Les expressions françaises décortiquées
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le torchon brûle [exp]

il y a un profond désaccord ; l'atmosphère est à la dispute ; une dispute se profile ; une dispute éclate ; un désaccord survient

Origine et définition

Si, dans une cuisine, le mari met par inadvertance le feu au torchon, il est inévitable qu'il va se faire tirer les oreilles par son épouse. Dans ce cas, on peut indubitablement dire que le torchon brûle.
De là, on peut facilement concevoir que le torchon qui brûle est un simple symbole de la dispute, même si aucun véritable torchon ne prend feu et si c'est simplement de la vaisselle ou des couteaux bien pointus et tranchants qui volent au travers de la pièce.
Mais c'est voir cette expression avec nos yeux modernes que d'imaginer cela. En effet, dans cette locution qui date de la fin du XVIIIe siècle, le torchon n'est pas celui du ménage.
Le Dictionnaire Historique de la Langue Française nous dit que le premier sens du mot, au XIIe siècle, correspondait à un coup que l'on donne. On peut donc déjà faire un rapprochement avec la bagarre qui s'annonce lorsque le torchon brûle.
Mais il rajoute ensuite que, dans notre expression, le mot est un dérivé de 'torche', ce machin qui, en brûlant, permet d'éclairer un endroit sombre. Hélas, cette affirmation n'est suivie d'aucune explication indiquant quel est le lien entre cette torche qui brûle et le désaccord ou la dispute qui s'annonce, ce qui est plutôt frustrant.
Claude Duneton, lui, nous propose autre chose, indirectement lié au tout premier sens de 'torchon' : l'expression serait un double jeu de mots.
D'abord, 'torchon' serait une plaisanterie basée sur 'torcher' ou 'se torcher' au sens de "se battre" (c'est l'histoire du 'coup' qui réapparaît). D'ailleurs, "un coup de torchon", c'est autant une bagarre que quelque chose qui a fait place nette, et une 'torchée', c'est une sévère correction.
Ensuite, vous vous rappelez certainement ce jeu où, gamin, vous deviez retrouver quelque chose ou quelqu'un caché et, lorsque vous vous approchiez très près de l'endroit, on vous disait "tu brûles". Dans ce cas, 'brûler' indiquait la proximité.
Le torchon brûle voudrait donc simplement dire "les coups sont très proches".

Exemples

« J'ignore tout : et si le torchon brûle entre Mollet et Lacoste, et si l'interview à l'Express le prouve (…) »
François Mauriac - Le nouveau bloc-notes 1958-1960
« Les jours où le torchon brûlait, elle criait qu'on ne le lui rapporterait donc jamais sur une civière . Elle attendait ça, ce serait son bonheur qu'on lui rapporterait. À quoi servait-il, ce soûlard ? à la faire pleurer, à lui manger tout, à la pousser au mal. »
Émile Zola - L'assommoir

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand Da ist die Kacke am Dampfen. C'est là que ça se corse. On est dans un foutu merdier.
Allemand der Haussegen hängt schief la bénédiction du foyer est suspendue de travers
Anglais things are hotting up les choses se réchauffent
Anglais (USA) the battle lines are drawn les lignes de combat se sont formées
Arabe (Tunisie) ennar chaalit le feu a brûlé
Espagnol (Argentine) el ambiente esta que arde l'atmosphère est en feu
Espagnol (Espagne) está la cosa que arde la chose brûle
Espagnol (Espagne) están de uñas ! / Estar de uñas con alguien ils en sont aux griffes ! / En être aux griffes avec quelqu'un
Espagnol (Espagne) se masca la tensión on mâche la tension
Hébreu להוסיף אש על המדורה (leossif êsh al amêdoura) ajouter du feu à l'incendie
Italien c'è maretta il y a la houle
Italien c'è disaccordo in famiglia il y a désaccord en famille
Néerlandais (Belgique) er is stront aan de knikker il y a de la merde à la bille
Néerlandais de vlam in de pan la flamme dans la casserole
Néerlandais een sfeer om te snijden une ambiance à couper/trancher
Néerlandais nu zijn de rapen gaar maintenant les navets sont cuits
Néerlandais ruzie in de tent il y a une dispute dans la boîte
Portugais (Brésil) a cobra vai fumar la couleuvre va fumer
Portugais (Brésil) o circo vai pegar fogo le cirque va brûler
Portugais (Brésil) o pau vai cantar le bout de bois va chanter
Portugais (Brésil) o pau vai comer le bout de bois va manger
Portugais (Brésil) o pau vai quebrar le bois va casser
Roumain s-a incins atmosfera l'atmosphère chauffe
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « le torchon brûle » Commentaires

  • #41
    <inconnu>
    20/06/2008 à 14:46
    Je brûle d’admiration pour vos torchons littrés, c’est vrai quoi, faut pas confondre les torchons et les serviettes, ça sert pillère pas de la même manière.
    Vive les vacances!
  • #42
    <inconnu>
    20/06/2008 à 15:11*
    Bonjour les gens. Bon voila, je me suis amusé à un petit jeu innocent et je brûle de vous présenter mon torchon. Dans le texte suivant se cachent 36 expressionautes... Sauras-tu les retrouver ? Bien entendu n’accordez aucune importance au texte, il n’est là que pour servir de meule de foin à mes (grosses) aiguilles... Alors si y en a que ça amuse...
    Cette histoire n’a ni queue ni tête, vous vous en apercevrez rapidement. Au départ, John est là, il mâche un chewing-gum en se promenant dans Belleville. Il est Six heure et quart. Il ne fait pas grand-chose John, il est du genre qui brigue aux loteries les bons numéros, féru de grattages et d’ jeux aux gains substantiels. Ses potes quand ils parlent de lui ils disent : « - J’ai un ami qu’est lent, je te raconte pas ! » ? Mais lui il n’écoute pas leur avis. Quand il était plus jeune il faisait la bringue au détriment de ses études en sachant qu’il ne deviendrait jamais un grand de ce monde. Mais ça il s’en foutait, il se disait « celui qui va vomir l’oubliera ». Et puis ce monde il ne l’aime pas. Cette société qui proscrit grivoiseries et polissonneries, qui te prend le chou et te manie à tout bout de champ, qui taxe tout ce qu’elle peut taxer. Bientôt tu paieras un impot sur tes pets et tes rots ! C’est malsain ! Taxer rots revient à faire payer l’air que l’on respire.
    Devenir un grand personnage, c’est pas qu’il voudrait pas mais ça ne se fait pas comme ça ! C’est pas son père qui tanne Bach pour qu’il écrive un concerto brandebourgeois, quand même ! Non faut trouver un truc qu’il aime, mais John, il aime rien. Footballeur tu peux devenir célèbre, mais ce jeu où les onze érodent les pelouses en tapant dans un ballon, ça le saoule. Sa grand-mère, une philosophe antillaise, lui disait souvent : « - Si t’es p’tit, t’au’a l’bas du dos p’ès du sol », il a jamais compris ce qu’elle voulait dire. Sa famille tiens, parlons-en. Il a trois sœurs, Jeanne, Mona et Annie, mal dans sa peau, qui se refuse à être sage. « - Est-ce faux l’idée d’un enfer et d’un paradis ? » se demande t’elle. Elle a comme ça des crises de mysticisme rebelle qui lui font crier « - Aidez-moi et foutez moi la paix ! Help et paix ! ». Elle voudrait pas tomber dans le trou, mais que tu le veuilles ou non, ces crises t’y entrainent tout droit. Et puis il y a ses parents. Ah, ça défile au logis ! Son père qui le voit comme un fainéant, un chacal qu’a l’intention de vivre à leurs dépends toute sa vie, et sa mère qui pense que c’est le plus beau et le plus intelligent des enfants. On a l’impression que c’est pas le même fils ! Sa mère elle aime bien la chanson française. Elle pense qu’autant Tino, s’il fit de ses chansons un commerce, était quand même beau garçon, autant Brassens avait quand même une autre classe. Comme quoi tout n’est pas perdu. Il a parfois l’impression de vivre dans Jurassic park, ce film où l’on met dans un champ clos, dinosaures et autres bestioles bizarres.
    Bon alors John il se promène dans Belleville, il a cette chanson de Mc Cartney qui trotte dans sa tête :
    “Mull of Kintyre, oh mist rolling in from the sea
    my desire is always to be here
    Oh, Mull of Kintyre”
    Pourquoi cette chanson ? C’est vrai que le mot “mull” à la particularité de lui faire penser à l’Ecosse et à la cornemuse qu’a le son celtique qu’il aime par-dessus tout.
    Au coin d’une rue, il rencontre Louise, péripatéticienne de profession. Louise annonce la couleur tout de suite : « - c’est 100 balles mon mignon, j’ai tout ce qu’il faut là où il faut ! Où ? Bah, observe ! ». « Ok » dit John, « mais une réduc’ ça gaine le portefeuille. Si tu veux je t’enseigne de ton métier les p’tites ficelles. Tu serais le corps naturellement, et moi la tête ». Il n’avait pas sitôt prononcé ça qu’il se dit : « t’es con ! t’as rebourré ton crâne avec une nouvelle chanson, mainant ». Puis il continua « - Contre la mafia nous nous r’serreront les coudes, car dès que je te vis, tu me plus et me vint, neuf, le sentiment que c’était mon devoir de t’aider ». Elle l’abreuva alors de mercis à ne plus pouvoir s’arrêter.
    Il furent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
  • #43
    PHILO_LOGIS
    20/06/2008 à 15:43*
    • En réponse à <inconnu> #10 le 20/06/2008 à 08:49* :
    • « Bonjour.
      Une autre hypothèse est également proposée par les lexicologues : le brandon enflammé serait peut-être celui des soulèvements popu... »
    le brandon enflammé

    Serait-ce du Marlo que tu parles?
  • #44
    PHILO_LOGIS
    20/06/2008 à 15:47
    • En réponse à tytoalba #8 le 20/06/2008 à 08:19* :
    • « Bonjour à vous, je vous souhaite une journée ensoleillée.
      Il faudrait avant tout s’entendre sur le mot "torchon". En France et sans doute a... »
    Il faudrait avant tout s’entendre sur le mot "torchon". En France et sans doute ailleurs, le torchon est ce linge qui sert à essuyer la vaisselle. Chez moi, dans ce beau pays où politiques flamands et francophones se crêpent le chignon, le "torchon" est ce linge qui sert à nettoyer les sols

    Et quand on a fini avec le torchon en Belle Gique, l’envoie-t-on en France continuer sa vie de torchon?
  • #45
    chirstian
    20/06/2008 à 15:50
    • En réponse à PHILO_LOGIS #44 le 20/06/2008 à 15:47 :
    • « Il faudrait avant tout s’entendre sur le mot "torchon". En France et sans doute ailleurs, le torchon est ce linge qui sert à essuyer la vais... »
    une vie de torchon ? Quand les serviettes évoquent une vie de débauché elles parlent de " brûler le torchon par les deux bouts ".
  • #46
    PHILO_LOGIS
    20/06/2008 à 15:50
    • En réponse à <inconnu> #15 le 20/06/2008 à 11:14 :
    • « hum... ça ne fume pas que dans la cuisine... Je peine un peu avec le langage fleuri de mickeylange et même si, apparemment, je n’ai pas tort... »
    C’est vrai. Souvent, c’est elle qui passe la loque à reloqueter....
    Et - comme on dit chez nous - :
    ich PATZEN, du PUTZEN
    (je salope la cuisine, tu la nettoies)
  • #47
    PHILO_LOGIS
    20/06/2008 à 15:52
    • En réponse à mickeylange #17 le 20/06/2008 à 11:25 :
    • « pour toi seule le décodeur:
      torchon, toréador, torique, toron, torpédo, torpeur, torpille, torréfacteur, torticolis, tortue, torture.
      c’est... »
    Si c’est ide, je ne sais, car nous ne sommes plus en Mars depuis belle lurette (bonjour, madame Thierry). Mais, mais c’est du... 😉
  • #48
    PHILO_LOGIS
    20/06/2008 à 16:01
    • En réponse à chirstian #45 le 20/06/2008 à 15:50 :
    • « une vie de torchon ? Quand les serviettes évoquent une vie de débauché elles parlent de " brûler le torchon par les deux bouts ". »
    et le bout gît dans le champ d’elle...
  • #49
    Jonayla
    20/06/2008 à 16:34
    • En réponse à <inconnu> #42 le 20/06/2008 à 15:11* :
    • « Bonjour les gens. Bon voila, je me suis amusé à un petit jeu innocent et je brûle de vous présenter mon torchon. Dans le texte suivant se ca... »
    Wouaow ! Ah, le câlin !
    Quel florilège !
    Superbe de chez très bien ficelé !
  • #50
    SyntaxTerror
    20/06/2008 à 16:36
    En Picardie, qui est le Sud du Nord ... on dit aussi bien "wassingue" (origine sans doute flamande) que "loque à (re)loqueter" pour désigner la serpillière. donc, en gros je suis d’accord avec tous ceux qui sont intervenus sur le sujet.
    Je ne sais pas avec quoi on essuie la vaisselle, on la met dans l’égouttoir et on attend que ça sèche !
    En 1870, quand les parisiennes ont rejoint la Commune, le torchon avait cessé de brûler entre hommes et femmes, mais "le drapeau noir flottait sur la marmite" nous dit Vallès.
    Jour béni, le message d’expressio de 4h15 a passé tous les barrages anti-spam et anti-viraux !
  • #51
    Elpepe
    20/06/2008 à 16:45
    • En réponse à Jonayla #38 le 20/06/2008 à 14:10 :
    • « Bonjour à toutes zet à toussent !
      Bienvenue aux nouveaux zet nouvelles.
      Veuillez s’il vous plaît décliner vos dates de naissances afin que n... »
    on dit loque à reloqueter

    Ah ben non, ce chiffon-là, c’est pour blinquer les cuivres, en Wallonie et à Bruxelles, une fois ! Enfin, c’est ce que m’a dit Marcel, qui est également interprète franco-belge, depuis le temps qu’on vient d’outre-Quiévrain pour s’arsouiller à son zinc...
  • #52
    <inconnu>
    20/06/2008 à 16:46
    • En réponse à Jonayla #49 le 20/06/2008 à 16:34 :
    • « Wouaow ! Ah, le câlin !
      Quel florilège !
      Superbe de chez très bien ficelé ! »
    Ben aimab’. Aurais-tu découvert les 36 pseudos ?
  • #53
    Elpepe
    20/06/2008 à 16:52
    • En réponse à <inconnu> #42 le 20/06/2008 à 15:11* :
    • « Bonjour les gens. Bon voila, je me suis amusé à un petit jeu innocent et je brûle de vous présenter mon torchon. Dans le texte suivant se ca... »
    ce jeu où les onze érodent

    Là où les onze érodent, les onze y trônent. Non ?
  • #54
    chirstian
    20/06/2008 à 16:56
    • En réponse à <inconnu> #52 le 20/06/2008 à 16:46 :
    • « Ben aimab’. Aurais-tu découvert les 36 pseudos ? »
    houla, moi je suis loin du compte : faut que je révise mes classiques : j’avais les pseudos brodés sur un torchon , et tu devineras jamais ce qui lui est arrivé ? Ah bon, tu es déjà au courant ?
  • #55
    <inconnu>
    20/06/2008 à 16:59
    • En réponse à Elpepe #53 le 20/06/2008 à 16:52 :
    • « ce jeu où les onze érodent
      Là où les onze érodent, les onze y trônent. Non ? »
    Ce serait du luxe, Guy.
  • #56
    Jonayla
    20/06/2008 à 17:03*
    • En réponse à <inconnu> #52 le 20/06/2008 à 16:46 :
    • « Ben aimab’. Aurais-tu découvert les 36 pseudos ? »
    Jusqu’à présent, j’en suis à 22. C’est gentil d’avoir commencé par moi 🙂
    Je l’imprime et je potasse ce week-end, que je souhaite par ailleurs fort agréable à tous.
  • #57
    chirstian
    20/06/2008 à 17:03
    • En réponse à Elpepe #34 le 20/06/2008 à 13:06 :
    • « Peut-être que notre porte-avions ne sert à rien, mais c’est le plus grand, le plus beau, le plus fort d’Europe, avec ses belles hélices amér... »
    En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des généraux !
    en général on prend du gallon !
  • #58
    <inconnu>
    20/06/2008 à 17:08
    • En réponse à Jonayla #56 le 20/06/2008 à 17:03* :
    • « Jusqu’à présent, j’en suis à 22. C’est gentil d’avoir commencé par moi 🙂
      Je l’imprime et je potasse ce week-end, que je souhaite par ailleur... »
    C’est parce que tu es la seule qui accepte de venir au salon rose avec moi.
  • #59
    Elpepe
    20/06/2008 à 17:08
    • En réponse à <inconnu> #55 le 20/06/2008 à 16:59 :
    • « Ce serait du luxe, Guy. »
    A l’Opéra Garnier, et en voiture, Simone !
  • #60
    Elpepe
    20/06/2008 à 17:11
    • En réponse à chirstian #57 le 20/06/2008 à 17:03 :
    • « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des généraux !
      en général on prend du gallon ! »
    en général on prend du gallon

    Oui, mais ça pompe !