Les expressions françaises décortiquées
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faire tintin [v]

être privé ; devoir se passer ; être frustré ; se brosser ; ne rien recevoir alors qu'on s'attendait à obtenir quelque chose

Origine et définition

Vous est-il déjà arrivé de dire "faire milou" ou, mieux encore "faire capitaine haddock" ? Certainement pas !
Notre mission, et nous l'acceptons, va donc consister à comprendre pourquoi c'est le héros principal de la bande dessinée d'Hergé qui a été retenu pour cette expression au lieu de la Castafiore ou des Dupont.
Et cette mission va très vite s'autodétruire car, lorsqu'on sait que le mot 'tintin' existe depuis le XIIIe siècle, alors que Tintin, lui, n'est né qu'en 1929, on ne peut que se rendre à l'évidence : notre 'tintin' n'est pas 'Tintin', et celui qui tenterait de prouver le contraire devra faire tintin.
Cela dit, l'expression elle-même, avec son sens actuel, n'est née qu'un peu après 1930. On peut donc se demander s'il n'y aurait pas quand même pas eu une petite influence du héros de BD sur la redécouverte du mot...
Au XIIIe siècle, donc, 'tintin' est une onomatopée associée à un bruit d'objets qui tintent, comme des pièces de monnaie, par exemple.
Selon le DHLF (), un siècle plus tard, le mot désigne aussi un jeu où le perdant paye un gage en pièces de monnaie (qui tintent, forcément). De là est née faire tintin qui, au début du XVIe, veut dire "payer en espèces sonnantes".
Au fil du temps, 'tintin' désigne aussi le bruit de cloches qui sonnent ou de verres qui s'entrechoquent. Il est aussi un autre nom de l'argent (toujours par référence à la monnaie qui tinte).
Malheureusement, on n'explique pas très bien la raison pour laquelle le mot 'tintin' a ensuite été associé à de la frustration ou de la privation.
Parmi les hypothèses proposées, on trouve :
- Il évoquerait la sonnette tirée sans succès par un quémandeur (qui repart donc frustré) ;
- Il ferait une allusion à un signal sonore marquant l'échec (penser au "faire tilt" de nos flippers modernes ou au gong qui marque la fin d'un match de boxe, avec forcément un frustré, le perdant) ;
- Il évoquerait enfin le bruit de la monnaie qu'on entend mais ne peut pas toucher.

Compléments

On utilise aussi "ça va être tintin" pour dire "ce ne sera pas possible" ou bien "tintin !" pour "rien du tout !"

Exemples

« Pétardant d'avoir fait tintin [lors du baptême de la princesse], une viocque (...) radina (...) pour lui balanstiquer [jeter] un sort. »
Léon Stollé - Contes - La belle au bois dormant
« D'abord, m'expliqua le gars, c'est pas des officiers de chez nous. Alors on s'en fout ! Secondo : y a pas de raison pour que ces mecs-là s'en mettent plein la gueule pour pas un rond, et que nous on fasse tintin de tout ce qu'il y a de bon. »
Maurice Fombeure - Les godillots sont lourds

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand in die Röhre gucken regarder dans le tuyau
Anglais to get bugger all obtenir que dalle
Anglais to go without aller sans
Anglais to tighten one's belt se serrer la ceinture
Anglais (USA) to come up goose eggs finir en oeufs d'oie
Anglais (USA) to get skunked être arrosé par une mouffette
Arabe (Maroc) hazou el ma l'eau l'a emporte
Arabe (Tunisie) Madhmadh se gargariser
Espagnol (Espagne) Quedarse a dos velas Rester avec deux bougies
Espagnol (Espagne) quedarse compuesto y sin novia rester paré et sans fiancée
Espagnol (Espagne) Quedarse con las ganas Rester avec l'envie
Espagnol (Espagne) Quedarse en ayunas Rester à jeun
Français (Canada) faire patate
Hongrois nuku / kimaradni a szórásból rien / être frustré
Hongrois nuku / kimarad a szórásból tintin / faire tintin
Italien Restare a bocca asciutta Rester avec la bouche sèche
Néerlandais dat kun je op de zolen van je schoenen schrijven tu peux écrire cela sur les semelles de tes souliers
Néerlandais zich genaaid voelen se sentir cousu
Néerlandais iets op je buik kunnen schrijven pouvoir écrire quelque chose sur le ventre
Néerlandais je kunt er naar fluiten vous pouvez siffler
Polonais dostac fige une figue au pavot c'est à dire que dalle
Portugais (Brésil) ficar a ver navios rester à voir des bateaux
Portugais (Brésil) ficar na mão rester dans la main
Roumain a rămâne cu dinţii la stele rester avec les dents aux étoiles
Roumain a rămâne cu ochii în soare rester avec les yeux au soleil
Roumain a se linge pe bot se lécher le museau
Roumain a se rade pe bot se raser le museau
Slovène obrisati se pod nosom s'essuyer au-dessous du nez
Tchèque utrít nos essuyer le nez
Turc avucunu yalamak se lécher la paume
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « faire tintin » Commentaires

  • #21
    syanne
    08/07/2008 à 09:45
    • En réponse à comte_arebours #7 le 08/07/2008 à 07:15 :
    • « Je me rappelle une autre variante de cette histoire. La scène se passe au moyen-âge, le seigneur accueille un vagabond qui n’a pas mangé dep... »
    Voici une version modernisée de l’extrait du Tiers-Livre dans lequel Rabelais raconte cette histoire : mais il est fort probable, comme tu le dis, qu’il s’agisse d’un fabliau médiéval, qu’il aura repris et adapté. Un véritable trésor, l’oeuvre de Rabelais : il y en a pour tous les goûts (de la philosophie à la scatologie), personne ne fait tintin !
    cette page
    (il s’agit d’un sujet de bac, mais je n’ai trouvé aucune version moderne intégrale sur Internet. Si quelqu’un est plus futé que moi, je suis preneuse de l’info. Merci d’avance.)
  • #22
    <inconnu>
    08/07/2008 à 09:46
    • En réponse à syanne #15 le 08/07/2008 à 09:33* :
    • « L’histoire originale est de Rabelais, Le Tiers-Livre, chapitre XXXVII "Comment Pantagruel persuade à Panurge prendre conseil de quelque fol"... »
    Comme chaque fois que je lis ce bon maître François, j’ai l’impression qu’il a inventé la totalité de la littérature française !
    Si les belges font tintin, les français font-ils astérix et les américains lucky luke ?
  • #23
    mickeylange
    08/07/2008 à 09:48
    • En réponse à chirstian #14 le 08/07/2008 à 09:32 :
    • « le lapin fait thymthym , la loco fait traintrain , le peintre fait teintteint , le miroir fait taintain
      et moi je fais milou. »
    Bienvenue par milou
  • #24
    chirstian
    08/07/2008 à 09:48
    Duneton , après avoir rappelé que les refrains militaires comprenaient souvent le tintin comme dans celle-ci :
    « Je vends, je donne et bois gaiement
    Mon vin et mon rogomme ;
    J’ai le pied leste et l’oeil mutin
    Tintin, tintin, tintin, r’lintintin. »
    et en conclut (avec prudence) : "on peut imaginer que, dans les casernes, les tintins des verres scandaient ces refrains joyeux. Il est possible que « faire tintin » ait pris son origine dans des appels de verres choqués avec le couteau ou des protestations de même ordre devant des assiettes sans pitance dans les réfectoires des casernes. « Quoi ? On n’a rien ? Alors, on fait tintin ! »
  • #25
    <inconnu>
    08/07/2008 à 09:49
    • En réponse à ThanhBach #17 le 08/07/2008 à 09:37* :
    • « °
      Ach ! Il y a une autre origine, on dira une autre histoire, ... pour "faire tintin" !
      °
      Auriez-vous voulu que je vous la narrasse que je n... »
    Vas-y éclaire-nous, de ta version.
  • #26
    chirstian
    08/07/2008 à 09:50*
    • En réponse à syanne #21 le 08/07/2008 à 09:45 :
    • « Voici une version modernisée de l’extrait du Tiers-Livre dans lequel Rabelais raconte cette histoire : mais il est fort probable, comme tu l... »
    belle illustration : quand on suit ton lien, on fait tintin ! 🙂
  • #27
    syanne
    08/07/2008 à 09:52
    • En réponse à chirstian #19 le 08/07/2008 à 09:42 :
    • « J’aimerais bien trouver plus de précisions.
      je me souviens parfaitement de cette histoire, racontée dans un contexte arabe ou persan : la s... »
    J’ignorais cette origine : si ta mémoire te revient, please, fais m’en profiter ! Il est vrai que les fables, contes, légendes ont étonnamment circulé, avec les grands voyageurs des XV-XVIe, déjà, sans doute, et l’Orient a fourni maintes histoires à nos auteurs, anonymes ou connus. Peut-être Rabelais est-il allé puiser son apologue dans le même livre que toi...
    D’autres similitudes sont tout simplement dûs à l’universalisme de certains archétypes et symboles. Pour ce qui est du pauvre hère affamé qui "vole" la fumée du rôti, on comprend aisément qu’il est de tous temps, de tous lieux.
  • #28
    <inconnu>
    08/07/2008 à 09:52
    • En réponse à syanne #15 le 08/07/2008 à 09:33* :
    • « L’histoire originale est de Rabelais, Le Tiers-Livre, chapitre XXXVII "Comment Pantagruel persuade à Panurge prendre conseil de quelque fol"... »
    En provence cette expression est très usitée. Donc je la connaissais et l’ai quelquefois employée.
  • #29
    syanne
    08/07/2008 à 09:54
    • En réponse à chirstian #26 le 08/07/2008 à 09:50* :
    • « belle illustration : quand on suit ton lien, on fait tintin ! 🙂 »
    Désolée : ces paresseux de profs sont en vacances ! Voici l’extrait :
    "À Paris, à la rôtisserie du Petit Châtelet, à la devanture de la boutique d’un rôtisseur, un portefaix mangeait son pain à la fumée du rôt et le trouvait ainsi parfumé, très parfumé, très savoureux. Le rôtisseur le laissait faire. Enfin, quand tout le pain fut avalé, le rôtisseur saisit le portefaix au collet, et voulait qu’il lui payât la fumée de son rôt. Le portefaix disait n’avoir en rien endommagé ses victuailles, n’avoir rien pris de son bien, n’être en rien son débiteur. La fumée dont il était question se dissipait à l’extérieur ; d’une façon comme de l’autre, elle était perdue : on n’avait jamais entendu dire qu’à Paris on avait vendu de la fumée de rôt dans la rue. Le rôtisseur répliquait qu’il n’était pas tenu de nourrir les portefaix de la fumée de son rôt et jurait que, s’il ne le payait pas, il lui enlèverait ses crochets.
    Le portefaix tirait son gourdin, et se mettait sur la défensive. L’altercation prit de l’importance. Ce bedeau de peuple parisien accourut de toutes parts à la dispute. Là se trouva bien à propos Sire Joan le fou, citoyen parisien. L’ayant aperçu, le rôtisseur demanda au portefaix : "Veux-tu dans notre différend te fier à ce noble Sire Joan ?
    -Oui, par le Sang Dieu, répondit le portefaix.
    Alors, Sire Joan, après s’être mis au courant du désaccord, demanda au portefaix de tirer de son baudrier une pièce d’argent. Le portefaix lui mit dans la main un tournois-de-Philippe. Sire Joan le prit et le mit sur son épaule gauche comme pour vérifier s’il pesait le poids ; puis il le faisait sonner sur la paume de sa main gauche, comme pour entendre s’il était de bon aloi ; puis il le posa sur la prunelle de son œil droit comme pour voir s’il était bien frappé. Pendant toute cette action, tout le peuple badaud gardait un grand silence, tandis que le rôtisseur attendait fermement et que le portefaix se désespérait. Enfin il le fit sonner sur le comptoir à plusieurs reprises. Puis, avec une majesté présidentielle, tenant sa marotte au poing comme s’il s’était agi d’un sceptre, et ajustant sur sa tête son capuchon en martre de singe à oreillettes de papier, fraisé à points d’orgue, toussant au préalable deux ou trois bonnes fois, il dit à haute voix : « La Cour vous signifie que le portefaix qui a mangé son pain à la fumée du rôt a payé civilement le rôtisseur au son de son argent. Ladite Cour ordonne que chacun se retire dans sa chacunière, sans dépens et pour cause. »
    Cette sentence du fou parisien a semblé si équitable,. voire admirable, aux docteurs susdits qu’ils se demandent si, au cas où la cause eût été tranchée au Parlement dudit lieu ou à la Rotta de Rome voire tranchée par les Aréopagites, la sentence eût été plus légalement prononcée par eux. Voyez donc si vous pouvez prendre conseil d’un fou.
    Rabelais, Le Tiers-Livre, Extraits "
  • #30
    chirstian
    08/07/2008 à 09:56
    • En réponse à Muscat #20 le 08/07/2008 à 09:43 :
    • « Je suppose que tu veux dire"tintinnabuler" mais que tu étais trop pressé de nous le faire savoir ! »
    eh bien tu supposes mal : ce n’est pas que j’écris trop vite : sur le moment plus moyen de me rappeler le bon verbe. Je me disais vaguement que quelque chose clochait, mais, pour un tel verbe , était-ce étonnant ? merci de la rectification !
  • #31
    <inconnu>
    08/07/2008 à 09:57*
    • En réponse à syanne #27 le 08/07/2008 à 09:52 :
    • « J’ignorais cette origine : si ta mémoire te revient, please, fais m’en profiter ! Il est vrai que les fables, contes, légendes ont étonnamme... »
    Il y avait d’ailleurs une expression au moyen âge qui était "manger son rôt à la fumée"... et qui signifiat faire tintin ! Le bouc est booké la boucle est bouclée.
  • #32
    syanne
    08/07/2008 à 10:02
    • En réponse à Muscat #20 le 08/07/2008 à 09:43 :
    • « Je suppose que tu veux dire"tintinnabuler" mais que tu étais trop pressé de nous le faire savoir ! »
    Apparemment, dans le même sens, on trouve aussi le verbe "tintinnuler" (c’est le p’tit Robert qui le dit)... Si je décompose : tintin + nul, ça ne fait vraiment plus grand chose, ou plus grand bruit !
  • #33
    syanne
    08/07/2008 à 10:10
    Quand tu n’as ni tour, ni sol, qu’en allant du pont au bois tu ne trouves rien, que tu erres gêné, parmi loups et renards, qu’en état de faiblesse sur le chemin tu casses ta fiole, alors oui, je trouve vraiment l’expression ad hoc : tu fais tintin !
  • #34
    Elpepe
    08/07/2008 à 10:18
    • En réponse à syanne #15 le 08/07/2008 à 09:33* :
    • « L’histoire originale est de Rabelais, Le Tiers-Livre, chapitre XXXVII "Comment Pantagruel persuade à Panurge prendre conseil de quelque fol"... »
    Youpi ! Tu es la canne blanche de mes lectures oubliées... Merci, Syanne : sans toi, je faisais tintin des sources.
    Jean Déflorette 😄
  • #35
    mickeylange
    08/07/2008 à 10:26
    La sentinelle:
    - qui vive?
    - Tintin
    - lequel ?
    - celui de Pascal Sevran
    - bienvenue au club
  • #36
    Elpepe
    08/07/2008 à 10:29
    • En réponse à chirstian #19 le 08/07/2008 à 09:42 :
    • « J’aimerais bien trouver plus de précisions.
      je me souviens parfaitement de cette histoire, racontée dans un contexte arabe ou persan : la s... »
    Je ne me souviens pas de cette version persane, dans les Contes des Mille et Une Nuits que j’ai lus... il y a fort longtemps, en traduction Galland. Pour ma part, Syanne m’a remis sur le bon chemin rabelaiso-mnésique.
  • #37
    ThanhBach
    08/07/2008 à 10:35
    • En réponse à <inconnu> #22 le 08/07/2008 à 09:46 :
    • « Comme chaque fois que je lis ce bon maître François, j’ai l’impression qu’il a inventé la totalité de la littérature française !
      Si les belg... »
    °
    Ach !
    Comme chaque fois que je lis ce bon maître François, j’ai l’impression qu’il a inventé la totalité de la littérature française !

    Je dirais même plus, il a inventé même plus que la totalité !
    Ach ! Ce n’est pas parce qu’il fait chaud, mais il y en a qui se vante ... plus que totalement !
    °
    Ach ! Que c’est môffais ! Pluss ekssatchéré que ça tu meurs (bénigne) !
    [😄]
    °
    Bon, allez, travaillez, prenez de la peine, n’imitez que sans abus ce père noceur, juste pour rire !
    Le baril à 159 dollars c’est pour bientôt, hein, biloutes !
    °
    @ alcalin
    Vas-y éclaire-nous, de ta version.

    Prêtez moi la tension, et je vous mettrai au courant - une nippone et ma foi très joliement môffaise, m’avait dit un jour, je ne suis pas au courante, accord intempestif et nonobstant typhonesque oblige.
    OK
    A la sortie du G8, s’il m’en laisse le temps !
    Ach ! Sacré Astérix !
    °
  • #38
    chirstian
    08/07/2008 à 10:36
    il a l’oeil auburn - noir : teint, teint
    il voulait se le rincer : tintin
  • #39
    Elpepe
    08/07/2008 à 10:39*
    • En réponse à syanne #33 le 08/07/2008 à 10:10 :
    • « Quand tu n’as ni tour, ni sol, qu’en allant du pont au bois tu ne trouves rien, que tu erres gêné, parmi loups et renards, qu’en état de fai... »
    Le tout au château de moule-Insert des frites, une fois ?
  • #40
    Elpepe
    08/07/2008 à 10:55
    Moi, je préfère me faire Mouche.
    Chirstian HoubaHOBBES