Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

raide comme un passe-lacet [adj]

raide et compassé ; sans argent ; très pauvre ; démuni d'argent ; désargenté ; ruiné

Origine et définition

Si on sait ce que veut dire le mot 'raide' quand on parle du maintien d'une personne[1], pourquoi cette comparaison avec un passe-lacet dans cette expression qui date du début du XXe siècle ?
Cette chose est connue comme étant un instrument de couture rigide destiné à faire passer un lacet dans une gaine, le genre de lacet qui permet de resserrer un vêtement comme un bas de parka, par exemple.
Comparé au lacet lui-même, le passe-lacet est effectivement 'raide'. Mais est-ce que cela suffit à expliquer pourquoi c'est cet outil qui a été utilisé dans l'expression alors qu'il existe des quantités d'objets raides ou rigides dans la nature, comme le cure-dents, le mât de beaupré ou le fémur droit, par exemple ?
En fait, le premier sens de cette expression vient d'un calembour maintenant incompréhensible.
En effet, à la fin du XIXe siècle et en argot, un lacet était la cordelette qui servait aux gendarmes pour attacher les mains d'un repris de justice. Du coup, le "passe-lacet" était le gendarme lui-même. Et chacun sait qu'un membre de la maréchaussée, représentant de la loi, est quelqu'un de "raide comme la justice", c'est-à-dire qu'il a un maintien très digne, voire compassé.
Le deuxième sens de l'expression n'a aucun lien direct avec le premier, mais l'expression a été reprise telle quelle, par une plaisanterie basée cette fois sur une autre signification du mot 'raide'. En effet, un des sens argotiques de ce mot est "sans argent".
Cela vient encore d'un jeu de mots un peu macabre : en général, quand on est 'raide', c'est qu'on est mort[1]. Or, quelqu'un qui est sans le sou peut être considéré comme socialement mort.
[1] Et je ne veux pas d'allusions salaces : la raideur concerne ici la totalité du corps d'un homme !

Exemples

« Raides comme passe-lacets, avec au moins deux mois de carrée impayés, ils étaient (...) en train de faire les beaux »
Albert Simonin - Touchez pas au grisbi

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand 1. steif wie ein Spazierstock ; 2. pleite ; abgebrannt) sein 1. raide comme une canne ; 2. être en faillite ; être à sec ; être fauché
Anglais (USA) to be stone broke être cassé comme une pierre
Anglais (Canada) stiff as a board raide comme une planche
Anglais to be stiff as a poker être raide comme un tisonnier
Anglais to be broke être fauché
Anglais to be flat broken être cassé à plat
Anglais to be penniless être sans un penny
Anglais to be stiff / straight as a rod être raide / droit comme un bâton
Anglais to have no bread ne pas avoir du pain
Anglais (USA) to be flat broke être cassé à plat
Arabe (Tunisie) yemchi aala ejjounta il roule sur la jante
Espagnol (Argentine) estar seco, sin un mango être sec sans un sous
Espagnol (Espagne) estar a dos velas être avec deux bougies
Espagnol (Espagne) estar más tieso que un ajo être plus raide qu'un ail
Espagnol (Espagne) estar pelado être tondu
Espagnol (Espagne) estar sin blanca être sans blanche
Espagnol (Espagne) estar sin una perra / No tener una perra être sans le sou / Ne pas avoir un rond
Espagnol (Espagne) estar tieso être raide
Espagnol (Espagne) más tieso que un huso plus raide qu'un fuseau
Espagnol (Espagne) no tener un duro ne pas avoir un rond
Espagnol (Espagne) ser mas recta que el saber être raide comme le savoir
Espagnol (Espagne) estar mas tieso que la mojama être plus raide que la boutargue
Français (Canada) avoir avalé un manche à balai
Français (Canada) raide comme une barre raide comme une barre
Français (France) se retrouver à Payol
Hongrois le van égve / gatyásodva être fauché
Hébreu ללא פרוטה בכיס (lelo prouta bakis) ne verse pas dans ta poche
Italien essere al verde être au vert
Latin rigida ut crepidinem alvei raide comme une saillie
Néerlandais straatarm // zo arm als een kerkrat zijn archi-pauvre // pauvre comme un rat d'église
Néerlandais (Belgique) hè hèt ne bessemestek èngeslik il a avalé un manche à balai
Néerlandais (Belgique) stijf als een plank zijn être raide comme une planche
Néerlandais dalles hebben, gesjochten zijn intraduicible
Néerlandais een stijve hark zijn être un râteau raide
Néerlandais geen poosjer* meer over hebben n'avoir plus d'argent / ne reste même pas un sous
Néerlandais helemaal blut / rut zijn être sans un sou
Néerlandais op zwart zaad zitten être assis sur de la graine noire
Néerlandais zo stijf als een plank zijn être raide comme une planche
Portugais (Brésil) estar como um dois de paus Estar duro être comme un deux de piques Être dur
Portugais (Portugal) não ter um tostão ne pas avoir un sou
Roumain a avea un bat in fund avoir une canne dans le derrière
Roumain a fi lefter être sans argent
Roumain a fi pe janta être sur la jante
Roumain a fi sarac lipit pamantului être pauvre coincé/collé à la terre
Roumain a fi teapan ca o scandura être raide comme une planche
Turc baston yutmuş gibi comme ayant avalé une canne
Wallon (Belgique) esse chergi d'ârgint comme on crapaud d' plomes être chargé d'argent comme un crapaud de plumes
Wallon (Belgique) esse on cheie tot dreut être un chien debout
Wallon (Belgique) liégeois :Reû come on på / on pikèt / ine bèye. Il èst reû come s'il aveût 'ne pîce è cou / come s'il aveût-st-avalé 'ne pîce raide comme un pieu -raide comme s'il avait une perche dans le cul
Wallon (Belgique) n'avu ni creux ni peie n'avoir ni croix ni pile
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « raide comme un passe-lacet » Commentaires

  • Clitocybe
    29/08/2019 à 22:46
    • En réponse à Kyrikou #239 le 29/08/2019 à 22:35* :
    • « Bon mes choupinets, l'heure du couettinage a sonné et les étoiles m'appellent 😄
      Belle nuit à vous sous ces magnifiques étoiles, petites lueu... »
    Testant sa plus basse octave, Clitocybe, les larmes aux yeux, raide comme un passe-lacet, entonne: Ô Shenandoah.
  • Clitocybe
    29/08/2019 à 23:31*
    (Suite?)
    Après le terrible Ménistouc et le venteux Opacopa, nous avions commence à descendre Misstashipu, encore gentille, et je chantais de mon beau baryton : Deep River. Et nous étions flottants, un peu mystiques au dessus des flots et je n’ai jamais rien senti d’aussi profond.
    Deep River.
  • deLassus
    27/01/2021 à 21:38*
    Respect de la Parole de God ?

    Presque impeccable : le chapitre Origine et définition est en tous points conforme à ce qu'on trouve dans le livre "Les 1001 expressions préférées des français" (2011).
    Mais on le comprend seulement si on connaît les sous-titres (significations) de la page voulus par God, à savoir :
    "1. Qui se tient très droit, sans aucune souplesse
    2. Sans argent"

    L'exemple est différent.

    Un petit effort, Reverso pour respecter les sous-titres (significations) de God !
  • deLassus
    10/03/2024 à 23:44
    • En réponse à deLassus #243 le 27/01/2021 à 21:38* :
    • « Respect de la Parole de God ?

      Presque impeccable : le chapitre Origine et définition est en tous points conforme à ce qu'on trouve dans l... »
    L'exemple est différent.

    Voici l'exemple donné par God dans Son Livre :
    "Babette n'avait entendu qu'un son de cloche : celui de cette Solange paupérisée, presque indigente, raide comme un passe-lacet, obligée de manger l'asperge du pauvre."
    Claudine BORY - Sous bonne escorte - 2003
  • deLassus
    17/03/2024 à 12:13*
    Autre chose... God nous dit :
    cette expression qui date du début du XXe siècle

    Et même d'un peu plus tôt, Votre Divinité ! On la trouve dans le journal l'Union républicaine (02/03/1881) :
    Cette page. Zoom tout en bas de la colonne 2.
  • atheofv
    05/04/2025 à 07:15
    Hébreu ללא פרוטה בכיס (lelo prouta bakis) ne verse pas dans ta poche

    Si ce sont des ngultrums, autant les verser dans la mienne !
  • joseta
    05/04/2025 à 08:16*
    QUI SUIS-JE ? nº534

    Je suis un écrivain britannique
    - je suis auteur de: nouvelles, romans, poèmes, pièces de théâtre, essais, livres de voyage…
    - mes oeuvres rassemblées représentent, entre autres, une réflexion approfondie sur les effets déshumanisants de la modernité et de l’industrialisation. Mes écrits explorent des questions telles que la sexualité, la santé émotionnelle, la vitalité, la spontanéité et l’instnct
    - mes opinions m’ont valu de nombreux ennemis, et j’ai enduré la persécution officielle, la censure et la fausse représentation de mon travail créatif tout au long de la seconde moitié de ma vie, dont une grande partie a été passée dans un exil volontaire
    - même si j’ai été considéré comme l’un des plus grands écrivains britanniques et mondiaux du XXème siècle, nombreux ont été et restent les malentendus qui m’entourent. Bien que quelques féministes aient mis en cause certains de mes propos sur les femmes et la sexualité, je demeure l’un des rénovateurs majeurs de la fiction contemporaine qui sentit le lien profond existant entre esthétique, sexualité et idéologie; un penseur visionnaire
    - après l’école primaire, je poursuis ma scolarité à la Nottingham High School de 1898 à 1901
    - de 1902 à 1906, j’enseigne dans le primaire, dans une école d’Eastwood
    - en 1908, j’obtiens mon certificat d’aptitude au professorat à l’université de Nottingham
    - durant mes premières années professionnelles, j’écris mes premiers poèmes et quelques nouvelles
    - en 1908, je m’installe près de Londres, pour enseigner à Croydon
    - mes écrits sont remarqués par 2 critiques littéraires, à la fois écrivains et éditeurs
    - juste après la guerre, en 1919, je quitte l’Angleterre et je mène une vie d’errance d’un continent à l’autre. Je voyage ainsi en Australie, en Italie, à Ceylan, aux États-Unis, au Méxique, et dans le Sud de la France. Je profite de mes voyages pour expérimenter de nouvelles sensations, en continuant à écrire régulièrement
    - répondant en 1922 à l’invitation d’une riche américaine, ma femme et moi, nous embarquons pour les États-Unis. Après une escale à Ceylan et une autre en Australie, qui m’inspire 2 romans, nous faisons escale en Nouvelle-Zélande, et enfin à Tahiti. En septembre 1922, nous arrivons en Amérique où nous restons jusqu’en 1925
    - entre 1923 et 1925, nous faisons 3 voyages au Mexique, où nous passerons environ un an au total. Je m’intéresse à la civilisation amérindienne qui m’inspirera un roman
    - en 1925, apprenant que je suis condamné par la tuberculase, nous regagnons l’Europe en automne; nous menons dès lors une vie errante: Angleterre, Allemagne, France, Espagne, Suisse et surtout l’Italie. À Florence, nous nous lions d’amitié avec le romancier Aldous Huxley et son épouse
    - pressé par la maladie, j’écris la troisième version de mon célèbre roman en 1928. Le livre fait scandale, il est saisi pour “obscénité” par les autorités britanniques et américaines. Une édition est publiée en mai 1929 à Paris. Il faudra attendre 1959 à New York et 1960 à Londres, pour que paraisse dans ces pays une version non expurgée du texte, les 2 fois après procès
    - en 1929, je publie un recueil de poèmes qui est confisqué par la justice
    - non seulement je suis reconnu comme l’un des plus grands auteurs et romanciers britanniques, mais également comme l’un des meilleurs auteurs de récits de voyages.
  • atheofv
    05/04/2025 à 08:38
    • En réponse à joseta #247 le 05/04/2025 à 08:16* :
    • « QUI SUIS-JE ? nº534

      Je suis un écrivain britannique
      - je suis auteur de: nouvelles, romans, poèmes, pièces de théâtre, essais, livres de... »
    Fastoche !
  • deLassus
    05/04/2025 à 09:57
    • En réponse à atheofv #248 le 05/04/2025 à 08:38 :
    • « Fastoche ! »
    Indeed !
  • Ratanak
    05/04/2025 à 13:49
    Il n'est même pas allé en Arabie !
  • SyntaxTerror
    05/04/2025 à 15:25
    • En réponse à atheofv #248 le 05/04/2025 à 08:38 :
    • « Fastoche ! »
    En effet.
  • joseta
    05/04/2025 à 16:20
    • En réponse à joseta #247 le 05/04/2025 à 08:16* :
    • « QUI SUIS-JE ? nº534

      Je suis un écrivain britannique
      - je suis auteur de: nouvelles, romans, poèmes, pièces de théâtre, essais, livres de... »
    JE SUIS
    Image externe
    D.H. (David Herbert) LAWRENCE
    Eastwood,1885/Vence (France),1930
  • joseta
    05/04/2025 à 16:43*
    • En réponse à Ratanak #250 le 05/04/2025 à 13:49 :
    • « Il n'est même pas allé en Arabie ! »
    En Arabie, l'eau a une odeur forte et un goût désagréable: l'eau rance d'Arabie.