Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

parler français comme une vache espagnole [v]

parler français avec difficulté ; parler très mal le français ; parler très mal une langue

Origine et définition

Avant tout, il est indispensable de se poser une question très importante : existe-t-il des cours de français spécialement destinés aux vaches espagnoles ?
Meuh non, pourraient-elles mugir dans nos campagnes ! Car, croyez-en mon expérience moult fois confirmée, si vous allez demander à une vache, quelle qu'en soit la nationalité, de vous parler de la pluie, du beau temps ou de la cueillette des olives en basse Provence, elle se contentera de vous regarder fixement de son oeil bovin brillant d'une intelligence extrême (mais de quel côté, l'extrême ?) avant de recommencer à brouter son herbe, sans piper un seul mot intelligible.
Conclusion immédiate : les vaches sont très mal élevées, quoi que puissent en penser leurs éleveurs.
Question résultante : les bovins des pâturages étant manifestement privés de la parole, les espagnols y compris, comment pourraient-ils très mal parler le français ?
Ce n'est pas écrire une vacherie que de dire qu'il existe plusieurs hypothèses sur l'origine de cette expression qui est attestée dès 1640.
La plus classique, mais pas forcément la bonne, vient d'une altération de 'Basque' ("parler français comme un Basque espagnol"), car 'vasces' ou 'vasque', au XVIIe siècle, désignait un Gascon ou un Basque. Et il va de soi qu'un Basque du côté espagnol de la frontière ne parle pas bien le français, sauf s'il a été aux écoles pour l'y apprendre.
Une autre hypothèse, pas obligatoirement la bonne non plus, bien qu'il y soit question de bonne, viendrait d'une altération du mot 'basse' qui désignait une servante. On aura donc vite fait de croire qu'à l'époque, elles étaient plutôt espagnoles que portugaises et que leur maîtrise de notre langue n'était pas parfaite.
Mais ce 'basse'-là était tellement peu employé qu'il n'a pas laissé de traces sauf dans des formes régionales comme 'bassoteuse' pour "femme de ménage"[1].
Pourtant, selon Alain Rey, la plus probable des origines viendrait d'une combinaison de choses péjoratives propres à l'époque.
"Comme une vache" était en général, et est toujours, un terme intensif à connotation fortement négative[2]. Et, à la date d'apparition de l'expression, 'espagnol' était également un qualificatif désagréable ; on disait en effet "payer à l'espagnole" pour quelqu'un qui 'payait' en donnant des coups ou on désignait une "fanfaronnade" d'"espagnolade".
Alors la combinaison de ces deux termes, qu'on trouve dans la littérature dans l'expression "il est sorcier comme une vache espagnole" (c'est un incapable), aurait été un moyen de qualifier très négativement la manière de parler un mauvais français.
[1] D'ailleurs, dorénavant, on ne dira plus "technicienne de surface", mais "bassoteuse".
[2] Si, aujourd'hui, on a encore "gros comme une vache", dont on ne peut pas dire qu'il soit un qualificatif agréable, on trouvait autrefois des "dormir comme une vache" ou bien "pleurer comme une vache" pour désigner quelqu'un qui pleure constamment pour rien.

Compléments

Petite anecdote amusante : à l'issue de la finale de Roland-Garros de juin 1993 entre Jim Courier, Américain, et Sergi Bruguera, Espagnol, ce dernier, vainqueur du match, a baragouiné quelques paroles dans un français plus qu'approximatif, alors que Courier, dans un très bon français, s'est excusé de parler notre langue comme une vache espagnole, en regardant de façon appuyée son adversaire.

Exemples

« Jacques Collin parlait le français comme une vache espagnole. »
Honoré de Balzac -Splendeurs et misères des courtisanes

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand radebrechen baragouiner une langue
Allemand ein schauerliches Französisch sprechen parler un francais effroyable
Allemand Kauderwelsch sprechen parler baragouin
Anglais to murder French language assassiner la langue française
Anglais (USA) to butcher French abattre le français
Anglais (USA) to murder French assassiner le français
Espagnol (Espagne) hablar como un vizcaino parler comme un biscaïen
Espagnol (Espagne) hablar un francés macarrónico parler un français macaronique
Français (Canada) parler l'anglais comme une vache espagnole!
Français (France) donner des coups de pied à la France
Gallois siarad Wenglish parler angl-ois
Grec αλά Μπουρνέζικα parler comme les burnous du Soudan
Hébreu דיבר צרפתית קלוקלת (dibèr tsarfatitt klokèlètt) parlait un français léger
Néerlandais (Belgique) koeterwaals spreken parler une langue incomprehensible
Néerlandais het frans radbraken soumettre le français au supplice de la roue
Néerlandais krom Nederlands spreken parler Pays-Bas courbé
Portugais (Brésil) falar um francês macarrônico parler un français macaronique
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Commentaires sur l'expression « parler français comme une vache espagnole » Commentaires

  • DiwanC
    06/02/2016 à 13:09*
    • En réponse à mickeylange #197 le 06/02/2016 à 11:58 :
    • « Et pis t'as oublié le persil ! Une tête de veau sans persil, c'est comme la SNCF sans TGV...
      C'est quand les vaches parlent le français com... »
    Sûr ! Car le conducteur de train a l'ouïe fine et sélective... Quand il entend les castagnettes des vaches et le vibrion de leurs éventails, il sait qu'il a franchi les Pyrénées.
    La preuve.
    Au retour, dès qu'il aperçoit un béret (basque ou non) avec une vache dessous, aucun doute : il est en France. Car le conducteur de train est aussi perspicace.
    😄
  • DiwanC
    06/02/2016 à 13:22
  • DiwanC
    06/02/2016 à 13:26*
    Vous savez quoi ? Viens de découvrir "Radio Meuh" ! 😆
    Cette page
  • SyntaxTerror
    06/02/2016 à 14:03
    • En réponse à Nadou5853 #198 le 06/02/2016 à 12:00 :
    • « Je reviens au post d'origine - et ça ne nous rajeunit pas, bon d'là ! et à l'allusion sur les pleurs des vaches. Ne dit-on pas de nos jours... »
    Ne dit-on pas de nos jours encore "pleurer comme veau" ?
    Exception faite de Ratanak qui est obligé par contrat de pleurer comme une madeleine.
  • SyntaxTerror
    06/02/2016 à 14:08
    • En réponse à Paracas #182 le 06/02/2016 à 06:27* :
    • « Cette expression au lendemain du débat que nous avons eu au sujet de notre belle langue qui part à vau* l'eau, je veux bien que le hasard ex... »
    Tous ces Parigots jaspineurs d'argot ne connaissent rien aux douceurs de la campagne !
    Sachant qu'en France les professions qui présentent les taux de suicides les plus importants sont les agriculteurs exploitants et les ouvriers agricoles, la campagne, ça doit être beau à mourir !
  • le gone
    06/02/2016 à 14:08
    • En réponse à DiwanC #203 le 06/02/2016 à 13:26* :
    • « Vous savez quoi ? Viens de découvrir "Radio Meuh" ! 😆
      Cette page »
    Je viens d'écouter et c'est une chanson en glaise !
  • le gone
    06/02/2016 à 14:11
    • En réponse à SyntaxTerror #205 le 06/02/2016 à 14:08 :
    • « Tous ces Parigots jaspineurs d'argot ne connaissent rien aux douceurs de la campagne !
      Sachant qu'en France les professions qui présentent l... »
    Mais pas de plaisir !
  • SyntaxTerror
    06/02/2016 à 14:16
    • En réponse à Nadou5853 #198 le 06/02/2016 à 12:00 :
    • « Je reviens au post d'origine - et ça ne nous rajeunit pas, bon d'là ! et à l'allusion sur les pleurs des vaches. Ne dit-on pas de nos jours... »
    Les cerfs pleurent-ils leurs belles au temps des amours ?
    Non, c'est la biche aux abois qui pleure au son du cor, le soir, au fond des bois.
  • mickeylange
    06/02/2016 à 14:17
    • En réponse à DiwanC #201 le 06/02/2016 à 13:09* :
    • « Sûr ! Car le conducteur de train a l'ouïe fine et sélective... Quand il entend les castagnettes des vaches et le vibrion de leurs éventails,... »
    Sûr ! Car le conducteur de train a l'ouïe fine et sélective...

    Oui mais à force de voir que des vaches qui regardent passer les trains il est un peu dans un monde parallèle. Il oublie qu'il existe aussi des humains qui même s'ils ruminent parfois, ne sont pour autant vache (sauf les flics évidement) Cet isolement psychologique a fait que la SNCF par mesure de sécurité a obligé les chefs de gare a être cocu. Les cornes rassurent le conducteur de train . Avant cette mesure, certains refusaient, par peur, de s'arrêter dans les gares. Depuis tout va bien et les arrêts sont respectés.
    Il faut remercier le chef de gare qui est victime, non pas de sa femme qui se dévoue pour le métier de son mari, mais des conducteurs de trains.
    Et là, les syndicats ne disent rien, ne font pas de revendications dans les rues car les délégués pour la sécurité des voyageurs se dévouent pour sauter les femmes de chef de gare, et ce n'est pas toujours facile. C'est pour ça que certains trains ne s'arrêtent pas dans toutes les gares.
  • SyntaxTerror
    06/02/2016 à 14:25
    • En réponse à joseta #193 le 06/02/2016 à 11:36 :
    • « DEVINETTE
      Un britannique offrit un genêt d'Angleterre à Jack Lang pour son jardin. Quand il vit que ce dernier le plantait, on sut que c'éta... »
    Moi qui croyais bêtement que c'était parce qu'il planta genêt.
  • le gone
    06/02/2016 à 14:27
    • En réponse à mickeylange #209 le 06/02/2016 à 14:17 :
    • « Sûr ! Car le conducteur de train a l'ouïe fine et sélective...
      Oui mais à force de voir que des vaches qui regardent passer les trains il e... »
    En 1967 cette chanson parle de vaches et de trains stone
  • SyntaxTerror
    06/02/2016 à 15:01
    • En réponse à le gone #211 le 06/02/2016 à 14:27 :
    • « En 1967 cette chanson parle de vaches et de trains stone »
    Même si ça rime avec "vache espagnole", l'expression du jour n'est pas "chanter comme une casserole" !
  • Utilisateur supprimé
    06/02/2016 à 15:41*
    Cette expression au lendemain du débat que nous avons eu au sujet de notre belle langue qui part à vau* l'eau, je veux bien que le hasard existe mais quand même....
    On en arriverait presque à croire en God.......

    ...non, rien.
  • DiwanC
    06/02/2016 à 16:18*
    • En réponse à mickeylange #209 le 06/02/2016 à 14:17 :
    • « Sûr ! Car le conducteur de train a l'ouïe fine et sélective...
      Oui mais à force de voir que des vaches qui regardent passer les trains il e... »
    ... car les délégués pour la sécurité des voyageurs se dévouent pour sauter les femmes de chef de gare

    Lesquels chefs de gare ont un même dévouement qu'ils partagent avec les femmes des délégués. Tout aussi ... vaillants mais beaucoup plus discrets, ils rendent visite aux dames pendant les réunions syndicales.
    Ils se font reconnaître des belles par un roucoucou-coucoulant "Ça roule ma poule !" qu'ils murmurent à l'interphone de la porte d'entrée française et par un "Esto rueda mi gallina"* lorsqu'ils passent les Pyrénées.
    Pendant ce temps-là, les vaches ruminent leur vocabulaire basco-ibérique et font leur lait tandis que God fait son beurre en engrangeant les zlotys et que nous on rame comme des malades sur cette expression de me...de dont personne ne connaît l'origine.
    * avec l'aimable participation de Reverso Traduction.
  • DiwanC
    06/02/2016 à 16:28*
    • En réponse à Utilisateur supprimé #213 le 06/02/2016 à 15:41* :
    • « Cette expression au lendemain du débat que nous avons eu au sujet de notre belle langue qui part à vau* l'eau, je veux bien que le hasard ex... »
    Et les vaches du Missouri parlent-elles l'anglais comme un cow-boy mexicain ?
    😄
  • le gone
    06/02/2016 à 17:01*
    C'est pourtant SIMPLE !!! Si l'un de nous a une belle-mère ayant du sang Espagnol dans les veines il peut nous renseigner, lever le voile sur ce secret si bien gardé ! Pensez à vos connaissances, agitez vos réseaux et vous saurez.
  • joseta
    06/02/2016 à 17:23*
    • En réponse à SyntaxTerror #210 le 06/02/2016 à 14:25 :
    • « Moi qui croyais bêtement que c'était parce qu'il planta genêt. »
    C'est bien...j'y avais pensé aussi....
    .-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.
    La génisse était tombée dans un creux dont elle ne pouvait sortir...
    la vache se penche et la prend avec ses dents; elle ne se gêne pas, car étant toute seule, la vache, sans gêne, hisse !
  • DiwanC
    06/02/2016 à 17:27*
    • En réponse à le gone #216 le 06/02/2016 à 17:01* :
    • « C'est pourtant SIMPLE !!! Si l'un de nous a une belle-mère ayant du sang Espagnol dans les veines il peut nous renseigner, lever le voile su... »
    C'est pourtant SIMPLE !!!

    Plus facile à écrire qu'à meugler…
    Et comment fait-on avec une belle-mère bretonne ? La crème des femmes d'ailleurs !
    Certes, les Espagnols ont envahi l'Armorique… Ils ont bien dû semer quelques "Caramba ! " dans les près… mais c'était il y a longtemps…
    Alors ta simplicité… Et pis d'abord, t'as quoi toi pour apporter de la luzerne au moulin de notre connaissance ?
    😄
  • ecobec
    06/02/2016 à 17:40
    Et il y a aussi "la paix des vaches". Depuis un demi-siècle, me promenant en campagne, contempler ces bonnes bêtes aux grands yeux alanguis à la fois apaise et trouble mon âme, et je pense chaque fois: "Ah! la paix des vaches!" On les voit rassemblées à l'ombre d'un bosquet ou debout éparses au champ ne demandant qu'à brouter paisiblement leur herbe, inconsciente des bienfaits qu'elles prodiguent aux humains mais aussi du sort sacrificiel qu'on leur réserve. Vraiment la vache, cette mal comprise au point d'être emblème de la sotte paresse pour certains et même d'être sacralisée par d'autres, mérite mieux qu'une locution péjorative! Ah! la paix des vaches!
  • joseta
    06/02/2016 à 17:54
    • En réponse à ecobec #219 le 06/02/2016 à 17:40 :
    • « Et il y a aussi "la paix des vaches". Depuis un demi-siècle, me promenant en campagne, contempler ces bonnes bêtes aux grands yeux alanguis... »
    Je vois que tu as savamment utilisé le singulier...autrement, ça pourrait donner ceci...