Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

déménager à la cloche de bois [v]

abandonner discrètement son logement ; abandonner furtivement son logement ; quitter un logement sans payer le loyer

Origine et définition

Au milieu du XIXe siècle, la première version connue de cette expression était "déménager à la ficelle", cette corde qui permettait de descendre discrètement ses affaires par la fenêtre, puis de passer devant le concierge les mains vides, de manière à ne pas éveiller ses soupçons lorsqu'on voulait quitter les lieux furtivement, sans payer le loyer (sans oublier le lien probable avec ce terme 'ficelle' qui autrefois désignait aussi un escroc, un filou).
Parallèlement, on utilisait aussi "à la sonnette de bois" avec exactement le même sens. Bien sûr la sonnette du concierge n'était pas vraiment de bois, sans quoi il n'aurait pas entendu grand monde le demander, mais cette forme indique bien le côté discret du mouvement de celui qui veut s'en aller subrepticement sans risquer d'alerter celui qui pourrait lui demander des comptes.
C'est un peu plus tard, semble-t-il, que la 'sonnette', tout petit instrument, a été remplacé par la 'cloche', objet plus ostensible (mais tout aussi discret s'il est en bois), marquant ainsi encore mieux le côté furtif de la disparition du locataire.
On dit aussi "déménager sans tambour, ni trompette". Comme ces deux instruments de musique sont également bruyants, comme une cloche métallique, c'est cette fois leur absence qui permet de quitter les lieux sans se faire repérér.

Exemples

« Mouchefrin ne put payer son deuxième terme rue Racine; il déménagea "à la cloche de bois", c'est-à-dire par escroquerie... »
Maurice Barrès - Les Déracinés

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand Mietnomade C'est la correction pour" Miethai" qui n'a rien à voir avec notre sujet
Allemand ohne Sang und Klang abgehen disparaître sans se faire remarquer
Allemand still und heimlich abhauen ; sich verdrücken s'éclipser secrètement ; prendre la tangente
Allemand der Miethai requin de loyer = celui qui déménage à la cloche de bois
Anglais to do a moonlight flit faire un déménagement au clair de lune
Anglais (USA) to skip sautiller [filer san préavis]
Anglais (USA) to take French leave filer a la francaise
Arabe (Tunisie) khraj la man ra la man smaa sortir ni vue ni entendu
Espagnol (Espagne) Irse de puntillas S'en aller sur les pointes des pieds
Espagnol (Espagne) marcharse a cercerros tapados s'en aller aux sonnailles bouchées
Espagnol (Espagne) mudarse a cencerros tapados déménager avec les sonnailles bouchées
Espagnol (Espagne) irse a la francesa filer à la française
Espagnol (Argentine) irse en puntas de pie s'en aller sur la pointe des pieds
Espagnol (Espagne) hacer mutis por el foro faire une “sortie de scène” au fond de la scène
Français (Canada) filer à l'anglaise partir discrètement
Grec φεύγω νύχτα partir pendant la nuit
Hongrois angolosan távozik / lelép filer à l'anglaise
Italien squagliarsela se dissoudre
Italien svignarsela filer à l'anglaise
Italien sgattaiolare via se faufiler dehors
Italien partire alla chetichella partir a la chetichella
Néerlandais (Belgique) met stille trom vertrekken partir au tambour silencieux
Néerlandais met de noorderzon vertrekken partir quand le soleil est au nord
Néerlandais vertrekken als een dief in de nacht partir comme un voleur dans la nuit
Polonais wyj? po angielsku sortir en anglais
Portugais (Brésil) dar no pé sem pagar o aluguel filer sans payer le loyer
Portugais (Brésil) sair à francesa sortir à la francaise
Portugais (Brésil) sair de fininho sortir furtivement
Roumain a o şterge englezeşte l’essuyer (filer) à l'anglaise
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « déménager à la cloche de bois » Commentaires

  • DiwanC
    01/02/2015 à 14:20*
    • En réponse à Paracas #145 le 01/02/2015 à 08:41 :
    • « Je m'amuse à chercher pourquoi on dit "aller à cloche pied" quand on sautille sur une jambe.......
      Le plus intéressant étant ceci »
    Très intéressant ce site Bouba ! Merci !
  • joseta
    01/02/2015 à 14:45
    • En réponse à DiwanC #160 le 01/02/2015 à 14:11* :
    • « À ta question : Où trouve-t-on les cloches les plus jolies ?, je t'aurais volontiers répondu : "À côté de chez moi ! car ma voisine est une... »
    Si j'avais une telle voisine, je déménagerais à la cloche de bois !
  • DiwanC
    01/02/2015 à 18:11
    Permettez-moi de vous sonner "Les cloches" ! celles d'Apollinaire et de son délicieux poème éponyme.
    Mon beau tzigane mon amant
    Écoute les cloches qui sonnent
    Nous nous aimions éperdument
    Croyant n'être vus de personne
    Mais nous étions bien mal cachés
    Toutes les cloches à la ronde
    Nous ont vus du haut des clochers
    Et le disent à tout le monde
    Demain Cyprien et Henri
    Marie Ursule et Catherine
    La boulangère et son mari
    Et puis Gertrude ma cousine
    Souriront quand je passerai
    Je ne saurai plus où me mettre
    Tu seras loin Je pleurerai
    J'en mourrai peut-être
  • Utilisateur supprimé
    01/02/2015 à 18:41*
    Wiktionnaire m'apprend qu'une cloche consiste en 10 parties :
    joug, anses, cerveau, épaule, robe, panse, pince, lèvre inférieure, battant, faussure.
    Donc, s'il y a quelque chose qui cloche chez une cloche, 'faudrait être sorti de St. Cyr pour trouver...
    Si cloche vient du latin clocca, clocher (verbe) vient du latin populaire cloppicare, de clopus "boiteux".
    Mais n'est-t-il pas un peu curieux que les P dans cloppicare sont devenus CHE en français aussi bien que les C dans clocca ?
    Mais dire clocheux en picard pour boiteux, rien n'est plus raisonnable.
  • DiwanC
    01/02/2015 à 18:44*
    Déménagement... c'est pire qu'un grand nettoyage de printemps !
    On vide les tiroirs, les placards... On trie, on jette, on donne, on encartonne...
    C'est le moment de se débarrasser sournoisement de cette statuette qu'on n'a jamais aimée – mais cadeau de Tante Cécile... on ne pouvait le refuser !
    - Quel malheur... je l'emballais avec grand soin... elle m'a échappé des mains...
    On retrouve un peu du passé... une lettre qu'on a gardée... ça fait bien longtemps qu'on aurait dû la brûler ; elle n'est que douleur et chagrin. Mais ce ne sera pas pour cette fois... on la replie... on verra plus tard... aujourd'hui, ou jamais, ou demain...
    On retrouve aussi les objets oubliés ... un bracelet un peu cassé... un vieux stylo tout desséché...
    Et ce bouton de manchette qu'on a tant et tant cherché : il était tombé là, tout au fond du tiroir à chaussettes !
    🙂
  • joseta
    01/02/2015 à 19:07*
    Ils changent de domicile ?
    C'est á la piscine qu'Hilde et May nagent, 😐
    Pfffff....
  • Utilisateur supprimé
    01/02/2015 à 19:14*
    • En réponse à DiwanC #165 le 01/02/2015 à 18:44* :
    • « Déménagement... c'est pire qu'un grand nettoyage de printemps !
      On vide les tiroirs, les placards... On trie, on jette, on donne, on encart... »
    Ta contrib m'inspire de partager ma petite histoire vraie...
    - j'ai mis l'imperméable de ma mère (morte il y a 14 ans) pour la première fois ce matin pour aller me promener sous la pluie...et dans la poche à gauche je trouve un petit papier plié en quatre...il y avait trois lignes écrites adressées à moi de la part de mon oncle qui vivait chez nous de 1960 à 1961, il me priait d'accepter un cadeau de deux obi - des ceintures pour kimono - qu'il avait apportées du Japon quand il était Merchant Marine. Je ne sais pas ce que sont devenues les obi mais je suis très heureuse d'avoir ce petit papier quelque 55 ans plus tard... Mon oncle est mort dans les années 70. Je ne l'ai pas revu après 1961.
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 00:41
    • En réponse à Utilisateur supprimé #167 le 01/02/2015 à 19:14* :
    • « Ta contrib m'inspire de partager ma petite histoire vraie...
      - j'ai mis l'imperméable de ma mère (morte il y a 14 ans) pour la première fois... »
    You’re an old soul lalibellule and for you the bells have tolled. Comme pour moi. Quel Plaisir d’être encore vivant dans ce monde où tout se transforme!!
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 00:52*
    • En réponse à DiwanC #163 le 01/02/2015 à 18:11 :
    • « Permettez-moi de vous sonner "Les cloches" ! celles d'Apollinaire et de son délicieux poème éponyme.
      Mon beau tzigane mon amant
      Écoute les c... »
    Il est mort pour la France et pour l'amour. C'est un des poètes un peu méconnus dont je répète les strophes, simplistes peut-être mais combien puissantes d'évocation. Comme ce glas qui hante les campagnes.
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 01:16*
    Et l'autre, une guerre mondiale après, à la cloche de bois feutrée, qui nous écrit Liberté! Cette litanie est comme un battement du coeur; c'est le quotidien mêlé de poésie, un souffle organique. De cette religion, je pourrais être disciple.
    Quel beau poème, ma bouche n'en est jamais rassasiée.
    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J’écris ton nom
    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom
  • DiwanC
    18/05/2019 à 03:48*
    • En réponse à Clitocybe #170 le 18/05/2019 à 01:16* :
    • « Et l'autre, une guerre mondiale après, à la cloche de bois feutrée, qui nous écrit Liberté! Cette litanie est comme un battement du coeur; c... »
    Merveilleux poème en effet. À chaque lecture, on ne peut s'empêcher de frissonner.
    Un jour où les vents d'ici soufflaient fort, j'ai rebouché l'encrier, replié mon clavier... je voulais m'en aller sans rien annoncer, sans faire de bruit... ou comme dit God aujourd'hui : déménager à la cloche de bois.
    Et puis je me suis ravisée... Les vents peuvent bien s’époumoner : Expressio est liberté.
  • DiwanC
    18/05/2019 à 04:18*
    Point de déménagement annoncé chez le cher Georges, ce qui ne l'a pas empêché de souvent s'en aller !

    J'ai plaqué mon chêne
    Comme un saligaud,
    Mon copain le chêne,
    Mon alter ego,
    Le surnom d'infâme
    Me va comme un gant :
    D'avecques ma femme
    J'ai foutu le camp,
    J'habit' plus d' mansarde,
    Il peut désormais
    Tomber des hall'bardes,
    Je m'en bats l'œil mais, ...

    On l'écoute ! 😄
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 04:41*
    Ils ont plaqué la métrique pour nous servir la vie en pentasyllabes et en hexasyllabes, la vraie vie, quoi! Et j'entends encore leur cloche de bois résonner dans ma tête.
    Cette femme dont vous fûtes l'admirateur
    Cette femme dont le nom est Douceur
    N'est-ce pas la bien nommée DiwanC
    Qui nous sert les repas tous les dimanches
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 04:52
    Tu imagines, DiwanC, toi, moi et un poème entre nos deux corps? Ça aurait fait de méchantes étincelles! Et on aurait fait sonner les cloches!
  • DiwanC
    18/05/2019 à 04:52
    • En réponse à Clitocybe #173 le 18/05/2019 à 04:41* :
    • « Ils ont plaqué la métrique pour nous servir la vie en pentasyllabes et en hexasyllabes, la vraie vie, quoi! Et j'entends encore leur cloche... »
    🙂
  • DiwanC
    18/05/2019 à 04:55
    • En réponse à Clitocybe #174 le 18/05/2019 à 04:52 :
    • « Tu imagines, DiwanC, toi, moi et un poème entre nos deux corps? Ça aurait fait de méchantes étincelles! Et on aurait fait sonner les cloches... »
    😄 Arrête !
    Ça va encore jaser dans les couloirs ! 😄
  • Clitocybe
    18/05/2019 à 05:16
    Bon, j'ai peut-être un peu exagéré. J'ai une cloche qui cloche! Il nous reste si ne n'est l'étreinte au moins l'amour de la poésie. Tu comprendras, femme d'expérience, que je m'ennuie de ces folles chevauchées de nos 20 ans, qu'allègent ces vers qui nous font boire plus facilement le calice de la vieillesse.
  • Paracas
    18/05/2019 à 05:39*
    • En réponse à DiwanC #171 le 18/05/2019 à 03:48* :
    • « Merveilleux poème en effet. À chaque lecture, on ne peut s'empêcher de frissonner.
      Un jour où les vents d'ici soufflaient fort, j'ai rebouch... »
    .
  • Paracas
    18/05/2019 à 05:42
    Georges nous parle des cloches dans cette chanson...
    mais elles ne sont certainement pas de bois...
    Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
    Empalés une fois pour tout's sur leur clocher

    On écoute avec le café
  • Sansculotte II
    18/05/2019 à 06:11*
    • En réponse à Paracas #179 le 18/05/2019 à 05:42 :
    • « Georges nous parle des cloches dans cette chanson...
      mais elles ne sont certainement pas de bois...
      Maudits soient ces enfants de leur mère... »
    ... ou bien de la clef des champs (Un' jolie fleur dans une peau d'vache). Partir à la cloche de bois ou bien prendre la clef des champs... C'est bonnet blanc et blanc bonnet, non ?