Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

prendre le taureau par les cornes [v]

s'attaquer à une difficulté avec détermination ; attaquer les difficultés en face ; faire face à une difficulté sans chercher à l'éviter ; agir en s'attaquant de front à ce que l'on a à faire ; entamer une affaire par le côté le plus difficile

Origine et définition

Comme vous le savez certainement, le taureau est un animal qui pèse plusieurs centaines de kilos, généralement nettement plus d'une demi-tonne. Alors, si après avoir été pris d'une soudaine envie de batifoler avec votre moitié dans un pré, vous vous trouvez nez à nez avec un taureau belliqueux qui vous fonce dessus, il ne vous viendrait certainement pas à l'esprit de rester face à lui, d'attendre qu'il arrive juste sous votre nez avec l'intention, d'un gracieux mouvement, de le saisir par les cornes pour l'envoyer valser au loin. Une telle attitude ne serait pas du courage, mais de l'inconscience totale, vu l'infinitésimal pourcentage de chances de réussite de la manœuvre.
Non, dans une telle situation, la seule chose sensée à faire, est de dire à votre moitié de courir très vite dans une direction, de jeter votre parka rouge sur son dos juste avant qu'elle s'élance, et de courir tout aussi vite dans une autre direction, de préférence après avoir remonté votre pantalon[1].
Mais malgré la masse de l'animal, il existe toutefois des formes de combat ou de spectacle où des individus s'amusent, en approchant un tel animal par le côté, à lui saisir les cornes et, en s'y agrippant et en forçant sur sa tête, à le faire se coucher à terre.
Noberto Caimo raconte ainsi son voyage en Espagne en 1755 : « J'y ai surtout admiré certains traits singuliers d'un courage et d'une intrépidité extraordinaire, comme de saisir adroitement le taureau par les cornes et de le renverser par terre ».
Mais qu'on ne s'y trompe pas, une telle action n'est pas donnée à tout le monde et arriver à un tel but sans être blessé, voire éventré et tué, est d'une grande difficulté. C'est elle que métaphorise notre expression, car il faut effectivement beaucoup de détermination pour s'attaquer de front à un tel obstacle.
Si les lexicographes modernes indiquent que l'expression est apparue sous cette forme au milieu du XIXe siècle, précédée à la fin du siècle précédent de attaquer le taureau par les cornes, on trouve pourtant dans un ouvrage de Guillaume de Lamberty écrit en 1727 le texte suivant : « C'étoit d'autant qu'il avoit ouï dire au feu Duc de Schomberg, le Père, que d'attaquer la France dans les Païs-Bas, c'étoit prendre un Taureau par les cornes. »
Or, il ne fait aucun doute que la forme et le sens y sont bien déjà ceux de notre époque.
[1] Bon, blague à part, non seulement le taureau ne voit pas les couleurs, mais en plus sa vision n'est pas nette ; alors parka rouge ou noir, peu importe ! C'est le mouvement qui l'attire : il y a autant de chances qu'il se mette à poursuivre l'un que l'autre.

Exemples

« À l'énergie méridionale de sa physionomie, on devinait qu'il s'appelait Provence ou Languedoc. Mais il restait à expliquer son sourire de dédain et l'air de supériorité morale que trahissaient ses traits, ce qui me semblait moins facile. Prenant le taureau par les cornes, je fis le premier pas :
- Vous êtes Français, lui dis-je, et mon compatriote, ou je me trompe fort!,
- L'un et l'autre, me répondit-il, et, si l'on peut se fier à l'apparence, voyageur comme vous. »
Musée des familles, tome 21 - 1853

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand den Stier bei den Hörnern fassen prendre le taureau par les cornes
Anglais to go straight to the point aller tout droit, (sans détour) au but
Anglais take the bull by the horns prendre le taureau par les cornes
Arabe أمسك بزمام الأمر saisir les rênes de l'affaire
Espagnol (Argentine) tomar el toro por las astas prendre le taureau par les cornes
Espagnol (Espagne) coger el toro por los cuernos prendre le taureau par les cornes
Espagnol (Espagne) Emplearse a fondo Se donner à fond
Espagnol (Espagne) Poner manos a la obra Se mettre au travail
Espagnol (Espagne) Remangarse Se retrousser les manches
Gallois cydio yn y danadl saisir l'ortie
Hongrois A szarvánál ragadja meg a bikát. prendre le taureau par les cornes
Hongrois szembeszáll a nehézségekkel faire face aux difficultés
Hébreu ניגש ישר לעניין (nigach yachar leanyènn) est allé tout droit
Hébreu תפס את השור בקרניו prenez le taureau par les cornes
Hébreu לא היסס לפעול n’hésitera pas à utiliser
Hébreu התעסק בדבר לכל פרטיו (hitasèk bidevar lekhol pratav) traiter tous ses détails
Italien prendere il toro per le corna prendre le taureau par les cornes
Latin lupum auribus tenere tenir le loup par les oreilles
Néerlandais recht op het doel afgaan (zonder omwegen) aller tout droit au but, (sans détours)
Néerlandais de koe bij de horens vatten prendre la vache par les cornes
Néerlandais de stier bij de hoorns vatten prendre le taureau par les cornes
Polonais wziąćbyka za rogi prendre le taureau par les cornes
Portugais (Brésil) pegar o touro à unha prendre le taureau à l'ongle
Portugais (Portugal) agarrar o touro pelos chifres attraper le taureau par les cornes
Portugais (Portugal) agarrar o touro pelos cornos prendre le taureau par les cornes
Portugais (Portugal) enfrentar o problema de frente faire face aux problèmes
Roumain a lua taurul de coarne prendre le taureau par les cornes
Russe взять быка за рога prendre le taureau par les cornes
Slovaque vziať býka za rohy prendre le taureau par les cornes
Suédois ta tjuren vid hornen prendre le taureau par les cornes
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Commentaires sur l'expression « prendre le taureau par les cornes » Commentaires

  • DiwanC
    06/01/2019 à 01:23
  • Tricholome
    06/01/2019 à 01:52
    • En réponse à DiwanC #101 le 06/01/2019 à 01:23 :
    • « Prenez les croissants du dimanche par les cornes ! »
    Tu nous régales! Je viens juste de finir un osso bucco dont les cornes meuglent encore. Mon soir de réplétude est votre appétence du matin. Saisissons le taureau par chacun une corne organoleptique et carpe diem, hrmmm.
  • Tricholome
    06/01/2019 à 01:58
    Et comme c'est déjà dimanche chez vous, on devrait faire une petite prière à Saint-Bouba.
  • Tricholome
    06/01/2019 à 02:13*
    Litanies à Saint-Bouba
    Saint-Bouba, fais que mes cornes ne soient pas vaines
    Saint-Bouba, fais que ma femme me revienne
    Saint-Bouba : fais que je devienne riche
    Saint-Bouba : Fais que je ne sois jamais chiche
    Saint-Bouba : fais que nos os se transforment en vin.
    Saint-Bouba : Fais qu’on se marre sans être vilains
    Merci Saint-Bouba
  • DiwanC
    06/01/2019 à 03:39
    • En réponse à Tricholome #104 le 06/01/2019 à 02:13* :
    • « Litanies à Saint-Bouba
      Saint-Bouba, fais que mes cornes ne soient pas vaines
      Saint-Bouba, fais que ma femme me revienne
      Saint-Bouba : fais q... »
    😄
  • Jacques1949b
    06/01/2019 à 04:32*
    Ça vaut mieux que le prendre par les burnes.. ou par un autre taureau 😄
    !dans le genre jeux du cirque à Rome 🙂
  • Tricholome
    06/01/2019 à 04:49
    Tout ça pour dire que c'est un puissant symbole de la masculinité et, que de le prendre par les cornes relève de l'exploit. C’est le seul point faible de l’homme. On le prend par les cornes et le voilà à genoux, effaré, gélatineux, désemparé. Ahhh non, elle me trompe avec mon meilleur ami! Il est trop tard, ton bon ami profite de ses courbes audacieuses et garde son dard au chaud. Tu peux toujours réciter les litanies de Saint-Bouba, il parait que ça donne des résultats.
  • DiwanC
    06/01/2019 à 04:56*
    • En réponse à Tricholome #107 le 06/01/2019 à 04:49 :
    • « Tout ça pour dire que c'est un puissant symbole de la masculinité et, que de le prendre par les cornes relève de l'exploit. C’est le seul p... »
    - C'est un puissant symbole de la masculinité !
    Ainsi se consolent les chefs de gare... 😕
  • Tricholome
    06/01/2019 à 05:13
    • En réponse à Jacques1949b #106 le 06/01/2019 à 04:32* :
    • « Ça vaut mieux que le prendre par les burnes.. ou par un autre taureau 😄
      !dans le genre jeux du cirque à Rome 🙂 »
    Dans mes fouilles testiculaires, je ne suis pas parvenu à trouver l’étymologie de burne. Même notre bon maitre Rey l’a pas mis dans son gros truc vert en vrai papier. Choquant. Alors que pour les gosses québécoises, il est facile de les rapprocher de gousse. On comprend la métonymie. Faudra peut-être se mettre à prier Saint-Bouba!
  • Tricholome
    06/01/2019 à 05:38*
    • En réponse à DiwanC #108 le 06/01/2019 à 04:56* :
    • « - C'est un puissant symbole de la masculinité !
      Ainsi se consolent les chefs de gare... 😕 »
    Étrangement DiwanC, ici, on n'a pas de chef de gare et pas beaucoup de gares. On est encore au machin pétrolier, avec pneus, autoroute et tout. Mais faudra bien qu'on prenne le taureau par les cornes, un jour, qu'on se mette à la corne électrique. On a le masculin qu'on peut.
  • Paracas
    06/01/2019 à 05:45*
    Héééééééééé ben vous l'avez pris à bras le corps et pas seulement par les cornes le taureau...déjà 12 contributions...
    L'ancêtre de notre taureau s'appelait l'auroch.
    Cette race de bovidé était chassée depuis la préhistoire, des peintures paléolithiques attestent de la préparation d'une recette de daube d'auroch.
    Elle disparu définitivement dans les années 1600.
    L'attrait de nos ancêtres pour la daube ayant été fatal à la race.
    Georges a mis l'auroch en vedette dans cette chanson....
    Il avait nom Corne d'Aurochs, ô gué ! ô gué !
    Tout l' mond' peut pas s'app'ler Durand, ô gué ! ô gué !
    Il avait nom Corne d'Aurochs, ô gué ! ô gué !
    Tout l' mond' peut pas s'app'ler Durand, ô gué ! ô gué !

    Oh ce n'est certes pas la plus connue ni la plus aboutie de son répertoire, nous sommes bien d'accord.
    Ce texte est un pamphlet destiné à un copain qui avait eu un différent avec sa "bande de cons" qui avaient sans leur jeunesse créé un "parti préhistorique" où la victime de cette chanson s'appelait "Corne d'Auroch"
    Avec les savoureux croissants trempés dans le café....
  • Paracas
    06/01/2019 à 05:55*
    • En réponse à ergosum #98 le 06/01/2019 à 00:53* :
    • « Je ne lui ai pas laissé le loisir de se faire prendre par les cornes.
      Par les cornes, ou par les corones *?
      * écriture phonétique »
    Cojones...avec la jota (le J)
    A l'instar du taureau la jota est la bête noire de ceux qui étudient l'espagnol.
    La jota est en quelque sorte un raclement de gorges (Rrrrrrrrh).
    A ne pas confondre avec le R qui lui est "roulé"...
    Exercice de diction:
    La vieja mujer come la naranja*
    En plus vous avez le V qui se prononce comme un B mais juste soufflé entre les lèvres.
    Par exemple "Bueno" on expulse le B en fermant bien les lèvres par contre "Vieja" on laisse le semblant de son B fuser entre les lèvres.
    Demandez à joseta si vous croyez que je vous raconte des couilles...
    *La vieille femme mange l'orange...
  • Paracas
    06/01/2019 à 06:00
    • En réponse à Tricholome #102 le 06/01/2019 à 01:52 :
    • « Tu nous régales! Je viens juste de finir un osso bucco dont les cornes meuglent encore. Mon soir de réplétude est votre appétence du matin.... »
    Un osso-bucco.....et après on s'étonne de la disparition de l'auroch....
  • Paracas
    06/01/2019 à 06:00
    • En réponse à Tricholome #102 le 06/01/2019 à 01:52 :
    • « Tu nous régales! Je viens juste de finir un osso bucco dont les cornes meuglent encore. Mon soir de réplétude est votre appétence du matin.... »
    Un osso-bucco.....et après on s'étonne de la disparition de l'auroch....
  • Tricholome
    06/01/2019 à 06:01
    Ahhh, quel dommage, j'me suis mis au régime. Pas question de me régaler de vos croissants au beurre (miam, miam)! Mais quand j'aurai le ventre plat de l'auroch, alors là, je vais le prendre par les cornes et me faire un festin.
  • Tricholome
    06/01/2019 à 06:04
    • En réponse à Paracas #112 le 06/01/2019 à 05:55* :
    • « Cojones...avec la jota (le J)
      A l'instar du taureau la jota est la bête noire de ceux qui étudient l'espagnol.
      La jota est en quelque sorte... »
    C'est un R apical, alvéolaire. Pour les J (hhrota) il doit certainement y avoir une influence de l'arabe.
  • Tricholome
    06/01/2019 à 06:08
    • En réponse à Tricholome #116 le 06/01/2019 à 06:04 :
    • « C'est un R apical, alvéolaire. Pour les J (hhrota) il doit certainement y avoir une influence de l'arabe. »
    Plus ou moins roulé comme : pero un perro...
  • Paracas
    06/01/2019 à 06:09
    • En réponse à Tricholome #104 le 06/01/2019 à 02:13* :
    • « Litanies à Saint-Bouba
      Saint-Bouba, fais que mes cornes ne soient pas vaines
      Saint-Bouba, fais que ma femme me revienne
      Saint-Bouba : fais q... »
    Vu la volubilité de notre nouvel ami je pense qu'il va falloir que je me fasse à l'idée de ma sanctification.
    Sur Expressio me voilà donc Saint Parpaillot*
    *"Alexandrin !" dirait Maître deLassus..
  • Tricholome
    06/01/2019 à 06:10
    • En réponse à Tricholome #117 le 06/01/2019 à 06:08 :
    • « Plus ou moins roulé comme : pero un perro... »
    Pour amuser la galerie, quand j'invite des taureaux chez moi, je leur fais prononcer Georges en espagnol, Jorge. C'est la marrade (et non pas la manade) à tous coups.
  • Paracas
    06/01/2019 à 06:10
    • En réponse à Tricholome #115 le 06/01/2019 à 06:01 :
    • « Ahhh, quel dommage, j'me suis mis au régime. Pas question de me régaler de vos croissants au beurre (miam, miam)! Mais quand j'aurai le vent... »
    Donc si j'ai bien compris tu ne dors jamais...à moins que tu ne digères mal le fémur d'auroch, ce qui pourrait se comprendre