Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

tous les chemins mènent à Rome [exp]

on peut obtenir un même résultat de différentes manières

Origine et définition

Si vous allez de Reims à Madrid, de Biarritz à Francfort, du Monteil-au-Vicomte à Rouperroux-le-Coquet ou bien de Dunkerque à Tamanrasset, sans passer par le chemin des écoliers, vous constaterez aisément que vous n'êtes pas passé par Rome.
On peut donc aisément en déduire que les chemins ne mènent pas tous à Rome, ce qui rend cette expression a priori plus qu'étrange.
En fait, elle fait référence au pèlerinage chrétien vers Rome qui, outre qu'elle est l'unique objet du ressentiment de Camille (), est un des trois principaux pèlerinages avec ceux de la Terre Sainte et de Compostelle ), et qui est devenue une destination importante peu de siècles après Jésus-Christ.
Rome est alors vue comme un point central vers lequel convergent de nombreux chemins, tous menant immanquablement à ce même lieu pour le pèlerin vraiment désireux d'y aller.
Notre expression, attestée au XIIe siècle dans le "Liber parabolarum[1]" d'Alain de Lille, est donc une simple métaphore qui reprend le fait que si, pour le pèlerin, il existe une multitude de manières d'aller à Rome, pour le péquin moyen il existe souvent beaucoup de façon d'obtenir un certain résultat ou de faire quelque chose ; sans oublier aussi la dimension spirituelle, puisque le croyant peut considérer qu'il existe de nombreuses voies pour parvenir à Dieu.
[1] Ce qui permet d'affirmer que si tous les chemins mènent à Rome, le parabol également.

Exemples

« (...) et l'on assure que, dans un pays voisin de l'Italie, on vit jadis le maire d'une commune pousser l'amour du scrutin secret jusqu'à laisser ignorer à ses administrés le contenu des bulletins qu'il leur avait remis et avec lesquels ils allèrent voter. Qu'importe que les procédés diffèrent un peu, si l'on arrive au même but ? Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a dit que tous les chemins mènent à Rome. »
Revue contemporaine - 1860

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand alle Wege führen nach Rom tous les chemins mènent à Rome
Anglais (USA) there are many ways to get to China il y a plusiers chemins pour gagner la Chine
Anglais all roads lead to Rome tous les chemins mènent à Rome
Anglais there's more than one way to skin a cat il y a plus d'une seule maniere de dépouiller un chat
Arabe كل الطرق تؤدي إلى روما tous les chemins mènent à Rome
Chinois 殊途同歸 / 殊途同归 (shū tú tóng guī) différents voies vers la même destination
Chinois 條條大路通羅馬 / 条条大路通罗马 (tiáo tiáo dàlù tōng luómǎ) tous les chemins mènent à Rome
Chinois tiao tiao da lu tong beijing tous les chemins mènent à Beijing
Danois alle veje fører til Rom tous les chemins mènent à Rome
Espagnol (Argentine) todos los caminos conducen a Roma tous les chemins mènent à Rome
Espagnol (Équateur) todos los paises conducen a Roma tous les chemins ménent à Rome
Espagnol (Espagne) todos los caminos llevan a Roma tous les chemins mènent à Rome
Espagnol (Espagne) tots els camins porten a Roma tous les chemins mènent à Rome
Espéranto ĉiuj vojoj kondukas al Romo tous les chemins mènent à Rome
Estonien kõik teed viivad Rooma tous les chemins mènent à Rome
Finnois kaikki tiet vievät Roomaan tous les chemins mènent à Rome
Français il y a plusieurs manières de tuer le coq
Grec όλοι οι δρόμοι οδηγούν στη Ρώμη tous les chemins mènent à Rome
Hongrois minden út Rómába vezet tous les chemins mènent à Rome
Hébreu לחדד (lekhadèd) sharpen
Islandais allir vegir liggja til Rómar tous les chemins mènent à Rome
Italien tutte le strade portano a Roma tous les chemins mènent à Rome
Italien tutte le vie portano a Roma toutes les routes emmènent à Rome
Italien tutte le strade conducono a Roma tous les chemins mènent à Rome
Latin omnibus viis Romam pervenitur tous les chemins mènent à Rome
Norvégien alle veier fører til Rom tous les chemins mènent à Rome
Néerlandais (Belgique) alle wegen leiden naar Rome tous les chemins mènent à Rome
Néerlandais alle wegen leiden naar Rome tous les chemins mènent à Rome
Néerlandais er zijn vele wegen die naar Rome leiden il y a beaucoup de chemins qui mènent à Rome
Néerlandais het blijft om het even malgré l'apparence, cela reste la même chose
Polonais wszystkie drogi prowadzą do Rzymu tous les chemins mènent à Rome
Portugais (Brésil) todos os caminhos levam a Roma tous les chemins mènent à Rome
Portugais (Portugal) todos os caminhos vão dar a Roma tous les chemins mènent à Rome
Roumain toate drumurile duc la Roma tous les chemins mènent à Rome
Russe все дороги ведут в Рим tous les chemins mènent à Rome
Serbe svu putevi vode u Rim toute les routes mènent a Rome
Suédois alla vägar bär till Rom tous les chemins mènent à Rome
Tchèque vsechny cesty vedou do Říma tous les chemins mènent à Rome
Turc bütün yollar Roma'ya çıkar tous les chemins mènent à Rome
Wallon (Belgique) tos les cherons ni s' rescontret nin à l' même bârrire tous les charretiers ne se rencontrent pas à la même barrière
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Commentaires sur l'expression « tous les chemins mènent à Rome » Commentaires

  • #41
    SagesseFolie
    03/04/2009 à 16:50*
    • En réponse à SyntaxTerror #39 le 03/04/2009 à 16:04 :
    • « Et Elpepe sait parfaitement que toutes les sardines mènent à Messine et tous les harengs mènent à Lorient. »
    Et toutes les morues mènent à . . . cette page
  • #42
    SagesseFolie
    03/04/2009 à 17:17*
    Pour faire le lien entre les contributions 40 et 41, voici un quatrain écrit par Victor Hugo et se moquant du maréchal Edme Patrice Maurice de Mac-Mahon.
    Replaçons les choses dans leur contexte : en 1873, Mac-Mahon est élu président de la République pour remplacer Adolphe Thiers.
    Beaucoup de Français pensaient alors - et les royalistes l’espéraient - qu’il allait ramener le Comte de Chambord à la tête de l’État.
    En faisant cela il n’aurait fait que suivre l’exemple du général anglais Monk qui, en 1660, avait restauré la monarchie anglaise en replaçant Charles II sur le trône.
    C’est à ce moment-là que Victor Hugo écrivit son petit quatrain :

    Mac-Mahon,l’illustre vaincu,
    Loyal, mais ivre de gloire,
    Tient à se faire dans l’Histoire
    La même place que Monk eut !
  • #43
    syanne
    03/04/2009 à 17:40
    • En réponse à SagesseFolie #42 le 03/04/2009 à 17:17* :
    • « Pour faire le lien entre les contributions 40 et 41, voici un quatrain écrit par Victor Hugo et se moquant du maréchal Edme Patrice Maurice... »
    C’est bien joli !
    On oublie souvent le goût de notre poète national pour les calembours, en voici deux, - certains "lettrés prudes" persistent à dire le second involontaire !- :
    C’était la saison des vendanges ; de la route où nous passions, on apercevait jupes courtes et penchées vers la terre, des cultivatrices dont on apercevait surtout la première syllabe
    Le roi de Perse habite, inquiet, redouté...
  • #44
    Lovendric
    03/04/2009 à 18:02*
    • En réponse à momolala #17 le 03/04/2009 à 08:45 :
    • « Chez moi on essaie de nous détourner du droit chemin pour Rome en nous envoyant à St Jacques de Compostelle ou direct à Jérusalem sans passe... »
    Chez moi on essaie de nous détourner du droit chemin pour Rome en nous envoyant à St Jacques de Compostelle ou direct à Jérusalem sans passer par St Jean d’Acre pour y rencontrer Lovendric

    Viens-t’en ça, Momo, sans plus délaier, dans notre belle cité d’Acre! Tu y seras welcomée dans l’allégresse, tu peux en croire ma parole ! Tu iras, par les rues jonchées de fleurs, tous les fenestrages étant pour t’honorer parés de courtines peintes flottant au vent, jusqu’aux portes maîtresses du donjon. Sur ton passage, bourgeois et gens menus te salueront avec battements de mains et de pieds, rires et cris de joie. Au palais, le roi Aimeri et la reine Isabelle, tous les barons, dames et damoiselles de la Cour te feront, je le sais à merveille, le plus bel accueil. Car avant ta venue, j’aurais eu cure d’annoncer à chacun que tu es Momolala, dame issue de la Provence, comme tant de nos voisins tripolitains, et ensurquetout dame au cuer vaillant (à qui rien n’est impossible) et au corps brûlant…
    Plus tard, tu pourras, si tu veux vraiment que tes chemins t’y mènent, te joindre à un convoi de pèlerins allant à Jérusalem. Le sultan des Sarrazins, Malik al’Adil, seigneur sage et libéral envers tous, laisse toujours entrer dans la cité sainte, pour un temps bref, les Chrétiens envieux d’accomplir le pèlerinage au sépulcre de Monseigneur Jésus.
    Enfin, si au retour tu passes la mer sur une nef allant à Messine, prends garde que ton chemin te mène sans faille à Rome, pour que ne soit en nul endroit menteresse l’expressio du jour !
  • #45
    SagesseFolie
    03/04/2009 à 18:15*
    • En réponse à syanne #43 le 03/04/2009 à 17:40 :
    • « C’est bien joli !
      On oublie souvent le goût de notre poète national pour les calembours, en voici deux, - certains "lettrés prudes" persi... »
    Merci : je ne connaissais pas le premier des deux exemples que tu cites et je l’aime beaucoup.
    Nous savons tous ici que c’est le grand Victor Hugo qui écrira cette sentence définitive : «Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole ».
    Nous pourrions lui répondre qu’il faut donc avoir un esprit pour faire un calembour.
    Tout le monde a-t-il un esprit ? Oui... Peut-être.
    De plus cet esprit doit etre capable de voler...
    Est-ce le cas de tous les esprits ? C’est moins sur : en tout cas certains semblent voler bas...
    Quand au fait de fienter, n’est-ce pas la marque de ceux qui ont quelque chose dans le ventre ?
    La meilleure réponse à Victor Hugo se trouve dans l’œuvre de Victor Hugo. En effet elle est parsemée de calembours, comme tu l’as dit Syanne. En voici d’autres, assez connus :
    - « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu hais.
    - Un incendie vu à brûle-pourpoint.
    - Sais-tu pourquoi les sauvages vont tous nus ? C’est parce que Christophe Colomb les a découverts !»
    - Et enfin cette devinette : «Dans quels pays les chats se servent-ils de mouchoirs ?»
    Réponse : »Dans les pays chauds car il y a des moustiques et que les chasse-mouches ! »
    Voilà ! La preuve est faite : même le grand Victor Hugo fientait !
  • #46
    <inconnu>
    03/04/2009 à 19:23
    • En réponse à syanne #40 le 03/04/2009 à 16:47 :
    • « Je retrouve, dans le Gradus (auquel souvent mes chemins mènent !) la citation complète, dont Dupriez précise, en effet et en page 100, à l’a... »
    Troublant en effet. Dupriez à ma connaissance ne s’intéresse qu’aux procédés littéraires mais ne me semble pas capable de truquer ses exemples.
    Gogol, seule source dont je dispose, ne me donne pas de solution.
    Ton quatrain, à l’évidence, caricature VH avec savoir-faire et méchanceté.
    Une hypothèse : Nous étions en 1835 (à un poil près), en pleine querelle entre les classiques et les romantiques, bataille d’Hernani, candidature à répétition de VH à l’académie, repoussée je ne sais combien de fois par les anciens, etc… Conséquence : une guerre de libelles où chaque camp surenchérirait sur les écrits de l’autre, un peu à la manière dont une bande de joyeux allumés procèdent sur un drôle de site en l’an de grâce 2009.
    Je reste certain d’avoir lu sous la signature de Th. Gautier, le diptique tel que je l’ai mis en ligne hier, j’en retrouverai la source. Je promets d’élucider ce mystère dès qu’un peu de temps, chez moi au calme, entre mes chats et mes livres.
    Dans l’esprit de ce qui précède et pour terminer ce-soir : de grosses poignées de bons mots, aphorismes, etc, attribués par exemple à Coluche ou Desproges, sont piqués à Pierre Dac, Alexandre Vialatte, Robert Lamoureux, etc … à peine rhabillés d’une mise-en-scène différente (sauf pour Viallatte, l’un des plus copié, mais qui se contentait d’écrire). Fernand Raynaud, tout le métier le savait, se déguisait pour se glisser dans les salles de ses « confrères » et lorsqu’il débusquait une perle, dès le lendemain, à quelques mots près et souvent pas beaucoup, mais avec un sens du « timing » et du public exceptionnel, il s’appropriait l’idée et la lettre de sa trouvaille et en faisait un succès. Je n’ose pas écrire que c’est un juste retour des choses, mais ce pro du pillage est le plus pillé !
    Je sais, La Fontaine et Esope, Molière et Plaute, etc… Alors les anciens et les modernes au 19 ème ? Pourquoi pa ?
    M… Je suis à La bourre.
  • #47
    russe_mignonne
    03/04/2009 à 21:22
    Bonjour. Quelqun peut-il me dire ce que signifie - le parabol - , svp. Franchement je n’ai trouvé que La parabolE dans les dicos. Merci beaucoup d’avance.
  • #48
    eureka
    03/04/2009 à 21:24*
    • En réponse à syanne #40 le 03/04/2009 à 16:47 :
    • « Je retrouve, dans le Gradus (auquel souvent mes chemins mènent !) la citation complète, dont Dupriez précise, en effet et en page 100, à l’a... »
    Louis Veuillot, mais laisse moi le temps de trouver une confirmation et te revenir à ce sujet. Et si épicure ou toi, ou qui le désire, pouviez vérifier zossi, ça s’rait great !
    C’était pas le jour à aller nulle part. J’étais bien tranquille à Tatatouine le Bains quand, cédant aux délices de Capoue, il m’eut fallu aller à Rome, en suisse, et en bâtissant des châteaux en Espagne. Moi qui ai connu la traversée du Désert, j’ai fini par perdre le Nord et me retrouver à Canossa. Une idée du programme ? Eh bé je suis revenue de Pontoise et j’ai pissé dans la Garonne !
    Bonjour ou bonsoir à Chirs, que je n’ai pas vu, et à tous les autres bien sûr !
  • #49
    SagesseFolie
    03/04/2009 à 21:50*
    • En réponse à russe_mignonne #47 le 03/04/2009 à 21:22 :
    • « Bonjour. Quelqun peut-il me dire ce que signifie - le parabol - , svp. Franchement je n’ai trouvé que La parabolE dans les dicos. Merci bea... »
    Le parabol n’existe pas en français.
    Il s’agit ici d’un jeu de mot de God : "le parabolarum" s’entend "le parabol à Rome" et God dit que si tous les chemins mènent à Rome, "le parabol" aussi.
    Ce n’est pas facile à comprendre pour un(e) non-francophone.
  • #50
    eureka
    03/04/2009 à 22:05
    • En réponse à SagesseFolie #49 le 03/04/2009 à 21:50* :
    • « Le parabol n’existe pas en français.
      Il s’agit ici d’un jeu de mot de God : "le parabolarum" s’entend "le parabol à Rome" et God dit que si... »
    Eh oui, tu vois à quel point de virtuosité God joue avec la langue !
    Et là aussi, j’crois qu’elle va rien y comprendre non plus la pôv !!
  • #51
    russe_mignonne
    03/04/2009 à 23:58
    • En réponse à SagesseFolie #49 le 03/04/2009 à 21:50* :
    • « Le parabol n’existe pas en français.
      Il s’agit ici d’un jeu de mot de God : "le parabolarum" s’entend "le parabol à Rome" et God dit que si... »
    Si, j’ai compris, j’ai sasi le sens. Merci beaucoup : )
  • #52
    <inconnu>
    04/04/2009 à 03:46
    • En réponse à syanne #40 le 03/04/2009 à 16:47 :
    • « Je retrouve, dans le Gradus (auquel souvent mes chemins mènent !) la citation complète, dont Dupriez précise, en effet et en page 100, à l’a... »
    Un lien suit. Je reconnais qu’il semble un peu étrange à priori mais s’avère très pointu sur le Gautier qui aime Dieu et nous pose question. Franchir le début écrit en perfide albionnais, une fois le loyal françois atteint, descendre jusqu’à LE CONTEUR.135 et là, après avoir survolé, picoré, la vie de Théophile Gautier, Έϋρεκα, enfin presque :
    Où donc, Hugo, juchera-t-on ton nom,
    Justice enfin que faite ne t’a-t-on ?
    Quand donc au corps qu’académique on nomme
    Grimperas-tu de roc en roc, rare homme ?
    cette page
    Je m’efforcerai de bétonner ce début de confirmation.
    Pour l’heure je vais dormir.
  • #53
    momolala
    04/04/2009 à 08:36
    • En réponse à Lovendric #44 le 03/04/2009 à 18:02* :
    • « Chez moi on essaie de nous détourner du droit chemin pour Rome en nous envoyant à St Jacques de Compostelle ou direct à Jérusalem sans passe... »
    Pour le coup tu me donnes grande nostalgie de vivre en ce XXIème siècle où les terres bénies que tu décris sentent hélas la poudre et la haine au lieu du lait et du miel. Heureusement qu’ici nous pouvons voyager dans l’espace et le temps et y reposer notre esprit.
  • #54
    syanne
    04/04/2009 à 09:59*
    • En réponse à <inconnu> #52 le 04/04/2009 à 03:46 :
    • « Un lien suit. Je reconnais qu’il semble un peu étrange à priori mais s’avère très pointu sur le Gautier qui aime Dieu et nous pose question.... »
    Le texte que tu donnes en référence n’est pas de Théophile Gautier, mais de Maxime Du Camp sur Théophile Gautier. Deux raisons supplémentaires pour mettre en doute l’attribution de paternité de ce quatrain fielleux à « Théo » (comme l’appelait Flaubert) : d’abord Gautier fut l’un des plus précoces et des plus grands admirateurs de Hugo (que l’on se souvienne de son enthousiasme lors de la bataille d’Hernani), et par ailleurs, Du Camp n’est pas du tout fiable dans la « biographie » qu’il fait de ses contemporains, surtout les plus célèbres, à qui sans doute il reprochait essentiellement d’avoir réussi mieux que lui (c’est lui, notamment, qui considérait Flaubert, son ami de longue date, comme un « tâcheron » de la littérature, et qui a raconté beaucoup de bêtises sur la genèse de Madame Bovary, entre autres !).
    Non, ce qui est beaucoup plus plausible, à mon avis, - ce que j’ai toujours lu ou entendu, en tout cas - c’est que ce quatrain ait été écrit par un anonyme et publié dans un journal satirique, et pas du tout « en hommage » à Hugo, bien au contraire. C’est d’ailleurs ce que nous dit Wikipédia. (cf. cette page)
    Voilà mon sentiment, étayé, je pense… mais continuons les recherches : nos chemins, pour l’heure divergents, nous mèneront peut-être à la vérité commune, si ce n’est à Rome !
    PS. En relisant intégralement et attentivement le passage auquel tu renvoies (merci aux Anglais ou Américains, soit dit en passant, pour ces oeuvres intégrales !!), tu verras que Du Camp, en fait, n’attribue pas du tout le quatrain à Gautier, mais au contraire le cite en exemple pour illustrer les critiques portées sur son style , montrant ainsi qu’aucun auteur n’est épargné, ni Gautier, ni même Hugo. Il me semble que cela peut clore le débat... dont je crains qu’il n’ennuie nos amis d’Expressio.
    Je "copie-colle" l’extrait concerné et le soumets à ta lecture vigilante (pardon , God, pour cet excès ! Je jure que c’est exceptionnel ! Mais la vérité littéraire le vaut bien...) :
    A l’époque peu regrettée où j’étais encore au
    collège, un de nos professeurs, helléniste érudit et
    de quelque notoriété, causait parfois avec nous des
    "novateurs intempérants " — c’était son mot —
    qui jetaient des ballades dans le jardin de Le Franc
    de Pompignan. Un jour on lui demanda ce qu’il pen-
    sait de Théophile Gautier; il fit la grimace et répon-
    dit : « Je n’en pense rien, car je n’ai pas encore eu
    le loisir d’apprendre l’iroquois. » Parmi les secta-
    teurs de Marmontel, père de Denys le tyran et de
    La Harpe, fabricant d*un Philoctète qui n*a pas fait
    oublier celui de Sophocle, cette opinion paraît avoir
    été générale. On parlait du dévergondage de son
    style, on l’accusait de mettre la langue française à
    la torture et de l’écarteler. Il en est ainsi toutes les
    fois que la passion affole les gens superficiels, qui
    sont si nombreux, qu’on peut les appeler légion. Tout
    esprit de justice disparaît alors; on le vit bien, à
    cette époque, quand on reprocha aux vers de Victor
    Hugo d’être grossiers, disloqués, rugueux et quand
    on répéta avec applaudissement cette épigramme,
    qui fut célèbre et dont le lecteur se souvient peut-
    être :
    Où donc, Hugo, juchera-t-on ton nom;
    Justice enfin que faite ne t’a-t-on?
    Quand donc au corps qu’académique on nomme
    Grimperas -tu de roc en roc, rare homme ?
    Accès de mauvaise humeur, qui sans doute se dis-
    sipa promptement? Non pas! Trente ans après la
    bataille de Hernani de Pongerville, auteur d’une tra-
    duction en vers de Lucrèce, parlait encore de « la
    terreur du mauvais goût » et de « cet interrègne des
    arts où la démagogie littéraire outrageait, renversait
    toutes les gloires passées et proscrivait le talent qui
    tentait de suivre les traces de nos maîtres » .
    On conçoit, d’après cela, que Théophile Gautier
    n’ait pas été ménagé dans cette clameur de haro
    classique;
  • #55
    momolala
    05/04/2009 à 08:51
    • En réponse à syanne #54 le 04/04/2009 à 09:59* :
    • « Le texte que tu donnes en référence n’est pas de Théophile Gautier, mais de Maxime Du Camp sur Théophile Gautier. Deux raisons supplémentair... »
    Personnellement je ne me lasse pas, bien au contraire de cette recherche qui me fait hélas mesurer à quel point je me rétrécis culturellement en ce moment. En attendant de trouver la Rome où mon chemin doit me mener, je ferais bien d’ouvrir les ailes de mon esprit et de réactiver ma mémoire !
  • #56
    Rikske
    06/04/2009 à 08:01
    • En réponse à chirstian #36 le 03/04/2009 à 15:16 :
    • « La veille de Pâques toutes les cloches prennent le chemin de Rome »
    Et s’arrêtent à Morzine ? 😉 Bonnes vacances !
  • #57
    silkooo
    06/04/2009 à 13:43
    Quand j’étais môme, je croyais que l’expression se référait aux cloches et à la simplicité, après le dépôt de gamètes en chocolat, de leur retour au bercail, sans carte routière ni GPS ni rien. Juste des lapins à tous les croisements de chemins pour rappeler aux voyageuses le bon itinéraire.
  • #58
    cotentine
    06/04/2009 à 20:14
    Même les séismes retrouvent le chemin de ROME !!!
    Depuis 10 ans, aucun tremblement de terre ressenti, comme cette nuit, à Rome ... environ force 6 (sur l’échelle de Reichter)
    Pour l’épicentre = moins drôle !! cette page 😏
  • #59
    Steven
    01/05/2009 à 05:11
    Fascinant! En regardant les traductions littérales sous la rubrique "Ailleurs", on dirait que tous les chemins mènent à Rome. 🙂
  • #60
    ergosum
    18/08/2012 à 00:59
    • En réponse à <inconnu> #46 le 03/04/2009 à 19:23 :
    • « Troublant en effet. Dupriez à ma connaissance ne s’intéresse qu’aux procédés littéraires mais ne me semble pas capable de truquer ses exempl... »
    Je crois bien que ces pauvres vers ne sont ni de Théophile Gauthier, ni de Gérard de Nerval; mais de Parseval-Grandmaison (peintre, poète et académicien