant ceci !) lol
  • #2
    <inconnu>
    12/06/2006 à 08:21
    Tout cela me met dans une légère confusion.
    Pour moi, moucher quelqu’un, c’est lui rabattre son caquet, comme on mouche une chandelle, mais je n’ai pas souvenance que l’on mouche quelqu’un du pied.
    D’autre part, si je comprends bien, se moucher du pied et se moucher du coude, quoique de signification identique, auraient une origine toute différente ? (d’une part les saltimbanques, d’autre part les pauvres).
    Et dans tous les cas, moucher quelqu’un (du pied ou non) et se moucher du pied n’auraient pas du tout le même sens.
    Mon God, si je n’avais pas la foi aveugle du charbonnier, je penserais que vous êtes atteint du syndrome du lundi matin. A propos de coude, ne l’avez-vous pas trop levé ce week-end ? Mais je vous le lâche et prends les miens au corps pour fuir votre divin courroux.
    L’iconoclaste.
  • #3
    God
    12/06/2006 à 09:05*
    • En réponse à <inconnu> #2 le 12/06/2006 à 08:21 :
    • « Tout cela me met dans une légère confusion.
      Pour moi, moucher quelqu’un, c’est lui rabattre son caquet, comme on mouche une chandelle, mais... »
    Cher icone aux clastes,
    Pourquoi confuser ?
    De nos jours, "moucher quelqu’un", c’est bien lui rabattre son caquet, mais ce n’est pas le sujet du jour.
    Et si, autrefois, "moucher quelqu’un du pied", c’était bien le tromper, cela ne se dit plus depuis un moment.
    Mais il faut simplement tenir compte du fait que nombre de nos expressions ont évolué dans le temps, et qu’un ’se’ pronominal peut tout changer (comme avec le verbe ’branler’, par exemple - oups !). Et celles-ci en font partie.
    A partir du XVIIe, les deux variantes ont et ont eu effectivement la même signification, et si l’origine n’est pas tout-à-fait la même, elles montraient bien toutes les deux la différence entre les gens du peuple et les autres.
    Allez en paix et je vous rassure, vous n’aurez pas à subir mon courroux, coucou (Desproges dixit).
  • #4
    chirstian
    12/06/2006 à 09:31
    en fait on se mouchait autrefois avec toutes les parties du corps, même si nous n’en avons ainsi retenu que deux ou trois.Témoin la comptine :
    alouette, gentille alouette,
    alouette je te moucherai
    je te moucherai du pied , je te moucherai du pied
    (je vous laisse finir, je suis certain que vous connaissez !)
    Il faut admettre qu’avec certaines parties du corps, cela ne témoignait peut être pas d’une meilleure éducation, mais en tous cas d’une plus grande souplesse, non ?
  • #5
    Rikske
    12/06/2006 à 10:02*
    Il me semble avoir lu l’expression, chez notre regretté Frédéric Dard, employée dans le sens de "ne rien se refuser, pouvoir tout se permettre". Possible ?
    En fait, il l’employait en parlant de quelqu’un qui possédait beaucoup de biens de grande valeur.
  • #6
    <inconnu>
    12/06/2006 à 10:10
    A propos de "péter plus haut que son cul" ( exercice assez difficile vous en conviendrez)... Dans certains contes haïtiens (contés avec brio par Mimie) on dit "Péter Carré (plus haut que son cul)" . Quand la géométrie complique tout !!!
  • #7
    <inconnu>
    12/06/2006 à 13:03
    Et je suppose que ça a un lien indirect avec les mouchards qui se recrutaient parmi les petites gens, les malpropres comme les malappris... guère étouffés par la morale.
  • #8
    francisbeaujean
    12/06/2006 à 15:43
    Il partaît que c’est pour éviter ces laides taches sur les manches de ses soldats que Napoléon y aurait fait coudre des boutons! Impossible donc de s’y moucher. Aussi les soldats avaient-ils un uniforme propre.
  • #9
    God
    12/06/2006 à 15:56*
    • En réponse à francisbeaujean #8 le 12/06/2006 à 15:43 :
    • « Il partaît que c’est pour éviter ces laides taches sur les manches de ses soldats que Napoléon y aurait fait coudre des boutons! Impossible... »
    Oui, d’ailleurs si les boutons étaient mal cousus et que les soldats s’y mouchaient quand même, ils collaient alors au nez. C’est ce qu’on appelait des boutons d’acnez.
    Et si jamais les boutons étaient bien cousus, ils s’y arrachaient alors le pif, les pôvres. Mais ils allaient nez en moins à la bataille.
  • #10
    <inconnu>
    12/06/2006 à 15:56
    • En réponse à francisbeaujean #8 le 12/06/2006 à 15:43 :
    • « Il partaît que c’est pour éviter ces laides taches sur les manches de ses soldats que Napoléon y aurait fait coudre des boutons! Impossible... »
    Intéressant ! En tous cas, "La guerre des boutons", ce fût bien plus tard...
  • #11
    <inconnu>
    12/06/2006 à 15:59
    • En réponse à God #9 le 12/06/2006 à 15:56* :
    • « Oui, d’ailleurs si les boutons étaient mal cousus et que les soldats s’y mouchaient quand même, ils collaient alors au nez. C’est ce qu’on a... »
    Ah que Nez (le Maréchal Ney) a fait ce qu’il a pu à Waterloo...
  • #12
    <inconnu>
    12/06/2006 à 17:07
    • En réponse à <inconnu> #6 le 12/06/2006 à 10:10 :
    • « A propos de "péter plus haut que son cul" ( exercice assez difficile vous en conviendrez)... Dans certains contes haïtiens (contés avec brio... »
    Péter carré à Losange et laisse… n’est pas péter carré au Pentagone...
    (M’ouais... Los Angeles)
  • #13
    HoubaHOBBES
    13/06/2006 à 10:40
    • En réponse à <inconnu> #6 le 12/06/2006 à 10:10 :
    • « A propos de "péter plus haut que son cul" ( exercice assez difficile vous en conviendrez)... Dans certains contes haïtiens (contés avec brio... »
    Péter carré, donc duracell !
  • #14
    <inconnu>
    29/06/2006 à 12:02
    Juste en passant, cette fois je me décide à vous laisser quelques mots...Bien que le livre d’or fourmille déjà d’éloges à votre propos, j’ajoutterai mon humble écho pour vous remercier non seulement de ces éclairages de lanternes d’une langue française qui n’a pas fini de nous surprendre et auquels je suis accroc mais également, ce qui est pour moi fondamental, au style de votre plume qui me ravit tant elle inspire au sourire (voire au rire)...Bientôt un livre? Cela irait de soi...
    Merci à vous!
  • #15
    PHILO_LOGIS
    22/03/2008 à 08:07*
    Bien le bonjour en ce samedi de Pâques 2008.
    Etant le premier de ce beau jour d’aujourd’hui, j’oserais exprimer ici que nous ne lisons que très peu de contributions des intervenants de 2006. Je ne parle pas d’ inconnu bien sûr, qui intervient très souvent et à bon escient - en général tout au moins - bien à propos et avec énormément d’érudition et d’humour.
    Le message de cirolenna ci-dessus montre non seulement son intérêt, mais également ses qualités: langue francaise farpaite, humilité de bon aloi, lèche-popotin: jusque ce qu’il faut pour que cela soit agréable,... francisbeaujean,pianopouces,et les autres où restez-vous?
    Ne vous mouchez donc pas du pied, restez humbles, mais surtout, restez avec nous...
    Nous ne moucherons pas du pied non plus et vous gardons votre place au chaud...
    Et personne ne mouchera personne. Pweersonne ne prendra la mouche, et personne ne pêchera à la mouche non plus...
  • #16
    chirstian
    22/03/2008 à 08:39
    expressio : le site où les pieds font mouche de tous coudes
  • #17
    chirstian
    22/03/2008 à 09:06
    l’élite de la société utilisait un mouchoir
    je vous conseille la lecture de
    cette page de Wikipedia. C’est fou ce qu’on y apprend sur le mouchoir : très intéressant !
    J’en extrait juste cette définition d’Ambrose Bierce (Dictionnaire du Diable) :
    « Mouchoir (n) : petit carré de soie ou de toile qui sert à accomplir diverses fonctions ignobles, touchant le visage, et particulièrement utile aux enterrements pour cacher l’absence des larmes. »
  • #18
    momolala
    22/03/2008 à 10:04
    • En réponse à chirstian #17 le 22/03/2008 à 09:06 :
    • « l’élite de la société utilisait un mouchoir
      je vous conseille la lecture de
      cette page de Wikipedia. C’est fou ce qu’on y apprend sur le... »
    Il me semble qu’avant les manches à soufflés, destinés précisément à y glisser le mouchoir, notre aristocratie utilisait les dentelles des manchettes du pourpoint pour se moucher. Quant à se moucher du coude, il est bien vrai que l’artisan, le paysan ayant les deux mains occupées par son ouvrage ne pouvait guère qu’utiliser son coude pour essuyer son nez, comme vous le fîtes vous-mêmes j’en suis sûre, bande de galopins, pris par vos ris et vos jeux de l’âge d’avant le kleenex !
  • #19
    momolala
    22/03/2008 à 10:08
    • En réponse à Rikske #5 le 12/06/2006 à 10:02* :
    • « Il me semble avoir lu l’expression, chez notre regretté Frédéric Dard, employée dans le sens de "ne rien se refuser, pouvoir tout se permett... »
    C’est dans ce sens que je connais l’expression "ne pas se moucher du pied". J’ai entendu aussi "ne pas se torcher du pied". Dans les deux cas, en dépit de l’explication de notre God vénéré, je ne vois pas en quoi cela appartiendrait à une pseudo-élite. Je ne conteste pas, God m’en garde, mais je crois que nous sommes beaucoup plus nombreux à ne pouvoir le faire que le contraire.
  • #20
    tytoalba
    22/03/2008 à 10:11
    • En réponse à chirstian #17 le 22/03/2008 à 09:06 :
    • « l’élite de la société utilisait un mouchoir
      je vous conseille la lecture de
      cette page de Wikipedia. C’est fou ce qu’on y apprend sur le... »
    suis allée sur la page que tu conseilles. Je n’ai pas tout lu mais j’y retournerai dès que j’en aurai le temps. Cela m’a fait penser au mouchoir, non pas de col, mais de cou (comme on dit chez nous) que mon père portait quand il travaillait à la mine. Ce mouchoir que certaines sociétés carnavalesques portent encore aujourd’hui. Il était de couleur rouge. On laissait pendre ce qui restait après le noeud de sorte que sans doute on pouvait s’y moucher, n’ayant pas le temps de sortir un mouchoir de sa poche.
    Bienvenue à Stazette, Argonaute et Podone, rencontrés sur les pages des ajouts d’hier. Et bonjour à tous ceux dont j’ai pû constater qu’ils restent dans l’ombre. dommage de ne pas nous faire partager votre savoir ou/et votre bonne humeur.