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explications sur l'origine, signification, exemples, traductions

tomber des cordes [v]

pleuvoir ; tomber des hallebardes ; pleuvoir des hallebardes ; pleuvoir très fort ; pleuvoir à verse ; pleuvoir des cordes

Origine et définition

Cette expression est citée par Furetière à la fin du XVIIe siècle.

Pour ceux qui auraient oublié leur Histoire de France entre le XVe et le XVIIe siècle, une hallebarde est une sorte de longue lance munie à son extrémité d'un fer tranchant et pointu et de deux fers latéraux, l'un en forme de croissant, l'autre en pointe ().

Alors, bien sûr, il est aisé de faire la comparaison entre la lance pénétrante et ces grosses gouttes de pluie glaciale qui 'transpercent' atrocement le péquin moyen qui traîne dehors sous l'orage.
Mais les choses ne sont toujours aussi simples qu'elles le paraissent !

Selon Gaston Esnault, en effet, depuis le milieu du XVIe siècle, le mot argotique 'lance' désignait de l'eau puis, par extension, de l'eau de pluie[1]. Le verbe 'lancequiner', apparu plus tard, avait d'ailleurs le sens de 'pleuvoir'.
Ce serait donc par simple substitution de quasi-synonymes que les hallebardes auraient remplacé les lances en y ajoutant une petite touche vieillotte, les premières étant, au moment de l'apparition de l'expression, en voie de disparition en tant qu'armes utilisées sur les champs de bataille.

Pour ce qui est des 'cordes', qui tombent autant que les hallebardes, elles viennent simplement de la comparaison avec des cordes de ces traits que l'on observe lorsqu'une pluie tombe dru (cette comparaison étant également possible avec des lances - voir la citation de Victor Hugo dans les exemples).

[1] Et même de l'urine, d'où le terme chaude-lance, synonyme de chaude-pisse, nom argotique de la blennorragie ().

Exemples

« (…) il lansquine, il pleut, vieille figure frappante, qui porte en quelque sorte sa date avec elle, qui assimile les longues lignes obliques de la pluie aux piques épaisses et penchées des lansquenets, et qui fait tenir dans un seul mot la métonymie populaire : il pleut des hallebardes. »Victor Hugo - Les misérables« Un jour, c'était peut-être novembre, octobre, je me rappelle qu'il avait plu des cordes. »François Nourissier - Le maître de maison

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand es regnet Bindfäden il pleut des ficelles
Allemand es regnet kleine Hunde il pleut de petits chiens
Allemand es regnet Strippen il pleut des ficelles
Allemand Es regnet Katzen und Hunde Il pleut des chats et des chiens
Anglais (USA) to be raining cats and dogs pleuvoir des chat et des chiens
Anglais it rains cats and dogs il pleut des chats et des chiens
Anglais it's raining stair rods il pleut des tringles d'escalier
Anglais to rain buckets pleuvoir des seaux
Anglais (USA) it rains cats and dogs il pleut des chiens et des chats
Arabe (Algérie) داير خيط من السماء (deyra kheit mesma) il fait un fil du ciel
Chinois 大雨如注 (đà yǔ rú zhù) grande pluie comme verser
Espagnol (Espagne) caen chuzos de punta il tombe des piques
Espagnol (Espagne) Caer chuzos / Caer chuzos de punta Tomber des hallebardes / Tomber des hallebardes sur la pointe (= Tomber des cordes)
Espagnol (Espagne) diluviar pleuvoir comme au déluge
Espagnol (Espagne) llover a càntaros pleuvoir à cruches
Espagnol (Espagne) llueve a mares il pleut à flots
Espagnol (Espagne) plou a cantis il pleut des jarres
Finnois sataa kuin saavista kaataen il pleut comme en versant d'un seau
Français (Canada) il mouille à sieaux
Français (Canada) pleuvoir à boire debout
Français (Canada) tomber des clous
Français (France) il tombe la chavane
Grec βρέχει / Ρίχνει καρεκλοπόδαρα il pleut / jette des pieds de chaises
Hongrois esik, mintha dézsából öntenék il pleut comme si c'était versé depuis une cuve
Italien diluviare pleuvoir à verse
Italien piovere a catinelle / a dirotto pleuvoir à cuvettes / à verse
Néerlandais het regent dat het zeikt // het zeikt van de regen il pleut comme vache qui pisse
Néerlandais met bakken naar beneden komen descendre à bacs
Néerlandais gietregenen pleuvoir en versant
Néerlandais pijpenstelen regenen pleuvoir des tuyaux de pipe
Néerlandais het regent bakstenen il pleut des briques
Néerlandais het regent oude wijven il pleut de vieilles commères
Néerlandais het regent kop en schoteltjes il pleut tasses et soucoupes
Néerlandais het giet ça verse
Polonais leje jak z cebra il pleut comme depuis un seau
Polonais leje jak z cebra il tombe comme un seau
Portugais (Portugal) chover a cântaros pleuvoir à cruches
Portugais (Portugal) chover canivete pleuvoir le canif
Portugais (Brésil) chover canivetes pleuvoir des canifs
Roumain ploua cu galeata pleuvoir des seaux
Russe льёт как из ведра il pleut à seaux, comme si le seau était renversé
Serbe kisa lije il pleut à verse
Turc bardaktan boşalırcasına yağmak pleuvoir comme s'il se versait d'un verre
Vietnamien mưa ào il pleut à verse
Wallon (Belgique) i plout des vaches il pleut des vaches
Wallon (Belgique) il pleut à drache / Il drache
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Voir aussi


Commentaires sur l'expression « tomber des cordes » Commentaires

  • #41
    Elpepe
    17/03/2008 à 14:44
    • En réponse à chirstian #39 le 17/03/2008 à 14:33 :
    • « Lautréamont n’est ni belge, ni surréaliste… ou alors nous ne parlons pas du même.
      oui, celui-ci n’est pas belge, alors que l’autre est à... »
    Ah, non : l’autre est à Val, dormeur de son état. Et même pas sur réale-liste, en plus !
  • #42
    syanne
    17/03/2008 à 14:45
    • En réponse à chirstian #38 le 17/03/2008 à 14:26 :
    • « Il se trompe, là, le Victor de mon cœur, c’est pas une métonymie, c’est une métaphore.
      est-ce que ce ne serait pas des deux ?
      d’abord , n... »
    C’est une hypothèse fort intéressante, mais qui ne me convainc pas tout à fait. Dans le texte de Hugo, en effet, il n’y a de vraie relation de cause à effet entre les hallebardes et les lignes obliques, car on ne saurait les dissocier, ni dans le temps ni dans l’espace (les hallebardes ne « produisent » pas les lignes, elles « sont » ces lignes). Je crois que Victor explique la métaphore ; thème : la pluie qui tombe dru et droit, phore : les «piques épaisses et penchées des lansquenets (ou hallebardes) », point de ressemblance : « les longues lignes obliques ». Pour moi, il n’y a pas métonymie. Mais je ne suis sûre de rien et vais vite voir ce que dit mon Gradus.
  • #43
    Elpepe
    17/03/2008 à 15:02
    • En réponse à syanne #42 le 17/03/2008 à 14:45 :
    • « C’est une hypothèse fort intéressante, mais qui ne me convainc pas tout à fait. Dans le texte de Hugo, en effet, il n’y a de vraie relation... »
    Le TLFi précise :
    À certains noms qu’on emploie par métonymie (...) on donne le genre d’un nom générique sous-jacent, qu’on a dans la pensée au moment où l’on s’exprime (il y a alors ellipse généralement): Du hollande (du fromage de Hollande) (GREV. 1969, § 269).

    J’en conclus donc que :
    Le président doit se remanier lui-même

    c’est du Hollande, par mes taux ni mie.
    Non ?
  • #44
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:04*
    La formulation est un langage courant.
    "Deux voiles cinglaient vers le couchant."
  • #45
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:07*
    • En réponse à Elpepe #43 le 17/03/2008 à 15:02 :
    • « Le TLFi précise :
      À certains noms qu’on emploie par métonymie (...) on donne le genre d’un nom générique sous-jacent, qu’on a dans la pensée... »
    on donne le genre d’un nom générique sous-jacent, qu’on a dans la pensée au moment où l’on s’exprime

    Et le générique, c’est moins cher…
  • #46
    syanne
    17/03/2008 à 15:08
    • En réponse à Elpepe #43 le 17/03/2008 à 15:02 :
    • « Le TLFi précise :
      À certains noms qu’on emploie par métonymie (...) on donne le genre d’un nom générique sous-jacent, qu’on a dans la pensée... »
    C’est de la rhétorique fromagère pour république bananière ? ... (et, en l’occurrence, une antonomase)
  • #47
    chirstian
    17/03/2008 à 15:10
    • En réponse à syanne #42 le 17/03/2008 à 14:45 :
    • « C’est une hypothèse fort intéressante, mais qui ne me convainc pas tout à fait. Dans le texte de Hugo, en effet, il n’y a de vraie relation... »
    la question m’intéresse car il y a bien longtemps que je ne me suis pas plongé dans ces définitions. Alors : une petite récréation, un bon café, quelques livres ...
    Ca y est : je savais que je tomberais facilement sur une définition limpide !
    "La structure métonymique, c’est la connexion du signifiant au signifiant, qui permet l’élision par quoi le signifiant installe le manque de l’être, dans la relation d’objet."
    Voilà : je le savais ! Euh je dirais même plus : voilà, voilà...
    Donc dans ce cas précis, euh...
    Je vais reprendre un café, en espérant qu’on vienne vite me déranger ! 🙁
  • #48
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:17*
    Ben voui elpp, nom propre à la fin égalera toujours antonomase...
    (j’le savais pas non plus...) 😮
    "Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur !" V. Hugo.
    Merci à l’expressionaute Syanne ! (Antonomase ???)
  • #49
    syanne
    17/03/2008 à 15:35
    • En réponse à chirstian #47 le 17/03/2008 à 15:10 :
    • « la question m’intéresse car il y a bien longtemps que je ne me suis pas plongé dans ces définitions. Alors : une petite récréation, un bon c... »
    Complément lumineux à ta limpidissime définition : « la métonymie consiste en deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotopie ». 😕
    Puis-je me joindre à toi pour le café ?
  • #50
    SyntaxTerror
    17/03/2008 à 15:46
    • En réponse à tytoalba #2 le 17/03/2008 à 00:25 :
    • « Pour faire simple, on appelle ça la drache, au pays de la bière, du chocolat et du surréalisme. Rikske, dirait sans doute, "au pays de l’ome... »
    On appelle ça aussi la drache en Picardie (serait-ce un belgicisme ?)
    et le "pisse-en-lit" se dit "lanchron" cette page
  • #51
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:46
    • En réponse à syanne #49 le 17/03/2008 à 15:35 :
    • « Complément lumineux à ta limpidissime définition : « la métonymie consiste en deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotop... »
    Ben voila, tu l’aurais dit plus tôt, ça aurait évité toutes ces con fusions !
    Bon maintenant ça suffit, sinon Al barde.
  • #52
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:54
    • En réponse à syanne #49 le 17/03/2008 à 15:35 :
    • « Complément lumineux à ta limpidissime définition : « la métonymie consiste en deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotop... »
    Moi j’ai : C’est un cas particulier de la famille des figures que sont les tropes ou métasémèmes, figures par lesquelles un concept est dénommé à partir d’un mot désignant un autre concept.
    C’est quand même clair non ???
    Marcel, un café aussi s’il te plaît !
  • #53
    Elpepe
    17/03/2008 à 15:58
    • En réponse à syanne #46 le 17/03/2008 à 15:08 :
    • « C’est de la rhétorique fromagère pour république bananière ? ... (et, en l’occurrence, une antonomase) »
    C’est de la rhétorique fromagère pour république bananière ?

    Oui. Mais comment as-tu deviné, Anasthase ? Tu crois que le syndrome présidentiel me gagne ? Bon, moi, m’en fous : encore un mot pour enrichir mon vocabulaire, livré via air mail par Antonov. Hé hé !
  • #54
    <inconnu>
    17/03/2008 à 15:59
    • En réponse à <inconnu> #52 le 17/03/2008 à 15:54 :
    • « Moi j’ai : C’est un cas particulier de la famille des figures que sont les tropes ou métasémèmes, figures par lesquelles un concept est déno... »
    Ils vont se marier euh ; cela ne métonymienerait pas !😛
    Un couple sur expressio, waouh, quelle publicité God !!!
    Il va pleuvoir des expressions annonciatrices !
    Alcalin, tu arrives comme un neveu, euh, un cheveu sur la houppe, soupe… 🙁
  • #55
    syanne
    17/03/2008 à 16:01
    • En réponse à <inconnu> #48 le 17/03/2008 à 15:17* :
    • « Ben voui elpp, nom propre à la fin égalera toujours antonomase...
      (j’le savais pas non plus...) 😮
      "Ni les voiles au loin descendant vers Har... »
    Antonomase , Antonomaaaaase ? Est-ce que j’ai une gueule d’antonomase ?
  • #56
    SyntaxTerror
    17/03/2008 à 16:03
    • En réponse à syanne #29 le 17/03/2008 à 13:16* :
    • « "...qui fait tenir dans un seul mot la métonymie populaire : il pleut des hallebardes. " Victor Hugo - Les Misérables
      Il se trompe, là, le... »
    Il se trompe, là, le Victor de mon cœur, c’est pas une métonymie, c’est une métaphore

    Euh, je crois que tu as raison.
    En revanche, dire "j’étudie Victor Hugo" pour dire "j’étudie l’oeuvre de Victor Hugo", ce serait une métonymie.
  • #57
    Elpepe
    17/03/2008 à 16:04
    • En réponse à syanne #49 le 17/03/2008 à 15:35 :
    • « Complément lumineux à ta limpidissime définition : « la métonymie consiste en deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotop... »
    deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotopie

    Bon God, mais c’est bien sûr ! Il pleut des hallebardes lexicales, aujourd’hui, de quoi augmenter mon stock. Et je vais même apprendre la formule par cœur, histoire d’insulter le prochain pauvre con que je croiserai dans un salon, sans même qu’il s’en aperçoive ! Ah Syanne : si on ne t’avait pas, il faudrait t’inventer... 😄
  • #58
    <inconnu>
    17/03/2008 à 16:06
    • En réponse à syanne #55 le 17/03/2008 à 16:01 :
    • « Antonomase , Antonomaaaaase ? Est-ce que j’ai une gueule d’antonomase ? »
    On sait donc que l’Hôtel du Nord sera au programme… 😄
  • #59
    syanne
    17/03/2008 à 16:08
    • En réponse à <inconnu> #52 le 17/03/2008 à 15:54 :
    • « Moi j’ai : C’est un cas particulier de la famille des figures que sont les tropes ou métasémèmes, figures par lesquelles un concept est déno... »
    Hallebarde métaphorique ou métonymique, hollande antonomastique, il y a pléthore de rhétore, aujourd’hui. Moi je dis stop à toutes ces figures qu’on se prend en pleine tronche. Trope, c’est trope !
  • #60
    syanne
    17/03/2008 à 16:11
    • En réponse à Elpepe #57 le 17/03/2008 à 16:04 :
    • « deux synecdoques successives inverses sans changement d’isotopie
      Bon God, mais c’est bien sûr ! Il pleut des hallebardes lexicales, aujourd... »
    Moi, en tout cas, j’invente rien : c’est absolument rigoureusement authentiquement le genre de définitions qu’il a fallu ingurgiter pour avoir ensuite le droit d’aller les clarifier dans les classes.