Les expressions françaises décortiquées
explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

faire son deuil [v]

se résigner à en être privé ; renoncer à quelque chose ; accepter la disparition

Origine et définition

Le mot 'deuil', qui dérive du latin 'dolus', déverbal de 'dolere' (souffrir), désigne, au Xe siècle, la douleur ou l'affliction que l'on éprouve lors de la mort d'un proche.
Au XVe il désigne aussi le décès, la perte d'un être cher. Il aura également plus tard divers sens plus ou moins figurés, tous liés à la mort ou à une grande tristesse.
C'est dans la première moitié du XIXe siècle qu'apparaît notre expression qui ne s'applique d'abord qu'à une chose -qui peut disparaître, mais ne meurt pas- avant, bien plus récemment, de s'utiliser aussi à propos d'une personne.
Elle marque bien la difficulté qu'il y a à accepter la perte d'une chose à laquelle on tenait beaucoup ou d'un proche et, pour ce dernier, à se faire à l'idée de ne plus jamais le voir et partager de bons moments, la résignation n'étant qu'un sentiment forcé, non naturel, une acceptation par obligation.

Exemples

« Le domaine spirituel était le seul auquel nous puissions prétendre. Il faut en faire notre deuil. »
Jean Cocteau - Maalesh - 1949
« Faire son deuil d'un marin est hypothétique. Il y manque les sacrements des habitudes et du social. Personne pour lui fermer les paupières. Pas de certificat de décès, juste le journal de bord de l'équipage. Pas de veillée funèbre sinon un bateau tourneboulé qui cercle dans la nuit à sa recherche. Pas de toilette du mort, que les poumons qui se changent en branchies, que les goémons qui tirent vers le fond. Pas de poignée de terre sur le cercueil, pas d'éparpillement des cendres. Aucune pierre tombale, aucun terreau de mémoire, que le vaste océan impossible à lotir en concessions à perpétuité. »
Libération - Article du 22 juin 1998

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand jemanden / etwas endgültig abhaken faire définitivement une croix sur quelqu'un / quelque chose
Anglais grieve pleurer
Anglais to give up hope / To give up on abandonner tout espoir / Abandonner tout espoir sur/de
Espagnol (Argentine) hacer su duelo faire son deuil
Espagnol (Espagne) dar por perdido / Dar por perdida una cosa considérer perdu / Considérer qu'une chose est perdue
Français (Canada) faire une croix sur faire une croix sur
Français (Canada) laisser tomber laisser tomber
Gallois canu'n iach â rhywbeth chanter sainement à la suite de quelquechose
Hongrois keresztet vethet rà faire une croix dessus
Italien elaborare il lutto pleurer
Italien lasciar perdere / Lasciar perdere qualche cosa laisser tomber / Laisser tomber quelque chose
Néerlandais te rouwen de pleurer
Néerlandais zeg maar dag met je handje dire adieu avec sa petite main
Néerlandais iets / Iemand van de lijst afvoeren radier quelqu'un / quelque chose de la liste
Néerlandais iets wel op je buik kunnen schrijven pouvoir écrire quelque chose sur son ventre
Néerlandais berusten in het lot accepter son sort
Polonais żałobę je le regrette
Portugais (Brésil) abrir mão en ouvrir main
Portugais (Portugal) dizer adeus dire au revoir
Portugais (Portugal) fazer o luto pleurer
Roumain a pune cruce mettre croix
Roumain a-și lua adio de la ceva prendre ses adieux
Slovaque rozlúčiť sa faire ses adieux à quelque chose
Turc Yas tutmak Faire son deuil
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Commentaires sur l'expression « faire son deuil » Commentaires

  • Paracas
    22/06/2013 à 08:56*
    Hé ho les poteaux, c’est pas parce que l’expression du jour est bordée de noir qu’on va passer la journée à se la jouer chrysanthème en ce premier jour d’été, non ?
    La vie continue, on en fait encore partie alors rions..........On a l’éternité pour chialer..........
  • joseta
    22/06/2013 à 09:10
    (souffrir)

    Comme vous le savez, j’habite l’Espagne, et aujourd’hui, la géographie aidant,
    je dirai: sous France.
    À demain
  • DiwanC
    22/06/2013 à 09:23*
    • En réponse à Paracas #101 le 22/06/2013 à 08:56* :
    • « Hé ho les poteaux, c’est pas parce que l’expression du jour est bordée de noir qu’on va passer la journée à se la jouer chrysanthème en ce p... »
    Tu as raison... même si...
    À propos d’été, et pour retrouver le sourire, je ne vois que "chat"
    Et pis ça (vous avez trois heures pour traiter le sujet) pour rester dans l’expression du jour sinon Sa Divinité va tonner, vitupérer, voire nous "gourmander" !
    😛
  • mitzi50
    22/06/2013 à 09:44*
    • En réponse à Paracas #101 le 22/06/2013 à 08:56* :
    • « Hé ho les poteaux, c’est pas parce que l’expression du jour est bordée de noir qu’on va passer la journée à se la jouer chrysanthème en ce p... »
    "je me presse de rire de tout, de peur d’ être obligé d’ en pleurer"( Beaumarchais, le Barbier de Séville). Alors, rions.... Les larmes sont comme le ciel, elles peuvent attendre.....
  • charmagnac
    22/06/2013 à 10:56
    • En réponse à Paracas #97 le 22/06/2013 à 07:25 :
    • « J’ai habité longtemps à Drap dans la vallée du Paillon au dessus de Nice.
      La rue qui mène de la mairie au cimetière s’appelle "Rue des adieu... »
    Dans beaucoup de villages où on a eu un peu de mal à trouver le nom d’un personnage pour baptiser toutes les voies de la commune, la rue qui mène au cimetière a été appelée rue de l’Egalité. Bien trouvé.
  • charmagnac
    22/06/2013 à 11:03*
    Faire de l’humour dans des circonstances difficiles est certes un manque de tact, mais j’ai eu l’occasion d’assister à la crémation du corps d’un pompier décédé. Tous ses collègues en uniforme étaient présents à la crémation. Le rapprochement était inévitable.
    Et un défunt est bien désigné par "feu N..."
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:13
    • En réponse à joseta #102 le 22/06/2013 à 09:10 :
    • « (souffrir)
      Comme vous le savez, j’habite l’Espagne, et aujourd’hui, la géographie aidant,
      je dirai: sous France. »
    Gardez nous une place au banquet de la banqueroute amis espagnols.........On arrive !!...........🙁
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:16
    • En réponse à mitzi50 #104 le 22/06/2013 à 09:44* :
    • « "je me presse de rire de tout, de peur d’ être obligé d’ en pleurer"( Beaumarchais, le Barbier de Séville). Alors, rions.... Les larmes sont... »
    Ca me fait penser à un pote à qui l’entrepreneur qui avait construit sa maison avait fait cadeau de l’alarme.
    Je lui avais alors dit:
    "En somme t’as eu l’alarme à l’œil !".............😄
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:17
    • En réponse à charmagnac #105 le 22/06/2013 à 10:56 :
    • « Dans beaucoup de villages où on a eu un peu de mal à trouver le nom d’un personnage pour baptiser toutes les voies de la commune, la rue qui... »
    C’est la seule justice qui reste en ce bas monde .........🙂
  • mickeylange
    22/06/2013 à 11:21*
    J’étais allé à l’enterrement d’un voisin, parce que les copains à mon âge, sauf sur expressio et encore même là...
    Ca a mal commencé tout de suite.
    Le corbillard c’est fait contrôler à 60 km/h en ville au lieu de 50.
    Les cognes furieux que leur client soit mort, ont aligné toutes les voitures qui suivaient en prétextant que forcément elles roulaient à la même vitesse puisqu’elles suivaient. Je vous raconte pas la tronche de Boubacar !
    Moi je me marrais bien , j’étais venu d’un coup d’aile donc pas de radar pour moi. Sauf qu’en me posant le vent de mes ailes à emporté les képis de ses messieurs. Je vous dis pas la rigolade des fous du volant et la tronche que je faisait quand ils ont voulu me mettre au trou. Ca m’a rappelé quelqu’un qui disait souvent, Mickey collé samedi dans le cul de basse fosse.
    Or, sous tous les cieux sans vergogne, 

    C’est un usag’ bien établi, 

    Dès qu’il s’agit d’rosser les cognes 

    Tout le monde se réconcilie.
    Boubacar et Germaine perdant toute mesure 

    Se ruèrent sur les guignols, 

    Et donnèrent je vous l’assure 

    Un spectacle assez croquignol.
    Frénétique Germaine attache 
Le vieux maréchal des logis 

    Et lui fait crier : "Mort aux vaches,
    Mort aux lois, vive l’anarchie !"
    Ils tombent, tombent, tombent, tombent, 

    Et s’lon les avis compétents 

    Il paraît que cette hécatombe
    Fut la plus belle de tous les temps.
    Jugeant enfin que leurs victimes
    Avaient eu leur content de gnons, 

    Ces furies comme outrage ultime 

    En retournant à leurs bagnoles, 

    Ces furies – à peine si j’ose 

    Le dire tellement c’est bas
    Leur auraient même coupé les choses, 

    Par bonheur ils n’en avaient pas.
    Les lèvres desséchées par la poussière
    On s’est arrêté pour boire dans la montée
    chez Marceel, Cornélius nous y attendait
    Son saxophone brillait tout près de lui
    Et le pasteur alors nous a fait taire
    En chantant les copains d’abord
    au lieu de son De profundis
    Il y a des jours comme ça où tout va de travers !
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:23
    • En réponse à charmagnac #106 le 22/06/2013 à 11:03* :
    • « Faire de l’humour dans des circonstances difficiles est certes un manque de tact, mais j’ai eu l’occasion d’assister à la crémation du corps... »
    Mais bien sur qu’on peut faire de l’humour en toute circonstance.
    je me souviens d’obsèques d’un gars du patelin qui avait perdu un bras dans un accident de la route quelques années auparavant.
    Ce jour là, il s’est passé un fait rarissime, au moment de descendre le cercueil dans le trou, une poignée casse.......Il a fallu que ça arrive juste à lui....
    L’un de ses amis présents a eu ce mot:
    "Il lui manquait déjà un bras, maintenant c’est le poignet"
    Difficile de garder son sérieux !
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:27
    • En réponse à mickeylange #110 le 22/06/2013 à 11:21* :
    • « J’étais allé à l’enterrement d’un voisin, parce que les copains à mon âge, sauf sur expressio et encore même là...
      Ca a mal commencé tout de... »
    Encore bravo.......faudra que je m’essaye à ce genre d’exercice un de ces jours.....
    je ne garantis pas le même résultat mais bon, peut toujours essayer.......🙂
  • saharaa
    22/06/2013 à 11:40
    • En réponse à Paracas #97 le 22/06/2013 à 07:25 :
    • « J’ai habité longtemps à Drap dans la vallée du Paillon au dessus de Nice.
      La rue qui mène de la mairie au cimetière s’appelle "Rue des adieu... »
    Bien sûr !
    Tiens, un petite promenade dans les environs, que tu connais sûrement, pour réveiller quelques souvenirs -heureux ceux-là- en ce jour de tristesse.
    Pour ceux qui ne connaissent pas on prononce le P de Drap
  • Paracas
    22/06/2013 à 11:59*
    • En réponse à saharaa #113 le 22/06/2013 à 11:40 :
    • « Bien sûr !
      Tiens, un petite promenade dans les environs, que tu connais sûrement, pour réveiller quelques souvenirs -heureux ceux-là- en ce... »
    Le canal de Ste Thècle ! Combien de fois je l’ai parcouru. J’habitais juste au dessous au niveau du pont de Peille.
    Le matin je partais, j’allais boire un café à Drap et je revenais tranquille.......par la rue des Adieux
    Merci d’avoir réveillé ces souvenirs que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ............😄
  • Paracas
    22/06/2013 à 12:11*
    Voilà un endroit où il est facile de faire son deuil
  • joseta
    22/06/2013 à 12:14
    Je n’en avais ni le coeur, ni l’intention...vous m’avez convaincu.
    DEVINETTE
    Comment dire adieu à l’ami Elpépé ?
    - en lui faisant un clin deuil.
  • joseta
    22/06/2013 à 12:31
    Métier dangereux
    On devient pilote d’essai avant de devenir pilote décès.
  • joseta
    22/06/2013 à 13:13*
    une grande tristesse.

    Nastassja Kinski: grande, triste, Tess.
  • Paracas
    22/06/2013 à 13:14
    • En réponse à joseta #116 le 22/06/2013 à 12:14 :
    • « Je n’en avais ni le coeur, ni l’intention...vous m’avez convaincu.
      DEVINETTE
      Comment dire adieu à l’ami Elpépé ?
      - en lui faisant un clin de... »
    Il eût surement apprécié le trait d’esprit..........🙂
  • DiwanC
    22/06/2013 à 13:27*
    • En réponse à mickeylange #110 le 22/06/2013 à 11:21* :
    • « J’étais allé à l’enterrement d’un voisin, parce que les copains à mon âge, sauf sur expressio et encore même là...
      Ca a mal commencé tout de... »
    Me souviens… Pauv’ vieux Léon… Y a tout à l’heure quinze ans de malheur qu’il est parti au paradis de l’accordéon, boire un petit bleu au sein des vignes de God. Nous, on suivait le sapin en rigolant pour faire semblant de n’ pas pleurer…
    Me souviens… C’est vrai que - ce jour-là - on roulait un peu vite en traversant le marché même que le corbillard avait failli faire des petits, quelques macchabées ronds et prospères… Mais bon… on n’roulait pas à tombeau grand ouvert non plus.
    Me souviens… Il y avait Fernande, et encore Léonore, et Lucie aussi… Mais je ne pense pas qu’il y eut Lulu… Que veux-tu, la compassion ça n’ se commande pas.
    Me souviens… Chez Marcel, on avait tous pris une p’tite bière… Au fossoyeur, au croque-mort, au curé, on avait payé un verre.
    En revanche, ne me souviens plus, mais plus du tout du maréchal des logis. Peut-être parce que personne n’aimait son épouse. Comme femme de flic, c’était quelque chose la Cécile… et nombriliste avec çà !
    Merci Georges… Pas trop abattu Bouba ? 😄